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  • il y a 5 semaines
Dans cette analyse cinématographique il sera question de quel est le meilleur des deux films Scarface.
Transcription
00:00Bonsoir.
00:01Aujourd'hui, j'ai décidé de m'attaquer à un sujet épineux, polémique.
00:05Le genre qui peut facilement amener beaucoup de gens à vouloir sortir les fourches et les torches.
00:10Les remakes.
00:12Un remake, c'est, pour rappel, une oeuvre, en l'occurrence cinématographique,
00:16qui a pour particularité de reprendre en grande ligne le concept ou le synopsis d'une oeuvre préexistante.
00:23En gros, c'est une adaptation d'une oeuvre du même médium artistique.
00:26Et il est de notoriété commune que les remakes, c'est généralement moins bien si ce n'est carrément plus
00:31merdique que l'oeuvre originale.
00:33Biais pro-originalité bébête, remarque de vieux con, ou simple analyse factuelle ?
00:38Eh bien, soyons clairs, ça dépend.
00:40Ça dépend notamment car les intentions amenant à un remake peuvent être nombreuses, variées,
00:45et donc amener à des démarches complètement différentes.
00:47On peut avoir droit à une nouvelle interprétation complètement originale d'une même histoire,
00:51une actualisation du sujet, une adaptation plus ancrée culturellement,
00:55ou juste une volonté de faire du pognon sans avoir à trouver une nouvelle idée et en piochant dans les
00:59archives.
00:59Mais tout cela, ça a déjà été dit et redit, les remakes, ça reste des films.
01:03Et donc on a des bons, des mauvais, des chefs-d'oeuvre absolus et des trucs qui te font regretter
01:07de ne pas être aveugle.
01:08Au-delà donc de ces considérations basiques, il me semblait plus pertinent d'étudier la thématique des remakes
01:12à travers un exemple que je trouve particulièrement intéressant,
01:16à savoir celui des deux films Scarface.
01:26Et bien Titouan, sache que même si tu as autant de consistance qu'un flanc
01:30et que chaque jour de plus est une confirmation pour ta mère qu'elle aurait dû avorter,
01:34« Jésus est venu sur Terre aussi pour sauver des gens comme toi.
01:37Donc je vais te laisser une chance de te rattraper en te présentant ces deux films. »
01:41Donc Scarface à la base est un film sorti en 1932 réalisé par le légendaire Howard Hawks,
01:45qui narre l'histoire de Tony Camont,
01:47un trafiquant d'alcool qui va devenir progressivement le parrain de la mafia de Chicago.
01:51Oui, pour rappel, l'alcool était encore illégal aux Etats-Unis à cette époque.
01:54Ce film va rapidement se faire une réputation de film violent et immoral
01:58et participera malgré lui à la mise en place du code d'autocensure Hayes
02:01par les sociétés de production riquennes,
02:03ce qui va conduire à la quasi-disparition du film dans le pays jusqu'aux années 60,
02:07étant alors en contradiction avec de nombreuses prescriptions de ce texte.
02:10Et déjà, on a une chose intéressante,
02:12car cette invisibilité du film durant une bonne trentaine d'années
02:15a nécessairement eu tendance à accentuer un caractère culte à ce film,
02:19caractéristique déjà présente par le scandale que fut la sortie du film à l'époque.
02:22Et donc, que fait-on avec un film culte ?
02:25Eh bien, un remake, voyons !
02:29Bon, je dis ça, mais ce n'était pas systématisé à l'époque.
02:32En tout cas, en 1983, un film sort,
02:34Scarface de Brian De Palma,
02:36qui raconte l'histoire de Tony Montana,
02:38immigré cubain qui va s'intégrer à la pègre de Miami
02:40dans le trafic de cocaïne et monter progressivement l'échelle sociale
02:43en éliminant ses concurrents.
02:44Le film est encensé aujourd'hui comme un des meilleurs films de son genre
02:47et a rapidement obtenu un statut culte auprès de beaucoup de personnes plus ou moins cinéphiles,
02:51amenant à des remarques quant à la mécompréhension d'une partie du public sur le message de l'oeuvre.
