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  • il y a 2 ans
À un moment où ces mêmes agences sont plutôt critiquées et en mal d’attractivité, les fondateurs de W, Denis Gancel et Gilles Deleris, publient ensemble Ecce Dico, abécédaire amoureux et illustré de la vie en agence. Un livre qui décortique le vocabulaire de la com, pour donner envie à toute une génération d’embrasser les métiers de la communication mais aussi pour permettre aux clients de mieux comprendre l’utilité et la pertinence des agences.

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Transcription
00:00 *Sous-titres par Christophe Chassol*
00:04 Et invité de A la Une cette semaine pour cette première émission, deux hommes,
00:08 Denis Gancelle, président fondateur de l'agence W, bonjour.
00:11 Bonjour.
00:12 Et Gilles Delerisque, cofondateur et directeur de la création de l'agence W, bonjour Gilles.
00:16 Bonjour.
00:17 Je trouve que cette rubrique A la Une vous va plutôt bien parce que ces derniers jours
00:20 je vous ai vu partout, dans toute la presse, pour promouvoir ceci, Etché, Dico, Abcd'Air
00:26 amoureux et illustrer de la vie en agence.
00:28 Le sentiment que j'avais en lisant la presse avant de livre l'ouvrage, c'était que ça
00:32 redonnait un petit peu de baume au cœur en cette rentrée aux agences qui sont ces temps-ci
00:37 un petit peu critiques et en mal d'attractivité.
00:40 Et je me suis posé la question de savoir, est-ce que c'était ça qui avait motivé
00:44 l'ouvrage ?
00:45 Gilles, Denis ?
00:46 Alors, il faut bien qu'il y en ait un qui commence.
00:49 D'abord, merci d'avoir noté ça Aurélie et merci de nous inviter.
00:52 Oui, c'était exactement ça.
00:55 L'idée, c'était non pas redonner le moral, mais tout simplement célébrer la vie en
01:02 agence telle que nous l'avons vécue, telle que nous la vivons.
01:05 Ça fait donc près de 30 ans que nous travaillons ensemble, on a eu la chance de créer notre
01:09 entreprise et en fait on s'est rendu compte d'un décalage, Gilles et moi, entre ce que
01:13 nous vivions, ce que beaucoup vivent et ce qui parfois a été retranscrit ou parfois
01:18 été perçu de la vie des agences et plus largement du métier de la communication
01:22 avec ce slogan funeste qui est "c'est de la com".
01:26 Alors, on s'est dit mais c'est embêtant parce qu'il y a 50 000 jeunes qui sortent
01:31 des industries culturelles et de la communication chaque année.
01:34 Au cœur des industries culturelles, le monde des agences, et Bertil Toledano et David Leclabar
01:39 le disent très bien dans le cas de la ACC, c'est un poumon, un poids économique, représente
01:44 un poids économique très important.
01:46 Donc, c'est une activité extrêmement importante.
01:48 Je dis ça pour les parents ou les grands-parents qui se demandent ce que feront leurs enfants
01:53 ou leurs petits-enfants dans ce métier.
01:55 C'est parfois mystérieux et ce qu'on a cherché à faire, c'est de témoigner du
02:00 fait que l'on pouvait construire une vie sur cette activité-là, qu'on rendait un
02:04 service qui était au cœur de l'économie, on en reviendra peut-être tout à l'heure,
02:08 et que peut-être on n'a jamais eu autant besoin des agences, jamais eu autant besoin
02:12 d'imaginaire dans le monde tel qu'il est, dans le monde économique.
02:15 Gilles, comment vous l'expliquez ce désamour-là ?
02:17 Le désamour, il est ancré depuis quelques années.
02:22 Il y a un sondage très fameux qui sort tous les ans, qui place les métiers de la communication
02:27 en avant-dernière position, juste devant les influenceurs et juste derrière les agents
02:31 immobiliers.
02:32 Donc, on peut se demander comment, effectivement, on en est arrivé là.
