00:00 Avant, il y a deux ans, je disais "Oh la la, mais qu'est-ce qu'ils nous font de chier, ces vieux de merde,
00:04 à dire qu'on va être sur nos téléphones, on s'en fout, mais en fait, toi et moi sur les écrans, ça fait flipper."
00:10 À 19 ans, Paola Locatelli travaille avec des grandes maisons de couture,
00:13 joue dans des séries à succès et elle connaît Internet autant qu'Internet la connaît.
00:17 Hey, what's up ?
00:19 C'est à partir de 13 ans qu'elle poste ses premières vidéos sur YouTube.
00:22 C'est ta vie depuis que t'as 13 ans, en gros.
00:25 Moi franchement, je me rappelle pas de ma vie d'avant.
00:26 Je me rappelle pas, je suis avec mes copines et je jouais à la DS.
00:29 Donc c'est vrai que ma vie, elle a commencé comme ça.
00:31 En ayant ce parcours-là depuis que t'es très très jeune,
00:34 est-ce que ça a forgé ton identité ?
00:37 Le fait qu'en fait, on te regarde tout le temps.
00:39 Paola Locatelli fait face à une vague de haine sur les réseaux sociaux.
00:42 Paola Locatelli et Nawel Madani sont dans la sauce.
00:44 Paola est gêchante, pas déçue.
00:46 Vous comprenez pas quoi dans le concept du mot "actrice".
00:49 Quand tu sais que tout le monde va avoir un avis sur toi,
00:51 même si c'est pas forcément méchant, tu te fais tout le temps juger.
00:54 Et donc forcément, ça change quelque chose dans ton identité
00:58 parce que du coup, tu fais beaucoup plus attention à ce que tu vas faire
01:01 ou à ce que tu vas dire par peur d'être blessée
01:04 ou de prendre une mauvaise remarque, etc.
01:06 Là, je parle beaucoup de négatif, mais il y a énormément d'avantages.
01:08 Il y a que des avantages.
01:10 C'est un métier que j'adore.
01:13 Les gens sont trop gentils.
01:14 Il y a beaucoup plus de gens bienveillants que malveillants.
01:16 Tu veux bien, Paola, nous montrer ton Insta, puisque c'est ton travail ?
01:23 Bon, évidemment, quand je suis en maillot de bain, c'est sûr que ça marche.
01:25 Ouais.
01:26 Ça, c'est comme tout le monde.
01:27 C'est une photo Valentino.
01:30 Donc là, j'ai bien mis que c'était un boursement à l'air rémunéré.
01:32 Ouais.
01:33 C'est une photo avec Valentino.
01:34 J'ai un contrat avec eux où je dois juste faire une photo pour eux avec leurs vêtements.
01:36 Est-ce qu'on peut voir qui te suit ?
01:38 Beaucoup plus de femmes que d'hommes.
01:40 J'aurais dit l'inverse.
01:41 Ah non, t'es malade ou quoi ?
01:43 Non, je te jure, c'est ouf, Paola.
01:44 J'aurais dit exactement l'inverse.
01:45 Mais...
01:46 Mais ils sont où, les charreaux ?
01:47 Moi, je pensais qu'il y avait des charreaux sur ton cou.
01:48 Ah non, il y a beaucoup plus de meufs.
01:51 Ma phobie s'il y a plus d'hommes.
01:52 Avant, c'était pas comme ça.
01:53 Mais maintenant, il faut vraiment impérativement faire le contenu,
01:57 envoyer à la marque, se faire valider et ensuite poster.
01:59 C'est devenu super sérieux.
02:01 En fait, c'est assez récent que les marques, même le luxe,
02:04 s'intéressent vraiment aux influenceurs et aux créateurs de contenu
02:07 et les prennent au sérieux.
02:08 Les marques de luxe savent très bien que c'est pas moi qui vais faire leur chiffre d'affaires.
02:12 Mais c'est vraiment un truc aussi sur l'image.
02:14 Moi, je me souviens, au tout départ, par exemple, Just Riad,
02:16 qui commençait à collaborer avec des grosses, grosses marques.
02:18 On se disait "Waouh, c'est un truc de fou !"
02:20 C'est vrai que Just Riad, c'est un bon exemple parce que même moi,
02:23 au tout début, quand j'ai vu qu'il commençait à collaborer avec des grosses marques,
02:26 tellement que ça me paraissait irréel,
02:28 je me disais peut-être qu'il fait semblant,
02:29 il fait genre qu'il travaille avec la marque alors qu'il travaille avec la marque.
02:32 Pourquoi tu as envie d'être utile aujourd'hui ?
02:38 Moi, je suis créatrice de contenu, j'ai beaucoup de gens qui me suivent.
02:42 C'est trop bien, on fait des belles photos, on fait des belles vidéos,
02:45 on travaille avec des belles marques.
02:46 Mais je pense qu'il faut aussi utiliser notre audience à bonne échéance
02:49 et changer un petit peu le monde à notre échelle.
02:53 Et toi, c'est pour ça que tu as envie de te diversifier un peu ?
02:56 Ouais.
02:56 Et tu as commencé à faire des interviews ?
02:58 Oui.
02:58 Moi, j'ai interviewé Julia Wola, je suis une survivante de la Shoah.
03:02 À quel âge êtes-vous rentrée dans ces camps ?
03:04 Comment est-ce que ça s'est passé ?
03:06 J'étais arrêtée à 17 ans.
