00:00 Bonjour Dr Alain Tholedano, vous êtes donc cancérologue, président de l'Institut Raphaël où vous développez des nouvelles thérapeutiques,
00:08 euh, thérapies pour les traitements pour le cancer. Le nombre de cancers a lourdement augmenté en France, comment explique-t-on qu'il ait doublé depuis les années 90 ?
00:19 On parle, je vous donne un chiffre, de 433 136 nouveaux cas, c'est gigantesque. Vous vous attendiez à de tels chiffres ?
00:28 Oui, en partie, on a effectivement 4 millions de Français qui ont ou qui ont eu un cancer.
00:34 Tout le monde connaît quelqu'un qui en a eu un ou s'occupe de quelqu'un dans sa famille qui en a eu un.
00:38 Donc on s'y attendait, pour deux raisons essentiellement. D'abord le vieillissement de la population, on vit plus longtemps,
00:45 qu'il y a 30 ans, et tant mieux, et on vit plus longtemps en meilleure santé, enfin ça dépend.
00:50 Et l'évolution des modes de vie, ça peut avoir une répercussion très importante sur le nombre de cas ?
00:56 La population non seulement a augmenté, mais a changé son mode de vie. C'est comme ça qu'on peut expliquer aussi l'augmentation des cancers,
01:05 parce qu'on a une exposition à ce qu'on appelle les facteurs de risque. Les gens fument toujours autant, voire un peu plus en fonction…
01:12 Les facteurs de risque, c'est le tabac bien évidemment, c'est aussi l'alimentation, l'obésité…
01:16 Alors l'obésité c'est un facteur de risque, on peut avoir plus de cancer lorsqu'on est obèse, qu'on est en surpoids,
01:23 mais aussi ce qu'on appelle la sédentarité, le fait de faire un peu moins de sport.
01:28 Donc le tabac, la sédentarité, le surpoids sont des facteurs majeurs.
01:33 Il y en a un autre qu'on a tendance à oublier, qui donne des cancers, c'est la pollution.
01:37 La pollution autrefois, on pensait qu'elle donnait uniquement des cancers du poumon,
01:41 mais on est en train de s'apercevoir que par exemple le cancer du sein de la femme augmente avec la pollution,
01:46 et qu'il y a 10% des cancers du sein qui sont dus à ce facteur-là.
01:50 Alors dans cette étude, les jeunes sont de plus en plus touchés, comment on explique ce phénomène ?
01:57 On a plusieurs explications. Quand on parle de cancer, c'est jamais un seul facteur.
02:02 Alors on a bien sûr les modes de vie chez les jeunes aussi, la sédentarité, le surpoids, le tabac, on n'y déroge pas.
02:09 On est en train de se poser des questions sur tout ce qui est flore intestinale,
02:13 les microbes qu'on a dans notre organisme, qui permettent à notre organisme de tourner, ce qu'on appelle le microbiome.
02:19 On est en train de parler de certaines alimentations qui donneraient un déficit immunitaire,
02:24 une prédisposition à certains cancers, comme les cancers du côlon et du rectum chez les jeunes.
02:30 Alors je rappelle ce chiffre, 433 136 nouveaux cas de cancer en France.
02:36 Comment expliquer cette hausse ? Comment expliquer ce phénomène ?
02:40 On fait plus de dépistages qu'avant ? Par exemple, il y a des kits de dépistage que l'on peut commander à la pharmacie,
02:46 ça s'expliquerait aussi comme ça ou pas ?
02:48 Oui bien sûr. Alors on parle d'augmentation des cancers depuis 30 ans, mais il y a 30 ans il y avait 58 millions de Français,
02:54 maintenant on a 68 millions. Donc c'est normal statistiquement qu'on ait plus de cancers,
02:59 les gens vivent plus longtemps, on est plus nombreux. Mais il n'y a pas que ça, on dépiste mieux les cancers.
03:04 Tous les professionnels de santé sont aguerris, il y a une culture de dépistage.
03:08 Bien sûr qu'on a plus de cancers en France, mais on les guérit mieux.
