00:00 J'ai jamais eu le sentiment d'avoir laissé passer ma chance,
00:03 bien que j'aie eu recours à une IVG à l'âge de 20 ans.
00:06 Ça avait laissé cette idée chez moi que je devais être assez fertile
00:11 et que le jour où je voudrais tomber enceinte, je le serai.
00:13 Cette expérience a effectivement été assez traumatisante pour moi
00:19 parce que ça s'est fait dans des conditions assez rocambolesques
00:22 que je raconte dans le livre.
00:24 Et donc de mes 20 à mes 30 ans, j'ai grandi avec l'idée
00:28 que chaque oubli de pilule pourrait m'être fatal, si je puis dire.
00:32 Et donc, je n'ai pas compris que le jour où je fasse en sorte de l'être,
00:37 ça ne marche pas.
00:38 Cette IVG a conditionné la manière dont j'ai vécu les choses
00:41 dix ans plus tard et le fait que j'ai mal vécu
00:46 toute l'attente autour du fait d'être enceinte.
00:49 Pourquoi chez les autres ça marche, pourquoi chez moi ça ne marche pas ?
00:52 On a fait des tests d'infertilité avec mon conjoint.
00:54 On a découvert à cette occasion qu'il avait un problème de mobilité,
00:58 des spermatozoïdes.
00:59 Et à ce problème existait une solution assez simple sur le plan médical
01:04 qui était une insémination.
01:06 On s'est lancé dans un parcours de PMA
01:08 et on a eu la chance que ça marche du premier coup.
01:11 On voulait avoir un deuxième enfant avec mon conjoint
01:13 donc on s'apprêtait à se lancer dans un nouveau parcours de PMA.
01:17 Je l'avais personnellement complètement dédramatisé
01:19 puisque on connaissait le problème, on avait la chance d'avoir une solution.
01:23 Et en l'occurrence, je suis tombée enceinte naturellement
01:27 quelques jours avant notre rendez-vous pour avoir recours à une nouvelle PMA.
01:32 Et ça m'a évidemment énormément troublée.
01:35 J'ai mis du temps à intégrer l'idée qu'on s'était normalisé,
01:39 qu'en fait on faisait partie de tous ces couples
01:42 qui n'avaient qu'à être deux pour avoir un enfant.
01:44 J'ai eu le sentiment que ça pouvait me délégitimer
01:47 à parler d'infertilité que d'être tombée enceinte naturellement.
01:51 J'avais un peu un sentiment par rapport à Julie de la laisser tomber.
01:54 Et puis en fait, après réflexion et discussion avec Julie,
01:57 je me suis aussi rendue compte que les parcours d'infertilité
02:01 étaient parfois ponctués de moments de fertilité.
02:04 Et c'est peut-être ce qui rendait les choses aussi improbables
02:08 et donc merveilleuses quand elles arrivaient.
02:10 Quand j'étais enceinte, donc à ma première grossesse,
02:14 on a appris que je portais des jumeaux
02:16 et que cela était sans doute lié à la PMA et à la stimulation ovarienne.
02:21 Et l'échographie des trois mois a révélé que
02:24 l'un des jumeaux avait de graves malformations.
02:27 On a donc dû recourir à une interruption médicale de grossesse.
02:31 Ça a laissé chez moi un sentiment très ambivalent.
02:34 Chez moi cohabiter à la fois le fait de faire le deuil de l'enfant qu'on porte,
02:39 tout en ayant toujours le bonheur de celui qui va naître.
02:43 Ça a été très compliqué à gérer pour moi sur le moment.
02:47 Et évidemment, c'est le genre de choses dont on parle peu quand ça nous arrive.
02:51 Donc on se sent encore plus seul au monde.
02:54 Ça a son sens pour moi d'en parler aujourd'hui,
02:57 pour dire que ça aussi, ça peut faire partie du tabou de l'infertilité,
03:02 toutes les complications qui peuvent y avoir par la suite
03:05 et dont on ne parle pas sur le moment.
03:07 [Générique]
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