00:00 Bonjour et bienvenue dans Envie d'agir où je suis très heureuse d'accueillir aujourd'hui
00:12 Mercedes Serra pour parler de droit des femmes.
00:15 Bonjour Mercedes.
00:16 Bonjour, ravie d'être là.
00:17 Merci beaucoup d'être avec nous.
00:19 Mercedes Serra, on vous connaît comme businesswoman, comme femme d'affaires très reconnue en
00:24 France à la tête d'un groupe de publicité de communication à l'international et aussi
00:30 parce que vous êtes très engagée dans la lutte pour les droits des femmes et ce depuis
00:34 de nombreuses années.
00:36 Est-ce que vous pourriez m'expliquer pour commencer quelle a été la source de cet
00:41 engagement ou les sources de cet engagement en faveur des droits des femmes ?
00:44 Je ne sais pas, c'est très difficile à dire, il y en a tellement.
00:47 Mais en tout cas, je me souviens très bien qu'à l'âge de 6 ans, je n'avais pas
00:52 trouvé normal la vie de ma maman.
00:54 Je trouvais que celle de mon papa n'était plus marrante.
00:57 Je me disais qu'il vaut mieux que je fasse comme mon papa que comme ma maman.
01:01 Et je trouvais que ma maman avait beaucoup de talent et qu'on l'avait un peu enfermée
01:05 dans une maison.
01:06 Et ce n'était pas une mère au foyer, elle n'était pas du tout classique, elle s'embêtait
01:11 énormément.
01:12 Et donc je me disais qu'il y a quelque chose qui ne marche pas.
01:15 Et cette petite intuition a toujours été clé ensuite dans mon histoire.
01:22 Et je me suis aperçue qu'en effet, il y avait quelques problèmes.
01:25 Et puis, j'aime beaucoup cette notion d'égalité, ce droit humain.
01:30 Je pense que ce n'est pas que pour les femmes et les hommes, c'est pour le monde,
01:34 c'est pour les humains.
01:35 Et je trouve que ce n'est pas normal de traiter une partie du monde de façon différente.
01:41 Et je crois au talent des filles.
01:43 C'est formidable les femmes.
01:45 Bien sûr.
01:46 Et est-ce que c'est justement ce vecteur qui vous a poussée tout en haut ? Aujourd'hui,
01:51 vous êtes vraiment en haut dans les patronnes reconnues.
01:55 Non, mais c'est parce que je suis bonne.
01:58 Aussi.
01:59 Je suis bonne en pub.
02:00 Donc je suis compétente.
02:01 Moi, je crois qu'on a autant… on a de la compétence.
02:06 Là où j'ai été aidée, c'était que je n'ai pas douté dans ma tête.
02:10 Et après, je me suis aperçue qu'il y avait beaucoup de filles qui doutaient.
02:12 Et moi, je ne doutais pas.
02:14 On m'expliquait quand je suis sortie des belles écoles que j'ai fait.
02:18 Quand je suis sortie de ça, on me disait « mais tu veux t'arrêter dans ta vie ? »
02:23 « Pourquoi ? Pourquoi voulez-vous que je m'arrête ? »
02:26 « Pourquoi voulez-vous… »
02:27 Mais après, il faut quand même avoir une vie privée.
02:30 « Mais pourquoi voulez-vous que je n'ai pas de vie privée ? »
02:32 Et je ne comprenais même pas les questions.
02:35 Et surtout, je ne comprenais pas pourquoi on ne les posait pas au garçon qui était
02:38 à côté de moi.
02:39 Donc, je pense que cette absence de doute m'a beaucoup aidée.
02:43 Du coup, j'avais droit à l'ambition.
02:46 Oui, tout à fait.
02:47 Je ne freinais pas.
02:48 J'entendais en fait à l'occasion du 8 mars, donc il y a quelques jours, que quand
02:52 un homme part tard du bureau, on trouve qu'il a de l'ambition.
02:55 Mais quand une femme part tard du bureau, on se dit « elle ne s'occupe pas de ses
02:58 enfants, alors pourquoi elle fait ça ? »
03:00 Et donc, vous vous dites que vous n'êtes pas tombée dans ce piège-là en fait.
03:03 J'ai eu de la chance parce que je n'écoutais pas.
03:05 Donc, j'ai bien entendu plein de choses.
03:08 De la chance ou du talent alors ?
03:09 Je ne sais pas.
03:10 Je crois que j'ai eu une capacité quand même à m'arranger avec l'écoute.
03:13 Et donc, j'ai entendu quand je n'avais pas d'enfant, c'est parce que je n'avais
03:19 pas d'enfant.
03:20 Quand j'ai eu des enfants, c'était parce que je ne m'en occupais pas.
03:23 Il y a plein de choses.
