00:00 - Vous avez reconnu évidemment ce générique, il y a des douze travaux d'Astérix, ça,
00:11 en bande de cônes, ça fait partie des films cultes de cette saga.
00:15 Est-ce que vous avez, vous, un film préféré d'ailleurs ?
00:17 - Dans les versions filmiques d'Astérix ?
00:19 - Oui.
00:20 - Oui, Cléopâtre.
00:21 - Ah bah oui.
00:22 - Ah Cléopâtre, oui évidemment.
00:23 - C'est le plus réussi, c'est celui qui a le mieux marché d'ailleurs.
00:25 - Je ne veux pas dire ça, mais c'est celui qui est le plus fidèle à l'esprit de Goscinny
00:28 et de Lerzo.
00:29 C'est-à-dire que j'avais l'impression de voir la bande dessinée au cinéma avec en
00:34 plus tout le génie de Chabat, toutes ses trouvailles, son art du découpage, vraiment,
00:39 Astérix.
00:40 - Vous qui êtes aussi réalisateur, ça vous dirait de faire un petit Astérix ?
00:43 - Non, pas du tout.
00:44 - Oh, c'est pas sympa.
00:45 - Pas du tout, parce que j'en ai parlé avec mon camarade Canet, qui a fait le dernier
00:49 L'Empire du Milieu.
00:50 - Qui a diffusé ce soir justement sur Canal.
00:51 - Oui, qui a diffusé ce soir sur Canal et voilà, il m'a dit que c'était, évidemment
00:55 je peux le comprendre facilement, une pression colossale.
00:58 - Ah bah oui.
00:59 - Parce que vous touchez à la fois un mythe national et puis à l'industriel lourd.
01:04 - C'est dur, c'est dur.
01:05 - Donc c'est compliqué.
01:06 - Et alors ?
01:07 - Alors je ne me mettrais pas un truc comme ça sur le livre.
01:10 - Et alors donc ce soir, juste après la diffusion de ce dernier Astérix, vous pourrez voir
01:14 ce passionnant documentaire sur la vie du dessinateur d'Astérix, Albert Huderzo, qui
01:19 en est aussi devenu l'auteur après la disparition de son ami René Goscinny.
01:22 Et c'est d'ailleurs sur cette amitié que s'ouvre le film Sylvie Huderzo, parce que
01:27 toute cette histoire part d'une amitié très très forte entre ces deux hommes, c'est
01:31 assez beau à voir ça dans le doc.
01:32 - Oui c'est gentil de le remarquer, mais c'est vrai qu'il n'était pas pensable de ne pas
01:38 parler de leur amitié entre mon père et René Goscinny.
01:42 Tout est parti de là, de cette amitié, parce qu'ils se sont rencontrés très jeunes,
01:48 sans un sou, l'un dessinait alors qu'il rêvait d'être scénariste, l'autre écrivait
01:53 ses scénarios alors qu'il rêvait d'être dessinateur.
01:55 Donc à partir de là, de cette amitié, ils ont compris de là où devaient mener leurs
02:01 chemins et voilà, aujourd'hui ils arrivent à Astérix et c'est une histoire incroyable.
02:06 - Et alors le doc revient évidemment sur la création de ces personnages d'Astérix
02:10 et Obélix qui auraient pu être très différents.
02:12 - Moi je le voyais évidemment, vers un rétorix, vous savez le grand beau guerrier blond, alors
02:19 je le voyais comme ça.
02:21 C'était pas du tout du goût de René qui m'a dit non, il faut absolument qu'on en
02:25 fasse un anti-héros, quelque chose de drôle, ce sera plus drôle à manier.
02:28 Bon alors donc on s'est mis d'accord, je faisais un peu la gueule, on va en faire un
02:34 petit et on en a fait un petit.
02:36 Et puis pour l'embêter, j'ai quand même fait un gros guerrier.
02:39 C'est comme ça qu'est né Obélix.
02:43 - Voilà, il est là Antoine Deconin, le ressort comique d'Astérix et Obélix, il y a un côté
02:48 Laurel et Hardy.
02:49 - Bien sûr, le duo, la recette du duo c'est…
02:51 - Je peux pas dire Deconé Garcia parce que physiquement ça colle.
02:54 - Non, c'est un petit gros aussi, n'hésitons pas à le dire.