03:12 Avant de parler de la guérison, je voudrais revenir sur un chiffre qui moi m'a saisi.
03:17 Les femmes sont particulièrement touchées, une augmentation de plus de 104% depuis les années 90, c'est énorme.
03:25 L'évolution des modes de vie explique en partie cela. Autrefois, il y avait moins de tabagisme chez les femmes,
03:32 elles ont rattrapé les hommes. Et on connaît ce type de phénomène lorsqu'on décrit,
03:36 vous savez qu'avant la ménopause, les femmes sont protégées du risque cardiovasculaire,
03:40 grâce à leurs hormones, et après la ménopause, on récupère un risque cardiovasculaire.
03:45 Donc c'est important d'avoir une grande vision panoramique quand on veut expliquer ces phénomènes,
03:50 mais les femmes et les hommes vivent maintenant de façon presque similaire.
03:54 Alors moi j'ai une question Alain Tollé, d'un côté la médecine progresse, de l'autre le nombre de cas flambe.
04:01 Ça veut dire quoi ? On en est où ? Qu'est-ce que la médecine apporte justement face à cette maladie qui est le cancer ?
04:10 On en guérit de plus en plus et c'est important de le dire.
04:13 Aujourd'hui quand vous dépistez un cancer du sein à un stade précoce, vous guérissez dans plus de 95% des cas.
04:19 Donc oui, on a plus de femmes qui ont des cancers du sein et bien d'autres cancers, mais on guérit mieux.
04:25 Après on peut dire aussi que 40% des cancers sont évitables. Je crois que c'est le message à donner.
04:31 Alors quand vous parlez de 40% de cancers évitables, c'est quoi concrètement ?
04:36 Si on travaille sur la diminution de la consommation d'alcool, la diminution de la consommation de tabac,
04:42 qui correspond à 20% des cancers, 30% de la mortalité par cancer, la sédentarité, le surpoids,
04:49 et aussi tous ces phénomènes qu'on cherche maintenant à développer.
04:52 Vous voyez, on parle d'un mouvement One Health, l'unité du vivant.
04:55 Le vivant humain, le vivant animal, mais l'environnement.
04:58 On doit se soucier non seulement de l'homme, mais l'homme dans son environnement.
05:02 C'est en travaillant sur ces problématiques d'environnement, de comportement, qu'on arrivera à faire mieux.
05:08 C'est là où vous êtes très partisan d'une médecine, ce qu'on appelle une médecine intégrative.
05:13 Ça veut dire une médecine qui prendrait en charge le côté émotionnel, le côté psychique,
05:18 le côté tout physiologique, physique.
05:22 C'est important d'aborder cette thématique du cancer avec une vision très différente ?
05:28 En général, lorsqu'on parle de santé, beaucoup de gens pensent que la santé, c'est l'absence de maladie,
05:34 et que les acteurs de la santé, ce sont des personnes qui vont traiter la maladie.
05:37 Mais en fait, effectivement, vous l'avez bien dit, la santé, c'est la santé émotionnelle,
05:42 la santé psychologique, la santé environnementale, la santé sexuelle.
05:46 Et intégrer toutes ces dimensions, c'est la santé d'aujourd'hui et de demain.
05:50 Est-ce que ce n'est pas utopique, c'est ma dernière question, dans cette société comme la nôtre,
05:55 ou à l'heure de l'hôpital en crise ?
05:58 Il faut redonner un sens au métier du soin.
06:00 On a de la chance en France d'avoir un beau système solidaire,
06:03 un million d'infirmières et d'aides-soignantes.
06:05 Il y a une crise de sens.
06:07 Se réoccuper de l'humain, travailler en termes de parcours santé, pas uniquement autour de la maladie,
06:11 et on fera des progrès et on guérira de plus en plus.
06:14 Merci beaucoup Alain Thollé, Dano.
06:16 Je rappelle que vous êtes cancérologue et président de l'Institut Raphaël.
06:19 Merci d'avoir été avec nous ce matin.
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