02:35 Mais nous, on ne voit pas ça de cette façon, naturellement.
02:38 On est des acteurs assez positifs et comblés par le travail que l'on mène.
02:43 Nous ne ferions pas ce métier, nous serions obligés de travailler.
02:46 C'est une phrase confucéenne, mais qui est le reflet de ce que nous vivons.
02:51 C'est-à-dire qu'on a la chance de faire un métier choisi, un métier où on passe
02:54 notre temps à croiser des gens absolument formidables, des talents créatifs multiples,
02:59 des photographes, des illustrateurs, des gens pleins de talents.
03:03 Et cette chance-là, on voudrait la faire partager.
03:06 Or, effectivement, il y a un certain nombre d'idées reçues qui circulent, qui sont
03:10 des propos quasi automatiques.
03:13 Denis citait "c'est de la com", mais en réalité, ce qu'il y a derrière, la com,
03:17 c'est de la merde.
03:18 Et c'est contre quoi nous avons eu envie d'écrire et de résister.
03:23 Pourtant, ça commence assez mal.
03:25 Je suis allée voir le premier mot, qui est donc, évidemment, "agence".
03:29 Je vous lis.
03:30 "Elle occupe une place bien inconfortable, celle d'intermédiaire, celle qui littéralement
03:36 se situe entre les clients et les prestataires, les consultants et les créatifs, le marteau
03:41 et l'enclume, entre soi aussi parfois.
03:44 Il n'y a que des coups à prendre, à rester là, entre où personne n'a envie d'être."
03:49 Et pourtant, vous, vous avez envie d'y être.
03:51 Oui, on y est très bien.
03:52 On n'a pas le temps, mais si on prolonge le paragraphe, on cite le philosophe François
03:57 Julien, qui explique que c'est dans les écarts que tout se passe.
04:00 Et qu'en réalité, effectivement, on dit "ne reste pas entre deux portes" ou "ne reste
04:06 pas dans les courants d'air".
04:07 Et on finit ce paragraphe en disant "mais c'est très important les courants d'air",
04:11 parce que c'est là où précisément on respire, c'est là où les idées fusent.
04:15 Et François Julien l'explique beaucoup mieux que nous en disant "quand il n'y a plus d'écart,
04:22 quand il n'y a plus de jeu, comme disent les philosophes chinois, c'est là où tout se
04:26 grippe, c'est là où tout se serre".
04:27 C'est très important ce que vous, qui êtes un média et que vous recevez beaucoup d'acteurs
04:33 de l'entreprise, ils témoignent tous d'un serrage à l'intérieur de l'entreprise.
04:37 C'est-à-dire que l'entreprise est devenue extrêmement sèche de l'intérieur.
04:41 Et là où autrefois on disait "c'est quoi l'idée", aujourd'hui on dit "c'est quoi
04:45 le process".
04:46 Pour des tas de raisons que vous connaissez, c'est qu'il n'y a plus de confiance, donc
04:48 on met des process partout, les tableurs Excel ont remplacé les tableaux de maître.
04:55 Nous, nous sommes des acteurs d'une conjugaison merveilleuse et mystérieuse et exigeante,
05:02 la conjugaison de la structure et de la fantaisie.
05:05 Aujourd'hui dans l'entreprise, il y a beaucoup trop de structure et il n'y a plus beaucoup
05:08 de fantaisie.
05:09 Je me suis rendue à la lettre C et j'ai trouvé "client" et "curiosité", là où Gilles
05:14 je m'attendais à trouver "création" forcément.
05:16 Comment vous avez fait le choix des mots et pourquoi "création" n'y est pas ?
05:20 Alors le choix des mots, comme on en échange parfois avec Denis, le mode opératoire, il
05:29 a été effectivement fait au fil de l'eau et nous n'avions pas l'intention de faire
05:33 invader MECOM sur ce qu'étaient les métiers d'une agence, mais comment on vivait à l'intérieur
05:38 d'une agence.