02:59 Mais non, évidemment le duo ça marche, toujours les deux personnages complémentaires, Monsieur
03:03 le Royal, le blond.
03:04 - Et c'est ça qui est très très efficace dans cette saga.
03:07 On va continuer à parler de ce documentaire Uderzo sur le divan d'Astérix qui est diffusé
03:11 ce soir sur Canal, ce sera juste après la session de rattrapage de Jean-Luc Lemoyne.
03:16 A tout de suite sur Europe 1.
03:17 - Culture Média sur Europe 1, Thomas Hill avec vos invités.
03:21 Thomas vous recevez ce matin, Sylvie Uderzo et Antoine Deconin pour le documentaire Uderzo
03:26 sur le divan d'Astérix à voir ce soir sur Canal.
03:28 - Un documentaire très fort dans lequel on apprend des choses étonnantes sur le dessinateur
03:33 d'Astérix comme ceci par exemple.
03:34 - On a d'abord parlé de ses mains parce qu'il m'a expliqué qu'il était né avec des mains
03:39 qui avaient chacune six doigts et c'est là qu'il a commencé à me dire des choses incroyables
03:43 pour moi.
03:44 Il me dit "vous savez je ne vois pas bien les couleurs" alors de quoi il me parle ? Et
03:47 c'est là qu'il me raconte qu'au début il dessinait l'herbe rouge, pour pilote il avait
03:52 fait le cheval de Blueberry, il l'avait fait en vert, donc il était d'Altonien.
03:57 - Alors ça c'est quand même fou, c'est la voix d'Eric Fautorino qui nous raconte là
04:01 d'abord qu'Albert Uderzo n'était pas vraiment destiné pour devenir le plus grand dessinateur
04:05 français, il est né avec douze doigts à la naissance c'est ça ?
04:08 - Oui c'est vrai, c'est vrai qu'ils lui ont été retirés très rapidement.
04:13 - Pas les douze hein, mais à chaque côté.
04:16 - Les deux petits qui poussaient sur le côté de la main, je ne sais pas comment on peut
04:20 appeler ça.
04:21 - Il en gardait la trace d'ailleurs.
04:22 - Oui il avait deux petites boules et c'est ce que je dis dans le documentaire, c'est
04:25 qu'il disait que c'était ses pentes bonheurs.
04:27 - Et vous vous dites aussi qu'il n'avait pas du tout des mains de dessinateur.
04:30 - Non c'est vrai qu'il avait des mains de forgeron à la limite et ça étonnait tout
04:37 le monde en disant "mais comment tu peux faire un métier d'enfèvre avec des mains pareilles
04:41 ?"
04:42 - Et c'est ce qu'il dit, il dessina avec son coude en fait.
04:43 - Oui là c'est lié à son problème de main, il avait ce qu'on appelle la crampe de l'écrivain,
04:49 à force de dessiner il y a une forme de crampe, même pour les tennis-elbos pour les joueurs
04:54 de tennis.
04:55 Et donc c'est vrai qu'il devait manier sa main à l'aide de son coude parce qu'il
05:01 n'y arrivait pas sinon.
05:02 - C'est incroyable.
05:03 - Et plus il avait mal, plus son dessin était détaillé et encore plus merveilleux.
05:06 - Et alors en plus on apprend qu'il était donc daltonien.
05:10 - Oui c'est vrai.
05:11 - Il reconnaissait pas bien les couleurs.
05:13 - Moi j'ai pas envie de raconter une histoire parce que je me souviens que, c'est pas dans
05:17 le docu, mais un jour il y avait une table avec des crudités en pleine été et il me
05:23 dit…
05:24 - Il a bouffé la nappe.
05:25 - Non, pas jusque là.
05:26 Mais il a pris des haricots et des verres pour des carottes quand même.
05:29 Donc je me suis demandé s'il faisait pas une note du monde justement par rapport à
05:32 son handicap.
05:33 - Il vous demandait des coups de main à vous Saphie.
05:35 - Ça va.
05:36 - Il a découvert au bout d'un moment que vous étiez vous-même daltonienne c'est
05:40 ça ?
05:41 - On peut plus rien faire.
05:42 - C'est pas encore prouvé, mais c'est un peu vrai.
05:45 - D'accord.
05:46 Et alors ce qui est fou c'est que l'histoire continue aujourd'hui avec, après la disparition
05:51 d'Albert Uderzo.
