00:00 Le procès de l'attentat de Magny-en-Ville qui s'est ouvert ce matin, il avait marqué les esprits,
00:04 ému la France entière, un couple de policiers, Jean-Baptiste et Jessica,
00:08 Émilie le rappelait, avaient été assassinés, poignardés dans leur pavillon dans les Yvelines en juin 2016,
00:13 sous les yeux de leur fils âgé alors de 3 ans.
00:16 C'était la première fois en France que des policiers étaient tués en dehors de leur service à domicile.
00:20 C'est évidemment un sujet dramatique et je vous propose que nous soyons avec Mélinda,
00:26 qui est femme de policier. Bonjour Mélinda.
00:30 Bonjour Pascal.
00:31 Et merci d'être avec nous Mélinda.
00:35 Merci à vous de donner la parole aux policiers en général et à leur famille.
00:44 Ce qui effectivement, aujourd'hui c'est un jour important parce qu'il y a eu ce drame il y a 7 ans
00:52 et on voit qu'aujourd'hui il n'y a absolument rien qui a changé.
00:55 La violence contre les policiers en civil ne cesse d'augmenter,
01:02 on a encore eu un cas très récemment la semaine dernière,
01:05 qui ne va pas jusqu'à la mort heureusement,
01:09 mais tout le monde craint de pire je pense.
01:14 Mélinda, est-ce que vous pouvez nous dire votre quotidien ? Vous habitez dans quelle ville ?
01:19 Je ne vais pas trop donner de détails mais j'habite en province, en Normandie.
01:25 Vous habitez dans une maison ou dans un appartement ?
01:29 On habite dans une maison.
01:30 Est-ce que cette maison, vous avez le sentiment qu'elle est protégée ?
01:34 Ou est-ce que vous pensez par exemple que ceux qui aujourd'hui sont des délinquants
01:41 et peut-être ceux qui sont mêlés aux affaires que votre mari s'occupe peuvent savoir où vous habitez ?
01:48 Ils peuvent parce qu'effectivement maintenant on habite dans une ville moyenne,
01:54 mais mon mari a fait le choix, il a commencé par 6 ans de région parisienne,
02:00 et on a fait le choix de vivre séparément pour justement éviter ça,
02:05 pour qu'il puisse venir me rejoindre avec le rapprochement familial,
02:09 pour qu'on puisse vivre un peu plus sereinement en province.
02:14 Donc vous vous sentez quand même plus en sécurité que lorsqu'il était en région parisienne, c'est ça ?
02:18 C'est ça, tout à fait. Après je sais qu'il a des collègues,
02:22 il a évidemment des collègues qui sont restés en région parisienne,
02:25 et on sait que pour eux c'est difficile.
02:27 J'imagine ceux qui vont en Seine-Saint-Denis le matin ou dans des départements qui sont à "haut risque", c'est plus difficile.
02:34 Mais est-ce que vous diriez que lorsque votre mari quitte la maison le matin,
02:39 est-ce que vous avez peur ? Est-ce que parfois vous vous dites,
02:42 et pardonnez-moi de le dire de manière aussi crue,
02:45 c'est peut-être la dernière fois que je le vois ?
02:48 Oui, on en parle d'ailleurs assez régulièrement avec l'actualité,
02:53 parce qu'on ne sait jamais sur quoi il peut tomber.
02:58 Il y a des réfus d'eau de tempérer dont on parle beaucoup,
03:02 mais il y a aussi les violences conjugales où ça peut vite déraper,
03:07 enfin beaucoup de choses, la détresse sociale, enfin voilà.
03:10 Ils sont mis en danger assez régulièrement, même dans les villes moyennes,
03:14 même un peu partout, et c'est vrai qu'il faut qu'ils soient vigilants en permanence,
03:19 parce que tout peut basculer.
03:23 - Il est policier depuis combien de temps votre mari ?
03:27 - Ça va faire 20 ans bientôt.
03:30 - Depuis le 1er janvier, est-ce qu'il est rentré un soir en vous disant
03:36 "Aujourd'hui ça a été plus rude que d'habitude"
03:40 ou est-ce qu'il y a depuis le 1er janvier un fait qui s'est passé
03:45 où il était en grand danger ?
03:47 - Oui, c'est déjà arrivé, je ne sais pas si c'est depuis le 1er janvier,
03:56 après je sais qu'il ne me dit pas tout,
03:58 parce qu'il ne veut pas nous inquiéter, les enfants ou moi,
04:04 mais oui, ça lui est déjà arrivé, oui tout à fait.
04:07 - Et c'était par exemple dans un refus d'obtempérer ou dans un autre type d'affaire ?
