00:00 Ce que j'adore dans mon métier, c'est de pouvoir avoir accès à des personnages
00:03 qui sont vraiment loin de moi.
00:04 On a l'impression parfois d'être un peu sous hypnose
00:07 et on fait des choses qu'on ne penserait pas pouvoir faire.
00:10 Ah !
00:16 La crème de la crème.
00:17 J'y suis très attachée, un petit peu comme un doudou.
00:19 Ça a été mon premier premier rôle au cinéma.
00:22 C'est un film qui se passe au sein d'une école de commerce.
00:24 Des amis vont monter un réseau de prostitution au sein de l'école
00:29 pour faire du business, tout simplement.
00:31 Et donc j'interprète le personnage de Kelly,
00:33 qui dénote un petit peu parce qu'elle est issue d'un milieu plus précaire,
00:37 contrairement à ses camarades qui sont issus de milieux plus aisés.
00:41 Déjà dans le travail de préparation,
00:44 c'est assez excitant de se dire "Ok, je vais essayer de comprendre".
00:46 Donc on se découvre quelques facettes,
00:48 que je réserve au cinéma, pas dans ma vie privée, rassurez-vous.
00:53 Mais c'est vrai que oui, du coup, c'est pour ça que je fais ce métier.
00:56 C'est pour être surprise, pour moi-même me surprendre
00:59 et pour faire des choses différentes.
01:03 Alors "Elle", le film de Paul Verhoeven.
01:06 Je me souviens que Gregory Veil, mon agent, m'avait appelé en me disant
01:10 "Voilà, t'as un casting super important, c'est pour un film de Paul Verhoeven".
01:13 Et au début, j'ai même cru à un homonyme, j'avais du mal un petit peu à y croire.
01:17 Et donc j'ai passé le casting et après on m'a appelé en me disant
01:19 "Voilà, tu vas avoir un call back et tu vas rencontrer Paul Verhoeven".
01:22 Donc la deuxième fois, j'étais vraiment stressée.
01:25 Et quand je suis arrivée, il m'a serré dans ses bras, il m'a dit "Je suis trop content.
01:29 Tu vas aller là voir les personnes de la production,
01:31 ils vont te donner un plan de travail, etc."
01:33 Je me dis "Mais il me parle comme si j'avais le rôle
01:36 et comme si je faisais vraiment partie de l'équipe".
01:37 Sauf que moi, je m'attendais à venir passer un call back.
01:40 Donc je me souviens que je souriais évidemment comme ça,
01:43 j'étais toute crispée parce que j'étais pas sûre de bien comprendre.
01:47 Donc c'est marrant, il a dû se dire "Bon, c'est étonnant
01:49 parce que je me réjouissais pas trop".
01:50 Effectivement, en fait, il avait pris sa décision.
01:53 Allez.
01:54 "Mademoiselle de Jonquière", donc d'Emmanuel Mouret.
01:59 Vous vous souvenez de Madame de Jonquière ?
02:02 Ce n'est pas qu'elle ne soit belle comme un ange,
02:03 qu'elle n'ait de la finesse, de la grâce,
02:05 mais elle n'a aucun esprit de libertinage.
02:08 Par chance, je peux rencontrer comme tout acteur des difficultés sur un plateau,
02:14 mais pas celles de l'apprentissage du texte.
02:16 L'avantage aussi d'être passée par des cours de théâtre.
02:19 J'ai fait la classe libre,
02:20 où on a des quantités de textes à apprendre.
02:24 C'est n'y plus moins un muscle, en fait, la mémoire.
02:27 Donc je l'ai travaillé pendant plusieurs années.
02:30 Et je dirais que c'est finalement peut-être la partie dans laquelle je suis la plus à l'aise.
02:33 Allez.
02:34 Ah bah, "Couleur de l'incendie".
02:38 C'est adapté d'un roman de Pierre Lemaitre,
02:41 la suite de "Au revoir là-haut".
02:43 Et là, encore une fois, c'est vrai que c'est un personnage à double facette.
02:49 C'est vraiment le bien puis le mal, en fait.
02:51 Mais, puis à nouveau le bien.
