00:00 Et votre invité Philippe Vandel vous recevez Wissem Belghassem.
00:04 C'était l'ingé son de Jimi Hendrix, il était en train de faire du Jimi Hendrix.
00:08 Bonjour Wissem Belghassem, c'est ça les gars qui reviennent des Etats-Unis.
00:11 Bonjour.
00:12 Merci d'être avec nous dans Culture Média.
00:13 À l'adolescence vous aviez trois rêves, devenir footballeur professionnel.
00:16 Vous étiez au centre de formation du TFC à Toulouse, être un bon musulman et être un bon fils.
00:21 Et comme vous le dites, vous avez dû renoncer à ces trois rêves parce qu'en face de vous s'est dressé un mur, l'homophobie.
00:28 C'est ce que vous racontez dans "Adieu ma honte", une série doc en quatre épisodes à voir sur Canal+ Doc à partir de mercredi le 7 juin.
00:34 Et aussi dès aujourd'hui sur MyCanal.
00:36 Alors, la question de la découverte de l'homosexualité, des rejets qu'elle suscite, c'est malheureusement un sujet connu.
00:43 Mais il y a également le contexte.
00:45 Avant qu'on parle de foot, comment était perçue l'homosexualité dans votre famille,
00:49 et puisque vous en parlez dans la communauté musulmane en général ?
00:53 Chez moi, on n'en parlait pas, c'est un peu un non-sujet.
00:58 Et je raconte dans la série que moi, globalement, jusqu'à 20 ans, je n'entendrais jamais une parole neutre ou positive sur l'homosexualité.
01:04 Du coup, c'est difficile de se construire.
01:07 Et dans ma communauté religieuse, ça faisait partie de ce que j'entendais être les grands péchés.
01:11 Et si, d'annonciateurs de la fin du monde pour certains.
01:15 Donc, c'est dur de découvrir qu'on est homo dans un contexte comme celui-là.
01:20 On va raconter la façon dont vous le découvrez, parce que vous le découvrez très très tôt.
01:24 Il y a la question du football.
01:25 Vous racontez une histoire formidable qu'on a tous vécue, en tout cas moi que j'ai vécu,
01:28 c'est quand on met son premier but quand on est à l'école primaire.
01:31 C'est la première fois que vous jouez au foot avec vos copains.
01:34 Je me rappellerai toute ma vie du premier but que j'ai inscrit à l'école.
01:38 Il manquait des joueurs pour faire une équipe, et les grands, ils disent "vas-y, on prend Wissem".
01:43 Et là, il y a le coéquipier qui me fait la passe, je fais semblant de lui remettre,
01:46 je dribble mon vis-à-vis, je vois le goal qui est un peu sorti, je tire, ça le lobbe,
01:51 ça rentre dans les cages, et tout le monde me saute dessus.
01:54 L'euphorie a un niveau incroyable.
01:57 Je pense qu'à ce moment-là, je me suis dit "tu vas être vachement fort au foot,
02:02 parce qu'il arrivera un jour où les gens sauront que tu aimes les garçons,
02:07 et ça va décevoir beaucoup de monde.
02:09 Peut-être que si tu es super bon en sport, ça va un peu tempérer la déception.
02:14 - Vous avez donc ressenti très très jeune votre attirance pour les garçons,
02:18 et vous dites qu'à l'école primaire, vous aviez plein de petites copines.
02:21 Pour quelle raison ? A qui vous mentiez ? A vous-même ou aux autres ?
02:25 - A tout le monde, oui.
02:27 Je pense que très jeune, j'ai réalisé que ça allait être un souci d'être homo dans mon environnement,
02:33 et donc forcément, c'est fou les réflexes qu'on peut avoir dès l'enfance,
02:37 parce que je savais que la couverture ultime, ça allait être de collectionner les petites copines.
02:41 - Et vous aviez entendu une information qui désormais est totalement battue en brèche,
02:46 à savoir que l'homosexualité serait un choix, et vous disiez "tant mieux".
02:51 Pour quelle raison ?
02:53 - Parce que je me disais "tant mieux, si c'était un choix, je vais faire le choix de ne pas être homo".
02:56 Moi, dans un sens, ça me soulageait d'entendre ça à l'époque.
03:00 Mais cette notion de choix est extrêmement importante de nos jours,
03:04 et moi qui aujourd'hui travaille beaucoup avec les jeunes en centre de formation, en lycée, etc.,
03:09 il y a encore plein de jeunes qui pensent aujourd'hui que oui, c'est un choix,
03:12 et on le voit dans ma série, il y a plusieurs fois je pose des questions devant des équipes de football,
03:15 je leur dis "levez le bras si vous pensez qu'on choisit son orientation sexuelle",
03:19 et trois quarts des jeunes lèvent le bras.
03:21 - Vous jouiez au foot à Aix-en-Provence, dans un club modeste,
03:25 et puis sont venus des recruteurs, parce que votre réputation commençait à grandir,
03:30 sont venus des recruteurs du TFC, le grand club de Toulouse,
03:33 vous intégrez le centre de formation du TFC, bravo,
03:36 et là-bas vous avez tout fait pour donner le change,
03:39 écoutez le récit de ce qui se passait en dehors des matchs,
03:42 récit par deux anciens coéquipiers de Toulouse.
03:45 - Derrière le centre de formation à Toulouse, il y avait un bois,
03:48 où il y avait des gays qui avaient l'habitude d'y se retrouver,
03:51 et c'est vrai qu'il y avait entre guillemets une brigade qu'on appelait la brigade anti-gays,
03:56 le soir, comme des jeunes, on voulait rigoler,
04:02 on allait là-bas pour, entre guillemets, pour essayer de les trouver et les faire fuir.
