00:00Il faut voir que d'ailleurs Marc parlait tout à l'heure de la longue histoire des barricades et de
00:04l'opposition.
00:06Initialement, l'opposition entre les citoyens et a fortiori des manifestants et les forces de l'ordre n'est pas
00:12inexplicable.
00:13C'est-à-dire qu'en tant que représentant de l'État présent sur le terrain à la place de
00:17l'État,
00:17enfin incarnant l'État sur le terrain, bras armés de l'autorité qui est précisément contestée dans les manifestations,
00:24les forces de l'ordre sont en première ligne.
00:26Mais nous constatons tous, en parallèle de ça, que cela ne retire rien au soutien d'une majorité de la
00:33population.
00:34Les chiffres varient entre 70 et 85% selon les études.
00:37Il y a une majorité de la population française qui soutient les forces de l'ordre de manière générale.
00:43Pourquoi ? Parce qu'elles sont tout simplement...
00:45En général, on ne les soutient pas, on ne les trouve pas exceptionnelles au moment où ils mettent un PV
00:49ou au moment où on est en première ligne dans une manif.
00:51C'est clair.
00:52Simplement, les forces de l'ordre sont évidemment, par la plupart des gens, jugées absolument nécessaires
00:57et par ailleurs protectrices par rapport à l'insécurité, qu'elles soient de l'ordre du terrorisme
01:02jusqu'à la délinquance, même du quotidien.
01:04Et les commerçants ne diront pas le contraire par rapport à ce qui s'est passé ces dernières semaines.
01:09Mais à l'inverse, vous l'avez dit, la haine à l'égard des forces de l'ordre,
01:14et non pas de l'incarnation de l'État le jour où on est en manifestation,
01:18grandit sans limite, dans une partie minoritaire de la population, certes,
01:22mais avec une intensification de cette haine et des ressorts qu'elle a sur le terrain,
01:28au point de devenir centrale, première et non plus seulement collatérale.
01:32On a des policiers qui ont été assassinés, on a d'autres qui ont été tués,
01:37ça c'était sur le versant terroriste.
01:38Mais nous en avons ces dernières années qui sont visés, tabassés, même hors service,
01:43parce qu'ils sont policiers.
01:45Quand ils sont hors service, vous n'allez pas me dire que c'est l'opposition
01:47entre le manifestant et l'État qui s'incarne par le coup qui est parti.
01:52Les policiers sont désormais visés pour ce qu'ils sont et ce qu'ils représentent,
01:55l'État, l'ordre, l'autorité, soit à peu près tout ce que combat l'extrême gauche,
01:59qui est désormais hégémonique sur le sujet.
02:02Vous citiez tout à l'heure Raphaël Glucksmann, exfiltré de la place de la République,
02:06que c'est la meilleure preuve, que c'est compliqué pour le Parti Socialiste
02:09d'être dans une manive de la CGT contre la Vichère,
02:11ce qui est la preuve d'un glissement, d'une mutation de ceux qui tiennent les rênes.
02:19Et cette situation ne peut que s'intensifier dans les circonstances qui sont les nôtres,
02:25puisque les outils de la contestation sont désormais volontiers radicaux.
02:28La violence n'est pas rejetée du tout, ni sur le terrain évidemment,
02:32mais même dans les représentants officiels qui préfèrent systématiquement pointer vers la violence de la police
02:40et non pas celle des manifestants ou même des pillards.
02:43Et la faiblesse du pouvoir à répondre aux revendications qui existent dans les manifestations
02:48et qui sont par ailleurs assez erratiques entre le début et la fin des manifestations
02:51est à peu près nulle.
02:53Enfin, la faiblesse du pouvoir est immense plus exactement.
02:55Donc la capacité à répondre à de quelconques revendications est à peu près nulle.
03:00Mais plus largement, les chiffres décrivent, vous l'avez dit,
03:02une augmentation d'une violence directe au-delà de ces manifestations.
03:05Pour l'année 2025, c'est les données officielles de la police et de la gendarmerie
03:09qui établissent une hausse des violences d'environ 25 à 30% sur 5 ans,
03:14avec deux points qui me semblent plus importants que des pourcentages,
03:18une augmentation des interdictions temporaires de travail,
03:21des impossibilités, c'est pas interdiction du tout ?
