00:00 Je vais vous donner le secret, je suis très proche de ma maman.
00:03 Moi, j'ai été touché déjà à la lecture du scénario parce que ça m'a frappé.
00:07 Je me suis dit, mais attends, en fait, elle raconte l'histoire de ma mère.
00:10 -Voilà ici, c'est modeste, mais on va s'arranger pour que chacun soit confortable.
00:26 C'est la France, on est là pour se serrer, c'est la famille.
00:29 Ce film, c'est l'histoire de Rose, qui arrive de Côte d'Ivoire dans les années 80,
00:33 qui arrive en France avec ses deux enfants, Ernest et Jean.
00:36 Et on va suivre son parcours sur trois décennies,
00:39 et on va voir leur évolution.
00:41 Comment ils habitent dans un petit quartier modeste,
00:44 chez la famille, ils vont partir en Normandie,
00:48 et comment la famille va se fracturer, se retrouver,
00:53 et est-ce qu'ils vont rester ensemble ou pas.
00:56 -Ces derniers temps, ton frère a dépassé les limites.
00:59 Tu m'en veux parce que tu n'as pas eu de père.
01:05 -De père, non.
01:06 Des papas, j'en ai eu plein.
01:09 -Moi, je les fais tous au cas où j'ai pu.
01:11 Et si j'ai fait des erreurs ?
01:13 -Tu fais de ton mieux.
01:14 -Léonore raconte l'histoire d'étrangers,
01:18 mais qui fait écho à des gens qui sont ici.
01:21 L'histoire d'une femme, donc, qui est une femme seule,
01:23 qui va enchaîner les petits boulots
01:25 pour pouvoir offrir la meilleure éducation
01:27 et le meilleur avenir à ses enfants.
01:29 Mais combien, aujourd'hui, de femmes en France,
01:32 qui sont nées en France, qui sont blanches,
01:35 vivent ce genre de galères ?
01:36 -Il faut être des champions.
01:38 Il faut travailler à l'école, être plus fort que les autres.
01:40 Et on ne pleure pas.
01:42 -Cette femme battante, cette femme libre,
01:46 qui n'a pas peur de dire "merde",
01:47 qui va chercher les choses, qui attend pas,
01:49 qui veut le meilleur pour ses enfants,
01:51 qui a compris que c'était l'école qui allait pouvoir sauver ses enfants.
01:55 Je vous jure, ça, ça m'a frappé.
01:57 Je me suis dit "attends, en fait, elle raconte l'histoire de ma mère".
02:01 Et puis, Annabelle, elle était nourrie,
02:03 au moment où je suis arrivé sur le tournage,
02:05 elle était nourrie de tout le tournage.
02:07 Elle était déjà chargée, en fait, d'émotions.
02:09 Donc, elle m'a renvoyé une espèce d'énergie,
02:12 un truc qui était tellement puissant.
02:14 Moi, j'ai tout de suite pensé à ma mère,
02:17 et ça a marché tout de suite.
02:19 On s'est regardés dans les yeux.
02:21 Il y a un truc, on s'est tenus la main.
02:22 Et ça, c'était...
02:26 Enfin, ça a tout de suite pris, quoi.
02:28 C'était fort, c'était puissant, c'était vraiment dingue.
02:31 Je vous en parle, j'ai encore des frissons.
02:33 -Julien ? -Ouais ?
02:35 -Moi, j'ai pas peur de la mort.
02:36 J'ai plus peur de mon plan de retraite que de ma mort.
02:38 Parce qu'il y a un âge où, en fait,
02:41 je pense que ce qui est pire que ça s'arrête,
02:43 c'est que t'as du temps,
02:44 mais tu pourras pas forcément faire ce que tu veux,
02:47 ou prévoir trop loin.
02:51 -A un moment, c'est vite, quoi.
02:52 Et la vieillesse, moi, ça me fait flipper.
02:53 -C'est le temps. -Ça vous fait flipper ?
02:55 -J'ai peur d'ennuyer, en fait.
02:56 -C'est une notion...
02:57 L'avenir, c'est quelque chose qui nous appartient pas,
03:00 et on va voir ça tout à l'heure dans le texte de Blaise Pascal.
03:02 Ça nous appartient pas.
03:03 C'est pour ça que ça vous fait peur, peut-être.
03:05 -Ernest, c'est très simple.
03:06 C'est le cadet d'une famille, quelqu'un de très timide,
03:09 qui fait énormément confiance à son grand frère,
03:12 qui adore sa maman,
03:13 qui a besoin de la protection de sa maman.
03:15 La maman, elle va énormément travailler,
03:17 elle sera pas très présente,
03:18 donc il va se réfugier dans les bras de son frère,
03:21 qui, lui aussi, va se retrouver à partir.
03:24 Et donc, il va devoir se construire avec cette absence,
03:27 mais en même temps, cet amour qu'il a pour ses deux êtres,
03:29 ses deux partenaires de famille, ses deux partenaires d'aventure,
03:33 il va se construire avec ça,
03:35 et puis ça va devenir un prof de philo
03:36 qui va essayer de s'émanciper de cet amour,
03:39 de ce lien avec sa maman, quoi.
03:41 En fait, c'est là où je mets tout le mérite,
03:43 où je donne tout le mérite à Léonore,
03:46 c'est que du fait qu'elle ait pas voulu faire un film militant et politique,
03:50 la force, elle en a encore plus grande.
03:52 C'est-à-dire que je pense que quand on se met dans la tête
03:55 qu'on a envie de raconter ça,
03:57 on a envie de propager ce message-là,
04:00 il est pas forcément audible.
04:01 Alors que quand on vous met en face de quelque chose,
04:05 et de fait, en fait, par l'œuvre,
04:09 c'est militant et ça raconte quelque chose de politique,
04:11 y a pas besoin de le dire plus.
04:13 J'ai pas besoin de dire que je suis noir
04:16 pour dire "Regardez, je suis noir, hein, je suis noir".
04:19 C'est le genre de film et c'est le genre d'expérience
04:21 qu'on pourrait faire pour pas un rond,
04:24 parce qu'on apprend beaucoup plus qu'on gagne, en fait.
04:27 -Vous avez peur de l'avenir, monsieur, ou pas ?
04:30 -Est-ce que j'ai peur de l'avenir ?
04:32 C'est une bonne question, mais en vrai, je me pose pas la question.
04:38 La seule chose qui m'inquiète,
04:41 c'est que vous ayez tous votre bac, pour l'instant.
04:44 *musique du générique*
Commentaires