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  • il y a 3 ans
Ecoutez l'interview du ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse.
Regardez L'invité de RTL du 11 avril 2023 avec Amandine Bégot.

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Transcription
00:00 Vous êtes sur RTL.
00:02 RTL Matin
00:06 Il est 7h43, excellente journée à vous tous qui nous écoutez. Amandine Légault vous recevez donc ce matin le ministre de l'éducation nationale
00:13 Papandyaï.
00:14 Papandyaï, je voudrais qu'on commence donc avec ce sujet qui nous tient
00:17 particulièrement à coeur, celui du harcèlement scolaire. Un débat d'ailleurs est organisé aujourd'hui au Sénat.
00:22 On rappelle les chiffres, un enfant sur dix victime de harcèlement à l'école au cours de sa scolarité, 800 000 à un million d'enfants
00:29 victimes chaque année, c'est colossal. Et parmi eux il y a Maël, un petit garçon de dix ans dont les auditeurs
00:35 d'RTL se souviennent sans doute puisque son témoignage nous avait tous bouleversés.
00:39 Pendant près de trois ans ce petit garçon a été victime de coups d'insultes jusqu'au jour où il a dit en pleine classe
00:44 qu'il préférait mourir plutôt que de continuer à vivre cet enfer.
00:48 Dix ans seulement alors ses parents ont remué ciel et terre,
00:51 prévenu l'équipe éducative, déposé plainte. Le harcèlement a été reconnu comme tel mais à chaque fois on leur disait
00:58 "Impossible de forcer le harcèleur à changer d'école, c'est à votre fils de quitter l'établissement". Maël a été privé d'école
01:04 pendant plus de trois mois et c'est parce que son papa a fini par alerter les médias et notamment RTL que les choses ont bougé.
01:10 Alors j'ai eu le papa de Maël hier soir au téléphone parce qu'on garde ce lien.
01:14 Ça fait un mois que son fils a retrouvé sa classe, tout va bien, il est content, il a retrouvé ses copains, ça se passe bien à l'école.
01:20 Et je lui ai dit qu'on vous recevait ce matin, il avait une question pour vous.
01:24 Que faire, Papa Ndiaye, pour que les victimes n'aient plus à fuir, pour qu'il n'y ait pas d'autres Maël ?
01:29 C'est une vraie question, le harcèlement scolaire, on en connaît les effets sur
01:34 les élèves, sur leur bien-être, sur leur réussite scolaire, c'est absolument intolérable.
01:40 Et l'éducation nationale est mobilisée et moi au premier rang. Vous savez que depuis plusieurs années il y a un
01:46 programme qu'on appelle le programme phare qui est mis en place. Il a été
01:51 généralisé, je l'ai généralisé à la rentrée dans les écoles primaires et dans les collèges. D'ailleurs nous allons le généraliser
01:58 en direction des lycées à la rentrée prochaine, c'est une annonce que je peux vous faire d'ores et déjà.
02:05 Mais bien entendu il y a encore beaucoup à faire. 60% des écoles sont engagées dans ce programme,
02:12 86% des collèges, c'est bien mais c'est pas suffisant. Je rappelle que c'est un programme qui consiste à former les adultes, 5 par
02:21 établissement, à voir des élèves ambassadeurs. C'est eux qui détectent leurs camarades, qui voient les changements de comportement et qui peuvent
02:27 rapporter les choses et puis des procédures
02:30 par lesquelles on fait cesser les situations de harcèlement.
02:33 - Mais est-ce que ça fonctionne vraiment ? Vous avez un retour sur les expérimentations qui ont été menées ?
02:38 - On a des premiers retours et puis les deux années d'expérimentation
02:41 ces derniers temps ont montré en effet des progrès tout à fait...
02:46 - Mais ça veut dire quoi ? Un établissement où le programme phare est installé est un établissement où il n'y a plus de harcèlement ?
02:50 - Non, ça n'est pas si simple, hélas, mais c'est un établissement où les situations de harcèlement,
02:55 quand elles arrivent, elles sont repérées de manière plus précoce et puis elles sont traitées de manière également plus rapide.
03:02 - Vous avez des chiffres ?
03:03 - Là, on a des données sur les six académies où ce programme a été expérimenté, qui montrent une baisse
03:11 du nombre de harcèlement, de cas de harcèlement et un délai également
03:16 raccourci dans le traitement des harcèlements. Donc on sait que c'est bien, il faut avancer, il faut évidemment faire de telle sorte que
03:23 l'ensemble des écoles et des établissements s'engagent dans ce programme,
03:27 même si ça n'est pas la panacée. Et puis il y a le problème que vous soulevez avec Maël, c'est le fait que dans les écoles
03:35 primaires, eh bien, il n'y a pas de conseil de discipline et donc dans le cas où il faut séparer l'élève harceleur de l'élève
03:43 harceler, on en arrive à une situation qui n'est pas normale,
03:46 par laquelle c'est l'élève harceler qui doit partir.
03:49 - Parce qu'on ne peut pas forcer un élève à quitter un établissement, ça n'existe pas dans le primaire ?
