00:00 Bonjour Mathieu Kassovitz. Les auteurs Daniel Kostel et Isabelle Clark se penchent cette fois sur le
00:04 « Crépuscule d'Hitler » sur les deux dernières années de sa vie et de sa folie meurtrière,
00:08 1943-1945. Comme toujours, tout est basé sur des images recolorisées. Et alors ce qui frappe,
00:15 c'est le nombre d'archives d'Hitler. Il y a énormément de vidéos sur lui, à la fois dans
00:19 son intimité avec Eva Braun notamment, et dans ses « activités de dictateur, de chef de guerre ».
00:24 Il s'est beaucoup laissé filmer, ça vous a surpris ça aussi ?
00:27 Non, ça fait partie de la mythologie nazie.
00:31 La propagande ?
00:33 Oui, toute l'imagerie nazie, que ce soit les costumes, les grands rassemblements ou même la propagande avant pour condamner un peuple,
00:45 c'est tout à fait dans leurs cordes, c'est pour ça qu'ils sont faits.
00:50 Qu'est-ce que la couleur apporte selon vous ?
00:53 La couleur vous rappelle que ce n'était pas il y a si longtemps que ça et surtout que c'était vos grands-parents.
01:01 Que c'est des couleurs chères, la qualité du noir et blanc est que vous pouvez dissocier très vite et même lui donner une qualité artistique.
01:15 La couleur est sale, la couleur n'est jamais ordonnée, la couleur c'est la vie.
01:20 Il y a un passage que j'ai trouvé absolument terrible, dites-moi si vous êtes d'accord, c'est quand on voit les nazis faire un gueuleton
01:25 avec la nourriture qui déborde pas loin du camp d'Achaud où meurent des milliers de juifs alors que les français sont rationnés.
01:31 Est-ce que ça aussi c'est une image qui vous a particulièrement marqué ?
01:34 Franchement, toutes les images des nazis choquent.
01:45 Il n'y a pas d'ordre de choc dans la mythologie nazie.
01:55 Je ne réponds pas à cette image, à ça, parce que tout est choquant.
02:01 Il a été difficile à faire cet épisode ?
02:03 Non.
02:04 Pas plus que les autres ?
02:05 Vous savez, ça fait 15 ans qu'on fait la guerre mondiale, ça fait partie.
02:12 On ne peut pas se plaindre d'images dures pour essayer de faire le travail de mémoire qui fait qu'on a besoin de se souvenir que c'était dur.
02:21 La couleur vous ramène à ça aussi, ça devient gore.
02:25 Il y a des images qui sont très violentes, qui sont proches des films d'horreur.
02:33 C'est vraiment ça, il y a des choses qui vous rappellent aussi, qui vous ramènent à cette dimension de la réalité et du spectacle.
02:44 C'est la dixième fois, Mathieu Kassovitz, que vous incarnez cette série Apocalypse.
02:48 Vous êtes présent depuis le tout premier épisode en 2009, vous êtes devenu un personnage central.
02:52 Comment êtes-vous entré dans cette grande aventure ?
02:56 C'est Isabelle et Daniel qui m'ont appelé.
02:59 Daniel Costel, si vous savez qui c'est, c'est une institution du documentaire en France et dans le monde.
03:09 Sa façon de commenter ses propres montages, ses propres documentaires, était très spécifique.
03:14 Il a une diction qui nous a tous marqués, moi en tant que jeune qui regardais la télé et qui découvrais ses documentaires.
03:23 Il a une façon de parler qui est très spécifique et qui vous rentre dans la tête,
03:26 qui vous fait comprendre vraiment les enjeux de ce qu'il est en train de vous montrer.
03:30 C'est très important d'arriver à ce que le commentaire soit au niveau des images.
03:35 Ils sont venus me voir pour que je représente la voix, mais je n'ai aucune autre valeur qu'être la voix qui lit leur texte.
