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  • il y a 3 ans
Estelle Colin reçoit le Dr Alain Tolédano cancérologue, président de l'institut Rafaël où il développe de nouvelles thérapies pour le traitement des cancers. Le nombre de cancers a doublé en France depuis les années 90. Il revient sur ces chiffres alarmants qui ne sont pas surprenants d'après lui en raison du vieillissement des populations et des changements de modes de vie. 

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Transcription
00:00 Bonjour Dr Alain Tholedano, vous êtes donc cancérologue, président de l'Institut Raphaël où vous développez des nouvelles thérapeutiques,
00:08 euh, thérapies pour les traitements pour le cancer. Le nombre de cancers a lourdement augmenté en France, comment explique-t-on qu'il ait doublé depuis les années 90 ?
00:19 On parle, je vous donne un chiffre, de 433 136 nouveaux cas, c'est gigantesque. Vous vous attendiez à de tels chiffres ?
00:28 Oui, en partie, on a effectivement 4 millions de Français qui ont ou qui ont eu un cancer.
00:34 Tout le monde connaît quelqu'un qui en a eu un ou s'occupe de quelqu'un dans sa famille qui en a eu un.
00:38 Donc on s'y attendait, pour deux raisons essentiellement. D'abord le vieillissement de la population, on vit plus longtemps,
00:45 qu'il y a 30 ans, et tant mieux, et on vit plus longtemps en meilleure santé, enfin ça dépend.
00:50 Et l'évolution des modes de vie, ça peut avoir une répercussion très importante sur le nombre de cas ?
00:56 La population non seulement a augmenté, mais a changé son mode de vie. C'est comme ça qu'on peut expliquer aussi l'augmentation des cancers,
01:05 parce qu'on a une exposition à ce qu'on appelle les facteurs de risque. Les gens fument toujours autant, voire un peu plus en fonction…
01:12 Les facteurs de risque, c'est le tabac bien évidemment, c'est aussi l'alimentation, l'obésité…
01:16 Alors l'obésité c'est un facteur de risque, on peut avoir plus de cancer lorsqu'on est obèse, qu'on est en surpoids,
01:23 mais aussi ce qu'on appelle la sédentarité, le fait de faire un peu moins de sport.
01:28 Donc le tabac, la sédentarité, le surpoids sont des facteurs majeurs.
01:33 Il y en a un autre qu'on a tendance à oublier, qui donne des cancers, c'est la pollution.
01:37 La pollution autrefois, on pensait qu'elle donnait uniquement des cancers du poumon,
01:41 mais on est en train de s'apercevoir que par exemple le cancer du sein de la femme augmente avec la pollution,
01:46 et qu'il y a 10% des cancers du sein qui sont dus à ce facteur-là.
01:50 Alors dans cette étude, les jeunes sont de plus en plus touchés, comment on explique ce phénomène ?
01:57 On a plusieurs explications. Quand on parle de cancer, c'est jamais un seul facteur.
02:02 Alors on a bien sûr les modes de vie chez les jeunes aussi, la sédentarité, le surpoids, le tabac, on n'y déroge pas.
02:09 On est en train de se poser des questions sur tout ce qui est flore intestinale,
02:13 les microbes qu'on a dans notre organisme, qui permettent à notre organisme de tourner, ce qu'on appelle le microbiome.
02:19 On est en train de parler de certaines alimentations qui donneraient un déficit immunitaire,
02:24 une prédisposition à certains cancers, comme les cancers du côlon et du rectum chez les jeunes.
02:30 Alors je rappelle ce chiffre, 433 136 nouveaux cas de cancer en France.
02:36 Comment expliquer cette hausse ? Comment expliquer ce phénomène ?
02:40 On fait plus de dépistages qu'avant ? Par exemple, il y a des kits de dépistage que l'on peut commander à la pharmacie,
02:46 ça s'expliquerait aussi comme ça ou pas ?
02:48 Oui bien sûr. Alors on parle d'augmentation des cancers depuis 30 ans, mais il y a 30 ans il y avait 58 millions de Français,
02:54 maintenant on a 68 millions. Donc c'est normal statistiquement qu'on ait plus de cancers,
02:59 les gens vivent plus longtemps, on est plus nombreux. Mais il n'y a pas que ça, on dépiste mieux les cancers.
