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  • 24/04/2023
Les célébrations du 75e anniversaire de la création d’Israël vont débuter cette semaine. L'État hébreu vit une période trouble avec, ces dernières semaines, les plus grandes manifestations de son histoire. Elles ont pour objectif le retrait de la réforme de la justice voulue par le Premier ministre Benjamin Netanyahou, un texte qui vise notamment à donner plus de pouvoir aux élus parlementaires au détriment des membres la Cour suprême. Une réforme qui, pour le moment, est mise sur pause.
Une émission préparée par Florent Rodo, Mohamed Chenteur et Jessica Fahed. 

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Transcription
00:00 Seconde partie de Demain la Une, bienvenue si vous nous rejoignez.
00:06 Après Taïwan, on va évoquer avec mes deux nouveaux invités les 75 ans de la création
00:10 de l'Etat d'Israël.
00:11 Les premières célébrations débuteront la semaine prochaine.
00:14 L'Etat hébreu qui vit une période trouble avec ces dernières semaines les plus grandes
00:18 manifestations de son histoire.
00:20 Manifestations pour demander le retrait de la réforme de la justice voulue par Benyamin
00:25 Netanyahou.
00:26 Il vise notamment à donner plus de pouvoir aux élus au détriment de la Cour suprême.
00:30 Réforme pour le moment mise sur pause, on va en reparler.
00:32 Plus à droite que jamais, le Premier ministre est accusé par ses détracteurs de vouloir
00:36 tout simplement saper la démocratie israélienne.
00:40 Pour en parler, j'ai le plaisir d'être en plateau avec Bilal Tarabé, chroniqueur
00:43 international ici à France 24.
00:45 Bonjour Bilal.
00:46 Bonjour Florent.
00:47 Et depuis Jérusalem, correspondant à Jérusalem, donc Stéphane Amart, journaliste indépendant.
00:52 Bonjour et merci beaucoup d'être là.
00:55 Stéphane, première question pour vous qui êtes sur place.
00:57 A quoi peut-on s'attendre à l'occasion des célébrations de ce 75e anniversaire ?
01:03 Est-ce un moment important, un moment attendu par les Israéliens ?
01:06 Oui absolument, c'est un mouvement extrêmement important.
01:09 Il faut savoir que tous les ans, Israël fête son anniversaire.
01:14 75 ans évidemment, ça va être fêté en plus grande pompe.
01:17 Alors il y a une cérémonie officielle, traditionnelle, c'est l'allumage des torches du jour de
01:23 l'indépendance.
01:24 Ces torches sont allumées par des personnalités marquantes.
01:27 Par exemple cette année, il y a un grand militaire, un militaire de légende, Kaalani.
01:31 Il y aura aussi des responsables associatifs, des artistes.
01:35 C'est un mouvement en quelque sorte de concorde, même s'il y a des parts entières de la société
01:40 israélienne qui ne participent pas à cette journée de l'indépendance, à savoir les
01:44 ultra-orthodoxes et une bonne partie des Arabes israéliens qui ne s'associent pas à ces festivités.
01:49 Bilal, revenons sur les manifestations dont on a vu les images.
01:53 Quasiment 10% de la population israélienne dans la rue, c'est évidemment du jamais
01:57 vu.
01:58 Ça tend à prouver que la société israélienne est certes diverse, mais elle est profondément
02:01 attachée à la démocratie.
02:03 Oui, alors c'est là qu'il y a un loup dans votre question.
02:06 C'est-à-dire qu'est-ce que les Israéliens, en tout cas les Israéliens de différentes
02:10 obédiences, entendent par le mot démocratie ? Puisque oui, si on parle effectivement
02:15 de ce grosso modo 10% de la population, ce qui est énorme, qui a pris le temps de descendre
02:21 dans la rue, parce que ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'autres gens qui sont d'accord
02:23 avec eux, mais en tout cas qui étaient dans les rues, eux ils entendent la démocratie
02:28 au sens où nous, on peut dire nous, en Occident, on l'entend, c'est-à-dire une démocratie
02:33 libérale où il y a un pouvoir, un contre-pouvoir et où dans ce système très particulier qu'est
02:40 l'Israël, jusqu'à présent, finalement la Cour suprême était perçue, était utilisée
02:44 ou se voyait en tout cas comme un contre-pouvoir par rapport aux décisions du gouvernement
02:50 et de l'Assemblée qui sont mélangées.
02:51 Or, de l'autre côté, puisque vous parliez de démocratie, il y a les partisans de cette
02:56 coalition de Benyamin Netanyahou qui, eux, pensent que la démocratie, ce sont les représentants
03:03 du peuple, c'est-à-dire les élus, les députés de l'AKNESET.
03:06 Et pas les juges de la Cour suprême.
03:07 Pas les juges de la Cour suprême qui, eux, ne sont pas élus et donc ils ne voient absolument
03:10 aucun problème ni même aucun fondement antidémocratique à ce que l'AKNESET, dont est issu le gouvernement,
03:18 et bien qu'elle-même ait le contrôle sur cette Cour suprême.