03:52 - Parce qu'il n'y a pas...
03:53 - On ne pourrait pas changer la règle, Papezelle ?
03:54 - Eh bien justement, on peut changer les choses et c'est ce que je vais donc proposer par un changement
03:59 réglementaire, par lequel, en
04:02 dernier recours, on parle d'enfants ici, on parle quand même de situations parfois qui ne sont pas si simples entre le harceleur et le harceler.
04:10 - Le harceleur a aussi des problèmes et doit être pris en charge.
04:12 - Il y a des zones qui sont des zones un petit peu...
04:14 - Ça veut dire changer le code de l'éducation nationale ?
04:16 - Un changement réglementaire dans l'éducation nationale où, en dernier recours, lorsque toutes les solutions ont été épuisées,
04:24 à ce moment-là, l'élève harceleur pourra être scolarisé dans une autre école,
04:30 indépendamment de l'avis des parents, si le maire ou les maires concernés sont d'accord.
04:37 - En dernier recours, ça veut dire des mois et des mois, j'imagine ?
04:40 - Ça veut dire qu'il y a une procédure, d'abord, où on essaie d'abord de concilier.
04:44 On peut faire venir aussi des spécialistes de l'éducation nationale, de l'académie, qui viennent pour régler la situation.
04:51 - Sauf que dans le cas de Maël, pardon je vous coupe, mais le papa il a alerté tout le monde.
04:55 - Oui, c'est bien.
04:56 - Sincèrement, personne n'a rien fait.
04:57 - Eh bien, il faut, à l'avenir, que les choses se passent plus rapidement et, en dernière analyse,
05:02 si ça ne fonctionne pas, effectivement, pouvoir décider que l'élève harceleur, que c'est l'élève harceleur
05:09 et non pas l'élève harcelé, qui devra être scolarisé dans une autre école, c'est un changement important.
05:17 Mais je répète, cela ne se fait pas en cinq minutes, rapidement, c'est une décision lourde de conséquences
05:24 et on parle d'enfants entre 6 et 11 ans.
05:26 - On parle d'enfants, effectivement, tout petits et des familles derrière qui, bien sûr, sont forcément marquées par tout ça.
05:33 Vous parliez du programme phare mis en place aux primaires et aux collèges et vous nous en assoyez ce matin sur RTL
05:39 qui va être généralisé au lycée.
05:41 Tous les enseignants disent "c'est très bien", sauf qu'il n'y a pas de moyens, il n'y a pas de budget alloué aujourd'hui au harcèlement scolaire.
05:47 - Alors, il y a des budgets, puisque...
05:49 - Des budgets, mais il n'y a pas un budget.
05:51 - Alors, il y a un budget, c'est le budget de la formation, puisque nous formons des enseignants
05:56 et les formations ont commencé et vont bon train dans toutes les académies.
06:01 Ça prend un peu de temps, c'est une grosse machine que l'éducation nationale.
06:05 Les formations, ça coûte un peu, ça représente un certain budget.
06:10 - Combien ?
06:11 - Alors, à l'échelle, c'est plusieurs millions d'euros, évidemment, à l'échelle du pays.
06:16 Mais la question, c'est aussi celle de savoir si les établissements eux-mêmes ont besoin de moyens spécifiques
06:23 à propos des situations de harcèlement.
06:26 - Ce ne serait pas...
06:27 - Je n'en ai pas le sentiment.
06:28 - Au moins pour le symbole, vous avez fait du harcèlement une priorité nationale,
06:32 au moins pour le symbole, il consacrait un vrai budget, un enveloppe budgétaire,
06:36 comme on avait fait pour les violences conjugales.
06:39 Marlène Schiappa, quand elle a présenté ce grand plan, il y avait de l'argent sur la table,
06:43 mis uniquement pour ça.
06:44 Est-ce qu'en termes de symbole, au moins, ça ne réglerait pas une partie de la question ?
06:49 C'est ce que réclament les associations.
06:50 - Moi, je regarde aussi l'efficacité des dispositifs et nous allons voir comment les choses marchent
06:55 du point de vue de la formation, du point de vue aussi des campagnes de communication.
07:00 Le 30-20, le 30-18, vous savez, ces numéros de téléphone qui sont gratuits
07:06 et que l'on peut appeler en cas de harcèlement scolaire ou de cyberharcèlement,
07:10 ça représente aussi des budgets, ce sont des plateformes de personnes
07:13 qui répondent au téléphone et de manière très efficace.
07:16 Les campagnes de communication, la semaine contre le harcèlement au mois de novembre...
07:20 - Vous estimez en faire assez aujourd'hui ?
07:22 - On n'en fait jamais assez.
07:25 Quand on a des situations aussi dramatiques que celles qu'on a pu connaître
07:29 il y a quelques semaines ou quelques mois, la seule conclusion que je peux dire,
07:34 c'est qu'on n'en fait jamais assez.
07:35 Mais on est sur le bon chemin et on est entièrement mobilisés.