02:55Voilà, ça, c'était un résumé rapide.
02:57Et si vous avez bien suivi, vous aurez noté que les deux films ont le point commun
03:00d'être très bien vu par les cinéphiles et d'avoir un statut culte assez considérable.
03:05Et déjà, rien que ça, c'est assez exceptionnel.
03:07Comme dit, les remakes ont tendance à être sous-considérés, souvent à raison,
03:10donc autant dire qu'un remake d'un film culte qui arrive à égaler ce statut,
03:14c'est probablement un cas unique dans l'histoire du cinéma.
03:16Et vu que c'est un cas unique, je vais comparer les deux oeuvres et invoquer une autorité supérieure
03:20qui me permettra de dire, une bonne fois pour toutes, et avec une absolue objectivité,
03:24quel est le meilleur film Scarface.
03:30Le film de Hooks est sorti en 1932, à une époque charnière du cinéma états-unien
03:34et de l'histoire des Etats-Unis en général.
03:36Pour rappel, nous sommes dans la période dite du pré-code,
03:39c'est-à-dire les quelques années entre l'arrivée du parlant, à la fin des années 1920,
03:43et la mise en place du code Hayes en 1934.
03:46Cette période avait pour particularité une grande effervescence de liberté créative,
03:49notamment dans les thèmes abordés et la représentation de la violence et de la sexualité.
03:53Encore aujourd'hui, certains films de cette époque ont un caractère culte, voire mythique.
03:57King Kong, La monstreuse parade, L'ennemi public, Frankenstein, New York, Miami, pour les plus connus.
04:02Mais aussi et surtout Scarface.
04:04Surtout car, par sa thématique et sa violence, il a marqué le public à l'époque.
04:08Pour faire simple, on n'avait jamais vu ça avant dans le cinéma américain.
04:10Le film fut tellement violent qu'il ne sera pratiquement pas projeté aux Etats-Unis
04:14durant la période d'application du code Hayes.
04:15Ce qui contribuera grandement au caractère mythique du film,
04:18y compris auprès de ceux qui ne l'avaient jamais vu.
04:20Une sorte de make to my love intermezzo, si j'ose dire, mais avec des bonnes critiques.
04:24Concernant la société des Etats-Unis à l'époque, on pourrait la considérer comme en crise.
04:28En effet, la crise financière se déclencha trois ans plus tôt,
04:30et le mandat du président Hoover, alors très impopulaire, arrive doucement, mais sûrement à sa fin.
04:35Mais surtout, nous sommes encore à l'époque de la prohibition de l'alcool.
04:38Politique fédérale fondée sur un amendement constitutionnel adopté en 1919,
04:42et qui, au vu des résultats que l'on qualifiera de très mitigés pour être gentil,
04:46sera tabrogé fin 1933.
04:48En effet, la période de la prohibition sera marquée durement par le trafic illégal d'alcool,
04:52par la criminalité organisée dont le parrain le plus connu est sans doute Al Capone.
04:56Le film de De Palma, lui, est dans un contexte en principe plus calme.
04:59Pour ce qui est du cinéma états-unien, nous sommes au début de la période de domination absolue des grosses
05:04productions.
05:05Le nouvel Hollywood, dont est issu De Palma, est mort définitivement deux ans plus tôt, en 1980,
05:09avec l'échec monstre de la porte du paradis de Michael Chimineau.
05:12Brian De Palma peut donc être considéré comme orphelin du mouvement qu'il a vu naître en tant que cinéaste,
05:17car contrairement à ses compagnons Spielberg et Lucas, il ne prit pas le tournant des grosses productions calibrées.
05:21Pour ce qui est du contexte de la société américaine, nous sommes au début de l'ère Ronald Reagan,
05:25l'ère du capitalisme triomphant et de l'avance progressive des Etats-Unis sur l'Union soéthique,
05:29qui mènera à l'effondrement du bloc communiste à la fin de la décennie,
05:32marquant la victoire américaine sur la guerre froide.
