00:00– Bonjour à tous, bonjour Dominique de Villepin.
00:04– Bonjour.
00:04– Merci d'être l'invité des 4 vérités ce matin.
00:06Ancien Premier ministre, probable candidat à l'élection présidentielle, on en parlera.
00:10Appel à la mobilisation aujourd'hui dans la rue,
00:1270 000 policiers et gendarmes seront déployés partout en France.
00:16Le ministre de l'Intérieur craint de nouveaux débordements.
00:19Est-ce que vous comprenez que certains parcours de manifestation soient interdits ?
00:23– Il y a un équilibre à trouver, une ligne de crête entre la liberté de manifester
00:29et le respect de l'ordre public, de l'ordre républicain.
00:32– Est-ce qu'elle est trouvée là aujourd'hui ?
00:34– Alors, il y a manifestement, Bastille Nation, une volonté d'essayer de trouver un parcours
00:40qui ne soit pas invisibilisé comme ça a pu être le cas pendant quelques semaines.
00:44Ce qui est certain, c'est qu'une manifestation pour qu'elle se passe bien,
00:47ça se prépare du côté des forces de l'ordre, ça se prépare également du côté des commerçants
00:53et si le parcours change la veille, on est amené à prendre des risques supplémentaires.
00:59Parce que c'est l'impréparation du côté de la rue.
01:02Donc je crois qu'une visibilité sur les tracés, c'est une bonne chose,
01:06à la fois pour ce qui est de la liberté de manifester
01:09et en même temps pour ce qui est de la préparation du maintien de l'ordre.
01:13– Vous craignez un nouveau 17 octobre, aujourd'hui ?
01:16– C'est un risque qu'il faut prendre en compte et c'est pour cela qu'il faut,
01:20à la fois d'un point de vue de la politique de maintien de l'ordre,
01:23adapter en permanence les réponses, les choix que nous faisons,
01:26mais il faut également, sur le fond, que le gouvernement, le président de la République,
01:31ne reste pas sourd aux demandes qui sont faites.
01:33Il y a une colère sociale, il y a une inquiétude très profonde
01:37et il y a une souffrance des Françaises et des Français.
01:39– Vous avez dit que le gouvernement n'écoute pas la rue.
01:41Vous avez fait cette critique en 2006.
01:43Qu'est-ce que vous lui conseillez aujourd'hui ?
01:45Par exemple, est-ce qu'il y a une mesure que vous trouvez importante à satisfaire dès aujourd'hui ?
01:50Est-ce que vous soutenez une mesure ?
01:51– L'augmentation des APL, par exemple ?
01:53– Il n'y a pas de remède miracle et encore moins quand les caisses sont vides.
01:57Il y a bien sûr le SMIC qui suit l'inflation
02:02et qui malheureusement ne suit pas toujours la croissance.
02:05Mais je crois qu'il faut essayer d'agir autrement et par la redistribution,
02:09la redistribution des actionnaires vers les salariés.
02:14Et si on décidait, puisqu'il y a eu 100 milliards d'euros de distribués en dividendes l'année dernière,
02:21100 milliards qui sont touchés par les actionnaires,
02:25si sur 3 euros il y avait 1 euro distribué aux salariés,
02:29ça ferait 33 milliards pour les salariés,
02:33c'est-à-dire 1500 euros pour les salariés à la fin de l'année.
02:36Donc c'est une amélioration du pouvoir d'achat tout à fait considérable.
02:40Et il y a bien sûr d'autres leviers qui permettraient d'agir
02:44et en particulier en faisant basculer,
02:46alors que tout pèse sur le travail en ce qui concerne le financement de la protection sociale,
02:53faire basculer cela vers un impôt plus large comme la CSG,
02:56ce qui permettrait d'apporter 200 euros par mois au terme de ce basculement,
03:00200 euros par mois pour chaque salarié.
03:04– Ça c'est votre proposition.
03:05Après la journée du 17 octobre,
03:07Édouard Philippe avait parlé de Français issus de l'immigration
03:10pour parler de certains pilleurs.
03:11Il s'en est encore justifié hier.
03:14Parler de Français issus de l'immigration,
03:15est-ce que c'est du délit de faciès ?
03:17– À l'évidence, Édouard Philippe s'enfonce et s'enferme.
03:23Quand on dit quelque chose qui peut blesser,
03:26qui peut encourager un regard raciste dans notre pays,
03:31eh bien il faut très vite le corriger.
03:33– Il a un regard raciste ?
03:34– Et je pense que les propos qu'il tient
03:38sont une incitation aujourd'hui au racisme.
03:42On ne distingue pas selon les Français,
03:44et encore moins quand on est candidat à la présidence de la République.
03:47Qu'est-ce que c'est que la République ?
03:48La République, elle est une et indivisible.
03:51Donc distinguer les Français, c'est rentrer dans une logique
03:54où on les sépare selon la couleur de peau, selon la religion.
03:58Ça veut dire qu'on les assigne.
04:00Ça veut dire qu'on rentre dans une logique identitaire.
04:02C'est exactement la tentation du Rassemblement national.
04:05– Comment vous expliquez justement ?
04:07– Alors voir un candidat comme Édouard Philippe courir après le Rassemblement national,
04:11c'est misérable.