03:22 Sur cette même question, Stéphane, est-ce que vous êtes d'accord avec l'idée que
03:25 l'État hébreu joue actuellement son avenir démocratique ? Est-ce que l'État hébreu
03:30 est aujourd'hui à la croisée des chemins, comme le disent certains observateurs ?
03:33 Oui, je dirais qu'il est à la croisée des chemins, non pas sur son fonctionnement institutionnel.
03:40 Bilal a extrêmement bien résumé l'opposition entre les pro-réformes et les anti-réformes,
03:45 mais c'est plus un choix de société.
03:47 Parce que la Cour suprême, elle a une orientation idéologique, d'ailleurs elle ne s'en cache
03:51 pas, c'est une orientation libérale au sens américain du terme, c'est-à-dire qu'elle
03:55 est favorable aux minorités, notamment aux minorités sexuelles, mais elle défend aussi
03:59 souvent les droits des Palestiniens.
04:01 Elle s'oppose aux lois nationalistes votées par la Knesset et cela, eh bien, toute une
04:07 partie des Israéliens rejette cette vision des choses.
04:10 Il y a donc là véritablement, pour schématiser on peut dire, une opposition entre d'un côté
04:16 les Israéliens de Tel Aviv, des Israéliens libéraux, souvent laïcs, très ouverts à
04:21 la modernité, et de l'autre côté l'Israël de Jérusalem, un Israël beaucoup plus traditionnaliste,
04:27 beaucoup plus attaché au caractère juif de l'état d'Israël.
04:31 Et cet Israël-là estime que la Cour suprême joue contre ses intérêts.
04:36 Un mot aussi avec vous Bilal sur ce qui est passé l'an dernier dans les villes mixtes,
04:40 on en a beaucoup parlé sur France 24.
04:42 On rappelle que les villes mixtes sont celles où cohabitent juifs et arabes israéliens.
04:46 Elles ont connu un embrasement sans précédent l'an dernier, notamment à Lod.
04:49 On a beaucoup joué ces images sur notre antenne et on peut considérer que c'est un indicateur
04:53 de la relative mauvaise santé de la société israélienne ou pas ?
04:56 Totalement, ça a même marqué un tournant.
05:01 Il y a eu dans les années 1970 aussi dans ces villes dites mixtes des affrontements,
05:07 mais c'était un contexte particulier, c'était les années 70, c'était il y a très longtemps.
05:11 Ce qu'on a vu là, si vous voulez, c'est… Voyez, imaginez une cocotte minute, c'est
05:17 comme quand ça s'agite, ça s'agite et avec la pression, le couvercle finit par exploser.
05:22 D'abord, ce qu'il faut quand même préciser, c'est que ce qu'on appelle les arabes israéliens,
05:27 ce sont des palestiniens.
05:28 Vu d'Occident, vu du Proche-Orient, ça peut paraître évident, mais vu d'Occident,
05:33 c'est-à-dire que ce sont des palestiniens qui, au moment de la création de l'État
05:38 d'Israël, qui est notre sujet, ont choisi de rester là où ils étaient, ils ne sont
05:42 pas partis de l'autre côté des frontières de l'époque.
05:46 Donc ce sont des palestiniens qui d'abord se sentent marginalisés au sein de l'État
05:54 israélien, malgré leur citoyenneté, parce qu'il y a tout un tas de règles spécifiques
05:59 qui s'appliquent à eux, comme à d'autres minorités, mais du coup, de leur point de
06:04 vue, ça les marginalise.
06:06 Volontairement, je ne rentre pas dans le détail, mais il y a aussi le fait qu'ils sont palestiniens.
06:11 Et donc il y a quand même une part identitaire dans ce qu'on a vu à Lodh et ailleurs, c'est-à-dire
06:18 que lorsque eux considèrent, pour des raisons qui leur appartiennent, que le traitement
06:24 fait à leurs frères ou cousins, voire parfois littéralement cousins, puisque des familles
06:28 peuvent être, si vous voulez, coupées en deux, une part en Israël, l'autre en Cisjordanie,
06:33 voire au Liban, voire ailleurs, est injuste, eh bien ils vont se révolter.
06:38 Et ce qui est effectivement très très grave, c'est que c'est au sein d'une même ville,
06:41 d'une rue contre une autre, d'un quartier contre un autre.
06:45 On va maintenant poser cette question à vous Stéphane.
06:48 Comment expliquer finalement que les électeurs israéliens aient élu à nouveau le phénix
06:53 de la politique israélienne Benyami Netanyahou, un homme, on le rappelle, inculpé dans plusieurs
06:58 affaires, notamment de corruption.
06:59 Ce retour au pouvoir, il s'explique par une offre politique trop pauvre en Israël ou
07:04 une droitisation tout simplement de la société.
07:06 Je dirais les deux.
07:09 D'abord il faut savoir que Benyami Netanyahou est extrêmement populaire dans toute une
07:13 partie de la société israélienne.
07:14 Alors d'abord dans ce qu'on appelle ici le deuxième Israël, c'est l'Israël dont
07:18 je vous parlais, qui soutient la réforme de la Cour suprême.