04:13 - C'était dans un cas de violence conjugale où il avait affaire à quelqu'un de très récalcitrant,
04:21 et c'était un week-end où forcément ils sont peu nombreux,
04:25 et ils n'ont pas forcément de renfort,
04:29 donc il se retrouve à quelques-uns à essayer de maîtriser quelqu'un d'une grande violence.
04:35 Donc oui, ça peut vite déraper.
04:43 - C'est bien d'avoir ce témoignage Belinda,
04:45 parce qu'on entend peu souvent les compagnes de policiers,
04:50 et le stress qui est le vôtre,
04:52 et puis également j'imagine que vous devez de temps en temps à la fois apaiser,
04:56 puis remonter le moral tout simplement,
04:58 comme ça peut se faire dans un couple,
05:00 parfois c'est l'homme qui remonte le moral à son épouse,
05:02 et parfois c'est le contraire,
05:04 mais est-ce que parfois chez votre mari, policier depuis 20 ans,
05:07 il y a eu du découragement au point d'imaginer de quitter la police,
05:12 ou vous-même auriez-vous pu vous dire à un moment,
05:16 "bon, je fais autre chose parce que c'est trop dur" ?
05:20 - Les deux, à la fois il a eu du découragement,
05:24 ce qui est dommage parce qu'il fait son métier avec passion,
05:28 pour lui il a voulu être policier, c'était pour aider l'orphelin,
05:33 il le fait avec passion jusqu'à peu de temps,
05:36 mais là c'est vrai qu'il y a du découragement parce que ça devient trop difficile,
05:42 et oui je lui ai déjà dit que s'il pouvait changer de métier, qu'il le fasse,
05:47 et d'ailleurs notre fils, notre fils qui est ado,
05:51 lui il voudrait faire policier comme papa,
05:53 mais on ne veut pas qu'il soit policier, clairement.
05:56 Il a 12 ans.
05:58 - Merci Mélinda, parce qu'il y a beaucoup d'intelligence dans votre témoignage,
06:02 beaucoup de sensibilité, vous avez combien d'enfants ?
06:06 - 3.
06:06 - 3, alors on ne va peut-être pas donner les prénoms pour que vous ne soyez pas identifiés,
06:11 mais c'est garçon, fille ?
06:13 - Alors une fille de 15 ans, un garçon de 12 ans, une petite dernière de 6 ans.
06:17 D'ailleurs je les embrasse.
06:19 - Vous travaillez vous-même Mélinda ?
06:22 - Oui, tout à fait, je suis dans le notariat.
06:25 - Bon, écoutez...
06:26 - C'est beaucoup plus calme.
06:27 - Écoutez, j'entends au son de votre voix une famille unie,
06:31 - Il faut de toute façon, en parlant avec les collègues,
06:39 effectivement tout le monde se dit que s'ils n'avaient pas le noyau familial,
06:43 il y en a qui dérivent, il y en a, enfin voilà,
06:45 parce qu'on sait qu'il y a des sessus chez les policiers,
06:48 parce qu'effectivement s'ils n'ont pas une base très solide,
06:51 c'est compliqué, déjà ils vivent un quotidien compliqué,
06:54 et s'ils ne sont pas bien entourés, ça ne peut pas aller.
07:00 - Mélinda, c'est la première fois qu'on parle ensemble, qu'on échange ensemble ?
07:03 - Oui.
07:04 - C'est la première fois, je n'avais pas à le souvenir, effectivement,
07:06 ça m'aurait marqué.
07:07 Eh bien je vais vous dire quelque chose,
07:08 je pense que votre mari a beaucoup de chance d'avoir une femme comme vous.
07:11 - Ah bah écoutez, j'espère qu'il vous écoute,
07:14 mais non, j'ai aussi beaucoup de chance de l'avoir.
07:17 - Mais je pense que dans ces cas-là, les sentiments sont réciproques,
07:20 et voilà, mais j'en suis convaincue aussi qu'il a beaucoup de chance de vous avoir,
07:26 et que vous avez beaucoup de chance de l'avoir.
07:28 Vraiment, merci beaucoup.
07:30 - Pascal Praud et vous ?
07:31 - Et sur Europe 1 jusqu'à 13h, vous écoutez Pascal Praud, Pascal, Pascal,
07:34 on continue de parler de l'ouverture du procès de l'attentat de Magnonville.
07:37 - Exactement, et je vous propose d'écouter Mathieu Vallée,
07:40 qui est porte-parole, comme vous le savez, du syndicat indépendant des commissaires de police.
07:43 Il était invité de Dimitri Pavlenko ce matin à 7h10 sur Europe 1.