05:34Si je vous rappelle tout cela, c'est pour déjà vous montrer que ces deux films sont faits à des
05:38périodes charnières du cinéma hollywoodien,
05:40mais aussi car nous allons voir que ces deux films parlent de leur époque respective.
05:44Et pour cause, les deux films mettent en scène des histoires contemporaines à leur époque de sortie.
05:49Cela peut sembler basique, mais il faut noter que nombre de remakes reprennent le contexte du film original,
05:54y compris quand ceci se déroule dans l'époque contemporaine à la réalisation.
05:57Un bon exemple serait le King Kong de Peter Jackson, sorti en 2005,
06:00et qui se déroule au début des années 1930, comme le film de Cooper et Sean Stack, sorti en 1933,
06:05dont il est le remake.
06:07Cette précision me semble importante, car on pourrait vite oublier en regardant un film ancien,
06:11montrant son époque, que, pour les premiers spectateurs, le contexte présenté n'est pas étranger.
06:16Avec le Scarface de De Palma, nous sommes donc dans un choix de raconter une histoire se déroulant grosso modo
06:20à l'époque de la sortie du film,
06:22ce qui, même si cela implique de présenter un contexte totalement différent du film de Hawks,
06:26est un choix allant plus dans une logique de fidélité au niveau de l'adaptation.
06:30De Palma adapte l'histoire d'un film de 1933 à un nouveau contexte.
06:38Dans le film de 1932, le protagoniste est un mafieux nommé Tony Camant, qui est assez peu caractérisé en vérité.
06:44On sait de lui qu'il veut réussir, qu'il est ambitieux, et qu'il a une relation complexe avec
06:48sa sœur.
06:49C'est pratiquement tout.
06:50On ne connaît rien de son passé, ni vraiment ce qu'il aime ou ce qu'il pense.
06:53Malgré son statut de protagoniste, c'est plus un archétype de gangster qu'un véritable personnage.
06:58L'inspiration de Al Capone est évidente dans la figure qu'il représente.
07:01Il est ambitieux, cruel, et peut-être un peu cinglé.
07:04A ce titre, Paul Muni l'incarne avec brio.
07:06Le personnage de Tony Montana dans le film de De Palma est nettement plus profond.
07:10Immigré cubain arrivant aux Etats-Unis, d'abord parqué dans un camp de réfugiés pour ensuite en sortir via des
07:14méthodes contestables,
07:16trouvé un travail pourri pour enfin se décider à faire ce qu'il sait faire, à savoir le trafic de
07:20drogue.
07:20Tout cela l'amenant à s'élever dans le milieu pour arriver au sommet, puis à la chute.
07:24On a donc ici une distinction importante dans les deux films.
07:27Le film de De Palma a plus de temps pour développer le protagoniste,
07:30et en fait donc bien plus qu'un simple gangster ambitieux et dangereux.
07:33Dans le film de De Palma, on a affaire à un homme dont les origines nous sont montrées dès la
07:36séquence introductive,
07:37qui agit à la fois comme contexte historique, mais surtout comme base à notre personnage principal.
07:41Dans le film de Hawks, le protagoniste incarne un mafieux basique.
07:45On pourrait même dire que Tony Camont est une image du concept de criminalité organisée,
07:48ce qui n'est pas vraiment le cas de Tony Montana.
07:54Le film de Hawks raconte donc l'histoire de Tony Camont,
07:57petit gangster de Chicago qui va progressivement monter dans le milieu en collaborant avec un des parrains de la mafia
08:02locale,
08:02avant de l'éliminer pour prendre sa place et sa femme, et ainsi devenir l'homme à abattre par les
08:07autorités.
08:07Et ce, tout en ayant des relations familiales difficiles avec notamment sa mère et sa sœur,
08:12virant pratiquement à l'inceste.
08:13La narration fait ainsi un constat politico-social froid,
08:16critiquant partiellement l'action gouvernementale sur la question de la criminalité organisée,
08:19et donc par association de la prohibition.
08:22Le film pourrait apparaître comme subversif, mais on va mettre ça au conditionnel.