03:43 Et vous, pourquoi vous avez accepté ? Vous êtes un passionné d'histoire ?
03:47 Je suis un passionné d'histoire, je suis un passionné de la vie,
03:52 donc je suis un passionné forcément du passé pour comprendre le présent et envisager le futur.
03:57 Donc je suis en tout cas passionné et responsabilisé du devoir de mémoire,
04:05 que ce soit dans l'histoire avec un grand H ou dans notre quotidien.
04:09 Il faut arriver à transmettre les erreurs du passé pour ne plus les commettre encore.
04:15 Alors je vous propose d'écouter le début du premier épisode de Demain Soir pour qu'on ait bien votre voix en tête.
04:20 Et vous allez ensuite nous expliquer comment vous travaillez.
04:23 Dans une vallée des Alpes bavaroises, en janvier 1943, Eva Braun se fait filmer pour plaire à celui qu'elle aime discrètement.
04:36 Adolf Hitler. Pour elle, il est le Führer, le chef qui a conquis l'Europe et une partie de la Russie,
04:43 même s'il a connu des revers à Moscou et à Stalingrad, où la situation est désespérée.
04:53 Mais sa volonté de domination intacte va-t-elle le conduire à son crépuscule ?
04:59 Alors dites-nous Mathieu Kassovitz, vous recevez les textes écrits, je crois, par Daniel Kostel
05:03 et vous avez carte blanche pour les interpréter. Comment ça se passe ?
05:06 Absolument pas. J'ai Daniel qui est derrière la vitre et qui me dit plus fort, moins fort,
05:11 plus d'émotion, moins d'émotion. Il me dirige comme un réalisateur.
05:16 C'est un travail de comédien en fait.
05:17 C'est un vrai travail de comédien.
05:19 Vous ne changez pas une virgule ?
05:21 Non, on en parle ensemble parce qu'on a des problèmes parfois de compréhension,
05:25 de contresens ou d'interprétation d'un mot ou de la traduction d'un mot.
05:31 Donc on travaille sur le terrain à changer les choses mais c'est très précis.
05:36 C'est le travail de documentaliste, surtout historien comme ça et assujetti au regard des autres.
05:43 Il y a beaucoup de gens qui connaissent très bien le sujet pour nous obliger à être extrêmement rigoureux.
05:49 Et pour l'enregistrement, vous avez le film devant les yeux et vous lisez le texte ?
05:55 J'ai le film devant les yeux pour être synchrone avec l'image que je suis censé commenter.
06:02 Vous le découvrez à ce moment-là le film ?
06:03 J'ai une copie avant pour pouvoir affronter certaines...
06:07 Pour comprendre le rythme de certaines choses.
06:10 Il y a des moments entiers où je ne regarde pas l'écran parce que c'est impossible.
06:14 C'est trop dur.
06:16 Trop dur émotionnellement ?
06:18 Comment on trouve le ton juste ?
06:20 Ni trop froid, ni trop ému ?
06:23 Il faut que vous ayez un bon réalisateur qui vous dise si c'est trop froid ou si c'est pas assez ému.
06:30 Vous avez enregistré déjà les prochains volets qui traiteront du débarquement ou pas encore ?
06:34 On va s'y mettre la semaine prochaine, je crois.
06:36 Dans un moment, oui.
06:37 Ça n'arrête pas.
06:38 Malheureusement, ça n'arrête pas.
06:39 Malheureusement ?
06:40 Oui, parce qu'on parle de l'histoire de la guerre et on aimerait bien qu'elle arrive au bout.
06:44 Oui.
06:45 Et après le débarquement, il y aura encore autre chose ?
06:47 Moi, je leur ai dit de faire tout ce qui...
06:52 Oui, je pense qu'il faut qu'ils aillent jusqu'à la guerre froide.
06:55 Et ensuite, ce qu'on a déjà fait.