03:04 Tous les professionnels de santé sont aguerris, il y a une culture de dépistage.
03:08 Bien sûr qu'on a plus de cancers en France, mais on les guérit mieux.
03:12 Avant de parler de la guérison, je voudrais revenir sur un chiffre qui moi m'a saisi.
03:17 Les femmes sont particulièrement touchées, une augmentation de plus de 104% depuis les années 90, c'est énorme.
03:25 L'évolution des modes de vie explique en partie cela. Autrefois, il y avait moins de tabagisme chez les femmes,
03:32 elles ont rattrapé les hommes. Et on connaît ce type de phénomène lorsqu'on décrit,
03:36 vous savez qu'avant la ménopause, les femmes sont protégées du risque cardiovasculaire,
03:40 grâce à leurs hormones, et après la ménopause, on récupère un risque cardiovasculaire.
03:45 Donc c'est important d'avoir une grande vision panoramique quand on veut expliquer ces phénomènes,
03:50 mais les femmes et les hommes vivent maintenant de façon presque similaire.
03:54 Alors moi j'ai une question Alain Tollé, d'un côté la médecine progresse, de l'autre le nombre de cas flambe.
04:01 Ça veut dire quoi ? On en est où ? Qu'est-ce que la médecine apporte justement face à cette maladie qui est le cancer ?
04:10 On en guérit de plus en plus et c'est important de le dire.
04:13 Aujourd'hui quand vous dépistez un cancer du sein à un stade précoce, vous guérissez dans plus de 95% des cas.
04:19 Donc oui, on a plus de femmes qui ont des cancers du sein et bien d'autres cancers, mais on guérit mieux.
04:25 Après on peut dire aussi que 40% des cancers sont évitables. Je crois que c'est le message à donner.
04:31 Alors quand vous parlez de 40% de cancers évitables, c'est quoi concrètement ?
04:36 Si on travaille sur la diminution de la consommation d'alcool, la diminution de la consommation de tabac,
04:42 qui correspond à 20% des cancers, 30% de la mortalité par cancer, la sédentarité, le surpoids,
04:49 et aussi tous ces phénomènes qu'on cherche maintenant à développer.
04:52 Vous voyez, on parle d'un mouvement One Health, l'unité du vivant.
04:55 Le vivant humain, le vivant animal, mais l'environnement.
04:58 On doit se soucier non seulement de l'homme, mais l'homme dans son environnement.
05:02 C'est en travaillant sur ces problématiques d'environnement, de comportement, qu'on arrivera à faire mieux.
05:08 C'est là où vous êtes très partisan d'une médecine, ce qu'on appelle une médecine intégrative.
05:13 Ça veut dire une médecine qui prendrait en charge le côté émotionnel, le côté psychique,
05:18 le côté tout physiologique, physique.
05:22 C'est important d'aborder cette thématique du cancer avec une vision très différente ?
05:28 En général, lorsqu'on parle de santé, beaucoup de gens pensent que la santé, c'est l'absence de maladie,
05:34 et que les acteurs de la santé, ce sont des personnes qui vont traiter la maladie.
05:37 Mais en fait, effectivement, vous l'avez bien dit, la santé, c'est la santé émotionnelle,
05:42 la santé psychologique, la santé environnementale, la santé sexuelle.
05:46 Et intégrer toutes ces dimensions, c'est la santé d'aujourd'hui et de demain.
05:50 Est-ce que ce n'est pas utopique, c'est ma dernière question, dans cette société comme la nôtre,
05:55 ou à l'heure de l'hôpital en crise ?
05:58 Il faut redonner un sens au métier du soin.
06:00 On a de la chance en France d'avoir un beau système solidaire,
06:03 un million d'infirmières et d'aides-soignantes.
06:05 Il y a une crise de sens.
06:07 Se réoccuper de l'humain, travailler en termes de parcours santé, pas uniquement autour de la maladie,
06:11 et on fera des progrès et on guérira de plus en plus.
06:14 Merci beaucoup Alain Thollé, Dano.
06:16 Je rappelle que vous êtes cancérologue et président de l'Institut Raphaël.
06:19 Merci d'avoir été avec nous ce matin.
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