08:25Le carton d'ouverture du métrage étant une sorte de désamorçage du côté critique virulente,
08:29auquel on pourrait s'attendre de prime abord.
08:31Le film de De Palma raconte grosso modo la même trame,
08:33mais cette fois en s'attaquant davantage sur le système,
08:36et notamment sur la société états-unienne dans son ensemble,
08:38qui glorifie ce genre de modèle de personne en partant du plus bas pour aller vers les sommets.
08:42Le film a pour thème central le rêve américain, et plus précisément l'échec de ce rêve.
08:46Toute la progression dramatique de l'immigration jusqu'à la fin n'est qu'un schéma typique du rêve américain
08:51caricatural,
08:52mais qui amène à une chute aussi brutale que méritée.
08:54C'est sans aucun doute l'apport majeur du film de De Palma par rapport au film précédent.
08:58Il y ajoute une thématique autre que celle d'une simple critique politique,
09:01pour en faire une satire globale d'un système.
09:03Il s'attaque ici au mythe fondateur des Etats-Unis,
09:06là où le film de Hawks ne le remettait pas en cause.
09:08Pire que ça, il l'ignorait.
09:10Bien qu'on peut considérer que la thématique est abordée vaguement par le personnage de Tony,
09:14dans la séquence avec le fameux The World Is Yours, mais rien de plus.
09:17Alors que le film de 1983 ne se justifie presque entièrement que par sa morale,
09:21qui nous explique que l'ascension sociale par l'écrasement des autres amène nécessairement au malheur et à l'autodestruction,
09:27symbolisé dans la deuxième partie du métrage par la cocaïne que Tony trafique et consomme notamment dans la séquence finale,
09:31le film, bien que montrant frontalement la violence de Tony Montana,
09:34n'hésite pas à iconiser son personnage et à magnifier sa prise de pouvoir par des plans le mettant en
09:39valeur,
09:39des montages stimulants, et par le fait que sa baraque pète la classe, on va pas se mentir.
09:43C'est peut-être là une contradiction du film.
09:45Pour critiquer le système, il en vient à le montrer comme attractif, ce qu'il est.
09:49Le rêve américain est donc clairement mis en cause, tout en montrant que, de fait, il peut marcher,
09:53et que c'est une forme de réussite.
09:55De même, les deux films ont une sous-intrigue présentant une relation complexe de Tony avec sa sœur,
09:59que l'on présente progressivement comme une relation possessive allant pratiquement vers l'inceste.
10:06Le film de Hawks montre la mafia comme une force brutale, impitoyable.
10:10Une expression pure de la violence et de la décadence de la société américaine.
10:14C'est là un point notable de ce film par rapport à beaucoup d'autres œuvres traitant de ce genre
10:18de sujet.
10:18Ici, la mafia et la criminalité organisée y est montré comme le mal absolu.
10:22Nous n'avons aucune forme de sympathie pour ce milieu.
10:24Les actes commis sont clairement abominables.
10:25C'est là que le film de De Palma diffère très largement.
10:27Le film montre en effet assez peu de violence de la part des personnages principaux, notamment Tony.
10:31Ils sont plutôt victimes de violence que l'inverse.
10:34Et quand c'est eux les acteurs de la violence, c'est uniquement un des moments essentiels de la progression
10:38et généralement, ils sont en réaction à la violence de leurs rivaux.
10:41On notera d'ailleurs que les images de violence sont plutôt aseptisées,
10:44la photographie étant parfois même chaleureuse.
10:46Pas dans la valorisation, mais clairement pas dans la diabolisation visant à provoquer le dégoût.
10:50En fait, le film de De Palma récupère à ce titre l'essentiel de l'héritage du parrain de Coppola,
10:55à savoir montrer la mafia comme une famille et un métier à part entière qui,
10:58bien qu'illégale, n'en reste pas moins respectable et pratiquement normal.
11:01On sent bien que les 50 ans qui séparent les deux films ont été le terrain d'énormément de changements
11:05dans le traitement du crime au cinéma, et notamment La Nouvelle Vague et Le Nouvelle Hollywood.
