00:00 Bonjour à toutes et à tous, ravis de vous retrouver sur le plateau de Place aux Paysans.
00:08 Aujourd'hui, Place aux Paysans s'intéresse au changement climatique.
00:12 Les premiers sur le front sont bien sûr nos paysans.
00:15 Comment font-ils aujourd'hui pour s'adapter à la situation ?
00:18 C'est la question qu'on va poser à Bertrand Pallet du bureau de la Chambre de l'Agriculture
00:21 Loire.
00:22 Bertrand Pallet, bonjour.
00:29 Bonjour.
00:31 Est-ce que vous le sentez le changement climatique ou c'est juste un effet d'annonce ?
00:38 Non, on le sent depuis, on va dire depuis une vingtaine d'années.
00:41 On voit que ça s'amplifie, que les sécheresses, les canicules se multiplient et ça s'accélère.
00:46 Et c'est vrai qu'au quotidien, on le vit au quotidien sur nos exploitations.
00:50 On parle de cet été, mais est-ce que c'était l'un des plus chauds ? Parce qu'on a eu
00:54 76, on a eu 83.
00:55 Est-ce qu'on le met dans le même registre, celui de 2002 ?
00:58 En termes de sécheresse, on est sur à peu près comme 76.
01:03 En termes de température, on est largement au-dessus.
01:05 On est vraiment sur des niveaux, des intensités et des durées de canicule quand même assez
01:11 spectaculaires.
01:12 Alors, on essaye de s'adapter, mais quand on dit s'adapter, comment on peut s'adapter
01:16 face à cette situation ?
01:17 Pour s'adapter, il y a plein de solutions.
01:19 Il y a plein d'outils, plein de solutions.
01:22 Changement de culture, intégration de nouvelles cultures dans nos exploitations, date de mise
01:28 à l'herbe plus précoce.
01:30 C'est quoi la mise à l'herbe ?
01:31 La mise à l'herbe, c'est quand on lâche les bêtes au printemps.
01:33 On voit qu'après des études et puis même sur le constat sur le terrain, que l'herbe,
01:37 elle pousse un peu plus tôt.
01:39 Donc le mieux, c'est de lâcher les bêtes un petit peu plus tôt pour qu'elles profitent
01:42 de l'herbe présente.
01:43 Voilà, donc ça fait partie de solutions.
01:48 Désintensification, un petit peu moins d'animaux sur une exploitation.
01:51 Il y a tout un panel de solutions.
01:53 Est-ce que vous n'êtes pas un petit peu alarmiste ? Parce que moi, l'été dernier, l'été
01:56 2021, il n'était pas fouluchon fouluchon l'été.
01:59 Ah mais il ne faut pas confondre votre ressenti de touriste et d'agriculteur.
02:03 Ah, je n'ai pas de référence.
02:04 Non, l'année passée, c'est vrai qu'on a eu une année climatique assez intéressante,
02:08 on va dire, qui démarrait mal avec un printemps très sec.
02:10 Et la météo s'est améliorée, une pluviométrie plus forte.
02:13 Mais au global, quand même, si on prend Météo France, les données sont quand même sur
02:18 des températures assez élevées, peut-être un petit peu moins que cette année, moins
02:21 que cette année, mais quand même.
02:23 Il ne faut pas confondre ressenti et réalité.
02:25 Il y a des outils quand même pour vous aider là-dedans.
02:29 La déversité, c'est l'une des solutions, ce que vous disiez.
02:32 Oui, c'est de ne pas mettre tous ces jeux dans le même panier au niveau de l'exploitation,
02:35 d'avoir de la prairie, parce que c'est la base de nos systèmes dans le département,
02:39 mais également avoir de la culture, du maïs, des cultures diverses telles que le blé,
02:44 et puis également des nouvelles cultures, du sorgho, des nouvelles variétés qui arrivent.
02:48 Mais ça sert à quoi en fait ? Une prairie déjà, si on regarde une prairie, à quoi
02:51 elle sert ?
02:52 Une prairie, c'est pour nourrir les animaux.
02:54 De toute façon, une prairie, ça ne sert qu'à ça.
02:58 Le problème des prairies, c'est que vu les températures, vu les longueurs de sécheresse
03:02 qu'on a, elles souffrent, elles ne produisent plus rien, voire même elles disparaissent.
03:05 Au-delà de 20 degrés ?
03:06 Au-delà de 20 degrés, elles arrêtent de pousser.
03:09 Donc après, on peut introduire sur une partie de l'exploitation du maïs qui demande de
03:13 l'eau, mais qui pousse à des températures plus élevées, du sorgho.
03:16 Il y a plein de variétés qui arrivent, on fait des essais et puis on voit ce que ça
03:20 peut donner.
03:21 On va prendre, si vous voulez bien, la direction de Essertine en Châtelneuf, où Julien Derory,
03:25 qui est éleveur au GAC de Chazelle, nous fait un peu le constat de l'état des lieux
03:29 de cet été, juste avant de l'entendre.