07:39 Il est clair que ces situations de harcèlement sont intolérables
07:43 et qu'il faut progresser et y mettre fin.
07:46 C'est un engagement et nous allons le réaliser, y compris par les mesures que je viens d'annoncer ce matin.
07:53 - Papendia, il nous reste très peu de temps et je voudrais balayer rapidement 2-3 sujets.
07:58 Vous disiez que c'est un engagement.
08:01 Parmi les engagements, il y a aussi celui d'Emmanuel Macron
08:03 qui avait promis une augmentation des salaires pour les enseignants,
08:06 revalorisation autour de 10% avait-il dit en 2023 et sans condition.
08:11 C'était censé être en janvier 2023. On en est où aujourd'hui ?
08:14 - Ce sera en septembre 2023. Je m'y suis engagé.
08:17 Nous avons des moyens budgétaires très importants. En année pleine, ça représente 3 milliards.
08:21 - 10% pour tous les enseignants ?
08:23 - 3 milliards d'euros dont 2 milliards qui sont versés de manière inconditionnelle
08:28 pour tous les enseignants depuis le premier jour du stage jusqu'au dernier jour de la carrière,
08:34 plus les conseillers principaux d'éducation, plus les psychologues de l'éducation nationale.
08:38 - Ça fait combien pour être à peu près concret pour les enseignants qui nous écoutent ?
08:40 - Nous allons faire les annonces la semaine prochaine.
08:43 C'est une revalorisation extrêmement substantielle.
08:47 2 milliards d'euros pour cela et puis 1 milliard d'euros supplémentaires
08:51 pour les enseignants qui s'engageront dans de nouvelles tâches.
08:55 - C'est le fameux pacte qui remplaceront notamment les enseignants absents.
09:00 Au bout de 72 heures, ils pourront avoir jusqu'à 3600 euros.
09:04 - 50 euros, c'est ça. C'est une prime annuelle de 3650 euros.
09:08 Ça représente 10% supplémentaire par rapport au salaire moyen.
09:11 - Et ça, ce sera une contrepartie ?
09:13 - En contrepartie de nouvelles missions que nous allons proposer aux enseignants volontaires.
09:18 - Quand vous étiez venu en septembre dernier, vous aviez dit pas moins de 2000 euros
09:21 pour un enseignant en début de carrière. Vous étiez engagé. Ce sera le cas là ?
09:25 - Je confirme, ce sera le cas.
09:27 - Il va falloir à nouveau des speed dating pour la rentrée, pour recruter des enseignants ?
09:30 - Vous savez qu'on a des difficultés dans le recrutement des enseignants.
09:35 Il n'y a pas de speed dating. La plupart des enseignants contractuels
09:38 enseignaient déjà l'année précédente. Nous les fidélisons en quelque sorte.
09:43 Mais l'objectif de l'augmentation dont nous parlons, c'est précisément
09:47 de rendre le métier plus attractif parce que nous avons besoin
09:50 de plus d'enseignants, d'enseignants bien formés et bien rémunérés.
09:54 - Et en même temps, il y a des fermetures de classes annoncées pour la rentrée prochaine.
09:57 2265 selon le SNES-CFSU, qui est le premier syndicat du primaire.
10:00 Vous confirmez ces chiffres ?
10:01 - Nous perdons 85 000 élèves à la rentrée 2023.
10:05 - On est encore un pays où il y a beaucoup d'élèves par classe,
10:08 si on compare à la moyenne européenne. 22 par classe en France,
10:11 29 en Europe.
10:12 - Et je peux vous dire que le taux d'encadrement, c'est-à-dire le nombre
10:15 d'élèves par classe, va baisser légèrement l'année prochaine.
10:19 Donc le taux d'encadrement continue à s'améliorer.
10:22 Mais il faut regarder une réalité, c'est la baisse du taux de natalité
10:26 depuis une dizaine d'années. On va perdre jusqu'à 500 000 élèves
10:31 dans l'espace du quinquennat. Même s'il faut aussi tenir compte
10:35 des réalités, notamment des écoles des territoires ruraux.
10:38 - On aurait pu en profiter justement pour avoir de plus petits effectifs,
10:41 s'occuper du harcèlement, des enfants à problème, à difficulté.
10:45 Le dédoublement, vous l'avez dit, ça fonctionne super bien.
10:49 Pourquoi se priver de classe alors qu'on n'a pas les moyens de tenir ?
10:52 - Nous avons précisément un problème d'attractivité du métier.
10:56 Si nous créons plus de postes, mais que ces postes restent vacants,
10:59 convenez qu'on n'aura pas beaucoup avancé.
11:02 Donc la priorité, c'est d'abord de rendre le métier plus attractif.
11:05 Et c'est ce que nous faisons avec les augmentations que j'ai précisées à l'instant.
11:11 - Merci beaucoup, Bapin Zia.
11:12 Nous avons encore plein de questions, mais vous reviendrez.
11:15 - Avec plaisir.
11:16 Outre les augmentations de septembre, le ministre de l'éducation.
11:18 [SILENCE]
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