11:09Néanmoins, et on y reviendra,
11:11ce traitement que fait le film de De Palma n'est pas sans poser des problèmes quant au message de
11:15l'oeuvre.
11:19La fin des films est, comme le reste de l'intrigue, similaire sur le papier, mais très différente par la
11:24mise en scène.
11:24Donc pour faire simple, après avoir flingué son ami pour s'être tapé la frangine,
11:28il s'enferme avec la dite sereide dans sa demeure,
11:30et se fait canarder par ses ennemis qui vont d'abord tuer sa sœur par une balle perdue,
11:34puis Tony va décéder en mourant avec un certain panache.
11:37Sauf que les différences ici sont fondamentales.
11:39Déjà dans le film de Hawks, Tony est canardé par la police,
11:42qu'il recherche après le meurtre de son ami.
11:44Tony est donc l'instrument de sa chute par sa cruauté.
11:46Il est le méchant de cette histoire.
11:48De plus, la scène est assez pathétique,
11:50entre la mort de la sœur pratiquement accidentelle,
11:52et ensuite le fait que Tony meurt de manière misérable,
11:55abattu par la police en tentant de fuir comme l'ennemi public qu'il est devenu.
11:58Juste parce que si je ne l'évoque pas, je vais avoir que ça en commentaire,
12:01la commission de censure des Majors ont imposé une autre fin au film
12:04dans lequel Tony est arrêté, jugé et exécuté par pendaison.
12:09Cette séquence a été tournée par le réalisateur de seconde équipe,
12:11Hawks refusant catégoriquement de changer la fin,
12:14et sans Paul Muni, lui aussi refusant de tourner cela.
12:16Dieu merci, les censeurs n'étaient pas encore tout puissants à l'époque,
12:19et la scène était tellement merdique et incohérente avec le reste du métrage,
12:23il fut finalement décidé de ne pas l'intégrer,
12:25et de mettre la séquence initiale pour le bien de l'humanité.
12:27Pour toutes ces raisons, je ne prendrai bien entendu pas en compte
12:29cette curiosité dans mon jugement du film.
12:31Chez De Palma, on a droit au contraire à une iconisation totale de Tony.
12:34En contradiction presque totale à sa chute morale montrée précédemment dans le film.
12:38La séquence finale est survitaminée, chose en logique avec la cocaïne que prend Tony.
12:42Tony qui meurt de manière quasi christique.
12:44Et aussi, et surtout, il est tué par ses anciens associés,
12:47qui se lient contre lui car ayant refusé de faire exploser une famille entière pour des raisons morales.
12:51C'est le gentil de cette histoire.
12:52Donc la séquence est clairement plus intéressante cinématographiquement,
12:55mais révélatrice d'une erreur thématique majeure pour De Palma,
12:58qui, en voulant filmer la chute, en montrant l'autodestruction de son personnage,
13:02en arrive à faire de Tony un quasi-martyre, mort pour les péchés de l'Amérique.
13:06Et cette fin, elle a mené à énormément d'incompréhension chez le public,
13:10faisant de Tony Montana un héros des temps modernes.
13:12Mais soyez en clair, est-ce que ce n'est pas ce que dit le film ?
13:15Pour moi, on est là sur le point central du film de 1983.
13:18Sa fin est une erreur, plus qu'une erreur, une faute sur la manière de mettre en scène la morale
13:23d'une histoire.
13:27Avec tout cela, on peut résumer notre dilemme à cette question.
13:30Est-ce que passer à côté du message de son film, pour une mise en scène plus stimulante, est entendable
13:34?
13:35Bien entendu, chacun aura sa réponse, mais je vais vous donner la mienne.
13:38Tout film, et plus généralement toute œuvre artistique, porte un message.
13:42Ce message peut aller dans mon sens ou non, mais quoi qu'il en soit, il doit être assumé jusqu
13:45'au bout,
13:46quand bien même cela paraîtrait moins satisfaisant pour la personne qui réceptionne l'œuvre.
