00:00 Europe 1 midi, Wilfried de Villers.
00:04 Midi 48 sur Europe 1, le service national universel, le SNU, va-t-il devenir obligatoire ?
00:10 C'est en tout cas ce que semble vouloir le gouvernement dans une note du ministère de l'Éducation.
00:14 Le ministre Papendia y entend rendre le SNU obligatoire dans 6 départements
00:19 pour ensuite généraliser la mesure à l'horizon 2025, 2024.
00:24 Généralisation progressive, ce sera ensuite à Emmanuel Macron de trancher.
00:28 Emmanuel Macron avait évoqué l'importance du SNU lors de ses voeux de fin d'année.
00:31 On sait que le service national universel lui tient à cœur.
00:34 Il en parle depuis 2017.
00:38 Bonjour Christophe Blanchet.
00:40 Bonjour.
00:41 Vous êtes député modem du Calvados, vous vous êtes pour le SNU.
00:45 Vous avez suivi notamment ces jeunes qui font le service national universel en ce moment.
00:49 Et puis nous sommes aussi en ligne avec Benjamin Lucas. Bonjour.
00:53 Bonjour à vous.
00:54 Député nub des Yvelines, vous vous êtes opposé à cette obligation du SNU.
00:59 Monsieur Blanchet, première question.
01:03 Avec l'obligation du service national universel, on voit que ça fait débat.
01:06 De quoi on parle ? On a un peu l'impression que c'est le retour du service militaire obligatoire.
01:11 On semble revenir un peu 20 ans en arrière.
01:14 On semble surtout oublier l'engagement du candidat Emmanuel Macron en 2007
01:19 qui avait dit dès son premier programme qu'il rétablirait un service national.
01:24 Il l'a repris dans son programme en 2022.
01:26 C'est aujourd'hui la concrétisation d'un engagement pris et tenu.
01:30 Derrière cela, il n'y a pas de mélange à faire.
01:33 Le SNU, ce n'est pas un service militaire, ce n'est pas un service civique.
01:36 C'est un tout à la fois.
01:38 C'est un mélange de procédures aujourd'hui cohérentes.
01:42 C'est une énorme, pour l'avoir vécu constamment auprès de ces jeunes,
01:47 une opportunité énorme, positive et incroyable,
01:50 à la fois pour notre jeunesse et aussi pour notre beau pays.
01:53 Mais la question c'est de savoir aussi si pour tous les jeunes il y a de l'engagement.
01:56 Quand on regarde un peu ce que c'est le SNU, il y a tout de même par exemple
01:59 des levées de drapeaux, on chante l'hymne national, on porte un uniforme.
02:02 On a quand même un peu l'impression de se dire est-ce que les jeunes vont adhérer à tout ça ?
02:06 C'est les jeunes de 2023 évidemment.
02:09 Alors je vous invite déjà à venir voir ces jeunes qui le font actuellement.
02:14 Les jeunes qui l'ont fait depuis 2019.
02:17 Et en quoi c'est un problème de faire un levée de drapeau,
02:20 de chanter la marseillaise et de respecter le drapeau.
02:24 Je ne vois pas en quoi c'est un vrai problème.
02:26 Parce que ça appartient à chaque citoyen,
02:28 parce que c'est simplement inscrit dans notre constitution.
02:30 Et c'est ce qui fait qu'on est un beau pays comme la France et qu'on se sent français.
02:33 C'est quand même le B à barre.
02:35 C'est la moindre des choses, c'est tout simple.
02:37 Alors on imagine aussi qu'il peut y avoir différentes formes
02:40 dans cet engagement du Service National Universel.
02:42 Benjamin Lucas, vous êtes contre cette obligation.
02:46 Est-ce qu'il faudrait adapter le SNU pour vous ?
02:50 Est-ce qu'il faudrait peut-être le transformer ou c'est totalement une mauvaise chose ?
02:53 Non, il y a déjà le service civique qui existe, il y a un monde associatif.
02:57 Vous savez, mon collègue a dit à l'instant,
02:59 c'était dans le programme du Président de la République.
03:01 Et c'est vrai que c'est le caprice du prince.
03:03 Parce que ni le monde associatif, ni les mouvements de jeunesse,
03:06 les organisations de jeunesse, ni l'armée ne souhaitent ce Service National Universel
03:09 qui est un gadget extrêmement coûteux.
03:11 Ça veut dire qu'on va résumer les politiques jeunesse,
03:13 dans un moment où la jeunesse crève de faim, où elle aspire à l'égalité, au climat, etc.
03:16 On va résumer les politiques jeunesse à ce gadget honnêtement ridicule.
03:20 Vous avez vu comme moi ces images un peu grotesques
03:22 de défilés, de militarisation de la jeunesse.
