- il y a 3 ans
Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, est l'invité de Jérôme Cadet à 7h50. Il revient notamment sur l'échec relatif du G20 des ministres de l'Écologie, la semaine dernière.
Retrouvez les entretiens de 7h50 sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50
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00:00 Bonjour Christophe Béchu, ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
00:05 Merci d'être avec nous ce matin.
00:07 Christophe Béchu, ce mois de juillet sera le plus chaud jamais enregistré sur Terre,
00:12 estime l'ONU.
00:13 Son secrétaire général, Antonio Gutierrez, dit que notre planète est entrée désormais
00:18 dans l'ère de l'ébullition.
00:19 Vous revenez d'Inde où s'est tenu la semaine dernière le sommet du G20 des ministres de
00:24 l'environnement des 20 pays les plus industrialisés de la planète.
00:28 Rien, pas d'accord sur le plafonnement des émissions de gaz à effet de serre d'ici
00:32 2025 malgré les alertes.
00:35 C'est désespérant non ?
00:36 A certains égards ça l'est.
00:37 Je peux vous assurer que franchement le sentiment d'amertume, presque d'écœurement, devant
00:44 l'impossibilité de se mettre d'accord à 20 pays dans un contexte diplomatique quand
00:49 on voyait ce qui se passait à l'extérieur, dans le monde réel.
00:51 Vous l'avez dit, les records de température, la chaleur des océans qui est en train d'être
00:56 augmentée, les méga-feux au Canada et un blocage de la part de certains pays refusant
01:02 de parler ouvertement de charbon, refusant de parler ouvertement de la fin d'énergie
01:06 fossile, refusant de parler de pic d'émissions et s'abritant.
01:09 Ou derrière des arguments de mauvaise foi, ici c'est pas la COP et donc on n'est pas
01:13 là pour prendre des engagements nouveaux.
01:15 Ou derrière des prétextes pour diluer, pour retarder, pour rajouter une virgule avec un
01:20 décalage insupportable et avec l'actualité et avec ce que disent les scientifiques du
01:26 GIEC mais pas seulement.
01:27 De quel pays parle-t-on ? Russie, Chine, Arabie Saoudite ?
01:30 Exactement.
01:31 Le tiercé peut se faire dans plusieurs ordres mais à la fin c'est bien ça.
01:35 Avec des refus ou parce que ces pays sont eux-mêmes fortement producteurs ou parce qu'ils sont
01:42 dans des stratégies de désalignement d'un point de vue géopolitique qui consiste à
01:46 essayer d'éviter qu'on ait des consensus internationaux.
01:49 Mais vraiment, je peux vous dire que pour les autres pays qui étaient là, y compris
01:55 d'ailleurs pour l'Inde qui a plutôt été aidante en faisant en sorte de prendre des
01:59 engagements, il y a un sentiment de décalage par rapport à la réalité, d'impossibilité
02:07 à expliquer ce qui peut se passer dans une enceinte de ce type.
02:09 Il y a une seule bonne nouvelle si vous permettez Jérôme Calé.
02:11 Parce que quand même, et la bonne nouvelle c'est que sur la partie biodiversité, lutte
02:15 contre la pollution plastique, là on a des conclusions inédites avec une prise de conscience
02:21 de la nécessité de se mobiliser qui n'existait pas auparavant.
02:23 Mais pendant ce temps-là, la planète se réchauffe et à grande vitesse.
02:26 Les Chinois et les Saoudiens auraient même selon le journal Financial Times expliqué
02:30 que le G20 n'était plus le bon cadre pour parler de réchauffement climatique.
02:33 Un autre participant décrit des tactiques de destruction du débat jamais vues.
02:38 Est-ce que vous parleriez de retour en arrière ?
02:40 Ce qui est très juste c'est qu'on a eu droit à « ici c'est pas la COP ».
02:44 Et on sent que pour une partie de ces pays, l'enjeu c'était pas seulement de ne pas
02:47 arriver à un accord.
02:48 C'était qu'il n'y ait plus de COP, c'était qu'il n'y ait plus de G20 consacré
02:52 aux questions climatiques.
02:54 Comme si c'était une manière de dire que finalement le climat ça commence à bien
02:57 faire et que si on a déjà une réunion par an c'est largement suffisant.
