00:00Merci d'être avec nous mon général, c'est vraiment un honneur de vous avoir ce dimanche midi sur Europe
00:061 pour Elliot de Valais.
00:07Et vous, on est au neuvième jour de guerre contre la République islamique en Iran.
00:14Quel regard d'abord porte le général sur ces neuf jours de guerre ?
00:18Alors dans un premier temps, sans doute une grande efficacité à la fois israélienne et américaine
00:23dans la synchronisation de leurs attaques, dans leur capacité de frapper là où il fallait,
00:28finalement dans le maintien du rythme intense sur l'adversaire quel qu'il soit,
00:32dans un premier temps les Iraniens, dans un deuxième temps le Hezbollah,
00:35et puis accessoirement quelques milices chiites en Irak, sinon les Houthis.
00:41Voilà, donc une synchronisation parfaite, surtout une anticipation du conflit,
00:45puisque je pense que c'est les enseignements des douze jours du mois de juin,
00:48où finalement, peut-être c'est ce qui a été dit, que les munitions ont fini par manquer dans le
00:54combat
00:55et ont amené un certain calme au bout d'un moment,
00:59parce qu'on ne pouvait plus combattre à la même intensité.
01:01Là, ça fait des mois que les munitions arrivent, que les forces arrivent,
01:05et que les Américains ont décidé en particulier d'y aller franchement.
01:08Alors on parle toujours débattre que Trump a été influencé par Netanyahou, peut-être.
01:13D'un autre côté, il y avait une opportunité, à mon avis militaire,
01:17d'affaiblir durablement l'Iran.
01:18Ça ne veut pas dire que la victoire sera au bout,
01:20parce que la victoire serait qu'il y a un changement de régime,
01:23et là, on voit mal comment ça pourrait se faire aujourd'hui.
01:26Restons sur le terrain militaire avant d'aller sur le terrain du politique
01:31et du régime islamique iranien.
01:34Au neuvième jour de guerre, on apprend que l'armée israélienne
01:37et l'armée américaine est entrée dans une nouvelle phase.
01:41Ils ont annoncé d'ailleurs que c'était la deuxième phase.
01:45en frappant des centres pétroliers hier,
01:50quatre dépôts pétroliers au niveau de Téhéran.
01:54À quel point cette attaque-là, cette cible-là,
01:58peut mettre en difficulté l'armée iranienne, mon général ?
02:03Je ne suis pas sûr que ça mette en difficulté l'armée iranienne,
02:06sauf si cette frappe des sites destinés à amener le carburant pour les missiles.
02:11Si c'est du carburant normal, ça ne changera, à mon avis, pas grand-chose aujourd'hui.
02:15En revanche, nous sommes effectivement dans une nouvelle phase.
02:18D'abord, on constate que l'espace aérien appartient aux Américains et aux Israéliens
02:22et que rien ne peut les empêcher de frapper.
02:24Je ferai la remarque suivante, il n'y a pas un avion, à ma connaissance,
02:27américain ou israélien, qui a été abattu par les Iraniens.
02:31On ne voit pas non plus la flotte aérienne iranienne en vol.
02:34D'abord, elle est un peu obsolète, mais il y avait quelques avions modernes.
02:37Donc, au bilan, je dirais que les Américains et les Israéliens
02:39frappent là où ils veulent, quand ils veulent et où ils veulent.
02:43Donc, on a première phase, c'est destruction, autant que possible,
02:46des sites de lanceurs de missiles.
02:48Ensuite, destruction de l'industrie d'armement là où il a pu identifier.
02:52Maintenant, on passe à la phase, je dirais, infrastructure,
02:55peut-être, je qualifierais de l'économie de guerre
02:57pour entraver dans la durée l'Iran.
03:02En maintenant, quand même, c'est hypothèse que ça ne changera pas quelque chose,
03:05à mon avis, dans les jours qui viennent.
03:06En revanche, c'est un message peut-être fort vis-à-vis de la population civile.
03:09Et globalement, on a un façonnage de l'environnement,
03:12je dirais, géographique de l'Iran.
03:15On l'affaiblit durablement, jour après jour.
03:17Allons sur la riposte, et on reste sur le terrain militaire,
03:21la riposte de l'armée du régime iranien.
03:26Hier, je recevais l'ambassadeur d'Israël en France,
03:30qui a eu cette expression, il me disait,
03:33il y a une riposte hystérique de l'armée iranienne.
03:38Il s'avère que l'armée iranienne a frappé ses voisins.
03:42Il y a eu une quinzaine de pays qui ont été touchés par l'armée iranienne.
03:47Est-ce que, et ça c'est vraiment l'œil du général que vous êtes,
03:51vous y voyez une sorte de réponse kamikaze ?
03:55C'est, si on tombe, tout le monde doit tomber avec nous.
03:57C'est effectivement une hypothèse que je partageais au premier temps de la guerre.