13:49Car il serait facile de dire que le film de De Palma est meilleur, car il développe plus son protagoniste,
13:54son univers, son propos politique, et propose une fin nettement plus généreuse en action.
13:57Sauf que soyons clairs, cela me paraîtrait peu pertinent.
14:00Déjà parce que le film dure pratiquement trois heures, donc deux fois plus que son modèle.
14:03A ce niveau, l'on ne peut reprocher à un film ce qu'il n'a pas l'ambition de
14:06proposer.
14:07Le film de Hawks est irréprochable, il présente un cadre d'école,
14:09et montre clairement que cet état de fait est désastreux pour la société et pour les individus qui y sont
14:14confrontés.
14:15Le film de De Palma, lui, représente une ascension qui se termine en chute due à la violence de ce
14:18monde.
14:19Et la trajectoire du film suit une logique de chute auto-déclenchée,
14:22comme si Tony était le responsable de son échec.
14:24La deuxième partie du film est dans cette logique.
14:26Mais la fin, encore une fois, contredit cela prodigieusement, au nom d'une conclusion sympa.
14:31« Ah mais la fin du film de Hawks, elle est molle et chiante,
14:33heureusement que De Palma n'a pas fait comme ça, c'est mieux,
14:36il y a de l'action et tout, et Tony pète la classe, en plus j'ai trop envie d
14:39'être comme lui ! »
14:40Et bien non.
14:40Car non seulement ça implique de rendre le message de l'œuvre confus,
14:43mais en plus, sans parler du film de Hawks,
14:45je donnerais trois exemples notables de films d'ascension
14:47qui se terminent par une chute bien méritée,
14:50sans pour autant magnifier le personnage.
14:51On pourrait bien sûr parler des Affranchis,
14:53mais également du Loup de Wall Street,
14:55qui dans le fond est un remake des Affranchis dans le monde de la finance.
14:58Ces deux films de Martin Scorsese présentent l'ascension sociale de deux malfrats,
15:01puis leur chute par l'arrestation.
15:03La fin agit donc comme un retour réel frustrant,
15:05mais logique avec le message du film.
15:06Et c'est deux putains de bons films en plus.
15:08Autre exemple, bien sûr,
15:09un des meilleurs films de l'histoire,
15:11Barry Lyndon de Kubrick,
15:12qui narre l'histoire d'une ascension sociale,
15:14d'un homme qui va aller pratiquement au sommet de la société britannique du 18ème siècle,
15:18jusqu'à chuter dû à ses propres comportements de sale con.
15:20Là encore, frustrant, mais parfaitement justifié.
15:22Le problème est donc que le film de De Palma va dans une direction logique
15:25durant la deuxième partie.
15:26Une chute morale est présentée avec une attitude violente,
15:28un rejet de sa femme et de son addiction à la cocaïne.
15:31Cette chute morale est cependant interrompue avec la scène finale
15:33dans laquelle Tony est lâchement assassiné par ses anciens associés,
15:36en raison d'une bonne action faite précédemment.
15:38Si on ajoute à cela les phrases de bon sens de Montana durant le film,
15:41on arrive à une morale des plus confuses,
15:42et il n'est pas étonnant de voir des guignols dire les plus grosses inepties sur l'oeuvre.
15:53Donc ma conclusion est simple,
15:54l'oeuvre de Hawks est meilleure car elle met mieux en scène le message délivré.
15:58Cela m'amène donc à vous dire,
16:00regardez Scarface de Ward's Hawks.
16:02Ce film fut une véritable révolution à son époque
16:04et reste aujourd'hui bougrement efficace.
16:06Et bien sûr, voyez aussi le remake de Brian de Palma,
16:08lui aussi chef-d'oeuvre malgré les défauts soulevés.
16:10On a ici deux films excellents qui ont marqué leurs époques de sortie.
16:13Et donc oui, l'original est mieux.
16:16Après tout, quitte à passer pour un vieux con,
16:18autant l'assumer, non ?
16:19et les autres, je vous remercie.
16:32Merci.
16:32Merci.
16:32Merci.
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