07:47 - Ce procès, on le doit d'abord et avant tout pour Mathieu,
07:49 cet enfant qui a vu sa mère égorgée par ce terroriste islamiste
07:53 qui a été abattu par le REN,
07:54 et qui a été récupéré juste après les faits,
07:56 dans les bras d'un des opérateurs du RED.
07:58 - Mais on s'identifie, on se dit "ça pourrait marquer".
08:00 - Oui, tout à fait, tous les policiers se sont dit que ça pouvait leur arriver.
08:04 On sait que quand on s'engage en jeu dans la police, on embarque aussi sa famille,
08:07 puisqu'aujourd'hui on sait qu'on est des cibles,
08:09 et en fait, depuis le 13 juin 2016,
08:11 on savait que les policiers gênaient les voyous, les criminels, les terroristes,
08:16 et puis vous vous rappelez, on sortait comme d'une période d'effroi profond,
08:19 on avait perdu Clarisse Agent-Philippe, Ahmed Merhabet, Frank Brassor-Larot,
08:23 tous ces policiers qui sont décédés le 7 janvier 2015,
08:26 on avait aussi eu le 13 novembre 2015,
08:28 donc la France était frappée durement,
08:30 et c'est la police qui a permis à la République de rester debout,
08:34 parce qu'on est attaché à notre liberté.
08:36 - Je vous propose également d'écouter Maître Vincent Breingart,
08:40 il est l'avocat du complice présumé Mohamed Lamine à Bérouze,
08:44 il était également l'invité ces dernières heures d'Europe 1.
08:50 - Vous n'avez aucun témoin qui vienne vous dire qu'il y aurait eu la présence de personne,
08:54 si ce n'est le fils du défunt couple,
08:58 qui dans le cadre d'une reconstitution avec des figurines en plastique,
09:02 a pu à un moment donné se saisir de deux figurines en plastique,
09:05 et de là l'accusation en déduire qu'il y aurait deux personnes qui auraient participé à l'attentat.
09:09 - Il n'y a pas que ça, parce que Mohamed Lamine à Bérouze,
09:13 qui est donc jugé, il y a une trace d'ADN qui a été retrouvée
09:18 sur l'ordinateur de Jean-Baptiste Salvin,
09:22 qui était commissaire adjoint du commissariat des mureaux,
09:26 et cet ordinateur était évidemment dans la maison.
09:29 Donc toute la défense dit que c'est un ADN qui aurait pu être transporté,
09:34 pourquoi pas, mais en tout cas l'accusation dit qu'il était présent
09:39 dans cette maison, puisque l'ADN était précisément sur l'ordinateur
09:44 de la famille de M. Salvin, hélas décédé,
09:48 ainsi que Jessica Schneider, sa compagne.
09:52 Amide est avec nous, bonjour Amide, vous êtes ancien policier, vous nous avez appelé.
09:56 - Oui bonjour M. Proulx, alors déjà comme je vais vous dire,
09:59 l'obitrice précédente a très très bien son témoignage.
10:02 - Ah oui, Mélinda, elle était formidable.
10:04 - Mélinda, voilà je cherchais son prénom, elle a un bon témoignage.
10:08 Et ensuite pour revenir justement à l'avocat de la défense qu'on a entendu,
10:13 moi je trouve ça scandaleux que cet avocat, comme je l'ai entendu sur d'autres infos,
10:17 qu'il réclame l'acquittement de l'accusé.
10:21 Si on a quand même retrouvé une trace d'ADN sur l'ordinateur
10:25 de ces malheureux couples de policiers, c'est qu'il y a quelque chose quand même.
10:29 Il y a quelque chose quand même, la trappe elle est pas arrivée toute seule.
10:32 - Mais c'est pourquoi le procès va permettre
10:36 d'éclaircir les différentes positions.
10:39 Après l'avocat, il est dans son rôle, qu'est-ce que vous voulez que je dise ?
10:42 - Il est dans son rôle, mais attendez,
10:45 d'emblée demander l'acquittement d'un tel individu,
10:48 alors que le procès n'a même pas commencé, excusez-moi,
10:51 c'est un petit peu fort de café tout de même. Moi je suis désolé,
10:54 cet individu-là, il est obligatoirement coupable,
10:58 il y a obligatoirement quelque chose.
11:01 - Donc monsieur, pour vous donner évidemment
11:05 toutes les versions, Mohamed Lamina Bezouz,
11:08 alors on rappelle que celui qui a tué
11:11 ce couple de policiers a été
11:15 abattu par leur aide. - Exactement.
