00:00 [Musique]
00:03 Bonjour à tous, je suis heureuse de vous accueillir sur le plateau de l'Opinion
00:07 et je suis heureuse aussi d'accueillir Eric Lely.
00:09 Bonjour, Monsieur Lely, vous êtes le président de la FF3CA, signe un peu mystérieux.
00:14 C'est la Fédération française des combustibles, carburants et chauffage.
00:18 Une fédération qui regroupe un millier d'entreprises en France qu'on connaît
00:22 parce que ce sont elles qui, par exemple, livrent le fuel dans nos maisons.
00:25 Donc voilà, un écosystème d'entreprises importantes, de TPE, de PME.
00:30 Et si on se parle aujourd'hui, c'est parce qu'on va parler du biofuel,
00:34 un sujet émergent, un sujet intéressant qui concerne tous ceux de nos concitoyens
00:39 qui chauffent leur maison avec du fuel.
00:42 Le fuel, c'est la troisième énergie utilisée en chauffage domestique.
00:46 3 millions de ménages l'utilisent dans des zones périurbaines
00:50 et des gens qui, souvent, n'ont pas forcément le choix d'une alternative,
00:54 autre qu'électrique, parce qu'il n'y a pas de réseau de gaz.
00:57 Absolument.
00:59 Le gaz se desserre moins de 10 000 communes sur les 36 000 communes en France.
01:03 Alors, il y a aussi des gens qui chauffent au fuel dans les zones où il y a du gaz, bien sûr.
01:06 Et on le voit dans la particularité du chauffage au fuel
01:09 et des consommateurs qui se chauffent au fuel,
01:11 c'est qu'ils sont majoritairement attachés à leur énergie de chauffage.
01:14 On fait des enquêtes d'opinion chaque année.
01:16 Et à peu près les deux tiers des consommateurs de fuel, aujourd'hui,
01:21 n'ont pas envie de changer de système de chauffage,
01:24 que ce soit à court terme ou à moyen terme.
01:26 Ils sont satisfaits parce que c'est un chauffage qui produit une chaleur agréable,
01:29 le chauffage à eau chaude.
01:30 Et comme vous le dites, il n'y a pas forcément d'alternative gaz.
01:32 Donc, ils n'ont pas envie de passer à l'électricité ou à la pompe à chaleur.
01:36 Sans compter que changer une chaudière, ça coûte quand même assez cher.
01:39 Oui, changer de système de chauffage,
01:41 quelque soit, si on passe sur une chaudière ou une pompe à chaleur,
01:44 c'est un investissement important malgré les ailes qu'il peut y avoir.
01:47 Alors, le problème, c'est que le fuel, évidemment, c'est une énergie fossile
01:51 et que donc, elle est vouée à s'éteindre sûrement, lentement, mais sûrement.
01:58 Elle émet beaucoup de CO2.
01:59 Oui, alors, elle émet du CO2.
02:02 Je voudrais dire qu'elle ne pollue pas.
02:05 Elle émet plus de CO2 que...
02:06 Pas de particules fines.
02:06 Pas de particules fines, contrairement au bois, par exemple.
02:10 Mais elle émet plus de CO2 que le gaz ou l'électricité.
02:12 Voilà, elle émet 330 grammes de CO2 par kWh,
02:16 là où le propane émet 270 et le gaz 220 et l'électricité autour de 280.
02:24 Et donc, ça, nos consommateurs en sont conscients.
02:28 Voilà, ils se disent, oui, le chauffage au fuel, ils le savent,
02:30 ça émet davantage de CO2 que les autres énergies.
02:35 Et donc, l'alternative pour rester au fuel, c'est le biofuel dont on va parler.
02:40 Donc, on a une énergie qui est plébiscitée, qui a des avantages,
02:45 mais qui a aussi cet inconvénient du CO2.
02:47 Et donc, on a maintenant des alternatives techniques
02:50 pour améliorer le score carbone des fuels domestiques.
02:54 Absolument.
02:55 Et ces alternatives, tout en restant avec le même système de chauffage,
02:59 eh bien, c'est de passer du fuel fossile à un fuel
03:02 en contenant une part croissante de biocarburant.
03:05 Produit ce biocarburant à partir de colza, cultivé en France.
03:10 Alors, il faut qu'on précise, quand on cultive du colza en France,
03:14 ça n'est pas pour faire de l'essence,
03:16 on le cultive pour faire des protéines végétales destinées à l'élevage,
03:19 qui permettent d'apporter moins de soja.
03:21 Et on a un coproduit, quand on cultive du colza,
03:24 on a une huile dont on ne sait pas forcément quoi faire,
03:27 qui va en partie dans les carburants pour les voitures.
