00:00 Quand on vous parle d'exploitation minière, quelles images vous viennent en tête ?
00:03 Sûrement de profonds tunnels souterrains d'où l'on extrait du charbon,
00:07 les salles voûtées aux murs blancs des anciennes mines de sel,
00:09 ou les gigantesques entonnoirs formés des mines de terre rares exploitées à ciel ouvert.
00:14 En tout cas, il est assez peu probable que vous ayez pensé en premier au fond marin.
00:18 Et pourtant, restez avec nous, on vous explique tout de suite pourquoi les profondeurs océaniques
00:23 pourraient bien devenir notre prochaine source d'approvisionnement en métaux
00:26 et quels problèmes environnementaux cela pourrait bien poser.
00:29 A 4 km de profondeur, au fond de l'océan, se trouvent des concrétions mystérieuses
00:37 en forme de pommes de terre appelées nodules polymétalliques.
00:40 Depuis plus de 150 ans, nous savons que ces nodules contiennent des métaux précieux
00:44 tels que le manganèse, le cobalt, le nickel et le cuivre.
00:48 Bien que les nodules soient connus depuis longtemps,
00:50 leur exploitation a été largement ignorée jusqu'à présent.
00:53 Et pourtant, avec les problèmes croissants de la chaîne d'approvisionnement
00:57 et la concurrence sur le marché des véhicules électriques,
00:59 de plus en plus d'entreprises cherchent à tirer profit de ces nodules.
01:03 Les profondeurs sous-marines nous sont largement inconnues,
01:06 car lorsque nous descendons au-delà de 1000 m, toutes les formes de lumière disparaissent.
01:10 Pourtant, la vie persiste dans ces eaux sombres et profondes.
01:14 Des animaux uniques et incroyables ont évolué pour survivre dans ces conditions extrêmes.
01:18 On y trouve des pieuvres d'hombus translucides,
01:21 des grands gousiers avec leurs gosiers extensibles
01:24 ou encore des poissons vipères aux dents acérées.
01:26 Mais en vérité, ce qu'on y trouve surtout, ce sont des espèces encore aujourd'hui inconnues.
01:31 Malgré des efforts de recherche et d'exploration
01:33 par des véhicules sous-marins téléopérés et des missions habitées,
01:36 le fond de la mer reste largement inexploré.
01:39 Les fonds marins profonds représentent l'un des derniers écosystèmes sur Terre
01:43 qui ont été épargnés par l'Homme.
01:45 L'exploitation minière de ces nodules sous-marins
01:47 suscite des inquiétudes quant à son impact sur la vie marine.
01:51 Les premières enquêtes ont montré que ces nodules se concentrent
01:54 dans certaines zones du fond marin en raison de facteurs environnementaux
01:57 tels que l'oxygénation et les sources de métaux.
02:00 Les nodules se forment à partir de débris métalliques
02:02 qui réagissent avec l'oxygène et l'eau de mer pour former des couches de métal oxydé.
02:07 Ainsi, la majorité de ces nodules contiennent du manganèse et du fer,
02:11 mais des niveaux différents de cobalt, de lithium et de nickel
02:14 peuvent être trouvés selon leur profondeur.
02:16 Il faut savoir que la formation de ces nodules polymétalliques est très lente,
02:20 ne progressant que d'un millimètre environ par million d'années.
02:23 Les scientifiques sont aujourd'hui capables de prédire leur emplacement
02:26 en fonction des conditions environnementales.
02:28 La plupart de ces zones se trouvent dans les eaux internationales
02:31 et l'ONU a créé l'Autorité internationale des fonds marins
02:34 pour contrôler les activités minières.
02:36 Jusqu'à présent, aucune licence d'exploitation n'a été accordée,
02:40 mais 19 missions d'exploration ont été autorisées.
02:43 La plupart de ces missions se concentrent sur la zone Clarion-Cliperton,
02:46 juste au large des côtes mexicaines,
02:48 et couvrent une superficie d'environ 0,16% de la zone totale.
02:53 Les estimations du rendement potentiel d'un site minier de cette taille
02:57 sont d'environ 1,5 million de tonnes de nodules par an.
03:00 L'extraction de minéraux solides à grande échelle depuis les fonds marins
03:03 est un défi sans précédent.
03:05 Mais il faut dire que la valeur des gisements est indéniable,
03:08 avec une mine de cette taille offrant suffisamment de nickel
03:11 pour 400 000 batteries de voiture,
03:13 de manganèse pour 18 millions et de cobalt pour 100 000 voitures par an.
03:17 Pour localiser les zones riches en nodules,
03:19 les entreprises doivent d'abord envoyer des sous-marins autonomes
03:22 pour scanner et cartographier le fond de l'océan.
03:25 La résolution de ces scanners ne peut pas détecter les nodules individuels,
03:29 mais elle peut estimer la densité de leur répartition sur le fond marin.
03:33 Une fois les zones riches en nodules localisés,
03:35 il faut alors trouver un moyen de les extraire.
03:37 Un rover automoteur est abaissé au fond de la mer,
03:40 attaché à un navire de surface par une colonne montante rigide et un tuyau flexible.