03:24 Je pense que c'est totalement inadapté aujourd'hui à ce que sont les aspirations
03:27 de la jeunesse qui était prise de liberté, d'égalité, qui aspire à l'autonomie.
03:31 Merci, Benjamin Lucas.
03:34 Restez avec nous, on va discuter quelques minutes avec Faudel.
03:38 Vous êtes éducateur spécialisé.
03:39 Vous avez l'habitude de travailler avec les jeunes.
03:42 Et pour vous, le SNU, c'est quoi ? C'est une bonne chose ?
03:45 C'est une façon de créer de l'engagement, de se mélanger ?
03:48 Absolument, affirmatif.
03:51 Je suis éducateur spécialisé, mais avant de commencer,
03:54 je vais commencer par le contexte actuel, monsieur.
03:56 Vous savez bien que la domination, la puissance, est un objectif des empires.
04:01 Donc la logique est toujours en action.
04:03 La guerre en Ukraine nous l'a bien montré.
04:06 Donc, bien évidemment, combien nous avons besoin du service national,
04:10 mais à la fois un service national dans la durée minimale au moins d'un an.
04:15 C'est un vecteur à la fois de cohésion sociale...
04:17 Pour vous, il faudrait qu'il y ait plus...
04:19 Pardon ?
04:20 Pour vous, le dispositif, il faut qu'il devienne vraiment obligatoire pendant un an ?
04:23 Qu'est-ce qu'il faudrait pour que ce soit efficace, le SNU ?
04:27 Absolument.
04:28 Écoutez-moi.
04:29 Juste, je vais vous aider un petit peu.
04:32 Mon propos, c'est un vecteur, monsieur, de cohésion sociale,
04:36 un facteur de valeur républicaine et de repère pour la jeunesse.
04:39 Parce qu'avant, on cohabitait sous le même drapeau et on avait le même idéal,
04:43 et que tous les enfants de la République sont égaux sous le même drapeau.
04:47 Et malheureusement, on a cassé ce moule, mais rien ne trop tard pour le réinventer.
04:53 Nous avons besoin de ça parce que nous sommes dans une société
04:57 où les rapports de force, ils le vivent ensemble et complètement laminés
05:03 par les rapports de force, les tensions de la société.
05:05 Donc le service national, moi, ce que j'ai peur, monsieur,
05:08 c'est que ce service-là est concocté par certains malheureux députés
05:13 qui ont perdu leur mandat et qui viennent se recycler dans ça.
05:17 Non.
05:18 Moi, je voudrais que ça soit dit militaire, de terrain, de technique, d'opération.
05:24 En fait, vous voulez retourner au service militaire, si je vous comprends bien.
05:27 Le service national universel, ce n'est pas suffisant pour vous ?
05:30 Absolument, monsieur. Mais regardez la menace qu'on a au cœur de l'Europe
05:33 70 ans après la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
05:36 Il ne faut pas quand même se voiler la face.
05:38 Et compte bien la logistique qui est importante,
05:40 et compte bien l'engagement qui est important,
05:42 et compte bien la jeunesse, il est important de jouer un rôle,
05:45 d'avoir un patriotisme et une fibre patriotique pour son pays.
05:48 Franchement, on marche sur la tête.
05:51 Les gens qui vous disent la militarisation de la jeunesse,
05:54 mais ça ne vaut rien dire ça.
05:55 Je ne rentre pas dans les logiques politiques.
05:58 Moi, je suis citoyen qui aime son pays
06:01 et qui veut le meilleur pour mon pays,
06:03 parce que la guerre en Ukraine nous a ensignés,
06:05 c'est un réveil, c'est un sursaut pour nous,
06:09 une opportunité pour naturellement réinventer nos valeurs.
06:14 Merci beaucoup pour votre témoignage, Faudet.
06:17 Je rappelle que vous êtes éducateur spécialisé.
06:19 Christophe Blanchet, qu'est-ce que vous répondez à Faudet ?
06:22 Est-ce qu'il faut faire le lien avec la guerre en Ukraine ?
06:26 Est-ce qu'il y a un amalgame ? Il ne faut pas faire cet amalgame-là,
06:29 avec ce qui se passe actuellement dans le contexte géopolitique.
06:31 Le FNU est une chance pour notre jeunesse,
06:34 une chance pour notre pays.
06:35 C'est une nécessité pour notre pays,
06:37 notamment pour aider ceux et celles qui ont échappé
06:40 à être identifiés comme décrocheurs.
06:42 Je rappelle que le décrocheur, c'est 90 000 jeunes par an,
06:45 c'est un coût de 25 milliards d'euros dans nos défenses publiques,
06:48 au-delà du drame humain que ces décrocheurs vivent.
06:51 Donc il n'y a pas de connotation militaire, il faut être clair là-dessus.
06:53 Il n'y a pas de connotation militaire, malgré le port de l'uniforme,
06:56 c'est ce que vous dites.
