00:045h43 sur Europe 1 et votre invité ce matin, Jacques Serret, Françoise Vimeux, climatologue, directrice à l'Institut de Recherche
00:11pour le Développement.
00:12Bonjour Françoise Vimeux.
00:14Bonjour.
00:1549 départements sont donc placés ce lundi en vigilance rouge canicule, 40 autres en vigilance orange.
00:23François Vimeux, près de 35 millions de Français vivent dans les zones rouges.
00:30Nous n'avions jamais connu une telle extension de cette vigilance rouge depuis sa création.
00:35Est-ce que nous sommes en train de vivre un événement climatique véritablement exceptionnel ce lundi ?
00:42Alors en fait si on regarde dans le passé, c'est effectivement un événement complètement exceptionnel.
00:50Si on regarde vers l'avenir, eh bien ça n'est pas le cas en fait, puisque ce qui était
00:56exceptionnel devient la norme.
00:58Et cette vague de chaleur va probablement être du même niveau des vagues de chaleur les plus intenses qu'on
01:06a connues jusqu'à présent.
01:08Pour bien comprendre le déclenchement de cette vigilance rouge, on l'explique par quoi ?
01:14C'est l'intensité des températures ? C'est quoi ? C'est la précocité de cet épisode de chaleur
01:21là en cette fin juin ?
01:23Ou bien est-ce que c'est l'étendue géographique de ce phénomène ?
01:27Alors la vigilance rouge, elle est décidée à la fois par Météo France, mais aussi par les préfectures.
01:34Alors que jusqu'à la vigilance orange, c'est en gros uniquement Météo France et selon des seuils de température.
01:41La vigilance rouge, ça veut dire qu'on va atteindre des températures extrêmes.
01:45Que oui, potentiellement, ça fait plusieurs jours que ces températures sont importantes et les organismes commencent à fatiguer.
01:51Et puis on déclare aussi la vigilance rouge dans des départements qui ne sont pas habitués à avoir des chaleurs
01:58aussi intenses.
01:59Et on la déclare aussi en fonction des capacités de la sécurité civile, quand on est dans le sud par
02:04exemple,
02:05ou des capacités des services de santé à ouvrir leurs portes, à récupérer en fait toutes les personnes qui vont
02:13avoir des problèmes dus à la chaleur.
02:15Donc c'est vraiment multifactoriel.
02:16Et la vigilance rouge, elle permet au préfet de prendre des décisions très rapidement qu'il n'aurait pas pu
02:22prendre avec des vigilances inférieures.
02:25Françoise Vimeux, je rappelle que vous êtes climatologue.
02:28Est-ce qu'en ce lundi 22 juin, on va connaître la journée la plus chaude jamais connue en France
02:36?
02:36Alors ce que nous dit Météo France, c'est que le pic de cette vague de chaleur, si ce n
02:41'était pas aujourd'hui, c'est probablement demain ou mercredi.
02:45Les premières prévisions donnaient un pic de chaleur hier, dimanche ou aujourd'hui, mais ça semble être un petit peu
02:51retardé.
02:52Et surtout, ce qui est nouveau, c'est que la fin de cette vague de chaleur semble être repoussée jusqu
02:58'à la fin de cette semaine.
03:00Donc la question est vraiment aussi sur la durée de cette vague de chaleur.
03:03Est-ce qu'elle va atteindre la durée de 2003 qui était, je le rappelle, de 16 jours ?
03:0916 jours en 2003, c'est toute la question en effet si ça dure aussi longtemps sur cet épisode.
03:15Ce qui est intéressant, c'est au-delà du potentiel record que l'on pourrait connaître ce lundi, c'est
03:20aussi la question de la moyenne nationale.
03:22C'est la moyenne de température à l'échelle nationale qui pourrait être là aussi du jamais vu.
03:29Oui, alors en fait, quand on parle de vagues de chaleur, on parle à l'échelle de l'ensemble de
03:34notre territoire.
03:35On parle de température moyenne sur l'ensemble de notre territoire.
03:38Donc le record, c'est 29,4 degrés.
03:41Ça ne paraît pas beaucoup, mais c'est parce que ça inclut les températures maximales et minimales.
03:46C'est 29,4 degrés qu'on a atteint à la fois en août 2003 et en juillet 2019.
03:51Donc là, il est possible qu'on atteigne, il est même très possible qu'on atteigne cette température moyenne,
03:57voire même qu'on la dépasse.
03:58Si ce n'est pas en fait au niveau national, il est vraiment maintenant très très probable
04:03qu'on dépasse l'intensité de 2003 de manière régionale, voire même localement.
04:08Je pense à Paris, où on n'avait pas dépassé les 40 degrés en 2003.
04:12Et là, il est probable qu'on s'approche des 40 degrés, voire qu'on les dépasse dans la capitale.
04:18Là, on parle des températures très élevées de l'après-midi.
04:21Mais Françoise Vimeux, la France se réveille ce matin après une nuit où il a fait très très chaud encore.
04:27C'est vrai que ces nuits sont extrêmement chaudes et même partout dans de très nombreux départements.
04:32Est-ce que c'est là, finalement, que se joue peut-être une grande partie du risque sanitaire ?
04:36Sur le fait que le corps n'a pas forcément le temps de récupérer la nuit.
04:42Oui, bien sûr, c'est là aussi, en fait.
