00:00 Ça va être l'album du G.O.A.T. !
00:01 Ça va être le meilleur moment !
00:02 Il a quitté sa femme, il est en train de se droguer !
00:04 Il est parti pour le chien classique !
00:06 Ça va ?
00:08 Ouais, franchement aujourd'hui ça va.
00:09 Le vrai truc c'est quand on trouve pas les raisons pourquoi ça va pas.
00:12 C'est là où ça devient compliqué.
00:14 Pour moi la dépression c'est pas que de la tristesse,
00:16 c'est plus une question de vide et d'absence d'envie.
00:20 Moi déjà pour revenir dans le contexte,
00:21 ça s'est passé sur l'année où j'étais en transition,
00:23 justement avant changement de propriétaire.
00:25 Et non, il y avait absolument aucune raison.
00:27 Je suis marié, j'ai mon fils qui a un bonheur ultime,
00:31 professionnellement tout se passe très bien.
00:33 Et en fait, pour le coup j'étais pas triste.
00:36 J'étais vide.
00:37 J'ai fait un truc un peu radical,
00:39 c'est que je me suis enfermé dans une chambre pendant 21 jours,
00:43 parce que c'est entre 21 et 40 jours les sevrages brutaux.
00:46 Et moi j'avais besoin d'arrêter l'alcool, la cigarette, les drogues,
00:49 donc je me suis enfermé chez moi pendant 21 jours.
00:53 Moi mon problème c'était l'alcool, ça a jamais été le bédo.
00:55 Et en vrai on a un alcoolisme latent de cité,
00:59 duquel on se rend pas compte,
01:00 tu vois dans ce truc de vodka, red huile, cristalline.
01:02 C'est vraiment quand t'essayes de te sevrer
01:03 que tu te rends compte qu'il y a quelque chose qui va pas.
01:05 Mais ça a été vraiment un truc où je voulais pas de téléphone
01:08 et je voulais rester un peu comme au Mithar chez moi.
01:11 Je lisais pas mal de livres.
01:13 J'ai beaucoup lu "L'alchimiste" de Paolo Coelho.
01:17 Des livres religieux, mais pas...
01:19 C'est plus pour me documenter, pour apprendre,
01:22 ça m'intéresse, c'est quelque chose qui m'intéresse,
01:24 la théologie en général.
01:25 J'ai eu un éveil spirituel,
01:26 j'ai eu d'autres choses qui se sont passées,
01:27 sur ça j'ai toujours été petit à petit, étape par étape.
01:30 J'ai perdu du poids étant beaucoup plus jeune
01:32 parce que j'ai fait une slive,
01:33 parce que j'étais arrivé à 198 kilos.
01:35 Donc c'était vraiment du domaine du médical,
01:38 médical c'était de la survie.
01:40 Et pourquoi je te dis ça ?
01:41 Parce que l'alcool justement que j'ai découvert après,
01:44 en ayant un corps à peu près normal et en sortant,
01:47 en pouvant profiter de mon succès etc.
01:50 a fait que en l'attente ça a été aussi une descente aux enfers
01:53 et j'ai repris énormément de poids.
01:55 Et la dernière perte de poids que j'ai faite,
01:57 j'ai voulu la faire vraiment naturellement.
01:59 Parce que le vrai truc que j'ai compris,
02:01 c'est que plutôt que de regarder sa perte de poids en globalité,
02:04 je pense qu'il faut vraiment y aller petit à petit.
02:05 Et moi je regardais kilo par kilo, semaine par semaine,
02:07 effort par effort,
02:09 plutôt que de me dire "je vais me buter, je vais faire ça,
02:11 je vais y aller à fond"
02:11 et après c'est le meilleur moyen je pense de tout lâcher.
02:14 Donc c'est vraiment une nouvelle doctrine que j'ai appris
02:17 petit à petit, étape par étape et tout va bien.
02:19 J'ai toujours été un leader dans mon groupe,
02:21 j'ai toujours été un moteur,
02:22 c'est-à-dire que j'ai toujours été celui "venez les gars,
02:24 on va faire ça",
02:24 j'ai toujours été habité par des choses, etc.
02:26 Et quand ça ne va pas, on reste positif et on avance.
02:29 J'ai subi dans ma vie vraiment des choses tristes,
02:35 qui mériteraient qu'on sorte les violons.
02:37 J'aurais eu dans mon adolescence ou quoi,
02:40 des centaines de fois des occasions de partir
02:42 beaucoup plus en dépression que ça.
02:44 Aujourd'hui, je pense que c'est l'équilibre le plus important.