02:53 Léonce, c'est un personnage qui me touche.
02:55 J'ai vraiment eu l'impression d'avoir fait l'avocate de Léonce dans ce film.
02:58 Je vois les avocats parfois, moi la première, on se dit
03:01 "Mais comment tu peux défendre un tel ou un tel ?"
03:04 En fait, il y a un peu ça quand on est acteur et qu'on se met à interpréter des personnages
03:06 qui, à un moment donné, prennent le mauvais chemin.
03:09 C'est aussi d'essayer de les défendre,
03:12 d'essayer d'expliquer pourquoi ils en sont amenés à faire ça.
03:15 Et que même si parfois il y a des choses qui sont impardonnables,
03:17 il y a toujours une explication, finalement.
03:19 Donc c'est ça qui m'a intéressée dans ce personnage.
03:22 Allez, Apache.
03:25 Je vais devenir une Apache.
03:26 Les Apaches pour régner la terreur !
03:29 Vous connaissez le sort des avocats.
03:32 C'est un film audacieux, c'est un film de genre,
03:35 c'est un film qui vient casser un petit peu les codes du cinéma français,
03:40 de manière plus générale, mais d'époque également,
03:43 parce qu'il y a beaucoup d'anachronisme.
03:44 C'était la première fois que j'avais accès à un personnage
03:47 avec autant de violence.
03:49 Donc je l'ai pas mal appréhendé.
03:51 Parce que je me suis dit au final, je ne sais pas du tout
03:54 ce que je vais donner dans ce registre.
03:55 Je ne sais pas si j'en suis même capable.
03:57 Ça me faisait un peu peur, puis je me suis prise au jeu.
04:00 Et c'est très amusant à faire.
04:02 C'est beaucoup de répétitions aussi, de cascades.
04:05 C'est le rôle d'une femme forte, libre.
04:09 C'est une femme qui tient tête aux hommes qui l'entourent.
04:12 Alors qu'en plus de ça, ce sont quand même ces hommes-là,
04:15 en l'occurrence, qui sont censés régner,
04:19 semer la terreur dans le Paris.
04:21 Et elle arrive à leur tenir tête.
04:22 Donc c'est vrai que c'était un très beau rôle féminin.
04:25 Eh ben, le prix du passage.
04:28 Oui, vichy noir, mais
04:33 Sembra talmente viviente, profondo et...
04:38 Mais ça va pas ? T'es malade ou quoi ?
04:41 Je me suis dit que c'est vraiment un film nécessaire.
04:45 Parce que c'est vrai que les migrants, on en a tous entendu parler.
04:48 Le cinéma, je le dis souvent,
04:50 c'est ce qui ressort souvent, c'est une fenêtre sur le monde.
04:52 Et c'est vrai que les films, comme le prix du passage,
04:54 ça a permis quand même d'avoir accès à des univers qui,
04:58 finalement, même si on en entend comme ça parler,
05:01 là, on rentre dans l'intimité de ces gens-là.
05:03 Et je pense que ça permet de nous toucher davantage
05:06 que finalement l'une des journaux qui en parle.
05:09 Et ce qui m'a plu aussi dans ce film,
05:11 c'est la manière dont le personnage de Natasha a été traité.
05:16 Parce qu'il y a une vraie belle évolution,
05:18 il y a une vraie belle trajectoire.
05:19 Au contact de ces migrants,
05:20 il va se rendre compte de ce qu'ils vivent, de ce qu'ils traversent.
05:23 Et il va mesurer finalement la gravité
05:29 et l'urgence surtout de ce qu'ils sont en train de vivre.
05:32 Du coup, je me dis, si seulement les spectateurs,
05:35 pour ceux qui arriveraient dans leur fauteuil
05:37 en étant au départ un petit peu insensibles,
05:40 si seulement par le prisme de Natasha pouvaient aussi évoluer,
05:44 ce serait chouette, vraiment.
05:46 - Qu'est-ce qu'on fait alors ?
05:47 C'est fini, c'est bon, on arrête ?
05:50 - Il n'a pas dit ça, non.
05:51 Sous-titrage ST' 501
05:54 [Générique de fin]
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