03:29 Et donc, on peut adjoindre de l'huile de colza,
03:32 on appelle ça de l'ester de colza,
03:35 on peut l'adjoindre dans du fuel domestique.
03:37 A quelle proportion ?
03:38 Alors, nous venons de lancer un fuel domestique
03:41 qui contient 30% d'ester de colza.
03:45 C'est tout récent, puisque le décret d'autorisation
03:48 de mise sur le marché de ce biofuel à 30% de colza
03:52 date du mois d'octobre,
03:53 donc on est dans la phase de déploiement
03:56 sur l'ensemble du territoire français de ce biofuel.
03:59 Ce qui est intéressant, c'est que nos clients, les consommateurs,
04:02 dans les enquêtes d'opinion,
04:04 sont 40% et ont déjà entendu parler du biofuel,
04:07 ça va à peu près ce que c'est.
04:09 Et puis, quand on leur demande si votre distributeur de fuel
04:11 vous propose du biofuel, ils sont 80% à dire
04:14 "oui, ça m'intéresse de passer au biofuel".
04:16 Donc, on est dans une phase de déploiement logistique
04:21 du biofuel sur l'ensemble du territoire.
04:23 On a déjà à peu près 300 distributeurs
04:26 qui sont en capacité de livrer du biofuel partout en France.
04:32 Mais ça, c'est la première étape, un biofuel F30.
04:34 Alors, est-ce qu'on peut utiliser du biofuel dans une chaudière ?
04:37 C'est une vraie bonne question. Est-ce que c'est adaptable partout ?
04:40 Alors, le biofuel, aujourd'hui, quand on change sa chaudière,
04:45 on a forcément une chaudière biofuel
04:47 parce qu'il y a un décret sur les équipements thermiques
04:50 qui limite à 300 grammes de CO2 les émissions de chauffage.
04:53 Et donc, quelqu'un qui change sa chaudière fuel
04:56 pour mettre une nouvelle chaudière,
04:57 il aura forcément une chaudière biofuel.
05:00 Aujourd'hui, les constructeurs de chaudières,
05:03 il faut le signaler, c'est une industrie française,
05:06 essentiellement française.
05:07 Donc, ils ont tous aujourd'hui une gamme de chaudières
05:10 et de brûleurs biofuel.
05:11 Donc, si on achète une nouvelle chaudière,
05:13 elle sera forcément biofuel.
05:15 Et pour les anciennes, alors ?
05:16 Et pour les anciennes, alors, on peut transformer sa chaudière fuel
05:19 et passer au biofuel,
05:21 simplement en changeant le brûleur de la chaudière,
05:23 ce qui est un investissement relativement minime,
05:25 de l'ordre de 1 200 euros.
05:27 Et ça permet de passer au biofuel directement.
05:30 Alors, on comprend l'intérêt.
05:32 Une facture carbone qui baisse
05:33 parce qu'on passe sous les 300 grammes de CO2 par kWh.
05:38 On comprend aussi que c'est un intérêt
05:40 pour la balance commerciale française.
05:41 Parce qu'on importe moins de fossiles, moins de pétrole.
05:43 On produit localement.
05:45 Mais il y a quand même encore une part de fossiles dans ce fuel.
05:49 Mais ça, vous nous dites, on a des solutions pour faire baisser
05:52 la part du fossile dans le mix.
05:54 Comment est-ce qu'on peut le faire ?
05:56 On est déjà en train de tester un biofuel
05:59 qui va contenir 55% de colza.
06:02 C'est-à-dire ?
06:03 Plus de colza que de fuel fossile.
06:06 Et c'est le sens de l'histoire, de décarboner,
06:08 de décarboner que ce soit le fuel ou les carburants
06:12 pour les automobiles.
06:13 Donc, ce biofuel qui contient 55% de colza,
06:17 on est en train de le tester dans les chaudières et en labo.
06:22 L'objectif, c'est de montrer qu'une chaudière
06:23 qui fonctionne avec du fuel à 30%
06:26 fonctionne de la même façon avec un fuel à 55% de colza.
06:29 Et ce fuel à 55% de colza émettra encore beaucoup moins
06:32 de CO2 puisqu'à 30% on réduit de 20%,
06:36 à 55% on réduit de 40% l'empreinte CO2 de son chauffage.
06:41 Donc, ce fuel à 55%, on prévoit de le lancer
06:44 d'ici 2025 au plus tard.
06:47 Et là, on aura carrément un bio liquide de chauffage
06:49 qui sera plus bio que fossile.
06:52 Et notre trajectoire, elle est, disons 2025, 55%
06:57 pour finir autour de 2030, à défossiliser complètement
07:00 le chauffage et avoir un biofuel 100% qui sera 100% végétal.
