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  • il y a 15 ans
Deux quartiers de Paris sont particulièrement riches en souvenirs de l’ancienne Université : l’Ile de la Cité et le Quartier Latin.
Ce film suit chronologiquement les traces des vieux maîtres du Cloître Notre-Dame, puis la croissance du domaine des Escholiers, cette rive gauche où sont venus s’instruire les élèves d’Abélard et tous ceux qui les ont suivis : Dante, Erasme, Villon, Rabelais, Ronsard…
Gravures et vestiges actuels racontent ainsi l’Histoire de la Sorbonne et des nombreux collèges qui l’entouraient.
Transcription
00:35La rue Saint-Jacques est la doyenne des rues de Paris.
00:38Elle coupe en deux ce quartier que les parisiens appelleront toujours le quartier latin.
00:44En vérité, de siècle en siècle, on y a chanté dans toutes les langues du monde la même romance, les
00:51mêmes joies et les mêmes peines.
01:03De siècle en siècle, on a pris l'habitude d'éventrer le sol de la rive gauche pour agrandir le
01:07quartier réservé des écoliers de Paris.
01:18On a chassé les amis d'autrefois.
01:20On a fermé les tavernes où étudiants et clochards ont bu et mangé au même prix.
01:28On a éteint sans trop de regret les vieux lampions.
01:31On les a remplacés.
01:33L'histoire de Paris explique d'ailleurs cette prise de possession de la rive gauche.
01:39Les premières écoles s'installèrent tout naturellement dans la cité, au cloître Notre-Dame.
01:48La cathédrale n'était pas encore au XIe siècle la grande église que nous connaissons.
01:53Mais ces écoles étaient devenues célèbres peu à peu.
01:57Dans ce quartier du cloître Notre-Dame, sept papes firent leurs études.
02:02Il y a peu encore, les rues étroites rappelaient dans la cité ce temps lointain.
02:23Les visages des statues sur l'église permettent d'imaginer sans peine les traits des maîtres prestigieux qui se succédaient
02:30à l'art.
02:31Il y eut Saint-Dominique.
02:33Il y eut Saint-Bonaventure.
02:36Et il y eut Abélard enfin, qui connut Héloïse.
02:41XIe siècle maintenant.
02:43Le roi est encore en son palais de Lille.
02:47Abélard ne peut plus supporter l'autorité du cloître et la toute-puissance des prêtres.
02:52Il s'en va vers la rive gauche, franchit le pont, le petit pont,
02:58et va s'installer sur la montagne Sainte-Geneviève, donnant à ce quartier sa vocation définitive.
03:10En 1200, Philippe-Auguste crée l'université de Paris.
03:14Le nom qui va l'illustrer dans le monde existe dans l'est de la France.
03:18C'est le nom d'un village.
03:21En 1257, Robert de Sorbonne, un moine, fonde un collège à Paris, à cet endroit même où, depuis, la Sorbonne
03:28s'est maintenue et est devenue un État dans l'État.
03:40Son clocher, quoique laïcisé, veille toujours jalousement sur la vie universitaire.
03:48Nous allons maintenant nous glisser dans les ruelles où écoliers et professeurs se sont mêlés depuis toujours,
03:54entretenant autour d'eux tout un petit monde pittoresque.
04:10Sous-titrage Société Radio-Canada
04:46Ici, il faut lever les yeux sur cette plaque rue du Foire, c'est-à-dire rue du Fourrage, rue
04:50de la Paille.
04:51De la paille que l'on étendait là pour que les écoliers puissent s'asseoir en écoutant les maîtres.
04:57L'université a toujours souffert du manque de locaux.
05:00Quoi qu'elle fasse, elle se retrouve toujours à l'étroit.
05:03Peu importe, c'est un point secondaire.
05:06L'histoire a oublié la paille de la rue du Foire et des collèges sordides de la montagne Sainte-Geneviève.
05:12Elle oubliera de même les bâtisses de la Halle au vin ou de la Halle au cuir.
05:18Ce qu'elle retient, ce sont les noms des écoliers.
05:21Les noms de ceux qui ont vécu sous ces fenêtres
05:23et qui ont étudié dans le froid et souvent le ventre vide, assis sur leur derrière.
05:34Ceux dont la première église restent la plus vieille église de Paris.
05:41Rabelaine, Dante et Villon bien sûr, ce Gredin.
05:48Ceux qui disaient fièrement, nous aussi fûmes en Garlande.
05:58Écoutons, écoutons remonter de très loin la voix moqueuse de Rabelais,
06:01singeant l'écolier limousin.
06:10Nous transprétons la séquane aux villicules ou crépuscules.
06:15Nous déambulons par les compites et quadrivies de l'urbe
06:18et comme vérissimiles amorabons,
06:21captons la bénévolence de l'omnifuge,
06:24omniforme et omnigène féminin.
06:35Ce sont tous ces noms célèbres du passé
06:37qui vont nous entraîner dans une promenade nonchalante
06:40vers ce monde frondeur et tendre des écoliers d'autrefois.
06:54Les médecins d'abord.
06:56Voici leur amphithéâtre.
06:58Il a défié le temps et contre toute attente,
07:01il a triomphé des démolisseurs.
07:05Il a eu bien des malheurs.
07:08Il devint même au siècle dernier maison close.
07:12Mais il survit près de la place Maubert,
07:15au royaume de la cloche.
07:36Derrière le fronton de leur faculté,
07:39les médecins péroraient alors interminablement.
07:42Les noyés de la nuit précédente alimentaient leur bavardage.
07:50Les saignées, les lavements, les purges
07:52étaient alors les seules méthodes connues pour soigner.
