00:00 [Bruit de moteur]
00:30 [Musique]
00:42 Dix siècles de pierre.
00:44 Dix siècles d'un vide souterrain sans cesse approfondi.
00:49 Tout ce qui pouvait être fait avec de la pierre, les hommes l'ont tenté.
00:57 Mais comment sont-ils parvenus à cette richesse qui rappelle l'art de l'islam ?
01:01 Tout étonné de voir le monde debout après l'an 1000,
01:08 émerveillé d'entendre encore le bruit de la vie,
01:12 stupéfait de voir des murs à la verticale.
01:16 Les hommes de ce temps allaient se mettre au travail.
01:23 Et en deux siècles, passer des pierres très modestes de leurs églises
01:27 aux pierres très savantes des cathédrales,
01:30 aux derniers feux de l'art roman,
01:33 aux premiers flamboiements du gothique, à Chartres.
01:37 [Musique]
01:52 Les cultes étaient alors anonymes,
01:54 comme les tailleurs de pierres,
01:56 comme les sculpteurs.
01:58 Mais tous ont solidement planté dans le sol
02:02 une œuvre où la grâce et la raison se mêlent harmonieusement.
02:06 Les clochers étaient massifs.
02:11 Les porches s'ouvraient sur des nefs simples comme des épures,
02:18 faites pour la prière et le chant.
02:22 L'art des lignes unissait déjà dans son jeu
02:25 le plein cintre et l'arc outrepassé.
02:30 [Musique]
03:00 La sculpture se réfugiait au sommet des colonnes
03:03 et son exubérance n'éclatait que rarement.
03:06 Des ouvriers venus de partout,
03:11 et c'est cela qui est important car beaucoup avaient suivi les croisades,
03:15 ont travaillé ces pierres mourant aujourd'hui d'un mal mystérieux
03:19 ou de la morsure des plantes.
03:21 Ouvriers devenus fantômes,
03:26 dont les marteaux résonnent comme un écho.
03:29 Elles ont été neuves ces pierres,
03:34 semblables à celles-ci que nos ouvriers remettent en état comme ils peuvent
03:39 et qui aident notre regard à rajeunir de sept siècles.
03:43 [Musique]
03:52 Écoutons, des pas, sur les routes de l'Est, des pas,
03:57 des pas sur les routes du Nord,
03:59 des pas sur les routes du Sud,
04:02 des pas vers le pays d'Ouest.
04:04 [Musique]
04:09 Le pays aux mille clochers,
04:11 le pays aux mille portails,
04:14 le pays où les routes se rejoignent pour n'en faire qu'une,
04:19 vers Saint-Jacques-de-Compostelle.
04:22 Un pèlerin cherche sa route en enfant perdu,
04:27 guidé par les pierres posées au bord du chemin ou le long des rivières.
04:31 [Musique]
04:42 Venu de Paris, il vient de franchir la Loire.
04:46 [Musique]
04:49 L'abbaye de Saint-Benoît l'accueille.
04:51 [Musique]
04:54 Les moines le font monter dans le chauffoir après l'avoir épouillé et il s'endort.
05:00 Au-dessus du porche déjà célèbre, le porche aux seize piliers.
05:06 [Musique]
05:14 L'angélus le réveille.
05:16 Il faut repartir.
05:19 [Musique]
05:21 L'abbaye bénédictine le regarde s'éloigner.
05:24 Pendant des jours et des jours, il va descendre vers l'Espagne.
05:30 [Musique]
05:43 Un soir encore, il arrive à l'étape.
05:45 C'est Olnay.
05:47 Olnay de Saint-Onge, porte des merveilles, porte d'or.
05:53 [Musique]
05:55 Saint-Pierre d'Olnay fleurit de pierre comme une mosquée.
05:59 [Musique]
06:01 Il s'allonge au transept sur une dalle pour dormir.
06:05 [Musique]
06:11 Son regard bascule et sous la coupole, avant de sombrer dans le rêve,
06:16 revient sans cesse à sa découverte aux éléphants d'Afrique.
06:21 [Musique]
06:26 Dans son rêve, le bestiaire d'Olnay va déployer ses sortilèges
06:33 comme au regard stupéfait des vieillards de l'Apocalypse.
06:38 [Musique]
07:06 Le jour dissipe les fantômes de la nuit.
07:08 [Musique]
07:17 Voici donc Olnay tel qu'elle est, chef-d'œuvre d'équilibre.
07:22 Ligne sage et craint solide pour ses richesses sorties d'un creuset
07:29 où toutes les civilisations ont versé leur part.
07:33 [Musique]
07:44 Le pèlerin qui s'en va se retourne encore une fois,
07:48 puis c'est de nouveau la longue marche vers Compostelle.
07:52 Le climat annonce le midi,
07:56 la couleur et le soleil du midi,
08:01 l'éblouissement du midi,
08:04 les pierres sont dorées au bord du chemin,
08:08 une prière à Feniu,
08:12 une prière à Varese,
08:16 une prière à Riu.
08:19 [Musique]
08:25 Riu, dont l'abside se pare des grâces de l'art musulman,
08:30 grâces uniquement géométriques,
08:33 géométrie savante de l'appareil.
08:37 Voici les rouleaux arabes,
08:42 les palmettes savantes,
08:46 les entrelaques délicats.
08:51 Voici les clous des coffres d'Espagne.
08:56 [Musique]
09:00 Voici, haut perché, les griffons de Perse venus à Grands Coudels
09:05 et voici les oiseaux d'une île embarquées pour l'Occident.
09:09 [Musique]
09:14 Voici le rêve d'un pays du sud.
09:17 Voici les terres d'Afrique,
09:20 leur soleil,
09:22 leur chaleur,
09:25 leur musique.
09:26 [Musique]
09:52 Douce charante, sur ta rive,
09:55 le sculpteur romand fait vivre ce rêve
09:58 qu'il n'a connu que sur l'ivoire d'un coffret arabe.
10:01 [Musique]
10:14 Les pas s'éloignent à jamais.
10:17 Sept siècles passent.
10:21 Un autre bruit.
10:23 [Bruit de moteur]
10:30 [Musique]
10:42 Les poules logent maintenant dans un poulailler, ce qui est normal.
10:47 Roman mosarab, ce qu'il est moins.
10:51 Mais le pays d'ouest est si riche.
10:54 Le linge y sèche sous les coupoles byzantines.
10:59 Plein cintre sur plein ciel.
11:03 [Musique]
11:05 Tout est calme, de cognac jusqu'à la mer.
11:10 [Musique]
11:28 Nous voici venus là où les ruines meurent.
11:31 L'abbaye de Châtres est seule.
11:36 Elle n'a plus dans sa nef noire comme la nuit qu'un hôtel de fortune, de mauvaise fortune.
11:41 Mais il s'en dégage comme un encens tenace.
11:44 Un parfum venu d'ailleurs.
11:47 Un charme de comte arabe qui flotte dans les vieilles carrières.
11:50 Les carrières des mille et une merveilles.
11:54 [Musique]
12:14 [Musique]
12:15 [SILENCE]
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