04:13Et c'est pour moi un véritable naufrage et moral et politique.
04:16– Vous dites attention aujourd'hui ?
04:17– Je dis attention parce que nous portons tous une responsabilité.
04:21Et les garde-fous, ils sont bien sûr dans l'action publique,
04:24dans les politiques publiques.
04:25– Lui dit c'est la police de la pensée que de penser que c'est une pensée raciste.
04:28– Oui, la police de la pensée, oui.
04:29Mais quand on sort, quand on croit faire preuve de bon sens,
04:33quand on croit dire des évidences,
04:36eh bien à partir de là, justement, si on n'y prête pas garde,
04:39on finit par dire des choses qui sont dangereuses pour la République.
04:43Et donc on doit être responsable de ce que l'on fait,
04:46mais responsable aussi des mots que l'on emploie.
04:48On le sait, le racisme tue et on l'a vu, attrape.
04:52On le sait, l'antisémitisme, de la même façon, il peut tuer.
04:56Et cela, en tout état de cause,
04:58blesse de très nombreuses consciences dans notre pays.
05:01Donc soyons responsables.
05:02La nation française, nous en avons besoin
05:04pour reconstruire un pays qui aujourd'hui va mal.
05:06– Dominique Demélie-Plan, vous avez été le ministre des Affaires étrangères de Jacques Chirac.
05:09Vous avez suivi les élections de mid-term,
05:11quand on dit de mi-mandat aux États-Unis.
05:13Est-ce que vous tirez des leçons nationales
05:15de l'échec de Donald Trump aux États-Unis ?
05:18– Bien sûr, il y a clairement dans la dérive populiste,
05:22dans la dérive de Donald Trump,
05:26une méconnaissance, une déconnexion des réalités.
05:31Il n'a pas pris en compte la souffrance des Américains
05:34en termes de pouvoir d'achat.
05:35Il n'a pas pris en compte le rejet par les Américains
05:38d'interventions militaires totalement débridées.
05:40Il n'a pas pris en compte le sentiment de blessure
05:43dans l'esprit américain de la vulgarité de la présidence qui est la sienne.
05:48– Et de la corruption qui s'est installée à la tête des États-Unis.
05:51– Qu'est-ce que son échec va changer concrètement
05:53sur la politique étrangère des États-Unis ?
05:55Qu'est-ce que la France peut en espérer ?
05:57– Alors, en espérer, je crois que ce serait sans doute un marché de dupe.
06:03Donc nous n'avons sans doute rien à espérer.
06:05Donald Trump continuera tel qu'il est, tel que nous le connaissons.
06:09– Par décret ?
06:10– C'est-à-dire agir par exécutive ordre, par décret, vous avez raison,
06:13et à mettre son veto sur un certain nombre de propositions
06:16ou de lois américaines.
06:18Mais nous devons, nous surtout, être beaucoup plus présents,
06:22à la fois en disant la situation du monde
06:25et en proposant des alternatives.
06:27C'est-à-dire que nous devons nous réengager sur la scène internationale,
06:30là où la France et l'Europe se sont considérablement effacées.
06:34Et cet affaissement français, ce déclassement français,
06:38c'est une souffrance, je crois, pour tous nos compatriotes.
06:40– On s'en souvient, Donald Trump avait promis de régler
06:42la situation entre l'Ukraine et la Russie en quelques heures.
06:45C'est son échec aussi.
06:46Le président Zelensky donne une interview ce matin à L'Express
06:49où il propose très concrètement à Marine Le Pen
06:51de venir à Kiev pour se rendre compte de la réalité.
06:54Est-ce que ça peut changer quelque chose ?
06:56Est-ce que c'est une façon pour Volodymyr Zelensky
06:58de s'adapter à une potentielle victoire du RN en France ?
07:00– Je ne suis pas sûr que ça changera le regard de Marine Le Pen
07:03sur l'enjeu ukrainien.
07:05Ce qui est certain, c'est que nous avons tous intérêt,
07:08tous ceux qui aspirent à être candidats,
07:10à la fonction suprême, à mieux connaître le monde,
07:13à mieux connaître les réalités du monde.
07:14Pourquoi ? Parce que la fonction présidentielle aujourd'hui,
07:17elle ne distingue pas entre l'international et le national,
07:19nous le voyons à travers les élections américaines.
07:21– Mais là, il fait de la réale politique en invitant Marine Le Pen ?
07:24– Mais il invite chacun, et en particulier ceux qui ne connaissent pas bien
07:28l'ensemble de ces sujets, à ouvrir les yeux.
07:30Ce qui s'est passé aux États-Unis, c'est d'abord un référendum,
07:34bien sûr, pour ou contre Trump, mais c'est surtout un référendum
07:36sur la démocratie.
07:38Il a commencé au Brésil, il s'est poursuivi en Israël,
07:41aux États-Unis, demain en Espagne et bientôt en France.
07:44L'élection française, elle sera déterminante,
07:47parce que si la France bascule, toute l'Europe basculera.
07:50– Merci beaucoup Dominique de Villepin d'être passé par les 4 vérités ce matin.
07:54Vous êtes le bienvenu lorsque vous voudrez annoncer peut-être
07:57votre candidature à l'élection présidentielle.
07:59– Merci de votre invitation.
08:00– Merci.