05:39 Donc la création elle est consubstantielle à nos métiers et c'est ce que nous avons
05:44 de mieux à vendre aujourd'hui.
05:46 Et du reste c'est la position que défend la ACC en effet depuis maintenant plusieurs
05:53 mois et le fait est, la création c'est l'air qu'on respire.
05:57 Donc on n'a pas éprouvé le besoin d'en parler particulièrement.
06:01 En revanche, la curiosité c'est le principal moteur de la créativité.
06:06 Et du reste je pense que si je me relisais attentivement, il doit y avoir le terme de
06:11 création dans la définition de la curiosité qui est pour moi une valeur absolument cardinale
06:18 et qui est probablement la première qualité qu'on attend des gens qui nous rejoignent.
06:24 Et qu'ils soient d'ailleurs créatifs ou qu'ils soient consultants.
06:26 La créativité est dans l'affaire de tous, la curiosité est également l'affaire de
06:31 tous.
06:32 Il y a une professeure de français que j'ai rencontrée il n'y a pas longtemps qui dit
06:38 "on a le droit de ne pas aimer mais on a le devoir d'être curieux".
06:40 Je crois que c'est une très jolie phrase qui s'applique aussi dans ce cas.
06:44 En effet, du reste c'est un combat de don quichotte que je ne gagnerai jamais mais on
06:51 fait des tas de formations dans les entreprises, on fait de la formation sur Excel, on fait
06:55 de la formation de prise de parole en public, on fait de la formation sur les outils de
06:59 vente, on fait des tas de formations comme ça qui sont absolument utiles.
07:02 En revanche tout ce qui relève de la culture générale et d'une curiosité qui est extraordinairement
07:07 nourrissante pour nos métiers n'entre pas dans ces catégories.
07:10 Donc moi je rêve d'un jour d'une évolution législative qui permettrait par exemple le
07:15 fait d'aller voir une expo comme étant considéré comme un acte de formation.
07:18 Parce que nous vivons de ça, nous sommes des éponges à sensibilité culturelle et
07:25 de se cultiver, d'être curieux, d'aller voir ce qui se passe à l'extérieur en dehors
07:29 de notre propre milieu, c'est un devoir.
07:32 Et c'est à ce compte là qu'on devient un bon créatif.
07:36 Oui, il y a d'ailleurs quelque chose d'assez encourageant, c'est que comme on le mentionne,
07:40 il y a de plus en plus d'anciens d'agence qui deviennent directeurs de la communication
07:44 ou directeurs des marques.
07:45 Et de même qu'il y a des directeurs de marques ou directeurs de communication qui
07:49 passent en agence.
07:50 C'est-à-dire ce qu'on a connu au début de notre parcours professionnel où on disait
07:53 de quel côté de la barrière es-tu et que cette barrière était extrêmement imperméable,
07:58 aujourd'hui elle est devenue très perméable.
07:59 Ce qui est très bien parce qu'en fait la formation qu'évoque Gilles, elle se fait
08:02 par des transferts de talent, des transferts de gens qui ont cet esprit curieux au cœur
08:11 duquel il y a l'intuition, il y a l'improvisation qui doit revenir dans l'entreprise.
08:15 Il n'y a pas assez d'improvisation, on ne fait pas assez confiance au bon sens de la
08:19 raison comme dit Roul Tabi.
08:21 Donc c'est intéressant cette porosité qu'il y a aujourd'hui, c'est pour ça que Etchedi
08:25 Co. ne s'adresse pas du tout qu'aux gens qui vivent en agence ou qu'aux étudiants.
08:30 Ça s'adresse à nos clients, ça s'adresse à tous les gens qui gèrent en fait cet actif
08:34 immatériel qu'est la marque ou qu'est l'ensemble du dispositif de communication
08:39 dont on sait que depuis que Ernst & Young a sorti son observatoire de la valeur immatérielle,
08:44 on sait que c'est l'immatériel qui fait la valeur.