04:44C'est ce qu'on appelle les nuits tropicales.
04:45Donc, c'est des nuits où la température ne redescend pas en dessous de 20 degrés.
04:49On sait que ça, c'est un marqueur du changement climatique dû aux activités humaines.
04:53De plus en plus de nuits chaudes.
04:55Et ce que nous disent les médecins, c'est que quand ces nuits se succèdent,
04:59bien effectivement, les organismes n'ont pas le temps de récupérer et se fatiguent.
05:03Et donc, c'est là, en fait, on craint vraiment d'avoir de plus en plus de recours au service
05:08de secours
05:09sans parler, en fait, des accidents graves qui peuvent être dus à la chaleur.
05:15Et vous, comment est-ce que vous analysez le fait qu'un certain nombre d'écoles, par exemple, vont fermer
05:21?
05:21Les derniers chiffres indiquent que 845 écoles et collèges seront fermés ce lundi.
05:26Il y en a près de 2000 autres qui vont aménager leurs horaires.
05:30Est-ce que cela vous surprend ?
05:32Ou est-ce que vous, la climatologue que vous êtes, vous trouvez ça logique ?
05:38Alors, d'abord, ça ne me surprend pas.
05:40On a des températures extrêmes.
05:41Et ça ne me surprend pas parce qu'on sait que nos écoles ne sont pas du tout adaptées
05:46à supporter des vagues de chaleur qui vont être de plus en plus précoces.
05:50On l'a vu fin mai, on le voit là au mois de juin.
05:52Ces vagues de chaleur, elles arrivent sur le calendrier scolaire.
05:55Et la plupart des bâtiments, que ce soit les collèges, les lycées ou même les écoles primaires,
06:01ne sont pas du tout adaptées pour ce qu'on appelle un confort d'été,
06:05à la fois pour les élèves, mais aussi les enseignants et tous les personnels.
06:09Donc, pour moi, c'est vraiment la marque qui nous montre à quel point on est en retard
06:16sur l'adaptation, en fait, à ces vagues de chaleur, en particulier dans les villes.
06:20Et donc, oui, je trouve ça logique. Non, ça ne me surprend pas.
06:24Et c'est vraiment un marqueur de notre retard sur, finalement, ces vagues de chaleur
06:30qu'on a gérées jusqu'à présent, toujours comme des crises ponctuelles,
06:33en pensant qu'on allait revenir au climat du passé.
06:36Mais en fait, non, ça ne sera pas le cas.
06:38Et il est même probable que cette vague de chaleur, d'ici à horizon 2050,
06:42nous paraisse une vague de chaleur assez fraîche si on la revit dans 25 ans.
06:46D'accord. Vous vous estimez que ces vagues de chaleur, en termes de périodicité,
06:51de fréquence, ça va se répéter presque tous les ans ?
06:55On va rentrer dans ce cycle-là, selon vous ?
06:58Alors, ce n'est pas moi qui l'estime, en fait.
07:00Toutes les études scientifiques sur les vagues de chaleur montrent qu'avec le changement climatique,
07:05les vagues de chaleur, elles deviennent plus régulières, donc elles reviennent plus souvent.
07:08Elles sont de plus en plus chaudes.
07:10Elles sont beaucoup plus précoces.
07:12On en a un exemple. Elles arrivent en mai-juin.
07:14Elles peuvent aussi être plus tardives.
07:15Elles arrivent en septembre-octobre.
07:17Et puis, elles vont être plus longues.
07:19Et donc, ce que l'on voit là, c'est vraiment le marqueur du changement climatique
07:23dû aux activités humaines.
07:25Et en fait, on sait que ces vagues de chaleur vont se reproduire.
07:28Et d'ailleurs, si vous regardez le seuil de température de 40 degrés,
07:32avant les années 2000, il était vraiment très rarement dépassé.
07:35Après les années 2010, il est dépassé plusieurs fois par an.
07:39Et il y a certaines années, plusieurs dizaines de fois sur notre territoire.
07:42Donc, on voit là vraiment l'intensification de ces vagues de chaleur,
07:46à la fois en durée, en fréquence, en intensité.
07:49Françoise Vimeux, pour conclure, est-ce qu'il y a un territoire, une région,
07:53ou bien un département français qui est peut-être un peu plus épargné
07:57et qui sera plus épargné à l'avenir ?
08:00Ou tout le monde sera touché inéluctablement ?
08:03Alors, en fait, si on parle des impacts du changement climatique,
08:06il n'y a plus aucune région en France qui est épargnée.
08:09Si on parle des vagues de chaleur,
08:11toutes les régions, en fait, ont leurs propres vagues de chaleur.
08:14Je dirais qu'il n'y a plus que les régions montagneuses,
08:16où il fera peut-être bon vivre.
08:18Mais la température augmente aussi dans ces régions montagneuses.
08:21Et là, c'est d'autres impacts, avec par exemple la fonte de nos glaciers.
08:26On sait par exemple que dans les Pyrénées,
08:27d'ici une quinzaine d'années, nous n'aurons plus aucun glacier.
08:30Merci beaucoup Françoise Vimeux, climatologue,
08:33directrice de recherche à l'Institut de recherche pour le développement.
08:37Merci beaucoup, je vous souhaite une très bonne journée,
08:39un bon lundi et bon courage.
Commentaires