03:24 On m'a dit que je ne trouverais pas de mari.
03:26 Moi-même, j'y croyais.
03:27 Je me suis dit « je ne vais pas le trouver ».
03:29 Des choses très compliquées et je pense qu'il ne faut pas écouter.
03:33 Moi, je trouve que j'ai de la chance.
03:36 J'avais de la chance de faire un métier que j'adorais.
03:38 Mais qu'est-ce qu'on me racontait ?
03:40 Au début d'ailleurs, j'étais un peu énervée parce que quand je voyais des filles,
03:44 c'était toujours « ah, mais j'ai mon premier enfant, c'est un vrai enjeu, un vrai problème ».
03:50 Et moi, je me disais « mais quel problème ? »
03:52 « Mais de quoi me parle-t-elle ? »
03:53 Après, je me suis calmée parce que j'ai compris qu'on traitait les femmes différemment
03:57 que les hommes et qu'il ne fallait pas être naïve.
04:00 Il fallait que je montre peut-être encore plus de talent qu'un homme et ça,
04:06 je trouve ça fatigant.
04:08 Forcément, ça l'est et je pense que c'est toujours malheureusement d'actualité.
04:11 Bien sûr.
04:12 Par exemple, de cette journée du 8 mars, journée internationale des droits des femmes,
04:16 qu'est-ce qu'elle symbolise pour vous aujourd'hui ?
04:19 Pour moi, elle est importante, enfin elle est importante,
04:21 elle est en même temps un peu absurde parce que la journée des femmes,
04:25 ça devrait être tous les jours notre journée des femmes.
04:27 Mais ma petite fille de 3 ans, elle m'a appelée aujourd'hui pour dire « bon anniversaire mamie ».
04:33 « Bon anniversaire ». Je lui ai dit « mais pourquoi tu me dis ça ? »
04:36 Elle me dit « parce que c'est la journée des femmes ».
04:38 Et je lui ai dit « bon anniversaire à toi ».
04:40 Du coup, elle m'a demandé un cadeau.
04:42 Je trouve qu'elle est très maligne.
04:43 Alors, parfait ça !
04:44 Elle est parfaite.
04:46 Donc voilà, c'est Nouria et elle a beaucoup, beaucoup de talent déjà.
04:50 Je pense qu'il faut absolument profiter, moi je suis simple,
04:56 tout ce qu'on nous laisse, il faut le prendre pour expliquer nos enjeux, nos problèmes,
05:02 ce qu'il faut régler, ne pas accepter ce qui ne va pas, continuer à dire.
05:08 Et en plus, on a un enjeu d'exemplarité, il faut qu'on proteste.
05:12 On a une partie du monde, l'Iran, l'Afghanistan,
05:16 toutes ces femmes qu'on oublie et qui en ce moment vivent des choses si dures,
05:21 ce n'est pas possible.
05:22 Donc je pense que ce 8 mars, il faut… et puis on continuera le 9 mars.
05:27 Tout à fait.
05:28 On en parlera le 10 aussi.
05:29 Et justement, vous parlez de l'international, vous êtes une citoyenne du monde.
05:35 Parlez-nous de vos engagements à l'international justement.
05:38 Il y a le musée de l'immigration, il y a aussi Human Rights Watch.
05:43 J'aimerais que vous nous en parliez.
05:44 En fait, c'est deux enjeux qui me tiennent beaucoup à cœur.
05:48 Je suis depuis 10 ans présidente du conseil d'administration du musée de l'immigration,
05:52 du palais de la Porte d'Orée.
05:53 Il faut que vous y alliez, d'abord, tous.
05:56 C'est important.
05:58 Et qu'est-ce qu'on fait dans ce palais ?
06:00 On explique l'histoire de l'immigration française.
06:03 Parce qu'on entend beaucoup de bêtises.
06:05 On entend qu'ils arrivent, qu'ils envahissent.
06:08 Non, ils n'envahissent pas la France.
06:09 Il faut se calmer.
06:10 On entend les vrais chiffres au musée de l'immigration.
06:13 On connaît la vraie histoire de la France.
06:15 Moi, je n'aime pas quand on dit que l'histoire de la France,
06:18 ce n'est pas une histoire exceptionnelle d'accueil.
06:21 Alors jamais un accueil, les bras ouverts, venez les étrangers, etc.
06:26 Mais notre histoire est liée à la capacité d'intégration qu'on a eue
06:31 de pays différents, de gens qui venaient de partout dans le monde,
06:35 avec un concept qui était important,
06:37 qui était qu'on avait quelque chose en commun ensemble,
06:40 mais que c'est nos diversités qui construisaient la France.
06:43 Donc je voudrais rappeler à tous que c'est nos diversités
06:46 qui construisent la France.