04:08 - Lui-même, pour se convaincre qu'il n'était pas homosexuel,
04:12 il faisait des raptes, je ne sais pas comment on dit,
04:15 mais il allait bastonner des homosexuels.
04:18 - Vous alliez bastonner des homosexuels ou participiez à cette chasse aux homos,
04:22 dans quel état d'esprit ?
04:24 - J'étais détruit de l'intérieur, c'est l'épisode le plus sombre de ma vie à ce jour,
04:31 et j'espère qu'il n'y aura pas plus sombre,
04:33 mais c'est-à-dire que pour chasser ces pensées que j'avais dans ma tête,
04:37 il y avait un bois derrière le centre de formation où des homos se réunissaient,
04:40 et à deux reprises on est parti dans le bois et on l'explique en détail dans la série,
04:43 pour les faire fuir du bois, et je pensais qu'en les faisant fuir du bois,
04:46 ça allait potentiellement faire fuir ces idées de mon cerveau,
04:49 sauf que ça ne marche pas comme ça, bien évidemment.
04:51 - Puis vous passez au Krebs de Toulouse, je saute évidemment des étapes,
04:54 une sélection des meilleurs joueurs, vous n'êtes pas encore professionnel,
04:56 vous êtes aspirant pro, et là vous allez consulter une psychologue,
05:00 non pas une, mais une dizaine, toujours des femmes,
05:03 pour quelle raison, et vous attendiez quelle réponse de la part des psys ?
05:07 - Ah ben moi c'est simple, je pensais que j'étais malade psychologiquement,
05:11 c'est ce que j'entendais autour de moi,
05:13 et donc du coup, pourquoi j'en ai vu autant des psys à l'adolescence,
05:16 c'est parce qu'à chaque fois je venais et je disais "ben voilà j'ai un souci,
05:18 j'arrive pas à avoir du désir envers les femmes comme tous mes coéquipiers,
05:21 comme tous mes amis, aidez-moi".
05:23 Et donc à chaque fois les psys me disaient "ben non monsieur Belgacem,
05:26 il faut vous accepter tel que vous êtes",
05:28 et moi je refuse de démarrer une thérapie pour entendre ça,
05:31 et donc je dis "ben si vous ne m'aidez pas à changer, je vais moi changer de psy",
05:34 et j'ai démarré cette course un peu infernale au changement.
05:37 - Voilà, il y a ce secret que vous n'arrivez pas à extérioriser,
05:40 en même temps vous étiez tout le temps avec des filles,
05:42 votre maman raconte même qu'il y avait des filles qui venaient sonner à la porte de la maison,
05:44 parce qu'en même temps vous passiez pour le super beau gosse et le tombeur,
05:48 parce que vous aviez une tête de playboy,
05:50 pendant quelques années vous avez une petite amie,
05:52 tous vos amis disent que c'est une bombe,
05:54 aussi belle qu'intelligente et vice versa,
05:56 et vous révélez ce détail,
05:58 pour faire l'amour avec elle vous lui demandiez d'éteindre la lumière,
06:01 à cause d'une technique que vous aviez apprise au club, le TFC,
06:05 racontez la technique.
06:06 - C'est-à-dire que dans le football professionnel,
06:09 on a des préparateurs mentaux avec qui on travaille,
06:11 avant un match on fait des techniques de visualisation mentale,
06:13 et moi pour m'aider à avoir un rapport avec elle,
06:17 tristement je lui demandais d'éteindre la lumière
06:19 pour imaginer un garçon en face de moi,
06:21 ce qui me permettait de provoquer une érection, d'avoir un rapport.
06:24 Mais c'est hyper blessant de dire ça à qui que ce soit,
06:29 c'est un épisode que je regrette aussi amèrement.
06:31 - Télescopage avec l'actualité,
06:33 il y a quelques jours il y a trois joueurs du TFC
06:35 qui ont refusé de porter les maillots aux couleurs arc-en-ciel,
06:37 aux couleurs LGBT,
06:38 qu'avez-vous ressenti Wissam Belghassem ?
06:40 - J'étais absolument pas surpris,
06:43 très déçu, pas surpris,
06:45 parce que je baigne dans le milieu du football depuis toujours,
06:47 donc je connais la mentalité foot,
06:50 mais ça montre juste l'envergure du problème.
06:55 - Zakaria Aboukal, qui est musulman comme vous,
06:57 il a demandé à être respecté pour ses croyances,
06:59 vous avez essayé de l'appeler, de lui parler ?
07:01 - Non, je ne pense pas avoir grand-chose à lui dire,
07:03 si ce n'est que de ne pas utiliser une religion
07:06 qui est suivie par plus d'un milliard de fidèles,
07:09 il ne peut pas avoir le monopole de l'interprétation
07:10 de ce qu'est être musulman,
07:11 je suis musulman aussi,
07:13 et se positionner contre des violences,
07:14 pour moi c'est absolument évident.
07:16 - Merci beaucoup Wissam Belghassem pour cette parole,
07:19 je rappelle, Adieu ma honte, série en 4 épisodes
07:21 à voir sur Canal+ Doc à partir de mercredi le 7 juin,
07:23 à 21h, mais dès aujourd'hui sur MyCanal,
07:26 Culture Média continue après les infos de 10h,
07:29 notre invité c'est Marc Duguim,
07:31 on parle de son nouveau roman Tsunami.
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