03:00 Alors que c'est le défi auquel on est tous confrontés et qui emporte tous les autres
03:03 économiques, démographiques, sociales.
03:06 Et donc on ne peut pas juste détourner le regard quand ça arrange certains.
03:09 Quand ces pays producteurs de pétrole et de gaz vous disent « tant qu'il y aura
03:12 de la demande il continuera à y avoir de la production », qu'est-ce que vous répondez
03:16 ? On l'achète nous ce gaz et ce pétrole ?
03:17 Mais vous savez c'est exactement l'histoire de l'affaire de la poule.
03:20 C'est-à-dire qu'à un moment, regardez le débat qu'on a sur la fin des voitures
03:24 thermiques.
03:25 Avec des gens qui vous disent « on prend des risques pour notre industrie, vous vous
03:30 rendez compte, on va faire en sorte de… ». Si à un moment on ne décide pas de sortir
03:35 de cette dépendance aux énergies fossiles, on ira toujours trouver des justifications
03:39 pour aller faire des nouveaux forages, pour aller continuer à extraire une partie de
03:42 ce pétrole et de ce gaz, alors que nous savons que c'est la première cause de réchauffement
03:46 et que ce réchauffement est en train de produire un dérèglement généralisé de tout ce
03:50 qui fait de la vie sur Terre.
03:51 On peut tenir ce discours quand on a une compagnie française, Total Energy, qui précisément
03:55 va faire des nouveaux forages ?
03:57 Je dirais que non seulement on peut, mais qu'on doit le faire.
03:59 Mais c'est contradictoire.
04:00 Mais on parle de transition.
04:03 Ce que je suis en train d'expliquer c'est que précisément, si on veut sortir de cette
04:07 dépendance, il faut qu'on assume des décisions qui consistent à sortir de la voiture thermique,
04:13 à assumer un calendrier qui nous permet de diminuer la part de chauffage gaz.
04:17 Ça ne va pas se faire en cliquant des doigts.
04:18 Mais est-ce que vous pouvez dire aux Saoudiens « arrêtez de faire des nouveaux forages
04:20 » quand nous-mêmes on a une compagnie nationale qui va en faire de nouveaux ?
04:23 Votre compagnie nationale dont vous parlez, vous savez qu'elle fait une part absolument
04:30 faible désormais de son chiffre d'affaires en France et qu'elle est devenue mondiale.
04:33 Et que le fameux projet dont vous parlez, il se fait à la demande des autorités locales
04:36 dans un contexte malheureusement plus complexe.
04:39 Il n'y a plus aucun financement, il n'y a plus aucune assurance, il n'y a plus aucun
04:43 crédit de quelque sorte que ce soit qui nous conduit aujourd'hui à soutenir de l'exploration
04:48 fossile, quel que soit l'endroit dans le monde.
04:49 Mais la cohérence, elle est d'abord chez nous d'accentuer notre propre baisse et de
04:54 faire en sorte d'assumer la sortie des énergies fossiles.
04:58 C'est à ce prix qu'on pourra ensuite faire en sorte d'aller…
05:01 Donc c'est chacun chez soi, chacun ses responsabilités nationales ?
05:03 Non, on a besoin d'engagements internationaux, mais on ne peut pas s'abriter derrière
05:07 les engagements internationaux pour ne pas faire d'efforts chez soi.
05:09 Ou pire, dire tant que les autres ne font pas d'efforts, je ne commence pas à en
05:12 faire.
05:13 Chez nous, Christophe Béchut, l'actualité c'est la sécheresse qui touche de nombreuses
05:18 régions.
05:19 Vous étiez hier dans le département de l'Hérault.
05:21 Est-ce que le mois de juillet plus vieux qu'on a vécu sur une partie du pays change la donne
05:28 ou est-ce qu'on en est de l'état des nappes ?
05:30 C'est malheureusement pas parce qu'il pleut qu'on n'a pas de problèmes de sécheresse.
05:34 De la même manière que ce n'est pas parce que les températures sont plus basses que
05:36 les normales pendant quelques jours qu'il n'y a pas de dérèglement climatique.
