00:00 Bonjour Françoise Vimeux, on parlait justement de météo, on parlait de la sécheresse qui sévit en France.
00:07 La France qui connaît actuellement l'un de ses hivers les plus secs, quatre semaines sans pluie,
00:13 ajouté à cela des températures très très très douces, c'est des records.
00:18 Est-ce que cette saison est inédite ?
00:21 Oui, il y a vraiment un caractère inédit, vous l'avez dit,
00:24 quatre semaines sans presque aucune pluie sur le territoire métropolitain.
00:29 On a battu le record de 1989 en termes de période sans pluie à cette saison.
00:36 Et puis on est dans un état de sécheresse pour les sols qui dure en fait depuis quasiment un an,
00:43 voire un peu plus, qui a commencé à l'hiver 2021-2022.
00:47 On a eu cette sécheresse vraiment extrême au cœur de l'été 2022.
00:51 On n'a pas eu beaucoup de pluie à l'automne et là on arrive cet hiver,
00:55 une saison où normalement il pleut, où on a vraiment un déficit flagrant de précipitation.
01:00 Sécheresse qu'on a connue bien évidemment l'été, c'est presque plus acceptable intellectuellement que l'hiver.
01:05 Alors quelles sont les conséquences immédiates de ce manque d'eau ?
01:09 Alors il y a des conséquences immédiates qui sont diverses.
01:11 D'abord on a vu par exemple dans les Pyrénées-Orientales des départs de feu
01:16 qui très probablement se sont développés à cause de la sécheresse du sol.
01:20 On a des niveaux de lacs qui sont bas et on a des lacs d'usage par exemple pour l'hydroélectricité.
01:25 Donc on s'attend à avoir des baisses de production d'électricité.
01:28 Et puis surtout on ne remplit pas nos nappes phréatiques qui se remplissent l'hiver.
01:32 Pourquoi ? Parce qu'il pleut, parce que la température est basse
01:35 et donc on limite énormément l'évaporation de l'eau du sol et de l'eau des plantes.
01:39 Et puis en parlant des plantes et de la végétation, la végétation est en dormance.
01:43 Donc elle a une demande très faible et on diminue énormément la transpiration de la végétation.
01:49 Les arbres n'ont pas de feuilles.
01:50 Vous parliez justement de ces lacs d'usage, ces lacs qui retiennent l'eau pour produire l'électricité.
01:56 C'est un vrai problème compte tenu du contexte actuel ?
01:59 Alors c'est un problème.
02:00 On sait que l'année dernière, pendant la sécheresse, au printemps et l'été,
02:05 certains lacs ont diminué tellement de niveaux que la production a été diminuée d'à peu près un quart, 25%.
02:12 Des paysages qui ont complètement changé d'ailleurs, d'une année à l'autre.
02:15 C'est ça qui est complètement surprenant.
02:17 Alors sur les lacs, on le voit bien.
02:19 Quand on compare des photos cette année, l'année dernière, avec il y a quelques années,
02:24 on voit vraiment la diminution de ce niveau des lacs.
02:26 On voit aussi ces sols très secs, même en ce moment, qui craquellent.
02:30 Donc c'est vraiment problématique.
02:32 Alors ces pluies hivernales, Françoise, elles sont extrêmement importantes.
02:36 Ces dernières semaines, il n'a pas plu ou quasiment pas.
02:39 Que va-t-il se passer ?
02:40 Alors les pluies hivernales, au-delà de remplir les nappes phréatiques,
02:43 ça permet de réhumidifier les sols après la période estivale.
02:48 Donc là, on a déjà des sols très secs, en particulier dans le sud de la France, dans les Pyrénées.
02:53 L'indice d'humidité des sols est déjà au plus bas.
02:57 On sait qu'il faudrait qu'il pleuve dans les semaines qui viennent, avant que la végétation se mette en place.
03:03 Une fois que la végétation va être en place, elle va utiliser l'eau qui va tomber.
03:07 Et donc, on risque de se retrouver dans une situation similaire à celle de l'an passé,
03:12 où encore une fois, la sécheresse de l'été a été préparée à l'hiver et au printemps.
03:18 Et donc, s'il ne pleut pas, et s'il ne pleut pas beaucoup dans les semaines à venir,
03:21 la situation risque d'être difficile, mais tout n'est pas perdu.
03:24 En fait, c'est difficile d'avoir des prévisions saisonnières,
03:27 mais il est possible qu'on ait des pluies importantes dans les semaines à venir.
03:31 Alors Françoise Lemieux, si on doit faire face justement à cette pénurie d'eau,
03:35 ce qui nous inquiète aujourd'hui, comment faire ?
03:37 Est-ce qu'il est possible, par exemple, de puiser dans les nappes phréatiques,
03:42 comme le font nos voisins ?
03:43 Alors, il y a plusieurs adaptations possibles qui doivent vraiment être réfléchies en amont,
03:48 si on pense à l'agriculture et aux cultures.
03:52 Donc d'abord, il faut réfléchir à la diversité des cultures que l'on a,
03:56 se poser la question sur la culture du maïs.
03:58 Il y a des techniques d'agroforesterie,
04:00 c'est mettre des arbres fruitiers au milieu des céréales pour couper le vent,
04:05 apporter de l'eau avec des racines qui vont être plus profondes.