11:18 - Et on rappelle donc que monsieur Abbeyrouz, il clame son innocence,
11:21 il assure cette rendue dans une salle de prière le soir
11:24 de l'attentat, mais pour l'accusation, je le répète,
11:27 il s'est rendu avec monsieur Abbala
11:30 au domicile des victimes le soir des faits, en se connectant
11:33 sur place, sur l'ordinateur des victimes, afin de visionner
11:36 des photographies de monsieur Selvain, permettant ainsi
11:39 à Abbala d'identifier
11:42 immédiatement l'intéressé pour passer à l'acte à son
11:45 encontre, avant même qu'il n'ait eu le temps de réintégrer son
11:48 domicile, et des traces de l'ADN ont été trouvées sur le repos
11:51 poignet de l'ordinateur du couple utilisé pour la revendication
11:54 de l'assassinat des deux policiers.
11:57 Ça va être difficile forcément, quand on lit ça,
12:00 de plaider l'acquittement, mais ça sera
12:03 aussi tout l'enjeu de ce procès. - Parce que obligatoirement,
12:06 il y a complicité, et la complicité, d'après le Code pénal,
12:09 elle est toujours punissable. - Alors, il est
12:12 évidemment emprisonné depuis
12:15 quasiment le départ de
12:18 cette affaire, et je rappelle que l'assassin des deux
12:21 policiers, qui s'appelait Larossi Abbala,
12:24 25 ans, acquis à la cause de l'État islamique,
12:27 il a été tué lors de l'assaut du Raid pour libérer l'enfant qu'il
12:30 retenait en otage. - Oui, oui, tout à fait. - Parce qu'en plus, il y avait eu
12:33 prise d'otage derrière. - Et je pense même quand même que le témoignage
12:36 de cet enfant peut être capital. - Il y avait 3 ans, Henri.
12:39 - Oui, mais enfin, même s'il a 3 ans,
12:42 je vais vous dire, il y a probablement des images qui ne s'effacent pas.
12:45 Et je pense que le témoignage de ce gamin, pour moi,
12:48 doit être plus que pris en compte. Parce que vous savez, je pense qu'à 3 ans,
12:51 moi, comme tout un chacun,
12:54 j'ai des images de mon enfance qui me restent.
12:57 Et je pense que ce gamin-là, il y a peut-être une image
13:00 qui peut faire tilt, et qui peut vraiment
13:03 trouver que c'est bien lui
13:06 qui était là. Moi, je pense que oui.
13:09 Moi, c'est mon idée propre, mais elle vaut ce qu'elle vaut.
13:12 - Non, non, mais c'est... - C'est ma conviction. - Alors, ce sont
13:15 des jurés professionnels, puisque ce ne sont
13:18 pas des jurés populaires, puisque c'est un attentat.
13:21 C'est un acte terroriste, plus exactement.
13:24 Jean-Baptiste Salvin rentre du commissariat de Mureau,
13:27 où il est commandant adjoint. Il est tué de plusieurs coups de couteau devant chez lui,
13:30 dans un quartier pavillonnaire de Magnanville. L'assaillant se retranche
13:33 ensuite au domicile de M. Salvin,
13:36 séquestrant la compagne de ce dernier, Jessica Schneider,
13:39 qui était agente administrative dans un commissariat voisin,
13:42 et leur fils, donc de 3 ans, et dans la nuit, leur aide donne
13:45 l'assaut et abat le djihadiste. Les policiers découvrent la femme de 36 ans
13:48 égorgée, égorgée, et l'enfant en état
13:51 de sidération. Vous savez, quand on
13:54 lit ça, de ce qui a été
13:57 sans doute le calvaire de cette femme,
14:00 Jessica Schneider, égorgée, de cet homme
14:03 Jean-Baptiste Salvin, tué devant sa maison,
14:06 de leur famille, de leur enfant également,
14:09 qui va vivre avec ça, et de savoir comment
14:12 ses parents sont morts.
14:15 Que voulez-vous dire ? Il n'y a d'ailleurs
14:18 hélas pas grand-chose à dire.
14:21 Sinon l'injustice
14:24 et la cruauté de la vie.
14:27 - Je peux dire quelque chose encore, monsieur Pondré ?
14:30 - Je vous en prie, Hamid. - J'espère que la justice, là, va faire
14:33 son boulot et va mettre le maximum de la peine.
14:36 Sans remise de peine, maximum de la peine !
14:39 - A lui et complice.
14:42 - Oui, mais enfin, même la complicité est toujours
14:45 punissable. - Non, mais vous savez, ce sont des magistrats professionnels,
14:48 donc dans ces cas-là, c'est souvent, j'ai remarqué, beaucoup plus
14:51 plus dur encore qu'une peine.
14:53 On espère tous bien d'ailleurs.
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