00:00 Bonjour, je suis Dominique Gely et je suis sur France Inter.
00:03 Je commence par un front très large.
00:11 Il faut dire que ça phosphore là-dedans.
00:13 Ensuite, le regard.
00:16 Deux petites billes.
00:19 Très noires.
00:21 Fièvreuses.
00:26 Avec vraiment le génie et la calme qui lui sortent par les yeux.
00:30 Dessous, un petit rictus.
00:35 Sur une bouche mince.
00:38 Avec du dédain, parfois du désir.
00:42 Et dessous, un corps.
00:47 Mince.
00:50 Fragile.
00:56 Déjà ingrandé.
00:58 Presque débraillé.
01:00 Mais toujours dandy.
01:02 Voici mon Baudelaire.
01:06 Après avoir terminé l'adaptation de Mangez-le si vous voulez, de Jean Tellet,
01:13 à ce moment-là, Jean finissait d'écrire Crénon et m'a proposé en parallèle de commencer l'adaptation.
01:17 Premier tome d'un triptyque, il fallait au moins ça pour raconter la drôle de vie de Baudelaire.
01:21 En plus de raconter l'histoire connue du poète maudit, flamboyante et géniale,
01:27 Jean Tellet nous fait découvrir derrière un homme qui est plutôt misogyne, mesquin,
01:32 grandiose et médiocre à la fois.
01:34 Complètement ravagé par le séphilis et la drogue.
01:36 Moi c'est un truc qui m'a branché tout de suite tellement le personnage était paradoxal.
01:40 Astérix le Gaulois parce que le dessin du Dersaud, sublime, dynamique,
01:49 avec plein de gags dans chaque coin de case.
01:52 Les textes de Goscinny évidemment, tellement drôles, percutants, raffinés.
01:57 Ce que j'adore c'est les postures dynamiques chez Dersaud,
02:03 le sourire qui se transmet dans chaque dessin même,
02:06 tu sais pourtant j'ai des œuvres un peu noires, un peu obscures.
02:10 Ce qui me plaisait, ce qui me séduisait là-dedans, c'était la dynamique de son dessin.
02:14 La légèreté, l'élégance, je trouvais ça très très beau.
02:18 J'espère y arriver parfois.
02:20 Mais ce qui me séduisait le plus, c'est au dos de l'album, le menhir que porte Obélix.
02:27 Parce que dessus étaient gravés tous ces titres d'albums
02:32 qui me faisaient tellement rêver.
02:35 Le fameux "Déjà Paru".
02:37 Ma première référence est Daniel Gossens, pour moi l'Einstein du non-sens.
02:46 À mon avis un auteur vraiment trop sous-estimé.
02:49 Il a un dessin exceptionnel.
02:52 Moi ce que j'adore c'est son sens de l'observation,
02:54 comment il s'est capté le moment juste et drôle.
02:56 Un génie comique.
02:57 David Lynch, un artiste ultime.
03:01 J'ai découvert David Lynch en 1980,
03:03 une projection d'Eraserhead dans un cinéma art déco complètement vide,
03:07 et là le choc absolu.
03:08 Il a changé complètement ma vision du monde et de l'art.
03:12 Reste pour moi gravé le générique de Twin Peaks avec le regard de Laura Palmer.
03:17 Et puis surtout l'hallucinant épisode 8, saison 3.
03:21 En même temps je regarde tout, tout est formidable.
03:24 Ma troisième référence c'est Robert Wyatt, un artiste sublime.
03:29 Sa musique est complètement inclassifiable,
03:32 comme si elle venait des abysses mystérieuses, profondes.
03:35 Il a une voix hallucinante de douceur et de douleur entremêlées.
03:40 C'est grandiose pour moi.
03:42 Ma dernière référence c'est Jean Tellez.
03:44 Quel talent cet homme-là.
03:45 J'ai connu Jean Tellez en 1983,
03:47 en découvrant sa première bande dessinée, Bloody Mary.
03:50 Ce que je retiens de Jean Tellez, c'est sa profonde humanité,
03:53 son rire qui était énorme,
03:55 et son énergie positive de tous les instants.
03:58 Punk, drôle, iconoclaste et tendre à la fois.
04:01 On a eu vraiment beaucoup de chance de croiser la route de cet homme-là.
04:04 Merci.
04:05 Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
04:08 [SILENCE]
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