07:21 Il se concentre essentiellement dans les villes périphériques, c'est-à-dire dans des villes
07:26 qui sont un petit peu tenues à l'écart du miracle économique israélien, des villes
07:29 qui se trouvent loin des grands centres urbains, soit dans le sud du pays, vers le désert
07:34 du Négev, soit dans le nord, dans la Galilée, vers la frontière avec le Liban.
07:39 Et ses classes moyennes, voire ses classes populaires, se sentent très proches de Benyami
07:44 Netanyahou, qui tient un langage direct et qui a un discours assez musclé sur la sécurité.
07:50 Il a donc un socle électoral assez solide, puisqu'au fil des élections qui sont devenues
07:55 très nombreuses ces dernières années en Israël, il se maintient autour des 30 mandats,
08:00 des 30 sièges de députés, ce qui représente un quart du Parlement, c'est considérable.
08:03 C'est, en tout cas jusqu'aux dernières élections, le premier parti d'Israël,
08:07 le Likoud de Benyami Netanyahou.
08:09 Alors oui, il y a effectivement une offre politique qui est assez faite, parce que Benyami Netanyahou,
08:15 depuis qu'il est au pouvoir, et ça fait très longtemps, ça fait 12 ans sans discontinuer,
08:20 eh bien il s'est acharné à couper les têtes.
08:25 Dès qu'un concurrent pointait son nez, il s'arrangeait pour l'écarter.
08:29 Il l'a fait évidemment avec les gens de son parti, mais il l'a fait également avec les grands leaders
08:35 de l'opposition avec qui il a pu gouverner, avec le jeu des coalitions.
08:39 Et donc effectivement, on se trouve aujourd'hui face à un système israélien qui est bloqué.
08:45 Cela dit, il y a quand même des prétendants assez sérieux.
08:47 D'après les derniers sondages, par exemple, Benny Gantz, si des élections avaient lieu prochainement,
08:52 eh bien il pourrait être élu à la place de Benyami Netanyahou, premier ministre d'Israël.
08:56 Benny Gantz, c'est un centriste, un ancien chef d'État-major.
08:59 Alors ces 75 ans de l'État hébreu, c'est aussi l'occasion de faire un bilan sur la relation avec les voisins,
09:03 et notamment le Liban, un pays que vous connaissez bien, Bilal.
09:06 On a vu cette poussée de fièvre récente avec ces tirs de roquettes palestiniennes
09:10 lancés sur le nord d'Israël. Peut-il y avoir une escalade militaire rapide entre les deux voisins ?
09:17 Alors il faut déjà préciser que ces tirs venant du Liban ont été attribués à des factions palestiniennes
09:24 qui opéraient depuis l'autre côté de la frontière du Liban.
09:27 Alors cela dit, quand je vous dis ça, c'est pas du tout rassurant,
09:30 puisque c'est à peu près comme ça, et vraiment pour schématiser,
09:33 qu'a commencé la guerre civile au Liban, qui, comme on le sait, a duré 15 ans.
09:38 Une escalade militaire entre les deux pays telle quelle,
09:40 alors il faut jamais dire jamais, mais ça n'est pas réellement dans l'intérêt
09:45 à la fois du gouvernement israélien et à la fois du gouvernement libanais.
09:48 On a même vu que les choses s'étaient calmées très très vite.
09:52 Pourquoi ? Parce que d'abord, ces tirs ont eu lieu grâce à un accord implicite du Hezbollah au Liban,
10:00 sauf que le Hezbollah étant lui-même dans une position un peu affaiblie en ce moment,
10:03 pour des raisons qu'on n'évoquera pas ici, ça n'est pas monté, si vous voulez, au Liban dans le pays,
10:09 et le gouvernement israélien, qui par ailleurs fait face à des fronts multiples,
10:12 puisqu'il y a des tirs qui sont venus de Syrie, mais aussi de Gaza, si vous voulez,
10:16 n'avaient pas nécessairement envie stratégiquement de se rajouter un front avec le pays adverse.
10:21 En revanche, ce qu'il faut dire, c'est que l'histoire d'Israël et l'histoire du Liban
10:25 sont en définitive très profondément imbriquées, puisque si on fête les 75 ans de l'état d'Israël,
10:31 il faut savoir que cet état qui a été créé en 1948, le Liban ne le précède que de 5 ans.
10:36 Le Liban date de 1943, et depuis 1948, ces deux pays sont toujours techniquement en guerre.
10:42 Ils ont des imbrications profondes avec des réfugiés palestiniens présents au Liban
10:46 et avec effectivement ce Hezbollah au Liban qui justifie quelque part son actuelle mainmise,
10:52 en tout cas sur des régions du pays, par le fait qu'il est une force de défense contre Israël.
10:58 Merci beaucoup Bilal, merci beaucoup à vous également Stéphane Amart en direct de Jerusalem.
11:03 Merci pour votre éclairage précieux.
11:06 On découvrira évidemment la semaine prochaine les images de ces célébrations à l'occasion des 75 ans d'Israël.
11:11 Restez avec nous sur France 24, l'information continue bien sûr.
11:15 [Musique]

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