03:45 Ce rover peut se déplacer en étant contrôlé à distance
03:48 et utiliser un jet d'eau pour déloger les nodules et les pousser dans le collecteur.
03:52 Cependant, transporter le matériau à la surface nécessite de nouvelles technologies.
03:57 Actuellement, deux mécanismes principaux ont été proposés.
04:00 Le premier consiste à pomper de l'air comprimé dans le tuyau,
04:03 ce qui crée la pression nécessaire pour soulever la matière première à la surface.
04:07 Malheureusement, ce mécanisme a un rendement énergétique très faible, de l'ordre de 15%.
04:12 La deuxième option pour l'extraction minière en haute mer
04:15 consiste à utiliser des pompes centrifuges submersibles le long de la montée rigide.
04:20 Cette méthode est actuellement la plus étudiée.
04:22 Une fois en surface, les nodules sont séparés du lysie résiduel
04:25 et séchés pour le transport vers le continent.
04:27 Et cela pose un problème, car la boue restante doit être canalisée et expulsée dans la colonne d'eau,
04:33 ce qui est l'une des principales préoccupations environnementales liées à ces opérations minières.
04:37 En effet, il est important de ne pas libérer la boue au sommet de la colonne d'eau,
04:41 car cela pourrait affecter plusieurs niveaux de l'écosystème océanique.
04:45 Au lieu de cela, les sédiments doivent être pompés au-delà des zones photiques et dysphotiques,
04:50 la couche de l'océan atteinte par la lumière du soleil.
04:53 Le pompage de sédiments bloquant la lumière interférerait
04:56 avec le phytoplankton et d'autres organismes photosynthétiques.
04:59 Une étude du MIT publiée l'année dernière a montré que les sédiments dispersés rapidement
05:04 dans les courants marins ne devraient pas interférer avec les filtreurs de la région.
05:08 Ils ont également trouvé que les sédiments extraits ne contenaient aucun élément toxique.
05:13 Cependant, et bien que les opérations minières ne produisent pas de déchets toxiques,
05:16 comme les opérations traditionnelles d'extraction du minerai,
05:19 elles peuvent porter préjudice aux espèces qui dépendent des nodules pour se reproduire et survivre.
05:24 Les nodules prennent des millions d'années à se former et toutes les espèces qui dépendent d'eux,
05:28 comme les poulpes qui y pondent ou les éponges marines qui s'y ancrent, se retrouveraient sans foyer.
05:33 Une étude menée au large des côtes du Pérou dans les années 80 a montré
05:37 que les perturbations du fond marin ne se sont pas toujours rétablies 33 ans après la collecte de nodules.
05:42 Cela souligne l'importance de comprendre l'impact potentiel de ces opérations sur l'écosystème de la colonne d'eau.
05:49 Les métaux tels que le nickel, le cuivre, le cobalt et le manganèse
05:52 sont nécessaires à la construction d'un avenir plus vert.
05:55 Mais malgré tout, leur extraction terrestre a des impacts négatifs sur l'environnement tel que la déforestation.
06:01 C'est pourquoi l'extraction haute mer de nodules pourrait être une solution plus favorable,
06:05 car elle réduirait les émissions de 80% pour le nickel, 76% pour le cuivre, 29% pour le cobalt et 22% pour le manganèse.
06:14 Cela est principalement dû à la faible consommation d'énergie de l'extraction et à son efficacité de transport.
06:20 Néanmoins, cela soulève le dilemme de savoir où collecter les matériaux nécessaires pour un avenir plus vert.
06:25 La destruction potentielle d'un système écologique sous-marin en vaut-elle la peine
06:29 si elle permet de sauver des systèmes en déclin à la surface de la Terre ?
06:33 Est-il plus facile de trouver une nouvelle source de métaux ou de résoudre les problèmes de l'exploitation minière actuelle ?
06:39 Ce sont des questions importantes auxquelles nous devons répondre avant d'exploiter ces ressources sous-marines.
06:44 Nous sommes confrontés au plus grand défi de notre temps, le changement climatique.
06:49 Les températures de la planète augmentent et les océans s'acidifient à cause de la quantité croissante de carbone qu'ils absorbent.
06:55 Nous devons passer aux énergies renouvelables au plus tôt et ces métaux peuvent aider à accélérer ce processus.
07:00 C'est pourquoi nous avons besoin de plus de scientifiques et d'ingénieurs talentueux pour résoudre ce problème.
07:05 Nous devons prendre une décision éclairée sur l'endroit où nous collectons les matériaux pour construire un avenir plus vert,
07:11 tout en étant conscients des conséquences potentielles sur les écosystèmes marins et terrestres.
07:16 Et vous, qu'en pensez-vous ?
07:17 Avec notre demande croissante en métaux, due à l'usage de plus en plus intensif des appareils électroniques,
07:22 de nos infrastructures, mais aussi du déploiement des énergies renouvelables gourmandes en terre rare,
07:27 les fonds marins peuvent-ils représenter l'avenir de l'extraction minière ?
07:31 Ou le sacrifice écologique est-il plus important que les bénéfices escomptés ?
07:35 Dites-nous tout en commentaire !
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