00:00 Eh bien Hugues Rennes, nous retrouvons Philippe Hoffmann qui va pouvoir donner des conseils
00:04 aux ados, aux parents pour savoir comment s'orienter à la rentrée. Bonjour Philippe Hoffmann.
00:10 Bonjour Brigitte, bonjour Hugues. Aujourd'hui, c'est la période, je vais vous parler de la
00:18 scolarité et de l'orientation. En fait, vous allez voir que tout se joue depuis fort longtemps
00:27 dans toute cette histoire. En fait, depuis le début de la scolarité, tous les parents rêvent
00:31 de réussite scolaire pour leurs enfants. Ils les imaginent, avocats, pilotes, médecins, traders,
00:37 présidents. Mais dès la fin de la maternelle, il y a des enfants qui sont déjà étiquetés par leurs
00:44 difficultés d'adaptation. Ils sont agités, ils parlent mal, ils ont du mal à dessiner, ils se
00:48 battent, ils s'isolent. On les oriente vers des aides spécialisées, les orthophonistes, les
00:55 rééducateurs, les psychologues. Puis pendant les cinq années du primaire, on les soutient. Heureusement,
01:00 il y en a beaucoup qui s'en sortent, mais les parents et les enfants sentent déjà leurs
01:04 différences et certains s'enfoncent dans l'échec scolaire. Arrivés au collège, ça se complique
01:10 encore plus parce que chaque enfant passe d'un milieu connu avec sa classe et son maître et sa
01:16 maîtresse à un monde totalement éclaté de profs et immense où tout est mélangé. Dans ce monde-là,
01:24 ils arrivent tout de même à s'adapter parce qu'ils ont des copains de leur groupe d'âge et
01:30 en fait ils arrivent à s'affirmer parce qu'ils sont des ados et ils se soutiennent entre eux.
01:34 En fait, les quatre années de collège, c'est une vie de bouleversement incroyable. On y entre
01:40 chétif, apeuré, on en sort avec un corps sexué, un esprit de petit homme ou de petite femme,
01:46 fier ou complexé. En fait, on a totalement changé. Pour les plus fragiles, les difficultés scolaires,
01:53 ça s'accentue en quatrième. C'est la période où on aborde les notions d'abstraction,
01:57 symbolisation. Certains sont complètement déroutés avec ça. Et puis en plus, ils sont envahis par
02:04 des pulsions sexuelles qui submergent tous les apprentissages. On pense plus aux garçons et
02:09 aux filles qu'à apprendre des choses à l'école. Donc il y en a qui perdent pied et qui se marginalisent.
02:15 On pense qu'il y en a entre 8 et 20 % selon le Lille. C'est énorme. Et pour eux, bien qu'à
02:22 16 ans, l'école soit plus obligatoire, on fait tout pour les garder dans le giron scolaire. On veut
02:27 absolument éviter ce fameux décrochage total qui concerne tout de même 100 000 jeunes par an. C'est
02:35 un vivier considérable de jeunes paumés qui n'ont pas de qualification, qui risquent la dépression
02:39 et la délinquance. Donc l'école veut garder l'espoir de les sauver. Et d'ailleurs, depuis 13 ans,
02:46 on a beaucoup progressé. - C'est comme ça depuis toujours ou c'est nouveau ? - Oui, c'est comme ça
02:50 depuis très longtemps. Depuis une trentaine d'années. Et depuis 13 ans, on a mis le paquet en
02:55 2010 et on a beaucoup progressé. On est passé de 160 000 jeunes à 100 000. C'est 100 000 de trop,
03:03 mais c'est quand même... on a beaucoup progressé. - Pour une fois qu'on a une bonne nouvelle,
03:07 on s'en sert dans l'école. - Pour tous les autres, l'orientation de troisième, c'est
03:15 décidé par les profs. Et il y a toujours eu une crainte de l'orientation. Vous savez,
03:19 en lycée professionnel, qui reste puissante. On voit toujours ça comme une voie de garage. Alors
03:25 les parents, souvent, ils refusent ça. Ils croient naïvement au déclic magique de leur grand bébé
03:31 quand il ira en seconde générale. Mais les jeunes, ils ne sont pas dupes. S'ils ont été mal depuis
03:37 des années, ils savent que c'est joué et qu'il va falloir choisir. Et c'est un choix terrible.