08:47 Donc c'est-à-dire que quand nous disons que ce métier est le plus beau métier du
08:51 monde après l'architecture et la médecine et que c'est un levier économique majeur,
08:55 c'est prouvé par les faits.
08:56 Donc ce n'est pas de l'imagination parce qu'on est des joyeux drills out of the box
09:00 comme on dit.
09:01 C'est un métier qui est devenu extrêmement stratégique et qui débouche sur des sujets
09:06 de valorisation, de valorisation d'actifs y compris de valorisation boursière.
09:09 Un métier où il y a encore assez peu de femmes en tout cas des postes à responsabilité.
09:13 Il y a un long chapitre sur les femmes et vous dites "ni stock ni machine outil dans
09:18 nos entreprises, juste de la vie et de la matière grise rassemblées pour imaginer ensemble
09:22 des objets créatifs, accessibles, intéressants et respectueux des publics auxquels ils s'adressent.
09:28 Dans les agences, un homme sur deux est une femme.
09:31 Reste à savoir à quel étage on les trouve et dans quelle fonction.
09:34 Pourquoi messieurs, n'y a-t-il pas plus de femmes à la tête des agences en France ?
09:38 Oui, c'est un combat qu'il faut mener.
09:41 Denis Moir et pas mal d'autres collaborateurs de l'agence ont la chance d'enseigner et
09:48 on constate ça.
09:49 C'est un déséquilibre dès la formation de femmes qui sont dans les cursus.
09:57 À Sciences Po, il y a chez nous 80% de femmes et 20% de garçons dans les cursus de communication.
10:05 Or, dès lors qu'on rentre dans la vie professionnelle, on voit beaucoup de femmes au début de la
10:10 carrière et puis au fur et à mesure où on monte dans les étages, tout ça se disparaît
10:14 peu à peu et il y a un plafond de verre qui est très vite atteint.
10:18 C'est un combat qu'il faut mener parce qu'il est particulièrement urgent, encore
10:24 peut-être plus urgent dans nos métiers que dans d'autres types de métiers.
10:28 Pourquoi ? Parce que nous sommes des médiateurs.
10:29 Si vous mettez 10 mâles alpha autour d'une table, vous n'allez pas avoir les mêmes
10:34 réponses en termes de communication que si vous mettez un aréopage plus mélangé et
10:41 plus métissé.
10:42 Donc on a besoin de cette mixité, de cette diversité au titre de la biodiversité créative
10:48 et de la biodiversité de la perception du monde.
10:50 Comme nous sommes des médiateurs, c'est urgent.
10:53 Et c'est effectivement dommage que ça ne soit pas le cas.
10:57 Ça évolue, ça évolue lentement.
10:58 On voit qu'à la tête de l'ACC, on a un couple, un homme et une femme.
11:04 Tout ça est très positif.
11:05 Il y a beaucoup d'agences qui laissent de la place aux femmes.
11:08 Mais en particulier dans les métiers créatifs, c'est compliqué.
11:11 C'est compliqué parce que nos métiers sont des sports de combat.
11:14 Les femmes ne se sentent pas à tort, sans doute armées pour les affronter.
11:20 Il faut lentement et patiemment les conduire à se considérer comme telles.
11:27 J'ai un exemple très simple.
11:28 On fait pas mal d'entretiens d'admission dans les écoles et on voit des jeunes femmes
11:34 à qui on demande quel est leur projet professionnel.
11:37 Je me souviens d'une d'entre elles qui me dit "je voudrais devenir directeur de la
11:40 création".
11:41 Je lui dis "pardon, directeur, non, c'est devenir directrice de la création, allez-y
11:44 à fond".
11:45 Donc il y a cette intériorisation que tout cela est réservé à des hommes et puis les
11:50 hommes ne font pas beaucoup de place dans le même temps.
11:52 Donc il y a un vrai chantier à poursuivre et à mener.
11:55 Vous avez aussi consacré un long chapitre sur l'IA.
11:58 Il y a cinq pages sur l'intelligence artificielle qui, évidemment, rebat les cartes en matière
12:02 de création, que ce soit sur les textes ou sur les visuels.
