00:00 L'invité éco, Isabelle Raymond.
00:04 Bonsoir à tous, ce soir l'invité éco de France Info est le patron d'Orpea, groupe
00:09 d'Epad privé qui a défrayé la chronique il y a un an et demi de cela avec la sortie
00:13 du livre "Les Faussoyeurs".
00:14 Depuis vous avez repris les rênes du groupe.
00:17 Laurent Guillaume, bonsoir.
00:18 Bonsoir.
00:19 Vous êtes le directeur général d'Orpea.
00:21 Ce scandale a révélé entre autres choses des malversations financières très importantes
00:26 de la part de ses dirigeants de l'époque, laissant Orpea au bord de la faillite avec
00:30 une dette de quasiment 10 milliards d'euros.
00:32 Alors aujourd'hui c'est bon avec l'aide de l'Etat par le biais de la Caisse des
00:37 dépôts, son bras armé financier.
00:38 Vous êtes parvenu à un accord.
00:40 Ils entrent au capital et ça vous permet de repartir de l'avant ?
00:44 Ils vont rentrer au capital en effet à la fin de cette année.
00:47 Pour l'instant nous en sommes à la période où on doit faire voter l'ensemble des classes,
00:52 la dizaine de classes qui composent nos créanciers.
00:54 Et puis après ça nous allons devant le tribunal de commerce pour faire valider s'ils le
00:59 souhaitent ce plan.
01:00 Mais en fait on n'a pas attendu pour repartir de l'avant.
01:03 Ça fait déjà un an qu'on travaille sur nos trois priorités principales qui sont
01:07 de remettre nos salariés et nos employés au centre en prenant soin d'eux pour qu'ils
01:12 prennent soin de nos patients et de nos résidents.
01:14 Évidemment nos patients et nos résidents.
01:15 Et puis j'irai de l'intérêt général à l'intérêt collectif de l'entreprise.
01:18 Mais cette dette abyssale, c'était quand même un boulet au pied d'Orpea.
01:22 Vous avez commencé à le mentionner, vous faites voter les différents actionnaires.
01:27 Les petits actionnaires sont particulièrement mécontents, les actionnaires minoritaires.
01:32 Demain ils vont se prononcer lors d'un vote pour dire qu'ils sont contre ce plan de
01:36 restructuration qui leur fait perdre beaucoup d'argent.
01:39 Ils se disent spoliés.
01:40 Est-ce que vous le comprenez ?
01:41 Je comprends parfaitement.
01:43 Ils ont été spoliés, je ne sais pas, parce que ce n'est pas vraiment le cas.
01:47 Ils ont été trompés par la direction générale précédente qui a eu à la fois de l'enregistrement
01:53 personnel mais également qui s'est développée à l'international de façon inconsidérée,
01:59 échevelée, gigantesque et qui a mis l'entreprise dans la situation dans laquelle elle est aujourd'hui.
02:04 La loi sur les restructurations financières fait qu'aujourd'hui la conséquence c'est
02:10 que les petits actionnaires mais aussi les gros actionnaires, en fait tous les actionnaires
02:14 n'ont plus de valeur dans leurs actions.
02:16 C'est un moindre mal, c'est un mal nécessaire selon vous ?
02:20 La priorité c'est l'intérêt social de l'entreprise, c'est l'intérêt des
02:24 76 000 salariés qui composent cette entreprise et l'intérêt de nos 250 000 patients résidents
02:30 que nous soignons au quotidien, que nous accompagnons au quotidien.
02:33 Ce sont des patients qui sont parmi les plus fragiles, des personnes âgées, des personnes
02:39 avec des troubles psychiatriques ou des personnes qui ont besoin de rééducation.
02:43 Au delà de la restructuration financière, vous avez changé tout le conseil d'administration,
02:48 aujourd'hui présidé par l'ancien patron de la SNCF, Guillaume Pépy.
02:51 Vous avez également changé tout le management.
02:53 Diriez-vous que la confiance est revenue avec les salariés d'Orpea ?
02:58 Avec les salariés d'Orpea, nous avons engagé un dialogue social dès notre arrivée,
03:02 un dialogue social qui a été fourni.
03:04 Nous avons conclu plus de 6 accords à l'unanimité des représentants du personnel évidemment,
03:14 qui étaient à l'intérieur et ceux qui étaient à l'extérieur également.
03:17 Et nous avons conclu les deux premiers accords de NAO, de négociation annuelle obligatoire,
03:22 aboutis de l'histoire d'Orpea, qui conduit à des revalorisations salariales.
03:26 Donc ça veut dire que vous avez augmenté les salaires, ça permet aujourd'hui de faire
03:29 venir des gens chez Orpea dont l'image est quand même considérablement dégradée aujourd'hui.
03:34 Aujourd'hui nous sommes beaucoup plus attractifs.
03:36 Je vais vous donner un exemple.
03:39 Nous avons essayé de recruter, il y a trois mois, 70 directeurs d'établissement.
03:44 Sur 70 directeurs d'établissement, nous avons eu 600 candidatures.
