00:00 Pour qui votent les journalistes ? Que pensent les journalistes ? C'est une question qui
00:07 déclenche énormément de fantasmes.
00:09 Alors il y a une chose qui est sûre, c'est qu'ils semblent très peu voter pour le RN.
00:12 J'ai fait une enquête sur le sujet, j'ai demandé à une quinzaine de journalistes
00:16 de tous médias confondus, alors pas pour qui ils votaient, mais est-ce qu'ils connaissaient
00:19 un collègue qui assumait de voter RN en public ? Et tous m'ont dit non.
00:24 Il n'y en a pas un, des fois il y en a en privé, et encore c'est très rare, mais
00:28 voilà, le vote RN ça reste un tabou pour les journalistes.
00:31 Alors maintenant on peut se poser la question, pourquoi, alors que le RN monte dans beaucoup
00:36 de secteurs de la société, le RN monte parmi les gens les plus âgés, le RN monte parmi
00:41 les jeunes, le RN monte parmi les cadres, pourquoi le RN n'arrive pas à convaincre
00:45 des journalistes de voter pour lui ? La première explication elle est sans doute sociologique.
00:49 Les journalistes ils sont en grande partie issus d'une sociologie qui est assez éloignée
00:54 des idées du RN, c'est en gros la petite bourgeoisie intellectuelle, ce sont des gens
00:59 qui viennent des grandes villes, qui ont fait de grandes études, et qui ont baigné dans
01:04 un environnement assez progressiste, qui les éloignent du RN.
01:07 Ensuite, il y a évidemment l'histoire du RN, qui reste un tabou, il y a une journaliste
01:13 de Libération qui me disait que dans sa rédaction il y avait encore cette idée du cordon sanitaire,
01:17 c'est-à-dire qu'on considère encore que le RN est un infréquentable absolu, et que
01:23 finalement, avouer qu'on vote pour le RN, ça reviendrait à être ostracisé assez
01:27 rapidement.
01:28 Ceci étant, il y a quand même des tendances qui vont en faveur d'une normalisation du
01:34 RN.
01:35 Alors il y a plusieurs phénomènes, tout d'abord vous avez des médias qu'on pourrait qualifier
01:38 comme de droite, comme CNews ou par exemple comme la radio Europe 1, qui globalement sont
01:44 plutôt, même s'il n'y vont pas être des médias en soutien du RN, ils sont sur
01:48 des idées assez proches du RN qui contribuent à les normaliser.
01:52 Ensuite, il y a des médias plus généralistes, plus « neutres », qui vont inviter des
01:58 personnalités pareilles, de droite radicale, voire d'extrême droite, en se disant que
02:02 ces idées-là sont tellement en augmentation, en progression dans la société, qu'elles
02:07 sont légitimes et qu'elles doivent être entendues dans le débat public.
02:10 Et enfin, troisième et dernier phénomène, des médias, là encore généralistes ou
02:15 même parfois de gauche, devant la progression du RN dans les urnes, se disent « on ne
02:20 peut pas continuer à traiter ce parti comme un petit groupuscule fascisant, parce que
02:25 ce n'est pas le cas du parti ou en tout cas de ses électeurs, et donc on va être
02:29 plus neutre dans la manière dont on reçoit les membres du RN, on va donner la parole
02:34 sans forcément porter de jugement de valeur ». Et tout ça, si on le met bout à bout,
02:38 ça conduit au fait que même si quasiment aucun journaliste ne vote pour le RN, il
02:42 bénéficie d'un traitement qui est un peu plus bienveillant que par le passé.