06:57 Mais la connotation, est-ce que chanter la martyrièse
07:01 et se mettre en garde-à-vous devant le drapeau, c'est militaire ?
07:03 Est-ce que c'est négatif ? Parce que moi je ne vois pas ça négativement.
07:06 Non mais c'est ce que notre auditeur, lui, a fait lien avec la guerre en Ukraine,
07:10 c'est pour ça que je vous parle de ça.
07:11 La guerre en Ukraine, comment est-ce que ces jeunes,
07:14 il faut vivre ce séjour auprès de ces jeunes,
07:16 il faut les écouter, il faut s'appuyer sur ce qu'ils nous disent.
07:18 C'est pour ça que je suis complètement en désaccord,
07:20 ce qu'a pu dire le collègue de la NUP,
07:22 sur le fait que les armées étaient contre, que les jeunes étaient contre.
07:24 Moi qui participe à ces travaux depuis 2016,
07:27 je peux vous dire que les regards ont beaucoup changé
07:29 et évidemment ils résistent toujours de certains qui resteront contre,
07:33 mais comme ils sont contre tout, on ne peut pas avancer beaucoup.
07:35 Donc moi je préfère avancer avec des jeunes qui en veulent,
07:37 et de voir la nécessité, et de voir qu'on a aidé des jeunes
07:40 à être identifiés dans un décrochage, et qu'on leur donne un parcours personnalisé
07:43 parce qu'ils n'avaient pas été repérés avant.
07:45 De voir qu'aujourd'hui, cette guerre en Ukraine
07:47 qui nous donne aussi quelques exemples de patriotisme
07:50 et de jusqu'où-boutisme pour défendre un pays,
07:53 évidemment ça fait partie aussi, ça fait partie du SNU,
07:56 de ses valeurs que l'on peut impulquer,
07:57 mais le SNU c'est donner des clés à des jeunes,
07:59 donner des clés, comment est-ce qu'à l'âge adulte,
08:02 à partir du moment où ils vont avoir des victoires,
08:03 ils vont pouvoir s'en sortir dans la société, que ce soit la sécurité sociale,
08:06 vis-à-vis de leurs droits, vis-à-vis de leurs devoirs aussi.
08:09 Donc c'est tout cela le SNU, c'est une énorme opportunité.
08:12 Je soutiens totalement cette initiative depuis 2017
08:16 et je participe activement à ce qu'on puisse valoriser ce SNU
08:20 et ne pas tomber dans quelques exemples malencontreux
08:24 ou tomber dans des racontes fichues.
08:26 Très brièvement, Benjamin, Lucas,
08:28 vous, ce contexte militaire,
08:31 on voit qu'il y a dans les 32 000 jeunes
08:33 qui participent en ce moment au SNU,
08:34 il y a de nombreux enfants de militaires.
08:36 Finalement, l'amalgame il est rapide à faire aussi.
08:39 Vous êtes d'accord avec ce qu'a dit Christophe Blanchet à l'instant ?
08:43 Oui, mais moi je crois que l'engagement,
08:45 quel qu'il soit d'ailleurs,
08:46 ça doit procéder d'une démarche d'adhésion, pas d'une injonction.
08:48 Et enfin, pour revenir sur ce qui a été dit sur la cohésion républicaine,
08:52 bien sûr il y a un problème aujourd'hui dans le pays de cohésion républicaine.
08:54 Mais la cohésion républicaine, le contrat social,
08:56 il se reconstruit par les services publics, par l'école.
09:00 Le collègue dit "vous êtes contre tout".
09:01 Je ne suis pas contre tout, je suis pour l'école de la République.
09:03 Je suis pour qu'on investisse, pour qu'on arrête de fermer des classes.
09:06 Je suis pour les services publics, qu'on investisse dans nos services publics.
09:09 Ce n'est pas parce qu'on chante la marseillaise et qu'on regarde le drapeau en s'extasiant
09:14 que "liberté, égalité, fraternité", ça veut dire quelque chose de concret pour nous.
09:17 Aujourd'hui, il y a beaucoup de jeunes pour qui la devise républicaine ne veut plus rien dire.
09:20 Parce qu'ils sont victimes des discriminations, parce qu'ils sont victimes de la sécurité.
09:23 Ce gouvernement ne lui a refusé d'aider pas un euro.
09:25 Parce qu'il faut être plus conscient des désordres du climat et du monde.
09:28 C'est à ça qu'il faut répondre, et pas à des gadgets inutiles
09:30 avec un espèce de vieux fantasmoréacte du service militaire
09:33 comme il était à l'époque de nos grands-parents.
09:35 Merci beaucoup Benjamin Lucas, merci aussi à Christophe Blanchet.
09:38 Je rappelle que vous êtes tous les deux députés. C'est la fin d'Europe Midi.
09:42 Merci de votre fidélité.
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