05:52 Alors vous, vous étiez pas trop d'accord avec ça au début Sylvie, mais il faut reconnaître
05:56 que ça fonctionne toujours aussi bien et que l'univers est respecté même dans les
06:00 nouveaux albums aujourd'hui.
06:01 - Bien sûr, complètement.
06:02 - Et alors dans le doc vous posez la question à Alexandre Astier qui a réalisé deux films
06:06 animés d'Astérix.
06:07 Pourquoi Astérix ne vieillit pas ? On écoute sa jolie réponse.
06:10 - Je crois qu'un des paramètres qui fait qu'Astérix comme ça ne vieillit pas c'est
06:16 parce que ses deux créateurs en fait n'ont pas de marketing.
06:20 Je suis pas persuadé qu'ils se soient un jour posé la question de savoir ce qui allait
06:23 plaire au public.
06:24 Du coup, qu'est-ce qu'ils ont fait ? Ils ont fait ce qui les abusait.
06:26 Et quand on fait ce à quoi on croit, c'est très difficile d'être un gars.
06:30 Quand on s'est posé ces sales questions, qu'est-ce qui plaît, qu'est-ce qui plaît
06:34 en ce moment, qu'est-ce que les gens attendent, ça c'est la promesse de vieillir.
06:38 Et mal.
06:39 Astérix, ça ne peut pas vieillir parce que ça sent pas ça.
06:42 Je reconnais pas cette odeur de grayon là.
06:44 - Elle est belle cette réponse.
06:46 - Elle est magnifique.
06:47 Et d'une justesse surtout.
06:48 Elle a tout compris quoi.
06:49 - Comment ça se fait Antoine de Cône qu'Astérix comme ça arrive à traverser aussi facilement
06:53 toutes les générations ? Il n'y en a quand même pas beaucoup des comme ça.
06:56 - Bah il y a une forme d'esprit de résistance chez Astérix.
06:59 Il y a le petit gaulois qui se laisse pas faire par l'Empire, qui veut pas se soumettre.
07:05 Il y a la drôlerie, il y a beaucoup de tendresse aussi chez Astérix.
07:10 La relation avec Obélix, je sais pas, on sait jamais pourquoi ça marche à ce point-là.
07:16 - Et puis tous ses films aussi, ça a aussi quelque part modernisé la marque.
07:20 - Oui, ça a entretenu le mythe, mais quand je parlais de mythe, c'est vraiment devenu
07:24 un mythe.
07:25 Je pense que c'est un des Français les plus célèbres au monde, ce petit Astérix.
07:29 - Et un mythe français qui a été créé, en plus il faut le dire, par deux hommes qui
07:34 ne sont pas nés de parents français, c'est ce qu'on apprend aussi dans le doc.
07:38 Et ça c'est quand même incroyable, parce que le mythe gaulois, le mythe de la France
07:43 Astérix, finalement c'était pas des Français au départ.
07:45 - Peut-être qu'en fait, Éric Fautorino a certainement raison quand il explique qu'ils
07:49 étaient peut-être mieux placés qu'en étant vraiment Français pour avoir ce recul satirique
07:57 d'humour, parce qu'en fait ils sont arrivés tous les deux, ils ont voulu être plus Français
08:03 que n'importe quel vrai Français.
08:05 C'est ce qu'explique mon père aussi, c'est que les origines italiennes, il l'a pris un
08:11 peu comme un complexe d'infériorité quand il était enfant, et même longtemps, je pense
08:16 qu'il l'a vécu.
08:18 Donc en fait on s'intègre vraiment dans la culture du pays dans lequel on est accueilli.
08:24 - Et ça fait que ce mythe perdure et va durer encore je pense...
08:27 - Ah pour quelques siècles.
08:29 - A priori.
08:30 - Quand vous entendent que Bélénoze vous entend.
08:32 - Merci beaucoup en tout cas d'être venu ce matin, Huderso sur le divan d'Astérix
08:37 est diffusé ce soir à 23h sur Canal, après le dernier film Astérix et l'Empire du milieu
08:42 de Guillaume Canet.
08:43 Merci beaucoup Sylvie Huderso de parler aussi bien de votre père.
08:48 Antoine Decaune, j'en ai pas terminé avec vous, je vous garde encore un petit peu.
08:51 Bientôt 9h30 sur En Pas.
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