00:00 Qui est-ce qu'on aurait envie de suivre dans un film qui s'appelle "Vers un avenir radieux" ?
00:03 Ben c'est Nani Moretti, évidemment.
00:06 Je veux quitter Giovanni, mais je n'y suis pas capable, je n'y arrive pas.
00:09 On parle de tout, de politique, de cinéma, de travail, de tout, sauf nous deux.
00:13 Je suis si fatigué, comme dit ma mère.
00:17 Exactement.
00:18 Je peux dormir ici, ce soir, sur le sol, tu vas bien ?
00:21 Ou tu as des affaires ?
00:22 Je vais bien.
00:23 J'ai les somnifères, les antidépressifs, la crème pour le visage, tu en as ?
00:27 Excusez-moi, mais les antidépressifs ?
00:28 Et comment fais-tu sans la crème pour le visage ?
00:30 C'est le retour de Moretti à sa zone de confort, on va dire, ce qu'il fait de mieux,
00:35 c'est-à-dire la comédie égotiste, où ça parle beaucoup de lui, forcément,
00:41 ça parle beaucoup de politique et ça parle beaucoup de cinéma aussi.
00:44 C'est un peu le vieux tonton, un peu ringard, mais qui le sait.
00:49 Et c'est ça qui est très passionnant dans le film et qui fonctionne vraiment bien,
00:52 c'est-à-dire qu'il se met en scène en homme largué, par l'époque, par la jeunesse,
00:58 par le cinéma, par sa femme.
01:00 Et c'est sur la partie où il est largué par le cinéma qu'il m'intéresse le plus,
01:03 c'est-à-dire qu'il en vient dans un geste très hellenien.
01:08 On pense notamment à la séquence de Danny Hall,
01:11 dans laquelle Woody Allen tirait de derrière une affiche un intellectuel américain,
01:17 McLuhan, pour le faire intervenir.
01:19 Et lui, Nanny Moretti, il va chercher Renzo Piano,
01:22 parce qu'il veut discuter de cinéma et d'esthétique,
01:25 et de questions éthiques et de questions d'art.
01:27 Et c'est toute cette interrogation-là d'un type qui dirait "ouais, je suis un vieux schnock"
01:31 et en même temps "j'ai envie d'en parler, j'ai envie de m'intéresser au cinéma qui vous intéresse
01:36 et de comprendre pourquoi vous avez, par exemple, cette adoration de la violence".
01:39 Et on a vraiment l'impression que le film s'adresse directement à Quentin Tarantino.
01:55 Dans le même temps, Nanny Moretti s'offre une fin tarantinesque,
01:59 c'est-à-dire quand l'histoire s'écrit avec déci.
02:02 Et si le Parti communiste italien avait fait le bon choix ?
02:05 Et si on avait été du bon côté de l'histoire ?
02:07 Et si on était avancés tous ensemble vers un avenir radieux et fraternel ?
02:12 Il y a aussi beaucoup de l'amour du cinéma de Moretti,
02:22 c'est-à-dire c'est le plaisir du film de retrouver ce vieil ami,
02:25 un peu attrabilaire mais si attachant,
02:27 et il joue beaucoup là-dessus.
02:29 Il est de beaucoup de plans du film, c'est le personnage principal,
02:32 et il fait du Moretti encore plus que d'habitude,
02:35 c'est-à-dire qu'il articule, il articule, on pourrait vraiment,
02:38 vraiment chaque syllabe, comme s'il fallait vraiment asséner sa pensée,
02:42 comme il le fait toujours, mais là il accentue encore un petit peu plus ça.
02:44 C'est très bavard, c'est très autoréférencé, ça pourrait être très agaçant,
02:48 un peu vieux schnock aussi, et ça passe parce qu'il y a vraiment de l'autodérision tout le temps.
02:52 Notre rendez-vous est confirmé chez Netflix.
02:55 Notre premier point de retour arrive à quel moment ?
02:58 62.
02:59 Trop tard.
03:00 Alors 35.
03:01 14.
03:03 12.
03:03 2.
03:04 2 trop près.
03:05 Cette parade emprunte de beaucoup de nostalgie,
03:08 et aussi emprunte d'un certain espoir malgré tout,
03:13 dans l'avenir du cinéma, menacé par plein plein de choses,
03:17 dont les plateformes, et Dieu sait que la Moretti va assez fort dans sa critique
03:21 des plateformes en général, et de Netflix en particulier.
03:24 Il y a vraiment une scène très très drôle,
03:26 où à bout de financement pour son film, il va chercher de l'argent,
03:30 oui on en a, c'est-à-dire chez Netflix, et se retrouve face à des jeunes décideurs d'aujourd'hui
03:35 qui parlent en neuf langues administrative, technique, incompréhensibles, mais ridicules.
03:40 Et on pourra dire "il exagère, il exagère",
03:42 je ne suis pas sûr qu'il exagère tant que ça en plus,
03:44 je crois que c'est assez proche de la réalité.
03:46 Et ça, ça marche beaucoup, malgré tout, c'est un film assez noir,
03:51 sur ce que peut arriver au cinéma, ce que peut arriver à l'opolitique,
03:54 et dans le même temps, un film plein d'espoir, plein de chaleur,
03:58 voilà, c'est un film de Moretti.
04:00 Vous avez aimé la virée en Vespa dans "Journal intime",
04:04 je pense que vous apprécierez tout autant la petite balade en trottinette électrique,
04:07 car il faut bien vivre avec son temps,
04:09 d'envers un avenir radieux, donc forcément, c'est très bien.
04:12 On est tellement contents de le retrouver vénère comme il est,
04:17 et puis c'est tellement bon de l'écouter parler italien,
04:20 donc pour moi, ses retrouvailles avec Nanni Moretti, c'est vraiment bien.
04:24 [Musique]
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