03:47 70 directeurs d'établissement, ça veut dire que vous avez congédié, licencié tous
03:51 les directeurs d'établissement ?
03:52 Non, nous avons 350 établissements en France.
03:55 Il y a une rotation normale.
03:57 Normal, c'est quand même énormément de directeurs d'établissement qui sont partis.
04:01 C'est énorme qu'ils soient partis, mais il y a une rotation normale parce qu'il
04:03 y a des gens qui vont changer d'établissement, qui vont ailleurs.
04:07 Et puis il y a des personnes qu'on a fait partir en effet.
04:09 Mais c'est la vie normale d'une entreprise.
04:11 Mais vous voyez, le point principal, c'est que quand on fait un appel à candidature pour
04:16 70 directeurs d'établissement, nous avons 600 candidats qui se présentent.
04:20 Et donc ça veut dire que l'image d'Orpea n'est pas dégradée aujourd'hui parmi le
04:24 personnel qui travaille dans les EHPAD ?
04:25 Il y a encore un travail gigantesque à faire devant nous.
04:29 Je ne dirais pas aujourd'hui que tout est réglé.
04:31 Mais on voit bien que l'image est en train de changer, l'image progresse et qu'on
04:36 continue à être attractif d'un point de vue des salariés.
04:39 Alors, attractif vis-à-vis des salariés.
04:42 Est-ce que vous l'êtes désormais vis-à-vis des familles ? Est-ce que vous avez perdu
04:47 énormément de familles avec ce scandale ?
04:50 Non, il n'y a pas de familles qui sont parties.
04:53 Parce que les familles qui connaissent nos établissements, qui connaissent l'engagement
04:57 au quotidien de nos salariés, c'est ça qui compte pour les patients et les résidents.
05:02 Les gens qui connaissent Orpea, la grande majorité sont là, nous soutiennent et sont
05:08 là à côté de nos directeurs d'établissement et de nos personnels pour les soutenir l'année
05:13 dernière et maintenant apprécient le travail qu'ils font.
05:16 Après, nous avons eu quelques difficultés à avoir de nouveaux résidents.
05:21 Ça a été clair.
05:22 Ça a été clair au début de l'année dernière.
05:24 On a vu notre taux d'occupation qui baissait pour cette raison-là.
05:27 Et maintenant, elle baisse à peu près de 4 points à l'époque, passant de 89 à 85.
05:33 Et puis désormais, on est dans une période où il y a des hausses, il y a des baisses.
05:36 On est assez stable et on voit bien qu'on commence à regagner de la confiance et on
05:40 commence à améliorer la situation.
05:42 J'ai lu que vous vouliez devenir une entreprise à mission l'an prochain.
05:45 L'idée, c'est quoi ? C'est de changer définitivement d'image ?
05:48 Pas l'an prochain.
05:50 Je n'ai pas dit l'an prochain.
05:51 J'ai dit qu'on allait devenir une société à mission un jour.
05:54 Il y a un chemin pour le faire.
05:56 Il ne s'agit pas de repeindre la maison en verre ou de la repeindre.
06:00 Il s'agit de faire le travail de fond et que ce travail de fond sur la qualité de
06:05 vie au travail, sur la qualité du soin et de l'accompagnement, sur nos respects de
06:10 l'environnement, qu'il soit vérifié dans le cadre d'un comité de mission, puis
06:14 d'un organisme tiers indépendant.
06:15 Ça se fait quand on est société à mission.
06:17 C'est un chemin.
06:18 Ce n'est pas pour tout de suite, immédiatement.
06:20 Le chemin passe par l'établissement de nos valeurs.
06:23 C'est ce qu'on nous a fait récemment avec l'ensemble de nos collaborateurs.
06:26 Nous avons établi quelles sont les valeurs autour desquelles on se rejoint quand on est
06:31 parti du groupe Orpea.
06:32 Et puis, nous avons travaillé sur notre raison d'être.
06:34 D'ici probablement la fin de l'année, on est en train de travailler avec les équipes.
06:38 Donc, ce n'est pas une démarche qui est top down où je décide quelle est la raison
06:43 d'être.
06:44 On travaille avec les équipes, avec tout le nom parti prenant, notamment le conseil
06:46 d'administration et nos investisseurs pour décider quelle va être avec nos salariés,
06:52 quelle va être la raison d'être de l'entreprise.
06:54 Donc, on pourra sortir d'ici la fin de l'année, je pense.
06:58 Et donc, notamment avec la Caisse des dépôts, vous avez également prévu de changer de
07:01 nom ? Et ce sera ma dernière question ?
07:02 On changera certainement de nom un jour.
07:05 La date n'est pas décidée.
07:06 Ce sera le moment où on sera prêt et on sera suffisamment satisfait du travail effectué
07:13 pour pouvoir matérialiser le changement par ce changement de nom.
07:17 Merci beaucoup Laurent Guillot, directeur général du groupe Orpea.
07:21 Invité Echo de France Info ce soir.
07:23 Merci beaucoup.
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