02:47 C'est-à-dire que essayer de gommer aussi tout ce que j'ai été,
02:51 tout ce qui m'a fait, que ce soit en positif ou négatif,
02:54 au bout d'un moment, ce serait d'une hypocrite et de deux impossibles.
02:57 Donc, ce n'est pas ce que j'essaye de faire non plus,
02:59 mais je ne laisse plus la place à celui qui ne correspond qu'à ses envies.
03:04 C'est-à-dire qu'aujourd'hui, je mets la rigueur au centre de ma vie
03:07 plus que mes envies.
03:10 Et ce que je pensais avant,
03:12 en fait cette rigueur et obéir à des codes, etc. et de la faiblesse,
03:15 en fait non, c'est de la force de caractère
03:16 et ça montre qu'on est à même de tenir ses responsabilités.
03:19 Moi, bizarrement, j'ai toujours été bien quand je faisais de la "musique qui marche".
03:24 Je pense que malheureusement, c'est le public qui est torturé
03:27 et il a besoin que l'artiste soit dans la même condition.
03:29 Quand il y en a qui se séparent, ils disent "Oh putain, ça va être l'album du G.O.A.T. !
03:33 Ça va être le meilleur moment ! Il a quitté sa femme,
03:35 il est en train de se droguer, c'est génial !"
03:37 Non, mais je pense que c'est plus un fantasme.
03:38 Ça, c'est comme l'alcool et la drogue, l'inspiration, le truc.
03:42 J'ai besoin de la Zaza, il faut que je fume un peu de Zaza.
03:44 Non, je pense que c'est surfait.
03:45 Désolé de casser le mythe à combiner.
03:46 Il est très important, au jour d'aujourd'hui, d'envoyer dans le mur tout ce que pense l'homme
03:50 et c'est pas cool, c'est pas truc, et de mettre la santé mentale au centre des débats,
03:55 surtout dans les cités, qu'on comprenne que c'est pas juste un truc factice,
03:59 que nous aussi, ça nous arrive, qu'il n'y a pas forcément des genoux,
04:02 tu vois, "Ah, il est genouné, il est truc, il est..."
04:05 Des fois, d'avoir un petit coup de mou.
04:06 Et surtout, au bout d'un moment, si on est des amis et pas que des amis géographiques,
04:09 ce que j'appelle des amis géographiques, c'est-à-dire les amis que tu subis
04:11 parce que tu habites dans le même quartier qu'eux, on est censé se soutenir
04:13 et pas se tirer vers le bas, dire "Ça va pas, poteau ?
04:16 Viens, on va se poser, on va parler."
04:17 - Est-ce que, autour de toi, t'as l'impression qu'on en parle peut-être plus aujourd'hui ?
04:20 - Oui, mais c'est un phénomène que j'arrive à expliquer,
04:23 moi, j'ai plus rien à perdre, donc je mets les pieds dans le plat,
04:25 c'est le fait qu'il y ait beaucoup plus de blancs dans le public du rap.
04:29 Tu vois, ces dernières années, on a eu une espèce de gentrification du public rap
04:33 avec laquelle, moi, je n'ai aucun problème.
04:35 Et donc, comme c'est des problèmes sociétals qui sont beaucoup plus abordés
04:39 chez les classes moyennes blanches, etc.,
04:42 je trouve que c'est bien, justement, si on peut parler de ces problèmes-là
04:46 qui existent réellement, je trouve que c'est cool.
04:47 Parce que, dans nos quartiers, on a vu beaucoup de jeunes devenir vieux et devenir fous,
04:53 et on les a laissés à l'abandon, alors que peut-être qu'il y aurait eu des solutions.
04:57 Tout le monde a le droit à la tristesse,
04:59 tout le monde a le droit à avoir des sentiments négatifs en soi,
05:01 c'est-à-dire que des fois, il y a des gens qui disent "Ouais, mais toi, t'as tant, ça va, t'es bien."
05:04 Ou qui vont dire "Ouais, mais ces petits riches, là, ils ont des problèmes de riches."
05:08 Mais non, non, non, non, non. Chacun est touché par des choses différentes,
05:10 à des échelles différentes, et c'est en même temps ça, la beauté et la complexité de l'être humain,
05:14 c'est que, peu importe, personne n'a le droit au bonheur total ou au malheur total.
05:18 La vie est toujours composée de sentiments divers et variés.
05:21 S'il y a un message que je pourrais faire passer,
05:24 c'est "bateau de ouf", on dirait un truc de K-pop coréen,
05:27 mais vraiment, garder espoir, c'est super important.
05:30 - Colmini ! Colmini ! Colmini !
05:32 [Générique de fin]
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