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  • il y a 3 ans
Certains manifestants se sont vus confisquer des casseroles ce jeudi à leur entrée à Ganges, dans l'Hérault, où se déplaçait Emmanuel Macron pour annoncer une revalorisation salariale des enseignants.

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Transcription
00:00 C'est une petite musique qui a accompagné tous les déplacements du chef de l'État
00:03 cette semaine en province.
00:04 Déjà dès lundi soir, lors de l'allocution du chef de l'État à la télévision, on
00:08 a entendu des concerts de casseroles un petit peu partout en France.
00:11 Ce n'est évidemment pas la première fois qu'un homme politique est accueilli par une
00:26 casserolade.
00:27 On se souvient de 2017, campagne présidentielle, le candidat François Fillon et l'affaire
00:32 des emplois présumés fictifs de son épouse et de ses enfants.
00:36 Avant chaque meeting, il y avait des perturbations aux casseroles d'opposants.
00:41 Et c'est vrai que cette semaine, alors qu'Emmanuel Macron a renoué avec les déplacements
00:45 sur le terrain en province, les casseroles ont fait leur grand retour en Alsace, mercredi,
00:50 dans les rots jeudi et puis aussi vendredi pour la première ministre et pour le ministre
00:55 du travail par exemple.
00:57 La casserole s'est devenue un symbole.
00:59 Écoutez Lou Chénet, porte-parole de l'association Attaque, qui a initié le mouvement des casserolades.
01:04 L'idée, c'est vraiment de montrer que la pression ne se relâche pas.
01:09 C'est facile, c'est familial.
01:11 On vient avec des ustensiles du quotidien exprimer son ras-le-bol et son mécontentement
01:17 et le fait qu'on en a marre d'écouter des salades.
01:20 Et donc, tout étant lexique gastronomique.
01:24 Certains manifestants affirment que les casseroles étaient interdites dans les rots ce jeudi.
01:29 Oui, en fait, ils affirment qu'ils ont été contraints de déposer leurs casseroles au
01:33 moment, au niveau des barrages qui filtraient les entrées dans la zone sécurisée autour
01:38 du président de la République, c'était autour d'un collège.
01:41 Écoutez cette manifestante au micro de notre consœur Alizé Boissin.
01:46 Je suis arrivée vers 10h avec du matériel, c'était une petite casserole, une cuillère
01:54 et en arrivant un peu plus bas, il y avait un barrage, enfin oui, il y avait les CRS
02:02 ou je ne sais pas exactement, mais les forces de l'ordre et qui nous ont demandé de fouiller
02:08 les sacs et qui nous a dit que les casseroles étaient interdites par arrêté préfectoral.
02:15 Je me suis étonnée.
02:16 J'ai demandé à voir un arrêté, le document et je n'ai pas pu le voir et on a été contraintes
02:23 de poser les casseroles et de continuer sans.
02:26 Donc j'ai dû m'en procurer sur place une fois passé le barrage.
02:32 Ça a donné lieu à quelques situations ubuesques.
02:35 Écoutez cette manifestante au micro d'Anthony Leboz.
02:38 Il y a des gens qui ont des tambours, des instruments de musique, des sifflets, des
02:44 casseroles évidemment.
02:45 D'ailleurs mon père avait pris un sifflet qu'il a dû finalement mettre dans sa chaussure
02:49 pour pouvoir entrer.
02:50 J'ai mis ce sifflet dans ma chaussure, sinon je ne pouvais pas passer.
02:55 Très rapidement, les opposants politiques ont réagi.
02:59 Marine Tondeli est la chef des Verts.
03:00 On ne va quand même pas devoir créer un fonds de libération des casseroles.
03:05 Tout cela est grotesque.
03:06 Ou encore l'insoumis François Ruffin.
03:07 La préfecture demande à la police d'être à l'affût des casseroles.
03:11 La République contre les boîtes de conserve.
03:13 On en est là.
03:14 Allez, la vérif.
03:15 Est-ce que c'est vrai ? Est-ce que la préfecture de Leroux a interdit ces casseroles ?
03:19 La préfecture de Leroux avait pris un arrêté en vigueur du mercredi soir 20h au jeudi soir
03:24 18h.
03:25 Dans cet arrêté, que bien sûr on a lu, il n'est pas écrit que les casseroles sont
03:28 interdites.
03:29 Mais il est écrit que l'usage de tout dispositif sonore portatif est interdit, ainsi que l'usage
03:36 de tout dispositif sonore émanant de véhicules non-dûment autorisés.
03:40 Interdiction valable en fait dans le périmètre de sécurité autour du chef de l'État.
03:46 Face à la fronde aux témoignages de manifestants qui disaient "on nous a retiré nos casseroles",
03:51 la préfecture a tweeté jeudi en fin de journée pour éclaircir tout ça.
03:55 Elle a dit "halte aux fake news".
03:57 L'arrêté du préfet de Leroux institue un périmètre de protection avec des interdictions
04:02 tels que l'usage de ces dispositifs sonores portatifs.
04:04 Et ça, dit-elle, ça concerne en fait les sonos, les micros, les mégaphones, mais
04:10 pas les casseroles.
04:12 La préfecture affirme en fait que ce sont certains gendarmes qui auraient mal interprété
04:17 cet arrêté.
04:18 C'est aussi ce qu'a dit hier d'ailleurs le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin.
04:21 Il a dit que certains fonctionnaires ont mal interprété l'arrêté préfectoral.
04:25 Les ustensiles de cuisine ne sont pas interdits dans les manifestations, dit Gérald Darmanin.