03:23Enfin bref, vous savez, c'est-à-dire l'intensité de la violence
03:27et l'augmentation des agressions hors service
03:29en raison de l'identification de la profession force de l'ordre.
03:35Donc évidemment, ce sont deux indicateurs qui montrent cette haine envers les forces de l'ordre.
03:40Mais comment expliquer, Charlotte, la montée en puissance de cette haine
03:43alors que même le soutien dans la population générale demeure réel ?
03:47Il y a des raisons idéologiques, celles qu'on vient d'évoquer,
03:50mais il y a un parallèle à faire avec l'édito que vient de faire Mathieu.
03:54J'ajouterais simplement que l'extrême-gauche ne peut rien faire toute seule.
03:56Vous allez voir ce que je veux dire.
03:58D'abord, un, il y a l'accusation de racisme permanent, de bavure, de contrôle aux facièses.
04:03Vous savez qu'est née, il y a maintenant de longues années,
04:05au moment d'ailleurs des premières émeutes urbaines, qu'on appelait comme ça,
04:11c'est-à-dire à partir de drames.
04:14Imaginez que ces drames n'arrivent que parce que la police est raciste,
04:17que son intention est raciste.
04:18On l'entend de plus en plus, on l'a entendu, ça s'est installé petit à petit.
04:22C'est-à-dire qu'il n'y a plus aucune distinction,
04:27c'est ce dont on parlait par ailleurs ces derniers jours,
04:29entre le racisme et ce qui n'en est pas.
04:31Et vous avez toute intervention dans certaines villes ou dans certains quartiers
04:36et à forte population issue de l'immigration est donc racisée.
04:41Comme ils disent, toute intervention dans ces quartiers est désormais forcément raciste.
04:46L'intention de la police l'est également,
04:48quelle que soit par ailleurs la couleur de la police elle-même.
04:50Je le précise entre parenthèses, c'était absolument stupéfiant
04:53dans l'affaire évidemment Traoré.
04:56Ensuite, s'ajoute à cette accusation,
04:58l'accusation de violence policière comme étant systémique,
05:02reprise, là aussi je le précise, parfois au plus haut sommet de l'État.
05:05Emmanuel Macron, il nous a fait aussi bien les contrôles aux faciès
05:08voulus comme tels par les policiers que les violences policières.
05:11Il nous a fait les deux et il ne pointe pas à l'effet Emmanuel Macron.
05:15Et donc l'accusation des violences policières,
05:17non pas qu'elle ne peut pas exister, la violence de policiers,
05:20on le répète à chaque fois, c'est une évidence,
05:22et qu'elle mérite d'être punie si elle est voulue pour elle-même, ça va s'en dire.
05:27Simplement l'usage de la force est désormais,
05:29partout dans les hautes sphères de l'État, suspectée à priori.
05:33Pas partout, mais en tout cas à la présidence de la République ces dernières années,
05:39suspectée à priori.
05:40Il y a un égalitarisme jusque-là.
05:42On présente en permanence les blessés d'un côté, les blessés de l'autre,
05:46comme si tout était équivalent en permanence,
05:48et que les situations se valaient par principe.
05:51Je ne dis pas, évidemment, personne ne peut souhaiter qu'il y ait des blessés,
05:54ni d'un côté ni de l'autre.
05:56Simplement l'usage de la force générant potentiellement des blessures
05:59n'est pas équivalent a priori.
06:01Je le précise quand même,
06:02et la peur du politique et de la hiérarchie policière,
06:05qui n'a pas un fondement illégitime par principe,
06:08vouloir préserver les vies et les corps n'est pas illégitime par principe, évidemment.
06:12Simplement, cette peur du politique se retourne parfois contre le policier,
06:16qui est a priori coupable,
06:17parce que c'est moins difficile de lâcher le policier
06:21que d'attendre d'avoir un éclairage complet sur la chose.
06:26Résultat, le rapport de certains à la police a en effet complètement changé
06:31en surfant sur ce lent glissement.
06:33C'est ça.
06:33On passe notre temps à entendre les gens,
06:36et notamment à lire sur les pancartes,
06:37que tous ces gens ont extrêmement peur de la police,
06:39et on les voit tous s'agglutiner autour des matraques et des boucliers
06:44avec leur portable, vous savez,
06:46attendant le coup de matraque de trop, l'interpellation.