06:47 Et ça, pour moi, c'est un combat important.
06:50 Donc on va avoir une exposition permanente
06:53 qui rouvre au musée de l'immigration.
06:55 Il faut venir, vous aurez la vraie histoire de la France.
06:58 Vous aurez comment, à partir du XVIIIe siècle,
07:02 on s'est beaucoup ouvert parce qu'on avait besoin de l'immigration.
07:05 Et je voudrais juste dire aux Français aujourd'hui
07:07 que ce besoin de l'immigration, aujourd'hui, va être encore plus notable
07:11 parce qu'on va commencer à avoir un problème de démographie
07:15 et que, de toute façon, on ne va pas éviter le problème mondial,
07:18 à savoir que certaines gens sont obligés de quitter leur pays.
07:22 Qu'on ne va pas faire les naïfs.
07:24 Il va falloir trouver des bons systèmes d'accueil intelligents.
07:28 Je voudrais justement vous faire aussi écouter le message engagé
07:31 d'une autre femme qui se bat pour son pays depuis la France.
07:35 On regarde et on se retrouve après.
07:37 La révolution en Iran a commencé par les femmes, à cause des femmes,
07:44 avec les hommes, pour les femmes.
07:47 Et après, c'est devenu quelque chose qui est allé au-delà de l'humanité.
07:52 Et c'est pour ça, je crois, que c'est un événement historique.
07:55 On ne l'a jamais vu.
07:57 On parle de 8 mars.
07:58 Ce qui s'est passé en Iran cette année, c'est au-delà de l'imagination.
08:04 Parce qu'on n'a jamais vu dans l'histoire de l'humanité
08:06 que les hommes meurent pour les femmes, pour les droits des femmes.
08:10 C'est une révolution, je ne peux pas dire féminin,
08:13 je ne veux pas le mettre dans un cadre,
08:15 parce que c'est une révolution pour la liberté,
08:17 pour les droits des femmes, pour les droits des hommes,
08:20 pour le droit de l'homme.
08:22 Moi, il y a 40 ans, en Iran, je voulais déjà être un garçon.
08:26 Comment vous étiez ?
08:27 C'était quoi la gauche civité qui était en Iran ?
08:29 À vrai dire, je n'aimais pas être entourée par les femmes,
08:32 que là on est que les femmes.
08:34 J'étais tout le temps avec les hommes, en faisant des trucs des garçons,
08:39 des trucs vraiment des garçons.
08:42 J'étais comme un garçon, j'avais deux identités,
08:45 parce que j'ai rasé ma tête, mon prénom était Ami.
08:49 J'étais un garçon carrément.
08:51 J'ai complètement abandonné ma féminité en Iran,
08:54 parce que je pensais que ça m'arrête pour avancer.
08:58 Ça veut dire que pour devenir libre...
09:00 C'est ce qui était peut-être vrai.
09:02 C'est ça, c'est ce qu'on apprend aujourd'hui de cette génération-ci,
09:07 c'est que moi, pour être libre dans les rues,
09:09 j'étais obligée de raser ma tête et abandonner ma féminité.
09:12 Eux, ils veulent laisser leurs cheveux longs,
09:15 et ils ont le courage de ne pas les cacher.
09:19 Nous, on est tous les mêmes.
09:21 Si les femmes iraniens se battent pour la liberté,
09:23 ils se battent pour le monde.
09:25 Ils se battent pour la liberté de femmes dans le monde.
09:28 Oui, ils sont en Iran géographiquement,
09:30 ils sont iraniens, ils sont les femmes.
09:32 Mais chaque personne aujourd'hui qui se bat pour la liberté,
09:35 elle se bat pour l'humanité.
09:37 C'est pour ça qu'on ne peut pas les abandonner.
09:39 Le gouvernement islamique est un cadavre qui doit être enterré.
09:43 Nous, de l'extérieur, il faut mettre des clous devant.
09:46 On ne peut pas les tirer sur ce cadavre-là,
09:49 parce que ce n'est pas à nous de faire ça.
09:51 Mais la chose qu'on peut faire, c'est de serrer le chemin,
09:55 comme ça, il ne peut plus marcher, il ne peut pas tuer les gens.
09:58 C'est une monstre énorme.
10:00 Nous, on tend la main.
10:02 On dit "choisissez".
10:04 Vous voulez rester à côté d'un régime qui ment,
10:08 qui menace, avec la nucléaire, qui envoie des armes en Russie.
10:12 Vous voulez rester avec lui ou vous voulez rester avec le peuple iranien ?
10:16 Je crois qu'il faut rester dans le bon côté de l'histoire.
10:20 Merci beaucoup Gholshifteh, Farahani.
10:23 Effectivement, un mouvement impressionnant qui a lieu aujourd'hui en Iran,
10:28 très soutenu par les hommes, c'est ça aussi qui est très intéressant.
