00:00 Alors là Clément dessine le héros de notre nouvelle BD qui est Dali, mais qui est Dali avant Gala.
00:06 Donc c'est un Dali jeune qui a 20 ans, on est dans les années 20 à Madrid.
00:11 C'est Dali après sa transformation, ça va advenir quand il va rencontrer deux personnages centraux dans sa vie
00:18 qui sont Louise Bunuel, qui est alors un étudiant qui se cherche, qui est très fort pour hypnotiser les passants
00:25 mais c'est à peu près tout ce qu'il sait faire.
00:27 Et Federico Garcia Lorca, qui est déjà lui poète et musicien et adulé de toute une jeunesse.
00:34 Donc c'est en rencontrant ces deux personnes que tout d'un coup il va avoir envie de se transformer.
00:41 Je pense que Clément est en train de faire Dali avec un sac sur les épaules.
00:46 Et c'est un peu le Dali de la couverture.
00:48 Il y a simplement un sac avec dedans ce qui symbolise un petit peu ce qui l'attend de Paris, ce qu'il voudrait faire de Paris.
00:56 Alors le Dali jeune, ce qui a inspiré Clément mais aussi moi pour le scénario,
01:02 c'est le personnage de Buster Keaton qui était une référence pour Bunuel, Lorca et Dali.
01:08 Ils adoraient vraiment ce personnage, ils allaient voir tous ses films.
01:11 En fait, Clément travaille avec les outils qu'il a utilisés à la fois dans Dali et qu'il a utilisé dans Pablo.
01:18 C'est-à-dire le crayon et les ombres faites de différentes façons.
01:25 C'était le moyen choisi pour avoir la liberté d'épeintre, pour se sentir un peu en osmose avec le sujet.
01:37 Dans cette bande dessinée, dans ce premier tome de la série Dali, on raconte l'éclosion d'un génie
01:43 et comment ce type qui a grandi dans une petite ville totalement paumée de Catalogne
01:49 va accéder à cette gloire internationale qui est la sienne,
01:53 qui fait qu'aujourd'hui, 30 ans après sa mort, tout le monde connaît Dali, même au fin fond de l'Australie.
01:57 Et ça, j'ai trouvé ça insensé.
02:00 C'est vraiment le mystère que j'ai voulu raconter et un peu élucider dans cette bande dessinée
02:04 avec Clément Oubrery au dessin.
02:06 Alors qu'est-ce qu'il a dessiné Clément ?
02:09 On croit que c'est un aventurier, un marin dessiné par un Italien et qu'il l'était dans Piff Gadget.
02:16 Donc quand on a 8 ans et qu'on lit Piff Gadget et qu'on découvre Corto Maltese,
02:22 ça doit être étonnant de voir un héros déjà adulte,
02:25 parce qu'en général, on s'identifie à des héros de son âge qui vivent des aventures à l'autre bout de la planète,
02:32 en Afrique ou à Venise.
02:34 Mais je crois savoir que Clément avait qu'une hâte, c'était de ne plus être un enfant,
02:38 mais d'être un adulte et de pouvoir s'enfuir.
02:42 Alors qu'est-ce qu'il reste de Corto Maltese dans le dessin de Clément aujourd'hui ?
02:46 C'est une bonne question.
02:48 Peut-être en fait le plaisir du trait, les grands formats, le lâché, le côté mystérieux et poétique,
02:56 parce que surtout ne pas trop expliquer mais laisser suggérer par le dessin.
03:02 Alors les deux premières références, ce sont celles de Clément Aubry, le dessinateur.
03:06 La première, c'est l'insoutenable légèreté de lettres de Kundera pour la fluidité de sa langue
03:13 et la facilité avec laquelle il rentre dans la psychologie des personnages.
03:17 La deuxième référence de Clément, c'est l'œuvre complète de Boris Vian pour la liberté qu'il incarne,
03:24 qu'il était à la fois trompettiste, chanteur, traducteur d'anglais, littérateur et humoriste.
03:32 La troisième référence qui est la mienne, ça va être « Ma vie secrète » par Salvador Dali,
03:38 parce qu'en fait à l'intérieur de ce livre, il raconte
03:41 « C'est la première fois que j'ai pu rentrer à ce point dans la psychologie d'un homme
03:46 et on voit absolument comment est-ce que son esprit fonctionne. »
03:50 Et tout le monde peut dire « Oui, Dali est complètement insensé et fou »
03:53 mais en fait il y a vraiment une universalité dans sa façon de dévoiler le fonctionnement de la pensée.
03:59 Ma quatrième référence, ça va être « L'amant » de Lady Shatterley de D. H. Lawrence,
04:05 parce que ça a été une révélation, même si je suis quand même née à la fin du XXe siècle,
04:11 ça a quand même été une révélation, l'importance de la sexualité dans la construction de la liberté.
04:19 [SILENCE]
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