06:49Je vais justement vous montrer, chère London,
06:51une image où on a montré une partie,
06:55celle où on a interpellé le jeune garçon,
06:58et on n'a pas montré la partie qui a précédé,
07:01qui illustre parfaitement ce que vous a raconté.
07:03Voilà, et donc on filme en permanence des situations
07:06où honnêtement l'usage de la force,
07:09et donc avec des images qui sont objectivement violentes,
07:13quand vous avez juste l'image,
07:15que vous n'avez pas le contexte,
07:16que vous n'êtes pas dans l'ambiance,
07:17je ne sais pas si c'est le bon mot,
07:18mais que vous n'avez pas le contexte dans lequel cette force se déploie,
07:22les images, je veux dire, là, depuis le plateau ou dans votre canapé,
07:26elles sont objectivement choquantes,
07:27puisqu'elles ne sont pas explicables comme telles,
07:29sans le contexte et sans l'explication.
07:32Donc vous faites des images, vous les coupez si possible,
07:34et là, vous les balancez sur les réseaux sociaux.
07:37Certains publient même les images de leurs propres affrontements,
07:41pardon, ou provocations à l'égard de la police
07:44sur les réseaux sociaux eux-mêmes,
07:45ça devient une fierté, un rite initiatique,
07:48moi aussi j'ai provoqué la police,
07:49moi aussi j'ai envoyé mon mortier,
07:51moi aussi j'ai balancé mon pavé,
07:52bref, objectivement, la crainte n'existe que peu.
07:55Je suis obligée de le voir.
08:00Donc les images circulent sur les réseaux sociaux,
08:02et tout le monde y va de son commentaire.
08:04Je vais prendre l'affaire Naël,
08:05donc je m'éloigne des manifestations de ces derniers jours,
08:09mais c'est l'archétype dramatique de ça.
08:11C'est-à-dire que vous avez eu une vidéo,
08:14et chacun, immédiatement,
08:16mais là encore une fois,
08:17pas que les militants sous pseudo sur les réseaux sociaux,
08:20tout le monde a eu un avis immédiatement
08:22sur l'intervention dans le quart de seconde,
08:25mais je précise,
08:26et sans du tout aller sur le fond,
08:28que les tribunaux, eux,
08:29ne sont toujours pas d'accord trois ans après.
08:31Après étude, avec toutes les pièces du dossier,
08:34ils ne sont pas d'accord sur, vous savez,
08:35la manière de renvoyer ce policier
08:37devant les tribunaux.
08:39Preuve que les images sont parfois difficiles à lire,
08:42mais certains s'en servent facilement
08:44parce qu'elles sont en revanche facilement choquables.
08:47Et donc, vous ajoutez le racisme,
08:50l'ordre, les violences,
08:51vous avez au choix les fachos, les nazis,
08:54tout ce que vous entendez sur les policiers
08:57ces derniers jours,
08:58et toute intervention devient extrêmement difficile.
09:01Et chacun, sur le terrain,
09:03cette fois-ci, entre deux insultes,
09:05il va de son analyse du maintien de l'ordre, du droit,
09:07on voit des gens hurler au visage de ces CRS
09:09qu'ils ne devraient pas faire comme ça,
09:11qu'ils devraient plutôt faire comme ça.
09:12Mais là, encore une fois,
09:13inutile de se priver,
09:15puisque les syndicats de lycéens
09:17ne sont pas seulement reçus
09:19par le ministre de l'Éducation nationale,
09:21mais par le ministère de l'Intérieur
09:23pour parler de la doctrine du maintien de l'ordre.
09:26Donc ils auraient tort de se priver,
09:27puisque à la sortie,
09:28tous les micros les attendent
09:29en leur demandant ce qu'ils pensent
09:31de la doctrine du maintien de l'ordre
09:32et de ce que leur a dit le ministre de l'Intérieur
09:34de l'adaptation du maintien de l'ordre
09:36à ces manifestations.
09:38Non pas qu'ils ne puissent pas avoir un avis,
09:40mais simplement,
09:40est-ce que c'est vraiment auprès des syndicats de lycéens
09:42qu'il faut prendre un avis
09:43sur la doctrine du maintien de l'ordre
09:44qu'aucun d'entre nous n'est capable
09:45d'analyser correctement,
09:47et encore moins,
09:48avec la réalité du terrain ?
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