04:02J'avais du mal à comprendre pourquoi l'Iran frappait des États arabes
04:06qui, mois après mois, avaient évité d'être impliqués dans le conflit d'une manière ou d'une autre,
04:10qui avaient interdit aux Américains d'utiliser leur base sur leur territoire.
04:14Donc pourquoi frapper ces pays arabes qui, justement, avaient essayé de développer des relations,
04:18entre guillemets, de bon voisinage ?
04:20Aujourd'hui, je pense qu'il y a quand même un objectif vraiment stratégique
04:23qui n'est pas uniquement une hystérie et une fuite en avant des gardiens de la Révolution, en quelque sorte.
04:29C'est aussi provoquer des pressions par les États arabes envers Trump
04:34pour l'inciter à moins poursuivre son attaque.
04:37C'est aussi perturber l'économie mondiale, indirectement,
04:39parce qu'on va retomber sur l'étroit d'Hormuz.
04:42Et puis, moi, je regardais les chiffres ce matin d'ISW
04:44concernant notamment le nombre de missiles qui étaient tombés sur les Émirats arabes unis, jour après jour.
04:49Depuis 9 jours, vous avez 120 à 150 missiles par jour qui tombent sur les Émirats arabes unis.
04:54Bien sûr, 95% sont arrêtés.
04:55Mais néanmoins, c'est une énorme force de frappe.
04:58D'ailleurs, il y en a plus qui frappent les pays arabes aujourd'hui qu'Israël.
05:01C'est incroyable.
05:02Alors, ça peut indiquer, même si on n'a pas vraiment de source fiable,
05:06que d'abord, les capacités de frappe d'Israël par l'Iran sont limitées,
05:11et qu'en revanche, frapper les pays arabes du gof arabo-persique,
05:15c'est peut-être plus important au niveau stratégique pour obtenir une réaction.
05:18Je disais, c'est incroyable, au sens propre, comme au sens figuré.
05:22C'est-à-dire que cette doctrine-là, c'est aussi peut-être une manière...
05:26Et dites-moi, vraiment, c'est comme ça que je l'ai imaginé, mais très humblement.
05:30Et c'est pour ça que j'ai vraiment besoin d'avoir votre expertise d'homme des armées et de
05:34général que vous êtes.
05:36C'est aussi un moyen de faire mal à des pays qui avaient le pétrole, le gaz,
05:45mais qui aussi tentaient de développer une autre image d'elle-même, à savoir le tourisme.
05:51Et c'est des pays qui ne se sont jamais sentis en danger dans cette région-là.
05:56Et vous parlez des Émirats arabes unis, on pourrait parler du Doman, du Koweït, du Qatar.
06:03Vous n'avez pas, comme en Israël, dans chaque bâtiment, des zones protégées,
06:07parce que la menace en Israël, elle est ancrée dans le quotidien des Israéliens.
06:14Et là, on est dans un bouleversement complet de cette région en général.
06:18– Oui, tout à fait, d'autant que si on prend les Émirats arabes unis,
06:20c'était aussi une manière pour les Iraniens de faire passer une partie de leur pétrole
06:24en comptant dans les sanctions.
06:25Il ne faut quand même pas l'oublier.
06:26Donc il y avait des accords, je dirais, officieux,
06:30ou accords, ou je dirais, des arrangements officieux
06:31qui permettaient à l'Iran de se servir de ces pays arabes
06:35pour faire vivre leur économie.
06:37Voilà, donc ça, j'ai du mal à comprendre.
06:39En revanche, déstabiliser complètement la région,
06:42et on revient un petit peu à cette réflexion de l'ambassadeur israélien,
06:45oui, il y a une volonté peut-être maintenant de mettre le chaos.
06:48Vraiment, hypothèse de départ, c'est le chaos.
06:50Plus il y aura de chaos, plus l'Iran a une chance de s'en sortir.
06:53Parce que de toute façon, sa seule arme efficace aujourd'hui,
06:56ce sont ses missiles et ses drones, ce qui est quand même pas mal,
06:58parce que les drones, c'est une vraie nuisance.
07:00Et le reste, qu'est-ce qu'il y a ?
07:01On ne verra pas les Américains aller du jour au lendemain
07:03ou les Kurdes aller libérer le peuple iranien.
07:06Vous avez deux evans, c'est ma prochaine question, mon général,
07:08puisque je voulais qu'on parle du rapport de force,
07:11de cette nouvelle guerre,
07:13avec des drones qui sont utilisés,
07:15qui coûtent beaucoup moins cher,
07:17qui sont difficiles d'ailleurs de neutraliser,
07:19qui peuvent changer de direction à tout moment.
07:23Et on a les deux plus grandes armées du monde,
07:26l'armée américaine et, je parle en matière de technologie,
07:30et l'armée israélienne, en matière de renseignement,
07:33face à cette nouvelle guerre.
07:35Et ce rapport de force-là,
07:37je voulais avoir votre analyse là-dessus.
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