05:39 Et c'est plus compliqué à expliquer.
05:41 J'ai bien conscience aujourd'hui, avec la météo sur toute une partie de la France,
05:44 que ce n'est pas simple.
05:45 Mais on a 62% des nappes de ce pays qui sont en dessous des normales de saison et on en
05:49 a 20% qui sont très basses.
05:50 Avec en particulier, sur le pourtour méditerranéen, du côté de la vallée du Rhône et du Saône,
05:57 on a eu une sécheresse l'été dernier qui nous a laissé des nappes vides et pas suffisamment
06:01 de pluie pendant ce qu'on appelle la période de recharge.
06:03 Les pluies d'été, les pluies de juin, c'est bien parce que ça permet de recharger un
06:08 tout petit peu les milieux.
06:09 Mais il y en a beaucoup qui est absorbée par la végétation parce qu'elle a soif
06:13 et il y en a beaucoup qui part en évapotranspiration.
06:15 Donc ce sont des pluies qui sont moins utiles que celles qu'on a pendant l'automne et
06:19 pendant l'hiver.
06:20 Donc on a besoin d'être attentif.
06:21 On a en ce moment dépassé le cap des 100 communes privées d'eau potable sur une
06:26 partie de ce pourtour méditerranéen.
06:27 Ça fait combien d'habitants ?
06:28 Un peu moins de 30 000 habitants quand on les additionne.
06:31 30 000 français qui avaient de l'eau potable il y a quelques mois et qui ne l'ont plus
06:33 aujourd'hui ?
06:34 Ou des gens qui avaient déjà des problèmes l'été dernier.
06:36 Ou certains, je pense par exemple dans les Roses, c'est pour ça que j'y étais hier,
06:39 qui n'avaient pas de problème l'année dernière mais qui en ont cette année.
06:41 Parce que précisément, faute de pluie, on s'est retrouvé avec des forages qui sont
06:46 passés à sec et avec des travaux d'interconnexion qui sont à conduire mais qui ne l'ont pas
06:49 été.
06:50 C'est un chiffre qui risque de grossir dans les semaines qui viennent ?
06:53 On est évidemment très vigilants.
06:55 Ce chiffre avait dépassé les 700 l'été dernier dans le contexte que nous connaissons.
06:59 Ce sont 500 travaux de sécurisation, d'interconnexion de réseau que le gouvernement a lancé en
07:04 septembre dernier après l'été record qu'on a vécu.
07:06 Donc je pense qu'on sera à un niveau moins élevé.
07:08 Mais on aura certainement à nouveau beaucoup de communes concernées par des coupures ponctuelles
07:14 ou temporaires comme c'est le cas.
07:15 On parle de l'eau.
07:16 Christophe Béchut y a en ce moment près de Bordeaux un projet de surf-parc.
07:19 Ce serait le premier en France.
07:21 100 000 mètres cubes d'eau pour surfer sur une vague artificielle.
07:24 La ville de Canet-Jean a accordé le permis de construire mais plusieurs associations
07:27 ont déposé hier un recours.
07:29 Elles mettent en cause la consommation excessive d'eau.
07:31 Qu'est-ce que vous pensez de ce projet ?
07:32 J'en ai pris connaissance hier précisément puisqu'il y a eu un peu d'actualité médiatique
07:38 sur tout ça.
07:39 C'est un projet qui à ce stade n'a pas reçu un aval de l'État, vous l'avez dit.
07:41 Il a été validé par une municipalité sur le plan local avec des promoteurs qui disent
07:45 que ça n'est que de l'eau de pluie et des opposants qui disent sans substance que
07:48 quand même faire à 50 km du large.
07:51 Un projet qui pourrait, si j'ai bien compris, brasser jusqu'à l'équivalent d'une centaine
07:55 de piscines olympiques par an.
07:56 Que ce soit d'un point de vue énergétique ou d'un point de suivi eau, ça interroge.
08:01 Le ministère va évidemment regarder le sujet.
08:03 Ça ne vous paraît pas pertinent ?
08:04 La minute c'est compliqué sur la base.
08:07 24 heures de recul et de deux articles lus dans la presse de vous donner un avis définitif.
08:11 Mais des interrogations de votre côté si je comprends bien.