03:31 Bon, ça devient jaune, mais ça repousse ?
03:34 Oui, mais on verra dans le sujet ce qui repousse, c'est de la mauvaise herbe.
03:39 Ce n'est pas super pour nourrir les animaux.
03:41 Et on va voir aussi comment il fait face, comment il s'adapte à cette situation.
03:45 Alors là, on peut voir que la prairie est vraiment sèche et on ne peut pas emmener
03:49 des vaches laitières dans une prairie comme ça.
03:51 C'est vraiment grillé, tchégrillé.
03:54 Et le peu qui est vert, ça, c'est des mauvaises herbes.
03:57 Les vaches ne font pas faire du lait avec des fourrages comme ça.
04:03 Le printemps 2022 était quand même assez sec.
04:08 Après, derrière un mois de juillet où il y a eu un millimètre, c'est presque jamais
04:12 vu, d'habitude il y a toujours quelques orages.
04:14 C'est pour ça que les vaches ne pâturent plus.
04:17 Aujourd'hui, on n'a que des génises qui pâturent encore sur des grandes surfaces,
04:22 avec très peu de génises à lecteurs.
04:24 Mais pour faire du lait, on ne peut pas envoyer des vaches laitières dans des pâtures comme ça.
04:28 La difficulté, c'est que, est-ce qu'elles vont vraiment repartir ?
04:31 Ces prairies, on voit que c'est vraiment mort, ça a brûlé.
04:36 On va tenter de ressemer avec certaines parcelles, mais tout ça, c'est un coup.
04:39 Des fois, il faut...
04:40 Et puis, si derrière, on se reprend un coup de chaud, des fois, il faut faire le bon choix.
04:45 Alors nous, en zone de coteau, on a un petit peu cette chance-là.
04:48 On grille facilement l'été, mais on peut profiter de l'automne et puis, je dirais,
04:54 début d'hiver.
04:55 Donc là, on a semé du colza.
04:57 On voit que la pluie des derniers jours a commencé à le faire pousser.
05:02 Donc ça, c'est quelque chose qu'on va pouvoir faire pâturer sur octobre et puis début novembre.
05:08 Tout ce qui est pris au départ, c'est toujours ça de pris, quoi, et d'économiser sur les stocks.
05:12 Donc du coup, en 2014, on a décidé de réaménager notre bâtiment.
05:19 Après, quelques années plus tard, on a refait la toiture.
05:23 Donc on a mis des panneaux solaires sur les pans sud et enlevé les plaques fibros,
05:27 qui ramenaient de la chaleur dans le bâtiment,
05:30 ce qui permet quand même de tenir le bâtiment un peu plus frais.
05:33 L'eau qui passe dans la brumisation, en fait, on ne peut pas dire que ça consomme beaucoup d'eau.
05:39 Parce que le fait que ça rafraîchisse les vaches, ça leur fait baisser la température
05:42 et donc elles consomment moins à la brouère.
05:44 On le vient d'être animal, c'est vrai qu'aujourd'hui, les vaches, on les sent bien.
05:48 Et ça permet aussi d'avoir du lait parce que quand il fait très chaud,
05:53 une vache, elle est bien autour de 10 degrés, comme nous, on est bien autour de 20 degrés.
05:58 Donc 4 à 40, pour elle, ce n'est pas supportable.
06:03 Elles ne vont plus vouloir sortir tellement qu'elles sont bien.
06:10 Là, on parle de bien-être animal, on est top là.
06:12 On est sur un bel exemple avec des brumisateurs, des ventilateurs, de l'aération,
06:18 des couvertures isolantes de toiture.
06:21 C'est l'une des solutions ?
06:23 Ça fait partie de l'ensemble des solutions.
06:25 Il y a plusieurs solutions.
06:27 Chaque exploitation, c'est ce que amène la Chambre de la Culture.
06:33 On a des études qui ont été faites au niveau régional.
06:35 Et ensuite, on essaye de les diffuser au plus près de nos agriculteurs
06:39 par de l'information et de la formation.
06:42 Et après, d'adapter à chaque exploitation, à chaque exploitant,
06:45 la meilleure des solutions ou les meilleures solutions.
06:47 On le montrait sur l'exploitation de Julien, je croyais qu'une vache mangeait de tout.
06:53 Elle mange de tout à condition que ce soit bon.
06:56 Ça fait du mauvais lait, c'est ça ?
06:58 Non, mais ça va faire moins de lait.
07:00 Pas du mauvais lait, mais moins de lait.
07:01 Et voire même, elles ne vont pas en vouloir.
07:03 Donc c'est vrai qu'il faut quand même que la prairie soit de qualité.
07:07 Et du coup, ça passe par changer un peu l'agriculture, varier un petit peu.
07:11 Varier, s'adapter, être opportuniste, chercher toutes les solutions qu'on a devant nous.
07:17 Merci à vous, Bertrand Palais.
07:19 Merci d'avoir suivi ce numéro de Place aux Paysans.
07:22 On vous dit à très vite.
07:24 [Musique]
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