07:05 On finira avec un bio liquide végétal.
07:07 - Et alors, est-ce qu'on a les moyens de cultiver
07:09 assez de colza pour parvenir à cette décarbonation ?
07:12 - Alors, les agriculteurs sont intéressés
07:14 dans le développement de la culture de colza
07:15 parce que, comme vous le disiez tout à l'heure,
07:17 on a le plan protéines et la France veut une indépendance
07:22 protéinique et arrêter d'importer des tourteaux de soja
07:25 d'Amérique du Sud.
07:25 Donc, il y a le développement des cultures de colza.
07:29 Il y a aussi le tournesol qui permet...
07:31 On parle de colza, c'est essentiellement le colza,
07:33 mais il y a aussi le tournesol.
07:34 - Une culture qui revient en grâce ces dernières années.
07:36 - Voilà, oui, oui, oui, tout à fait.
07:38 Donc, et le tournesol, c'est pareil,
07:40 on fait du tourteau et de l'huile.
07:43 Et donc, il y a suffisamment de surfaces cultivées
07:49 pour produire de l'estère de colza,
07:52 sachant qu'aujourd'hui, du colza, il y en a dans le gasoil.
07:55 Il y a 8% de colza dans le gasoil.
07:56 - Oui, mais ça, c'est les Français qui ne le savent pas forcément.
07:58 Il y a déjà un peu de...
07:59 - On roule au colza, enfin...
08:01 - Un petit peu. - 8% de colza, voilà.
08:02 - Et des bus qui roulent aussi.
08:03 - Et les bus roulent à...
08:04 Il y a des bus qui roulent à 100% colza.
08:06 Donc, la solution 100%, elle fonctionne.
08:10 Et puis, mais alors, la consommation de gasoil en France,
08:13 elle baisse quand même, parce qu'on voit que l'incitation
08:17 de passer aux carburants, aux voitures hybrides, électriques,
08:19 et puis passer du gasoil à l'essence.
08:21 - Ça veut dire que ce sont des volumes qui pourraient servir au...
08:23 - Voilà, donc voilà, il y a moins...
08:24 - ...du fume domestique. - Voilà, tout à fait.
08:25 Il y a une baisse.
08:27 Là, on a un peu décrit techniquement comment ça peut se passer.
08:30 Qu'est-ce qu'en dit l'Europe ?
08:31 Parce qu'on sait que ce que peut poser la réglementation européenne,
08:34 c'est absolument capital pour le développement d'une technologie ou d'une autre.
08:37 Qu'est-ce qu'en dit l'Europe et qu'est-ce qu'en disent nos voisins européens ?
08:40 - Tout à fait, alors.
08:41 Alors, l'Europe, le chauffage dans les logements,
08:45 c'est un peu le parallèle avec les carburants, enfin avec les voitures.
08:48 Donc, le projet de directive européenne, il dit qu'à l'horizon 2035 ou 2040 ou plus tard,
08:53 il ne devrait plus y avoir de nouveaux systèmes de chauffage utilisant des énergies fossiles installés en Europe.
09:01 Et donc, de la même façon qu'on ne devrait plus avoir de nouvelles voitures avec des moteurs thermiques,
09:06 il n'y aurait plus de nouveaux systèmes de chauffage fossiles.
09:10 Mais par contre, le projet de directive européenne incite les États membres
09:14 à développer les systèmes utilisant des bioliquides de chauffage,
09:17 donc une part croissante de bio dans les systèmes de chauffage.
09:21 Et il le reconnaît tout à fait comme un système compatible avec les objectifs européens de réduction des émissions de CO2.
09:27 Et nos autres voisins européens, d'ailleurs, on le voit,
09:29 les pays dans lesquels le chauffage au fioul est le plus développé,
09:33 donc l'Allemagne, l'Autriche, la Pologne, la Finlande,
09:37 travaillent aussi sur des solutions bioliquides, soit à partir d'esters de colza,
09:42 soit à partir de HVO, d'huile hydrogénée.
09:45 Voilà, c'est une autre solution.
09:47 - D'huile usagée.
09:48 - D'huile usagée, voilà, végétale ou animale.
09:52 Mais tout cela, c'est vraiment un mouvement européen des différents pays
09:57 qui converge vers la défossilisation, décarbonation des systèmes de chauffage.
10:03 - Merci beaucoup, Éric Lely.
10:05 Vous avez mis le projecteur sur un sujet encore mal connu de nos concitoyens.
10:09 Je suis très heureuse de vous avoir reçu aujourd'hui.
10:11 Je vous dis à bientôt sur le plateau de l'Opinion.
10:13 - Merci, Emmanuelle.
10:14 - Merci à vous.
10:15 [Musique entraînante diminuant jusqu'au silence]
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