04:30 Laurent Neman, vous, vous pensez que la préfecture a commis une erreur ?
04:33 Oui, c'est une erreur parce qu'évidemment avec ce concert de casseroles, il était logique
04:38 qu'on puisse l'interpréter de cette manière-là, à moins que ce soit des gendarmes qui ne
04:41 sont pas mélomanes.
04:42 J'y crois assez peu.
04:43 En réalité, les gendarmes ont reçu un ordre.
04:45 Et pourquoi c'est une erreur ?
04:46 Parce que du coup, ça rend la casserole encore plus symbolique.
04:50 Et désormais, vous aurez des casseroles absolument partout.
04:53 Ce n'est pas la révolution des casseroles.
04:54 Vous savez à quoi ça fait référence ? Ça fait référence à l'Islande.
04:57 Le Premier ministre, en 2009, après la crise financière, les Islandais ne pouvaient même
05:02 plus servir de leur carte bleue.
05:03 Ils étaient interdits de compte à l'étranger.
05:06 Ils ne pouvaient plus aller retirer d'argent.
05:07 Ils se sont mis à manifester au point qu'ils ont obtenu la démission du Premier ministre
05:11 et quand il a quitté le pouvoir dans sa limousine noire, il a reçu des œufs du fromage blanc
05:16 sous un concert de casserole.
05:18 Et on a appelé ça la révolution des casseroles.
05:19 On n'en est pas là.
05:20 Est-ce que cette mesure était légale ?
05:22 Est-ce que c'est légal d'interdire les dispositifs sonores dans les manifestations ?
05:26 C'est la question qui a été posée hier à Claire Hédon, la défenseure des droits.
05:30 Elle était l'invitée de BFN TV le matin et elle précise que pour l'instant, elle
05:33 n'a pas été saisie, mais que ça pourrait être le cas.
05:36 On l'écoute.
05:37 Nous demanderons à connaître l'arrêté préfectoral qui a été rendu et à partir
05:43 de là, ce qu'on va évaluer, c'est effectivement, est-ce qu'il y avait vraiment un risque de
05:47 trouble grave à l'ordre public ?
05:49 Parce qu'en fait, l'État, effectivement, les pouvoirs publics peuvent interdire une
05:52 manifestation s'il y a un risque grave de trouble à l'ordre public.
05:56 Et donc, ce qu'il faut analyser dans cette situation, c'est est-ce qu'il y a un risque
06:00 grave de trouble à l'ordre public ?
06:02 C'est vraiment la question qui doit être analysée.
06:04 Mais j'insiste sur cette question de liberté de manifester, aussi sur le fait que les organisateurs
06:09 doivent déclarer la manifestation, mais ce n'est pas une demande d'autorisation, ce
06:13 qui est une nuance.
06:14 Et participer à une manifestation qui n'a pas été déclarée n'a rien d'illégal.
06:19 Anne Charlène, pour résumer, est-ce que cet arrêté pose problème au regard du droit
06:23 ?
06:24 Alors en fait, il pose des problèmes qui ne sont pas complètement résumés par la
06:26 situation qu'on entend.
06:28 Parce que la question, ce n'est pas tant le dispositif casserole ou non, c'est notamment
06:32 le périmètre de sécurité qui a été installé autour de la visite du président de la République.
06:37 Pourquoi ? Parce qu'en fait, la législation qui a été prise pour base de ces interdictions
06:43 et de ce périmètre sécurisé, c'est une législation antiterroriste qui date de la
06:48 loi SILT de 2017 et qui, justement, est inclue dans le Code de la Sécurité Intérieure
06:54 au titre de l'antiterrorisme.
06:55 Donc en fait, on voit bien que finalement, pour une sortie de chef de l'État, ça ne
07:00 relève pas exactement de cette législation-là.
07:02 Et c'est pour ça que la défense des droits s'en remet à l'ordre public et à la police
07:06 administrative, parce que normalement, il aurait simplement fallu prendre un arrêté
07:09 de police administrative générale en disant "voilà, pour des raisons de sécurité, on
07:12 va devoir proportionner".
07:13 Mais vous avez des pouvoirs beaucoup moins grands.
07:15 Donc c'est pour ça qu'en fait, cet arrêté est déjà sur un fondement un petit peu borderline.
07:20 Et en plus, l'adéquation avec l'idée de ne pas manifester autour et de ne pas manifester
07:25 avec certains dispositifs, ici, elle est clairement posée.
07:28 Je rappelle que pour qu'une mesure de police, elle soit considérée comme justifiée par
07:33 le droit, il faut qu'elle soit proportionnée, nécessaire et adaptée à la menace.
07:38 Et ici, vraiment, on peut se poser la question de savoir si cet arrêté avait vraiment ses
07:43 fondements.
07:44 Je rajoute un point, c'est qu'il a été difficile à attaquer cet arrêté, ainsi
07:47 que beaucoup d'autres qui interdisent des manifestations autour des déplacements des
07:51 ministres, parce qu'en réalité, on ne peut attaquer ces arrêtés qu'avant que la manifestation
07:56 n'ait lieu.
07:57 Et souvent, justement, on arrive trop tard pour des référés d'urgence.
08:01 C'est pour ça qu'il y a des recours qui sont tombés.
08:03 Attention, ça ne veut pas du tout dire que l'arrêté est légal.
08:05 Ça veut juste dire que le recours arrive un petit peu trop tard.
08:08 Et puis un petit point aussi sur les casseroles, ça existe depuis la monarchie de juillet
08:12 chez nous.
08:13 C'est quelque chose qui fait un petit peu partie de la culture de la contestation française
08:16 au moment de la restauration.
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