12:05 Comment est-ce que vous voyez tous les deux le futur de vos métiers ? Je ne sais pas
12:09 comment vous avez envie de le qualifier, ce nouvel outil ou ce nouveau collaborateur ?
12:13 Je pense qu'on va répondre à deux voies, notamment parce que la maquette, Gilles va
12:16 en parler, a été faite à partir d'IA.
12:19 Il y a quelque chose qu'il faut dire peut-être en introduction, c'est de bien comprendre
12:25 la nature de ce qui se passe.
12:26 Parce qu'on pourrait dire l'IA, après tout, on a eu le métavers, on a eu NFT, maintenant
12:30 ils nous font le coup de l'IA.
12:33 Chaque année, il se passe quelque chose et voilà.
12:36 L'IA générative, en particulier, est vraiment d'une nature très particulière.
12:41 Avec Gilles, on se dit que depuis Galilée et Darwin, c'est la troisième rupture, j'allais
12:45 dire anthropologique, majeure, où l'homme s'aperçoit qu'il n'est pas au centre du
12:49 monde.
12:50 Et aujourd'hui, il s'aperçoit qu'il n'est pas au centre de la conception et de la création
12:56 d'objets qui, précisément, peuvent être des objets signifiants.
12:59 Donc, la portée de ce qui est en train de se passer est considérable, à plus d'un
13:03 titre.
13:04 La première chose, c'est que pour nos métiers, je commence par là, les agences, autrefois
13:09 on disait, moi j'ai été DIRCOM au début de mon parcours professionnel, directeur de
13:12 la communication, et on me disait, tu vas voir la différence qu'il y a entre faire
13:16 faire et faire.
13:17 Le DIRCOM, soi-disant, faisait faire et puis les agences faisaient.
13:19 Aujourd'hui, la difficulté, c'est qu'en fait, les agences n'auront plus faire puisque
13:23 l'IA va faire mieux que l'agence.
13:25 Donc, ces métiers, nos métiers, qui s'enorgueillissent d'être des métiers de fabaires, toute la
13:30 partie fabaire va disparaître.
13:31 À quel rythme ? Je n'en sais rien et on est bien malin celui qui le sait.
13:35 Du coup, il va falloir trouver un nouveau positionnement.
13:38 Et ce sur quoi nous allons, en tout cas c'est ce que nous écrivons et nous pensons avec
13:41 Gilles, c'est qu'on va devenir des éditeurs.
13:42 C'est-à-dire qu'on va être des professionnels du choix, du discernement.
13:48 Donc, plus que jamais, il faut que les professionnels de la communication travaillent sur leur œil,
13:53 se fassent l'œil.
13:54 Comme disait Mathis, l'œil est un métier.
13:56 Plus que jamais, l'œil va devenir un métier.
13:58 C'est un peu comme le métier de journaliste.
14:00 C'est-à-dire que ça va être un métier de discernement à telle enseigne qu'aujourd'hui,
14:04 vous avez dans des belles institutions comme Pétingaine, comme Camondo, avec notre ami
14:11 Étienne Mineur, des cours de promptes, des cours de référencement où on n'apprend
14:16 pas simplement à utiliser l'IA, on va apprendre aux élèves à discerner.
14:22 Non plus à faire, puisque la machine va faire mieux qu'eux et mieux que nous, mais à discerner
14:27 et ça va devenir un métier considérable puisque le potentiel de la machine est tel
14:33 qu'il va falloir faire ce que fait un éditeur, c'est-à-dire prendre des risques et faire
14:36 des choix.
14:37 Gilles, vous avez eu recours justement à l'IA pour les illustrations de cet ouvrage.
14:41 Comment est-ce que vous avez procédé ?
14:42 Alors d'abord avec une fascination pour ce petit ouvrage que j'ai apporté.
14:48 Qui n'est pas issu de l'IA lui pour le coup.
14:50 Qui n'est pas issu de l'IA, qui est le Petit Larousse illustré.