08:14 Les articles de presse soulèvent des interrogations qui me semblent légitimes de la part du ministère
08:17 de la transition écologique, en tout cas du ministre que je suis.
08:19 L'actualité de ce 1er août, c'est aussi la fin du ticket de caisse obligatoire.
08:23 Aujourd'hui, désormais, les tickets de caisse ne sont plus distribués automatiquement.
08:27 Il faut les demander.
08:28 Tout cela pour lutter contre le gaspillage.
08:30 Est-ce que vous encouragez les Français à ne plus demander ces tickets de caisse ?
08:33 C'est effectivement la fin du ticket de caisse.
08:36 Et juste quand même, pour vous donner deux chiffres.
08:38 30 milliards, c'est le nombre de tickets qu'on imprime.
08:40 Et 90%, c'est le nombre de tickets qui sont imprégnés par du bisphénol qui est un perturbateur
08:45 endocrinien.
08:46 C'est à la fois un geste écologique de bon sens, même si, dans un certain nombre
08:51 de cas, en particulier pour avoir une garantie, pour pouvoir avoir un justificatif, on peut
08:55 toujours continuer à le demander.
08:57 Mais le geste écologique, c'est évidemment de ne pas le demander.
09:00 Et ça permet d'économiser des milliards de facturettes qui sont autant de consommation
09:05 d'eau et d'énergie.
09:06 Comment on vérifie qu'il n'y a pas d'erreur dans l'addition ? Ce qui est quand même
09:10 très régulièrement le cas.
09:11 Et c'est douloureux pour les Français, y compris en cette période d'inflation.
09:14 C'est la raison pour laquelle on a repoussé cette date.
09:17 Et je le redis, celui qui veut garder son ticket de caisse, il peut le demander.
09:21 Ce qui est aujourd'hui nouveau, c'est qu'il n'y a plus l'obligation pour le
09:24 commerçant de l'imprimer.
09:26 Donc ça avait déjà été devancé dans un certain nombre de commerces.
09:28 Si vous souhaitez vérifier, ça peut se faire sur le terminal numérique quand vous
09:32 êtes dans un restaurant avant que ça se termine, ou vous pouvez simplement demander
09:36 à ce qu'on vous imprime le ticket.
09:38 Mais si on a déjà la moitié des gens qui arrêtent de le demander, c'est 15 milliards
09:41 de tickets que nous économiserons.
09:43 Christophe Béchulle m'est arrivé de vous lire dans le journal du dimanche.
09:45 Ces journalistes sont en grève depuis 40 jours maintenant.
09:48 Ils protestent contre la nomination d'un proche d'Éric Zemmour à la tête de la
09:51 rédaction.
09:52 Geoffroy Lejeune qui prend ses fonctions aujourd'hui, est-ce que vous les soutenez ?
09:55 J'ai eu l'occasion d'être directement interpellé et de dire que je considère
10:02 que la position d'un membre du gouvernement ne peut pas être de s'exprimer dans un
10:06 conflit de nature éditoriale ou de ligne.
10:09 Je comprends leurs émotions.
10:10 Je suis frappé, je pense, comme beaucoup de Français et pas seulement comme des journalistes
10:14 par la constance de leur opposition à cette arrivée.
10:19 Parce que c'est assez rare de tenir 40 jours et d'avoir des taux de grévistes
10:22 qui se maintiennent entre 95 et 100%.
10:25 Pour autant, au nom de la séparation des pouvoirs, le gouvernement ne peut pas nommer
10:30 ou décider qui va prendre la tête de tel ou tel journal.
10:33 Ce serait particulièrement choquant.
10:34 Vous pourriez répondre à une interview du JDD dans les prochaines semaines, dirigée
10:37 par Geoffroy Lejeune ?
10:38 J'adore faire de la politique fiction.
10:41 Je veux dire que le début du mois d'août se prête sans doute aussi à ce genre d'exercice
10:44 estival.
10:45 Mais je répondrai à cette question le jour où elle me sera posée.
10:48 Merci à vous Christophe Béchu, invité de France Inter ce matin, ministre de la Transition
10:52 écologique et de la cohésion des territoires.
10:54 Très bonne journée à vous !
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