10:32 Bien sûr, parce que je pense que l'avancée des femmes va faire avancer les hommes.
10:38 Je ne pense pas du tout qu'on va perdre, que les hommes vont perdre quelque chose.
10:42 Je pense que les hommes aussi ont droit au collège et aux paternités.
10:46 Je pense qu'il faut se battre pour eux, pour qu'ils aient accès à leurs enfants.
10:50 Je pense que c'est plus intéressant si le monde s'équilibre.
10:53 Je pense que les femmes vont changer, les hommes vont changer.
10:56 Donc, il faut être très ouvert, mais on est très émus quand on entend ça.
10:59 Au musée de l'immigration, en ce moment, il y a une exposition des dessins faits par les femmes iraniennes.
11:06 Je vous conseille d'aller la voir. C'est fait avec les Beaux-Arts.
11:09 On a rassemblé finalement des œuvres faites par des Iraniennes.
11:13 Et vraiment, ce combat est un combat essentiel.
11:16 Oui, effectivement, allez-y, c'est vraiment un super musée.
11:20 Est-ce qu'il y a autre chose qui vous a marquée ?
11:22 Est-ce que vous, par exemple, vous aviez aussi envie d'être un garçon ?
11:26 Alors, pas du tout, parce que pour moi, ma maman, quand on était petit,
11:30 elle me demandait tout à moi et rien aux garçons.
11:33 Et donc, j'ai pensé qu'ils avaient un handicap.
11:36 Je me suis dit "ouh là".
11:38 Et parfois, je le pense encore.
11:41 Parce que je pense que de ne pas être élevée dans le concret,
11:44 de faire que le monde du concret, c'est pour la femme,
11:47 le monde de la maison, c'est pour la femme,
11:49 le monde de l'intériorité, c'est pour la femme,
11:51 le monde du caire, c'est pour la femme,
11:53 mais qu'est-ce qui reste aux hommes ?
11:55 Donc, je ne suis pas à l'aise avec ça.
11:58 Je n'ai jamais voulu être un homme.
12:01 Je suis super contente d'être une femme.
12:03 Et je pense que quand on les entend être obligés de couper
12:07 ces cheveux qu'elle a, qui sont magnifiques,
12:09 heureusement, ils ont repoussé.
12:11 Parce qu'il fallait être un homme pour pouvoir avoir droit.
12:14 Et combien de femmes au travail se sont déguisées en hommes
12:18 parce qu'il fallait en passer par un ?
12:20 Donc, non.
12:21 Les femmes, c'est magnifique.
12:23 Il ne faut jamais oublier ça.
12:24 On a une histoire.
12:25 On n'est pas exactement comme les hommes
12:27 parce qu'on a une histoire derrière, une histoire lourde.
12:29 On a porté beaucoup de choses.
12:31 Ça nous a rendu pas mal.
12:33 - Et quelle est votre envie d'agir dans les cinq prochaines années ?
12:35 - Moi, j'adore le titre de cette émission
12:39 parce que je crois toujours qu'il faut faire des choses.
12:43 Donc, vous voyez aujourd'hui, par exemple, le 8 mars,
12:46 l'année dernière, on était à Dubaï,
12:48 on montrait une étude sur les femmes,
12:51 sur leur rapport partout dans le monde à ce qui se passait.
12:54 On s'apercevait qu'on n'était pas si éloignés les unes des autres.
12:58 Cette année, on a voulu faire autre chose.
13:00 Donc, avec Sista et l'ONU,
13:02 on s'est dit qu'il fallait travailler sur le monde de la technologie,
13:06 le monde des sciences qui est trop coupé des femmes.
13:09 Donc, on a eu une idée qui était tout simple,
13:11 prendre des femmes de la tech,
13:13 prendre des hommes de la tech qui sont beaucoup plus suivis sur LinkedIn
13:17 et pour un jour, leur demander de quitter leur LinkedIn
13:20 et de le prêter à une femme de la tech.
13:23 Et je vois que notre président a bien aimé l'affaire
13:28 puisqu'il a lui-même ce matin joué le jeu.
13:32 - Il a joué le jeu.
13:33 Et effectivement, parce que cette émission est enregistrée le 8 mars,
13:36 ça sera diffusé le 12
13:38 et c'était en l'honneur de la journée internationale des droits des femmes
13:42 et j'avais très envie de passer cette journée avec vous, Mercedes Serra.
13:45 - Un plaisir.
13:46 - Merci pour tout ce que vous faites depuis de nombreuses années.
13:49 À très bientôt.
13:50 Quant à nous, on se retrouve aussi très vite sur C8 pour plus d'envie d'agir.
13:54 Merci.
13:55 - Si.
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