04:08 Ça peut être une des solutions ?
04:10 Voilà, il y a la gestion des sols aussi.
04:11 Il faut que les sols soient en bonne santé, c'est-à-dire pas trop compactés,
04:15 avec de la matière organique, donc des organismes vivants qui se sentent bien,
04:19 qui sont heureux dans ces sols et qui font leur travail.
04:22 Et puis, il y a ce que vous avez mentionné, c'est les bassines,
04:26 où on va chercher de l'eau, normalement l'hiver,
04:30 pendant qu'elle est là pour finalement la redistribuer l'été.
04:33 C'est un sujet qui est très complexe et aussi polémique,
04:36 parce que c'est une solution, c'est une adaptation qui part d'une bonne intention
04:40 si notre climat était constant, mais notre climat varie.
04:43 Et donc finalement, ça bloque les autres adaptations possibles,
04:46 les adaptations à long terme.
04:48 Les bassines, une grosse polémique, on les a vues dans les journaux.
04:51 Recycler les eaux usées, est-ce que ça peut être une bonne solution ?
04:56 Les Italiens le font, l'Espagne le fait, mais la France, on n'est pas très bon là-dessus.
05:00 Oui, c'est une des pistes aussi, c'est recycler notre eau.
05:04 Et puis, en termes de cycle de l'eau locale,
05:07 il y a aussi le fait d'avoir une irrigation qui est vraiment surveillée,
05:11 qui est propre, où il n'y a pas de fuite, par exemple.
05:13 Donc vraiment faire la chasse aux fuites.
05:15 On parle de ce mois de mars qui arrive,
05:18 c'est un mois critique pour recharger justement la nature,
05:22 avant l'arrivée des bourgeons.
05:25 Que se passe-t-il, que va-t-il se passer s'il ne pleut pas d'ici là ?
05:29 S'il ne pleut pas, en fait, les sols vont rester secs.
05:34 La végétation va repartir avec certainement quelques difficultés.
05:38 Au niveau de la culture, on va avoir besoin d'irrigation,
05:41 donc on va avoir besoin d'irriguer assez tôt.
05:44 Donc finalement, on va quand même avoir besoin à un moment d'eau.
05:46 Donc ça pose la question de la disponibilité de l'eau,
05:49 de la pénurie d'eau, de restrictions.
05:51 On sait déjà qu'on a des restrictions aujourd'hui dans plusieurs départements,
05:54 je crois dans 60 à 70 vines.
05:57 Donc la question se pose, est-ce que ces restrictions vont être
05:59 beaucoup plus importantes que l'an passé et beaucoup plus tôt ?
06:03 Francesca Vimeu, la sécheresse qui sévit depuis quelques semaines,
06:07 risque-t-elle de nous faire revivre ces terribles incendies de l'été dernier ?
06:12 Oui, bien sûr.
06:13 La sécheresse des sols et de la végétation,
06:16 c'est un des éléments pour que les feux se propagent.
06:19 On sait que le risque d'incendie augmente avec la sécheresse,
06:22 la température et les vents.
06:24 On sait aujourd'hui que dans le cadre d'un climat qui se réchauffe,
06:26 les risques d'incendie qui étaient, je dirais,
06:29 cloisonnés au sud de la France remontent.
06:31 On a des régions comme le centre, comme le Jura ou même comme la Bretagne.
06:35 C'est ça qui est complètement surprenant, c'est que c'est plus cantonné à des régions du sud.
06:38 Exactement. On voit ce risque incendie qui se développe beaucoup plus au nord.
06:41 Et ça, je dirais que c'est évident.
06:45 Ça veut dire que ces incendies pourraient devenir,
06:48 je n'aime pas le mot, mais presque banals dans notre quotidien ?
06:51 Oui, clairement. Avec un cocktail qui est sécheresse,
06:54 surtout de la végétation, mais aussi des sols,
06:56 parce que le feu se propage par le sol,
06:59 avec des vents importants et des températures très élevées,
07:03 on s'attend à avoir des incendies nombreux pendant la saison estivale.
07:07 Mais vous avez vu, on en a aussi pendant l'hiver,
07:09 ce qui était quand même très rare sur notre territoire.
07:12 Et si tout ça est causé par le réchauffement climatique,
07:16 c'est vraiment l'huile coupable ?
07:18 Alors, ce que l'on sait, c'est qu'on va avoir des événements de sécheresse
07:23 plus intenses, plus fréquents et surtout plus longs,
07:26 sur un réchauffement qui atteindrait 3 degrés à la fin du siècle.
07:29 Ce sont les trajectoires sur lesquelles nous sommes.
07:31 On sait qu'on pourrait avoir des sécheresses de plusieurs années.
07:34 En revanche, il existe d'autres territoires
07:36 où il y a des sécheresses en ce moment, comme en Amérique du Sud,
07:39 où le changement climatique n'est pas la première cause de ces sécheresses.
07:43 C'est là la variabilité naturelle du climat.
07:46 Merci beaucoup, Françoise Wim, d'avoir été avec nous ce matin.
07:50 Merci pour votre éclairage.
07:51 Je rappelle que vous êtes climatologue et directrice de recherche à l'IRD,
07:55 et l'Institut de recherche pour le développement.
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