00:00 En même temps, on peut constater que ces mobilisations n'ont obtenu aucune avancée
00:04 et donc aucun recul du gouvernement.
00:06 La stratégie des syndicats repose avant tout sur l'unité syndicale.
00:15 Depuis le début du mouvement, les syndicats sont unis.
00:20 Ils sont huit organisations dans une inter-syndicale
00:23 qui s'est fixée deux règles de fonctionnement.
00:25 La première, c'est un mot d'ordre unique, à savoir pas de recul de l'âge,
00:28 ni à 63, ni à 64, ni à 65,
00:31 ce qui suppose que les syndicats qui voulaient la retraite à 60 ans
00:34 ont mis de côté ce mot d'ordre et on décide tous ensemble.
00:38 Et il faut reconnaître qu'à ce stade, cela marche remarquablement bien.
00:41 Les syndicats font de la com', de la bonne com',
00:43 ils mettent en scène leur entente.
00:45 Le 25 janvier, par exemple, les numéros 1 des centrales
00:48 se retrouvent devant l'Assemblée nationale pour une conférence de presse.
00:51 Le 11 février, ils se retrouvent à la Bourse du Travail,
00:54 avant la journée de mobilisation et de manifestation,
00:56 pour indiquer ce qui va se passer dans les prochains jours.
00:59 Pourquoi c'est important cette unité syndicale ?
01:02 Parce qu'elle est la base de la réussite de la méthode qu'ils ont choisie jusqu'à présent.
01:05 Ils ont choisi la méthode du nombre, de la masse, de la force tranquille,
01:10 qui défilent paisiblement dans la rue.
01:12 C'est en particulier la méthode que Laurent Berger a,
01:15 non pas imposée, mais donc il a persuadé ses camarades,
01:18 lui-même étant extrêmement hostile à toute violence,
01:21 toute atteinte aux biens ou aux personnes.
01:24 Il est même hostile à des blocages qui paralyseraient le pays.
01:28 Il ne veut pas que les Français soient gênés dans leur quotidien,
01:32 ce qui laisse entendre qu'il est contre une grève générale des transports
01:36 ou des coupures d'électricité massive.
01:39 Pour le moment, les autres syndicats sont alignés sur cet objectif,
01:43 soit parce qu'ils sont convaincus dans leur forme intérieure,
01:46 soit parce qu'ils ont compris qu'il faut ménager les forces syndicales.
01:49 La bataille s'annonce rude et longue.
01:52 La réforme de la réforme de la réforme du gouvernement.
01:56 Pour le moment, cette stratégie réussit dans la mesure où il y a une unité syndicale forte,
02:02 où les mobilisations sont suivies et où les sondages manifestent un soutien fort et puissant
02:09 aux mouvements de contestation et un refus de la réforme.
02:12 En même temps, on peut constater que ces mobilisations n'ont obtenu aucune avancée,
02:16 et donc aucun recul du gouvernement.
02:18 Si le gouvernement a consenti à des mesures d'accompagnement,
02:21 elles ont été décidées dans le cadre de la concertation
02:25 avec les organisations syndicales et patronales,
02:27 c'est-à-dire en fin d'année 2022 et en début 2023.
02:31 Elisabeth Borne et Olivier Dussopt ont rencontré les syndicats.
02:34 Ils ont obtenu des avancées sur la prise en compte de la pénibilité,
02:37 sur celle des carrières longues, mais depuis, ils n'ont rien obtenu de plus,
02:41 et donc se pose la question de la suite du mouvement.
02:44 La suite, elle, va commencer au début du mois de mars,
02:51 parce que le mois de février a été en quelque sorte sanctuarisé par les syndicats,
02:56 qui ont décidé de ne pas perturber les vacances d'hiver des Français,
02:59 et elle s'étale quasiment sur tout le mois de février en tenant compte des trois zones.
03:03 Le 5 mars, les vacances sont terminées.
03:06 Les syndicats de la SNCF, par exemple, ont dit qu'à partir de ce moment-là,
03:10 ils envisageraient des actions reconductibles.
03:13 Mais ils ne veulent pas partir tout seuls au combat,
03:15 c'est-à-dire qu'ils voudraient que les autres secteurs potentiellement bloqueurs,
03:18 comme celui de l'énergie, celui du pétrole, soient avec eux dans la bataille.
03:23 Il faut aussi que toutes les fédérations syndicales de ces grandes entreprises
03:26 soient d'accord entre elles.
03:28 Une manifestation qui serait, et des grèves qui seraient menées par exemple par la seule CGT,
03:32 n'aurait pas la même puissance que si elle était décidée par l'ensemble des syndicats.
03:36 Donc, la question va se poser de savoir s'ils ont la volonté et la capacité
03:40 de se lancer dans des grèves reconductibles à ce moment-là.
03:44 Il faut souligner qu'en cette période de pouvoir d'achat,
03:47 renié par l'inflation, la question se pose pour tous les salariés et agents
03:51 du secteur privé comme du secteur public.
03:53 Et donc, la question reste entière.
03:55 Si jamais les mouvements prenaient ci,
03:57 on se lançait dans des grèves reconductibles,
04:00 la question de l'unité syndicale peut se poser.
04:02 Si les blocages sont limités, Laurent Berger pourra dire que, de toute façon,
04:07 chaque fédération est libre de décider de ses actions
04:11 et il n'aura pas à intervenir ou à se prononcer sur ce sujet.
04:14 Si jamais les blocages devenaient très importants,
04:17 si le pays était bloqué, si ces blocages s'accompagnaient de violences,
04:21 alors la situation deviendrait embarrassante pour Laurent Berger
04:24 et l'unité syndicale pourrait être menacée.
04:27 Mais nous n'en sommes pas là.
04:28 [Musique]
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