14:53 C'est une édition de 1923 que j'ai achetée et j'étais fasciné quand j'étais plus
14:59 jeune puisque chez mes grands-parents il y avait des vieilles éditions du Petit Larousse
15:03 illustré et je passais des heures à essayer de décrypter ce qu'on trouvait dans ces
15:08 lettrines tout à fait formidables de Jeanne Grasset à l'époque, donc un grand graveur
15:14 qui était le comble de la modernité de l'époque et j'essayais de décrypter et de découvrir
15:19 à travers la lettre A qu'il y avait un ara, un âne, un arabesque, un aéroplane, etc.
15:27 Et puis voyant début 1922 les premières plateformes grand public s'ouvrir à l'intelligence
15:35 artificielle, nous nous sommes dit et si au fond on confiait ce travail à une intelligence
15:41 artificielle et qu'on soit un siècle après en 2023 les créateurs à travers cette intelligence
15:50 artificielle de ces lettrines là.
15:52 Donc le travail s'est fait je dirais d'une manière très exploratoire pour connaître
15:57 précisément le potentiel à ce stade de l'évolution qui est absolument phénoménal.
16:03 On a subi trois ou quatre versions de Mille Journées qui en l'occurrence l'IA qui nous
16:11 a servi.
16:12 On a commencé avec la V2, on a fini avec la V5 avec des évolutions absolument phénoménales
16:18 et c'est absolument fascinant, c'est sidérant avec des phases lumineuses et des phases très
16:23 sombres de ces métiers et notamment celle qu'évoque Denis c'est que tout le corps
16:29 moyen de nos métiers va disparaître parce que ce ventre mou est remplaçable instantanément
16:35 par quasiment la totalité des dispositifs de cette nature.
16:40 En revanche effectivement si on parle un peu chiffre il y a 120 illustrations dans cet
16:49 ouvrage, il en a été produit 5000 et donc il a fallu faire appel au discernement, faire
16:55 appel au choix et avec ce que nous on estime ou espère être un regard aiguisé et un
17:01 peu intéressant de cette avancée technologique phénoménale.
17:07 Le discernement ça vous rapproche pratiquement d'un métier de conseil en stratégie du coup
17:13 pour les marques pour lesquelles vous travaillez ?
17:14 Mais que nous sommes, que nous sommes déjà.
17:16 Ce qui s'ajoute à ça c'est que ce qui est intéressant d'ailleurs c'est très intéressant
17:22 pour nos clients c'est que le métier a toujours été séquentiel.
17:26 Donc il y avait un début, il faut imaginer une ligne, vous avez un début qui commence
17:31 généralement par l'analyse de la problématique et ça se termine par et voilà une campagne
17:35 de pub, un dispositif de communication que sage et il y a les différentes étapes étaient
17:40 extrêmement définies à l'avance en tout cas puisque c'est la coupe du monde de rugby
17:43 on se passait le ballon les uns derrière les autres avec des équipes différentes et
17:46 il y avait des passages des effets de seuil comme dit Gilles d'une étape à l'autre.
17:52 L'image aujourd'hui qui est la plus pertinente c'est le cercle et avec au cœur l'IA.
17:58 C'est à dire que nous allons et nous avons aujourd'hui des dispositifs qui nous permettent
18:02 de travailler avec nos clients dans un mode foncièrement collaboratif.
18:06 C'est pour ça qu'au sein de l'agence on a créé un dispositif et une philosophie
18:10 qui s'appelle Brand Design Experience qui permet d'associer les clients.
18:13 Là nous sommes autour d'une table ronde dont on voit bien l'intérêt de la convivialité
18:18 et donc on n'est pas sur une ligne de chaîne pour reprendre Charlie Chaplin.
18:22 Donc c'est ça qui va se passer avec des modes de production qui permettent instantanément
18:28 d'avoir des résultats sur lesquels il va falloir se prononcer.
18:31 Je me permets une incise, on évoque le sujet du newbies et du fait que nous sommes un métier
18:38 à concours donc un métier à compétition.