07:57Un jour, l'un des écoliers,
08:00un nommé Guillaume Gorgue,
08:03ne put supporter l'idée que le lendemain,
08:04le corps d'une jeune fille morte soit ainsi disséqué.
08:09Il revint la nuit sous le dôme,
08:11il enleva la malheureuse
08:13et s'en alla par les rues du quartier latin,
08:15cherchant sépulture.
08:19Il y avait encore en ce temps-là
08:20des prés et des bois à proximité,
08:23aux gobelins
08:25ou aux diables rouverts.
08:32Le meilleur guide pour retrouver le souvenir
08:34des anciens collèges et de leurs élèves,
08:37c'est encore un écolier de notre temps.
08:46Le voici près de l'impasse chartière.
08:50C'est peut-être l'endroit le plus désolé du vieux quartier.
08:54Il ne reste plus rien du collège Coqueret
08:56qui s'élevait ici.
08:57Mais les noms de ses élèves
08:59ornent cependant le vieux Paris
09:00de graffitis prestigieux.
09:12Le maître était d'orat.
09:15Du bel-lait l'élève,
09:17la douceur angeline.
09:20Et ronsard,
09:21mignonne, allons voir si la rose.
09:25Car c'est ici que sept écoliers
09:26créèrent la pléiade.
09:35La ville grandissait sans cesse.
09:40Les commerces se multipliaient.
09:43L'animation devenait partout intense.
09:48300 000 habitants
09:49peuplaient maintenant Paris.
09:51Cela faisait beaucoup de petits écoliers.
09:54Des classes s'ouvraient un peu partout
09:56pour les enfants riches
09:57et les petits bourgeois.
09:59Derrière ces hautes fenêtres,
10:01ils recevaient une éducation
10:03encore bien simplifiée.
10:05Mais parmi eux,
10:07il y avait déjà les grands noms
10:08d'un grand siècle.
10:26les grandes façades sévères
10:27des collèges d'outre-de-sous-tout.
10:37Les grandes façades sévères
10:39des collèges d'outre-de-sous-tout
10:40qui, d'autres fois, se dressent un peu partout.
10:43Celui du cardinal le moine
10:45conserve curieusement le tombeau
10:47d'un roi d'Angleterre, Jacques II.
10:50Un peu partout, des vestiges rappellent
10:51ces ordres religieux
10:53qui fondèrent chacun leur collège
10:54et dont les bons moines
10:56étaient traditionnellement chahutés.
11:01Par notre rue Séguier,
11:03qui s'appelait alors
11:04la rue Pavée d'Andouille,
11:06les écoliers arrivaient
11:07au collège des Augustins.
11:11Par notre rue Hautefeuille,
11:13ils s'en allaient chez les Cordeliers.
11:17Depuis longtemps,
11:18la bibliothèque Sainte-Geneviève
11:19a remplacé l'ancien collège de Montaigu.
11:23Pour décrire les élèves
11:25de Jean-Standoute, on disait
11:26« Sale comme un Montaigu ».
11:30Les murs aveugles
11:31du collège des Irlandais
11:32nous montrent encore
11:34ce que pouvaient être
11:35ces terribles maisons d'école
11:36serrées autour
11:37de la toute-puissante Sorbonne.
11:46Un jour cependant,
11:47le roi prit une décision capitale.
11:51La plupart de ces établissements
11:53sont supprimés
11:53et remplacés par le puissant collège
11:56de Clermont,
11:57devenu depuis
11:58notre lycée Louis le Grand.
12:02Un nom hante depuis
12:04les cours et les galeries du collège.
12:06Le nom du plus célèbre
12:08de tous ces écoliers,
12:09du plus présent
12:10de tous ces fantômes,
12:12Jean-Baptiste Poquelin
12:14qui sera Molière.
12:18Le temps des écoliers
12:20se termine ainsi en beauté.
12:23L'université,
12:24l'université,
12:24cette susceptible Sorbonne,
12:26a su former les hommes
12:28qui ont fait des lettres françaises
12:29l'école la plus prestigieuse
12:31des temps modernes.
12:34Nous voici parvenus
12:35rue de la Parcheminerie.
12:38Tous les écoliers
12:39l'ont arpenté
12:40car c'est ici
12:41que les marchands
12:42vendaient le parchemin
12:43puis le papier.
12:47Il faut imaginer
12:49un soir de 1679,
12:51Corneille,
12:52non plus le Corneille
12:53du Cid ou de Rasse,
12:55mais celui d'Attila,
12:56pauvre et solitaire.
12:59Il faisait dans cette rue
13:00réparer dans une échoppe
13:01son unique paire de chaussures.
13:05Puis il refaisait
13:06dans le sens inverse
13:08le chemin d'Abelard.
13:11Jusqu'ici.
13:14Il y a quelques mois,
13:17s'élevait ici
13:17la dernière taverne
13:18des écoliers.
13:20Le cabaret
13:21de l'épée de bois.
13:24Corneille,
13:25Racine,
13:26Molière,
13:26La Fontaine
13:27et bien d'autres
13:29y avaient levé
13:30l'envers.
13:32Cela aurait dû
13:33protéger cette maison.
13:36Voici ce que les hommes
13:38en ont fait.
13:40Le temps des écoliers
13:42s'achève.
13:44Un rideau se ferme.
13:47Un rideau se lève.
13:51Un étudiant travaille.
13:54Diderot.
13:56Il prépare
13:57le temps des savants.
14:04Sous-titrage Société Radio-Canada
14:04Sous-titrage Société Radio-Canada
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