03:44 Donc ils sont un peu paumés, inquiets. Ils n'ont aucune idée de leur avenir. Pourtant,
03:50 c'est à eux qu'on demande de choisir une voie professionnelle, alors que pour les lycéens,
03:54 qui auront trois ans de plus, on demande la même chose, mais ils sont complètement paumés devant
03:59 les possibilités infinies de parcours sup. Donc il y a vraiment des choses qui sont difficiles,
04:07 des orientations par défaut ou par pression familiale. Ça explique beaucoup la passivité
04:13 et le manque de motivation d'un grand nombre d'élèves et d'étudiants. Pour beaucoup,
04:17 il va falloir d'ailleurs des années de tentatives ratées, d'études pour trouver sa voie. Et
04:22 contrairement à une idée reçue, les bacs pro, les alternances, ils s'en sortent beaucoup mieux
04:26 à 20 ans que les étudiants éternels, parce qu'ils peuvent prouver leur capacité, ils maîtrisent
04:32 mieux la réalité. Et la grande majorité des autres étudiants, ils se suffiront de leur statut d'étudiant
04:38 festif en évitant le grand saut vers la dure réalité du travail. Mais ne désespérons pas,
04:44 un jour plus mûrs, ils découvriront enfin leur voie. Oui, c'est intéressant. Je ne pensais pas
04:52 qu'il y avait d'abord autant d'enfants, d'ados, des crocheurs. C'est impressionnant quand même.
04:58 Mais ça se comprend, parce que c'est vrai que l'idée d'être responsable et de travailler,
05:05 ce n'est pas quelque chose qui peut tellement être évident à ces âges-là. Ugrène,
05:09 vous voulez réagir à ce que nous dit Philippe Hoffmann ? Oui, il y a une chose qui me frappe
05:14 beaucoup, qui vient de dire vers la fin, et qui est très intéressante, c'est qu'en fait,
05:18 toute la structure essaie de les garder dans une idéologie d'une place sociale. Il a dit médecin,
05:24 etc. Et donc, on ne s'occupe pas de savoir finalement l'enfant, pourquoi il est fait,
05:30 mais finalement pour voir s'il correspond bien à une société où il faut bien consommer et
05:34 puis bien travailler. C'est moi qui l'ai dit, ce n'est pas lui qui l'a dit, mais je vais le dire.
05:39 Donc, c'est ça qui me frappe, c'est cette idéologie sociale dans laquelle on a été fait
05:45 rentrer tous ces jeunes. Et alors, c'est pour ça que ça ne peut pas faire autant de manque qu'échouer.
05:48 Et est-ce qu'on ne revient pas quand même à des métiers manuels ? Il me semble que c'est
05:52 moins mal vu d'être dans un métier manuel qui a 20 ans, non Philippe Hoffmann ? Oui,
06:00 alors ça progresse là aussi énormément, mais il y a toujours la difficulté de trouver des
06:06 employeurs en alternance. C'est très, très compliqué. Et en fait, rien ne vaut l'alternance,
06:12 parce que l'alternance, c'est aussi se confronter à la réalité du travail et au fait qu'on ne fait
06:18 pas toujours ce qu'on veut, comme on veut, quand on veut. Et ça permet un peu d'avoir un peu plus
06:23 les pieds sur terre. Et c'est très difficile de trouver des maîtres d'apprentissage pour
06:30 différentes raisons, pour des raisons de temps, d'opportunité, puis aussi de sécurité, parce
06:36 qu'ils n'ont pas le droit de faire faire tout un tas de choses aux élèves. Donc, c'est pas simple,
06:43 mais c'est un grand combat. Et effectivement, tous ceux qui trouvent une voie professionnelle
06:49 et qui s'y implantent, ils vont beaucoup mieux que les autres qui se cherchent parfois dans
06:54 l'errance universitaire pendant des années et qui font des dépressions, comme on en a vu avec
06:59 le Covid, et qui désespèrent de savoir véritablement vers quoi ils doivent aller.
07:06 Oui, parce que finalement, il y a beaucoup d'universités qui ne débouchent pas sur
07:11 beaucoup d'emplois. Donc, c'est des années perdues, j'allais dire aglandées, j'exagère un peu,
07:16 mais il y a quelque chose de cet ordre-là. Oui, c'est un statut un peu festif et c'est
07:23 un statut d'étudiant aussi. On peut dire voilà, je suis étudiant, ça pose un peu,
07:27 mais en même temps, ça ne débouche pas toujours. En même temps, c'est le rôle des universités de
07:34 faire des apprentissages multiples, mais parfois c'est un peu trop et c'est un peu trop déconnecté
07:40 de la réalité. Donc, il ne faut pas s'étonner qu'il y a un certain nombre de mômes qui sont
07:45 un peu passifs, dépendants de leurs parents, tout en affirmant qu'ils souhaitent être libres de
07:53 leur choix, de leurs décisions et qu'ils font ce qu'ils veulent, comme ils veulent. Bon, ça,
07:58 c'est un peu classique à l'adolescence et même à la grande adolescence. Mais c'est comme ça.
08:04 Alors, tout le monde y trouve son compte, autant les universités que les élèves. Par contre,
08:10 les parents, des fois, ils en ont un peu marre de payer pour tout ça. Et un jour ou l'autre,
08:14 quand même, ça débouche sur quelque chose. Merci beaucoup, en tout cas, Philippe Hoffmann,
08:19 comme toujours, de nous éclairer sur cette période tellement complexe de l'adolescence.