18:40 C'est souvent très décrié et effectivement il faut calmer le jeu puisque la règle du
18:45 jeu économique est une absurdité pour tout le monde, absurdité pour les clients, absurdité
18:49 pour les agences et que malheureusement ça témoigne d'un déficit de confiance qui fait
18:53 que c'est les acheteurs qui règnent en maître et c'est pas très bon pour le métier.
18:57 Il faut qu'il y ait une mise en compétition, une mise en concurrence.
19:00 Mais ce qui est intéressant de l'IA c'est que l'IA va nous donner des moyens de productivité
19:05 qui vont nous permettre d'absorber aujourd'hui cette folie que sont des concours dont les
19:09 délivrables sont devenus pas raisonnables.
19:12 Pensez qu'il n'est pas rare sur les grandes compétitions que chacun des acteurs dépense
19:16 entre 100 et 200 000 euros d'out of pocket, c'est-à-dire de budget extérieur.
19:20 Ça veut dire que sur une compétition vous pouvez avoir un million de dépenses externes
19:24 avec seulement une agence qui peut gagner, donc un acteur, donc 20% des chances sur une
19:30 compétition à 5.
19:31 Ce qui est une absurdité, ce qui est une gabegie, je ne sais pas si des gens de Bercy nous écoutent
19:35 mais il y a beaucoup d'appels d'offres publiques, il faut calmer ça et il faut calmer la nature
19:41 des délivrables.
19:42 Parce qu'aujourd'hui les délivrables sont trop finis et dans les écoles d'art on dit
19:45 c'est un problème.
19:46 Parce que, et je termine, les livrables sont tellement bien définis, d'abord c'est très
19:52 coûteux, je n'y reviens pas, mais surtout que ça fixe les imaginaires.
19:55 Ça empêche ce que nous avons connu dans le début de notre parcours, c'est-à-dire
20:00 des crayonnées dans lesquelles l'imaginaire du client se projette et là on peut se concentrer
20:05 sur les aspects stratégiques, auréliques que vous évoquez et pas sur le détail du
20:08 fait que vous avez mis un jeune homme, est-ce que vous êtes sûr qu'il doit être habillé
20:13 comme ça ? On dit mais non, c'est une maquette.
20:14 Mais ça ne ressemble plus à une maquette.
20:16 Donc ça va nous amener à nous interroger au sein de la profession et avec les clients
20:21 en disant mais calmons cette folie, calmons cette folie pour revenir sur la stratégie
20:27 et la stratégie des idées.
20:28 J'ai une dernière question, je crois que c'est votre cinquième ouvrage commun tous
20:32 les deux.
20:33 Est-ce que, évidemment bien avant l'heure, c'est une sorte d'héritage que vous souhaitez
20:37 laisser ou un testament que vous souhaitez laisser à vos équipes chez W ?
20:40 Ah non, pas du tout.
20:44 Non, non, c'est un instant T, le sentiment d'une relative urgence de faire en sorte
20:52 que nos métiers soient à nouveau en haut de l'affiche, c'est-à-dire qu'on puisse
20:56 à nouveau recruter sans arrière-pensée des jeunes gens qui ne viendraient plus chez
21:00 nous un peu par défaut mais par envie et si à la fin de la lecture de cet ouvrage
21:05 on arrive à générer quelques vocations nouvelles, on pense qu'on aura fait livre
21:09 utile.
21:10 Donc non, d'abord on n'a pas une âme réellement testamentaire et puis l'histoire
21:18 n'est pas terminée.
21:19 Donc non, non, c'est une étape qui nous a semblé utile en fait.
21:23 C'est notre cinquième ouvrage, on a à peu près un ouvrage tous les deux ans.
21:26 Donc vous revenez dans deux ans.
21:28 On revient dans deux ans avec sans doute encore une plaisanterie de cette nature.
21:33 Merci beaucoup à tous les deux d'être venus sur le plateau de Markenstrasse.
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