00:00 Bonjour, Céline Bidarco, votre invitée média est la directrice des documentaires de France Télévisions.
00:05 Bonjour Catherine Alvarez.
00:06 Bonjour.
00:07 Le dernier documentaire qui a fait beaucoup de bruit sur le service public, c'est l'affaire
00:10 Doutreau, 20 ans après ce fait divers pédo-criminel qui a viré au fiasco judiciaire.
00:14 Une série en 4 épisodes, encensée par la critique à juste titre.
00:18 Est-ce que le public a suivi maintenant que vous avez les audiences qu'on appelle consolidées,
00:22 c'est-à-dire en ajoutant le replay une semaine après la diffusion ?
00:25 Le public a plus que suivi, le public était là, c'est le record de la Casse du Mardi
00:33 et puis c'est le record aussi pour une série documentaire, c'est-à-dire qu'en moyenne
00:36 on a eu 3,4 millions de téléspectateurs entre les deux soirées.
00:40 Surtout à retenir, ce qui est très fort pour nous, c'était la première fois qu'on avait
00:43 une série qu'on mettait en binge, comme on dit, c'est-à-dire que dès la première soirée
00:47 vous pouviez regarder les 4 épisodes.
00:49 Et on a eu 500…
00:50 Sur la plateforme France.tv ?
00:51 Sur la plateforme bien sûr, merci, France.tv, et 500 000 téléspectateurs par exemple ont
00:55 regardé d'emblée les 4 épisodes à la suite de la première soirée.
00:59 Donc c'est un grand, grand succès, une grande récompense pour nous que le public ait été
01:03 là pour une série pareille.
01:04 Jonathan Delay, l'un des enfants victimes de viols, notamment par ses parents Myriam
01:08 Badaoui et Thierry Delay, est furieux contre la production, contre France Télévisions.
01:12 Il témoigne dans la série mais il se sent trahi par le montage car, dit-il, on le fait
01:16 passer pour un menteur qui a fait mettre 13 innocents en prison.
01:19 Il a cité « Quand on regarde la série, on a l'impression que je regrette d'avoir
01:23 menti.
01:24 Aujourd'hui, je suis massacré sur les réseaux sociaux.
01:25 Or, je n'ai pas menti, les enfants n'ont pas menti.
01:28 C'est ça que j'aurais aimé qu'on me laisse dire ». Que lui répondez-vous ?
01:31 On lui répond d'abord que c'est la parole de l'enfant en effet.
01:36 Comme on a fait d'ailleurs dans le débat, et ça je voudrais insister, c'est que le
01:38 service public ce sont des séries documentaires mais suivies par des débats et c'est important.
01:42 Donc on a eu un débat qui est également sur la plateforme.
01:44 En effet, les enfants ne mentent pas.
01:46 Jonathan a été victime et victime.
01:49 Et d'ailleurs, dans cette série documentaire, on mettait toutes les victimes.
01:52 Et Jonathan est une victime, victime d'inceste de ses parents mais aussi pas seulement de
01:56 ses parents, de ses voisins.
01:57 Donc c'est un enfant, aujourd'hui, qui nous a fait confiance pour cette série documentaire.
02:02 Donc on est à l'écoute, et vous le savez, à France Télévisions, de la souffrance
02:06 de l'enfant et surtout de la parole de l'enfant qui est au cœur de ce qu'on offre en documentaire.
02:10 Vous n'avez pas le sentiment, comme il le dit, d'avoir fait preuve de partialité
02:14 en faveur des acquittés ?
02:15 Absolument non.
02:17 Pour nous, c'est aujourd'hui et c'est surtout qu'on ne révise pas la justice.
02:22 Il y a eu cette fameuse décision de la Cour d'appel de Paris.
02:27 Et aujourd'hui, les quatre acquittés que nous avons choisis, en tous les cas, pour
02:30 ce film, sont acquittés.
02:32 Il a porté plainte, je précise, Jonathan Delay, contre la production pour diffamation
02:36 et abus de confiance.
02:37 Est-ce qu'il y aura sur France Télévisions, Catherine Alvarez, d'autres séries doc
02:41 avec cette narration, ce mélange de fiction, de scènes jouées, de documentaires avec
02:45 des images d'archives et d'intervention des véritables protagonistes dans les reconstitutions
02:50 ?
02:51 C'était très original.
02:52 Absolument.
02:53 Formellement, c'était un geste formel assez audacieux.
02:57 Il y aura d'autres séries documentaires, de ce type-là.
03:01 Quant à la forme, ce qui est la joie du documentaire, c'est qu'on ne reproduit jamais complètement.
03:06 C'est toujours la forme au service du fond.
03:08 Donc je ne peux pas vous dire encore quelle forme on adoptera, mais je peux vous dire que
03:11 ce sera à nouveau très audacieux.
03:13 Vous avez fait appel à projets sur les séries doc de cet été.
03:16 Quelles propositions avez-vous retenues ?
03:17 On a retenu deux propositions absolument là aussi audacieuses et différentes.
03:23 Le fameux Niki Doll, qui est…
03:28 Qui a participé à Drag Race France.