03:08 Je réalisais pas ce qu'est-ce qu'ils pouvaient faire aux Juifs.
03:10 Ça a changé ma vie.
03:11 Le lendemain, je me suis réveillée, je savais que j'étais différente.
03:13 Et les gens, ça leur avait extrêmement marqué aussi.
03:16 On me parlait énormément de cette interview.
03:17 Et c'était plus des "ça va Paola, t'es trop belle, on peut faire une photo ?"
03:20 C'était "merci pour ce que t'as fait".
03:22 Et moi, ça a tout changé, aussi dans ma manière de travailler.
03:25 Parce que quand t'as des gens qui te remercient
03:27 d'avoir changé aussi leur vision de la vie,
03:28 c'est différent que quand on te dit que ta coiffure, elle est belle.
03:30 Ça n'a rien à voir.
03:32 Ce qui est dingue, c'est que toi, comme ta communauté a la confiance en toi,
03:34 il va y avoir un autre impact, en fait.
03:36 C'est trop différent.
03:37 Les gens, ils ont besoin de s'identifier, je pense.
03:39 "Noel à l'hôpital", c'est une opération organisée chaque année
03:41 par la association AIDA dont je suis ma reine.
03:42 Et en gros, c'est hyper simple.
03:44 Vous pouvez offrir des cadeaux aux jeunes qui passent les fêtes à l'hôpital.
03:46 Et le truc extraordinaire, c'est que ce sont des cadeaux
03:48 que ces jeunes-là ont choisis personnellement.
03:50 Je me rappelle, j'ai fait une story.
03:52 Puis, je dis "voilà, j'ai trouvé celui qui s'appelle AIDA,
03:54 je suis devenue ma reine et tout, n'hésitez pas à venir, etc."
03:57 Il y avait, je sais pas, 200 bénévoles.
03:59 Et le lendemain, on était 800 bénévoles.
04:00 Est-ce que, Paola, on peut regarder sur ton iPhone ton temps d'écran ?
04:03 - 4h40, Gat. - Ah, ça va !
04:05 - À 6h47, quand j'étais à Paris. - Ouais.
04:08 - 7h38. - Ah ouais.
04:09 - C'est énorme ! - C'est énorme.
04:11 Tu es dans une journée, il y a 12h, et tu restes 8h sur ton téléphone.
04:15 J'avais vu un TikTok, super, sur ça.
04:18 - J'avais vu un TikTok sur les dégâts de TikTok.
04:21 - J'avais vu un TikTok sur les dégâts de TikTok, c'est vraiment ça.
04:23 Les enfants, mon frère, par exemple, de 12 ans,
04:25 ils ont des troubles de l'attention, ils ont des troubles de concentration.
04:29 - Même quand tu discutes avec tes potes, t'as envie de les mettre en accéléré.
04:32 - Tu te dis, là, peut-être un problème.
04:34 - Tu peux faire des films et qu'ils les mettent en accéléré.
04:35 - I'd rather live alone than crawl up behind some two-timing loser like Kenneth.
04:40 I'd rather live alone than crawl up behind some two-timing loser like Kenneth.
04:44 - Est-ce que tu penses que la solution, c'est peut-être de changer un petit peu le contenu,
04:48 essayer de faire comme ce que tu fais, des contenus peut-être un peu plus longs à un moment ?
04:51 - Oui, mais ça n'arrivera jamais. - Ça n'arrivera jamais ?
04:56 - Les gens, ils adorent, maintenant, c'est trop ancré dans le cerveau,
04:58 les trucs rapides, rapides, rapides.
05:00 Avant, sur YouTube, tu faisais une vidéo, tu pouvais être sûre qu'elle faisait un million de vues.
05:03 Même si ça durait longtemps, c'est pas grave, tu regardais, tu prenais...
05:05 Tu faisais ta petite skincare, tu regardais ta petite vidéo avec ta petite Cézanne,
05:09 c'était tranquille.
05:10 Maintenant, t'es obligée d'avoir ton téléphone et de swiper, c'est un truc de fou.
05:14 Et moi, je dis ça, mais moi aussi, je fais partie des fois.
05:16 Et des fois, je prends du recul, je me dis "Ouh là là, qu'est-ce que je m'en fous de regarder
05:19 des TikTok d'Antel qui m'expliquent comment ouvrir une bouteille d'eau de façon magique,
05:22 on s'en fout."
05:23 J'ai vécu un événement très dur ces derniers temps,
05:27 parce qu'on a un gros groupe d'amis, on a perdu un ami à nous il y a deux semaines.
05:31 Et on s'est tous dit "Mais il faut tellement faire attention,
05:34 il faut tellement profiter des moments, il faut tellement...
05:36 Quand quelqu'un nous dit qu'il va pas bien, il faut vraiment l'écouter, il faut vraiment l'aider."
05:40 Quand quelqu'un dit "Je vais pas bien", c'est pas juste "Je vais pas bien,
05:43 mais ça ira mieux demain." Non.
05:44 Il faut comprendre pourquoi tu vas pas bien.
05:46 Il faut vraiment, je pense, être dans l'écoute, dans la compréhension,
05:49 être gentil, être doux. Ça change tout.
05:51 Donc c'est pas changer le monde, aller faire la guerre, je sais pas où, non.
05:55 C'est... Dans notre vie, dans notre entourage, on peut déjà être très très ducile.
05:58 [Musique]
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