06:57 Et ensuite, je pense qu'il faudrait qu'ils fassent vraiment un document qui soit de la guerre froide jusqu'à aujourd'hui.
07:03 C'est-à-dire que ça fait 100 ans qu'on est en guerre et que ça n'arrête pas.
07:08 Et que les guerres se répondent les unes les autres et qu'on arrive aujourd'hui à un moment où on se pose la question de
07:14 "est-ce qu'on ne va pas remettre ça sur le tapis encore une fois ?"
07:17 Et ça serait bien de pouvoir analyser encore une fois ce qui s'est passé depuis les années 80 jusqu'à aujourd'hui.
07:24 Et alors, qu'est-ce qu'ils vous ont répondu, Daniel Costel et Isabelle Carpentier ?
07:26 Ce n'est pas leur domaine de prédilection parce que leur travail, il est sur le devoir de mémoire d'images d'archives
07:32 et de les remettre en forme aujourd'hui et les rendre les plus réalistes possibles.
07:38 Là, depuis les années 80, c'est des images...
07:40 La technologie nous permet d'avoir des images d'assez bonne qualité pour ne pas avoir...
07:43 Pour devoir changer le concept de l'émission.
07:45 Donc, je ne sais pas s'ils rentreront dedans, mais je pense que ce serait intéressant qu'ils le fassent.
07:50 C'est un message que je leur envoie.
07:52 Voilà, j'espère qu'ils écoutent.
07:53 Un dernier mot sur la série qui doit vous coller à la peau, qui est le bureau des légendes,
07:59 dont vous étiez le personnage principal.
08:01 Série de Canal+ qui s'est achevée en 2020.
08:04 Ça va devenir The Department pour le remake américain qui sera réalisé et produit par George Clooney.
08:08 Est-ce que vous aimeriez faire partie du casting ?
08:09 Et est-ce que vous avez été contacté ?
08:12 Non, ils ne m'ont pas contacté.
08:14 Je crois qu'ils vont faire leur truc de leur côté.
08:15 Ils essaient d'avoir eu très bien tout seul.
08:18 Ce qui serait marrant, s'ils n'étaient pas cons, c'est qu'ils feraient une scène où ils croisent un agent français qui s'appelle Malotru.
08:26 Ah tiens !
08:26 Ça, ça serait marrant.
08:27 Mais j'espère qu'ils vont tenir la ligne éditoriale de la série originale
08:34 et qu'ils vont faire un boulot aussi intéressant qu'on a réussi à le faire.
08:37 Mais c'est une bonne ou mauvaise idée de faire un remake ?
08:39 C'est une très bonne idée. C'est quelque chose qu'ils devraient faire.
08:41 Mais j'espère qu'ils vont réussir à le faire avec cette sensibilité qui nous est propre
08:46 et qui nous permet d'être plus dans la subtilité que dans le déferlement d'action.
08:53 Je voulais rajouter aussi que je travaille sur mon prochain film.
08:57 C'est un film sur la Deuxième Guerre mondiale
08:59 et qui est en partie inspiré par le travail que j'ai fait avec Apocalypse.
09:06 En tant que réalisateur, comédien ?
09:08 En tant que réalisateur, oui.
09:09 C'est un film d'animation dont la base vient d'un événement qu'on a vécu
09:17 en observant et en restaurant les images d'une certaine bataille avec les techniciens.
09:25 Pour pouvoir passer les images d'archives et les rendre de bonne qualité,
09:32 les passer en 4K et leur donner leur couleur originale,
09:35 on a été obligés de travailler vraiment sur les images.
09:39 On a découvert des choses sur certaines batailles qui étaient extrêmement surprenantes.
09:44 J'en ai écrit un scénario.
09:46 Et ça sortira quand ?
09:47 2024.
09:48 Au cinéma ?
09:49 Oui.
09:50 Merci beaucoup d'être venu Mathieu Cassemer.
09:51 Merci à vous de m'avoir invité.
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