03:32 Absolument.
03:33 Carl Sanchez va nous emmener à travers, ça va être un voyage, les voyages de Niki,
03:40 de la redécouverte de la planète et à travers le genre.
03:43 Qu'est-ce que c'est le genre dans d'autres pays ?
03:46 C'est vraiment un prisme très particulier.
03:49 Et également, Ambre Dupont, coiffeuse, qui part là aussi avec sa mallette de coiffeuse
03:57 à travers le monde parce que les cheveux racontent bien plus qu'on ne pense sur le monde.
04:01 Vous aviez reçu beaucoup de propositions ?
04:03 232 projets.
04:04 C'était très compliqué de faire des choix.
04:06 On a fait 4 pilotes et on a choisi ces deux pilotes pour en faire des séries que vous
04:11 verrez cet été sur France 5.
04:13 Vous revenez du festival international de le FIPADOK où France Télé a obtenu deux
04:17 prix dont le grand prix documentaire pour « Moissons sanglantes 1933, la famine en
04:21 Ukraine ». C'est un épisode de l'histoire qu'on connaît très peu et c'est l'histoire
04:25 d'un mensonge d'Etat ?
04:26 Absolument.
04:27 Plus qu'un mensonge d'Etat.
04:28 Un mensonge d'Etat dramatique.
04:31 C'est assez extraordinaire.
04:33 On a démarré ce film avant l'invasion de l'Ukraine par Poutine.
04:37 C'est un épisode de l'histoire très peu connu.
04:39 C'est un film magnifique.
04:40 C'est un film aujourd'hui qui prend toute une résonance avec ce qui se passe aujourd'hui
04:46 en Ukraine.
04:47 Ce sera diffusé le 19 février sur France 5.
04:50 Un prix aussi pour les fantômes du pétrole qui passent ce dimanche sur France 5.
04:54 Comment décidez-vous ce qui va sur France 2 et ce qui va sur France 5 ? Sur quels critères
04:58 ?
04:59 Le critère du public.
05:00 C'est-à-dire qu'un public France 5 n'est pas le même.
05:04 On essaie le service public de parler à tout le monde mais pas au même moment et pas au
05:08 même endroit.
05:09 Et voilà.
05:10 Et donc c'est vrai que France 5 est une offre documentaire très forte puisque c'est avant
05:14 tout douille documentaire et du magazine.
05:16 C'est un public ce qu'on appelle plus captif.
05:18 Plus âgé ?
05:19 Plus âgé aussi.
05:20 Et plus captif aussi.
05:22 C'est-à-dire que quand on va sur France 5, on aime le documentaire.
05:24 Quand on est sur France 2, c'est autre chose.
05:26 C'est un public d'ailleurs plus jeune.
05:27 Il y a aussi un public plus d'actifs.
05:30 Donc c'est là où on décide comment nos documentaires sont.
05:34 Mais c'est vraiment à la rencontre du public d'abord.
05:37 France 3 est moins bien servi en documentaire.
05:39 Pourquoi ?
05:40 France 3, on régionalise pas mal France 3.
05:43 Donc ce n'est pas vrai que c'est mal servi.
05:45 C'est très bien servi en région.
05:47 France 3 région, c'est très important.
05:51 Et on travaille justement, on est au cœur de ça en ce moment, de retravailler une offre
05:57 nationale mais qui vraiment est cette ADN France 3, c'est-à-dire régionale.
06:02 Quels sont les codes de France Télévisions en matière de documentaire ?
06:05 À quoi on reconnaît un contenu du service public ?
06:07 Un contenu du service public, c'est toujours un contenu engagé.
06:11 C'est un contenu utile.
06:13 C'est un contenu qui rassemble.
06:15 C'est pas un contenu qui fait du buzz.
06:19 C'est une place vraiment à part, le service public.
06:23 C'est-à-dire que les documentaires de service public sont là pour durer.
06:26 C'est pas une série qu'on remplace.
06:28 C'est pas de l'instantané, c'est pas du consommé.
06:31 Ça dure.
06:32 Vous montez clairement en gamme pour ne pas vous laisser dépasser par les plateformes.
06:35 C'est une concurrence stimulante finalement ?
06:37 C'est très intéressant pour les séries.
06:39 C'est-à-dire qu'on s'est dit comment on va nous aussi s'emparer des codes de la série.
06:43 Et ce qu'on a réalisé sur Outreau, c'est qu'on est allé plus loin.
06:48 Et surtout, c'est qu'on raconte quelque chose.
06:51 On se dit "tiens, on va pas raconter que des faits divers".
06:54 C'est qu'on raconte des faits d'histoire contemporaine, des faits de justice.
06:59 Donc c'est vrai que c'est toujours stimulant, la concurrence.
07:02 Mais il faut vraiment qu'on ait encore une énorme place qu'on occupe.
07:07 Et plein de belles choses à voir d'ici la fin de la saison et cet été, comme vous
07:10 venez de nous l'annoncer.
07:11 Merci beaucoup Catherine Alvarez.
07:13 Merci beaucoup.
07:14 Vous êtes la directrice des documentaires de France Télévisions.
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