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00:00Cette infusion d'idées qui viennent des États-Unis, cette influence, elle existe depuis toujours.
00:04Ce qui est différent aujourd'hui, c'est qu'on bascule vraiment dans de l'ingérence assumée.
00:07Une étude a été faite qui montrait que les vidéos de Sarah Knafo étaient montrées,
00:11mises en avance trois fois plus que celles de Rachida Dati,
00:15simplement par les algorithmes de la plateforme X.
00:19En novembre 2025, l'administration américaine publie sa nouvelle stratégie de sécurité nationale.
00:24Dans ce document, Washington désigne pour la première fois l'Europe
00:28comme un enjeu central pour les États-Unis
00:30et affiche clairement son ambition de peser sur les politiques européennes à venir.
00:34Mélissa Bell, grande reporter de CNN et correspondante de la chaîne à Paris,
00:38a enquêté sur ces nouvelles ingérences de Washington en Europe.
00:42Dans son livre « Sous influence américaine » publié aux éditions First,
00:45elle décrypte les moyens déployés par l'administration Trump pour influencer la vie politique européenne.
00:54Quand Washington annonce dans son National Security Strategy
00:57de façon officielle que Washington va désormais œuvrer pour renverser les gouvernements modérés de l'Europe,
01:03c'est extrêmement violent et c'est tout à fait nouveau.
01:06C'est une nouvelle ingérence qui s'annonce.
01:08Et j'étais étonnée de voir à quel point l'Europe n'avait pas vraiment l'impression de se réveiller
01:13par rapport à ce changement de position de Washington,
01:16qui se positionnait désormais comme ennemi finalement des gouvernements modérés européens.
01:20Et en fait, plus j'ai avancé dans l'écriture du livre, plus je me suis rendu compte que je
01:23constatais aussi la fin
01:24de ce consensus post-guerre qui nous avait semblé bon, juste, éternel,
01:29bâti autour de l'idée de la démocratie libérale.
01:33Et ça, ça se terminait.
01:35Je pense qu'un petit peu comme Moscou qui, depuis des décennies maintenant,
01:40essaie de s'émissier dans la politique européenne,
01:42Washington le fait aussi pour des raisons idéologiques.
01:45D'abord parce que pour MAGA, il y a cette partie du mouvement qui est née de la suprématie blanche,
01:50pour qui c'est une trahison absolue, que l'Europe ne s'intéresse pas plus à sa blancheur.
01:56Et puis derrière, il y a ces gros intérêts financiers de la tech.
02:01Et leur bête noire, c'est la réglementation européenne qui les empêche de faire ce qu'ils veulent
02:05et qui oblige finalement même les géants de la tech de se plier aux règles européennes.
02:09Et l'extrême droite européenne répond à la fois d'un point de vue idéologique
02:14et d'un point de vue géostratégique aux besoins de Washington actuels.
02:21Il y a cette partie de l'ingérence qui est visible.
02:23Facile à voir, elle est frontale, elle est décomplexée, elle n'a rien de subtil.
02:27Ils ne font pas dans la dentelle en général.
02:28C'est J.D. Vance qui vient faire la campagne pour Viktor Orban.
02:32C'est Marco Rubio qui se déplace trois semaines avant l'élection en Hongrie
02:35pour dire aux Hongrois que s'ils votent de la bonne façon, ils auront plein d'investissements américains.
02:39Ça se décline de plusieurs façons différentes.
02:41Et il y a ce côté frénétique qui fait partie de la stratégie de la Maison Blanche.
02:44De chaos perpétuel, de prise de position assez extrême et constante
02:49qui nous oblige finalement de se focaliser et de réagir à ce qui sort de la Maison Blanche
02:53plutôt que de réfléchir à des politiques de façon plus apaisée et autonome.
02:58Cette infusion d'idées qui viennent des États-Unis, cette influence, elle existe depuis toujours.
03:02Ce qui est différent aujourd'hui, c'est qu'on bascule vraiment dans de l'ingérence assumée.
03:05Les municipales étaient un moment intéressant pour voir comment cette ingérence allait s'exprimer.
03:10Une étude a été faite qui montrait que les vidéos de Sarah Knafo étaient montrées,
03:14mises en avance trois fois plus que celles de Rachida Dati,
03:17simplement par les algorithmes de la plateforme X.
03:21Donc il y a déjà en fait un espèce d'effet bulldozer d'une partie de cette tech
03:26qui s'immisce dans nos débats et qui a une réelle puissance
03:31par rapport à ce que les gens peuvent entendre, apprendre par la droite dure chrétienne américaine
03:37pour propager des idées contre les droits LGBT, contre l'avortement,
03:41pour importer, infuser nos débats européens finalement d'idées qui n'étaient pas tellement européennes.
03:49Il y a des réseaux, des infrastructures qui datent de décennies
03:52pour propager le modèle libéral, économique libéral dans le monde.
03:57Ces infrastructures ont tout un écosystème à Bruxelles
04:01qui depuis 2010 est aussi beaucoup financé par la Hongrie.
04:04À partir de 2010, le vote évangélique du parti républicain
04:08commence à se servir finalement de ces think tanks
04:10pour propager des idées qui ne sont non plus d'ordre économique mais culturelles.
04:14On parle d'avortement, on parle de droits LGBT
04:17pour amener le curseur de ce débat-là plus à droite dans le monde et en Europe notamment.
04:22Quand Viktor Orban a été battu, une des premières choses que Peter Maga,
04:26le premier ministre entrant, a annoncé,
04:28c'était que l'argent public hongrois n'aurait jamais dû servir
04:31à financer des think tanks idéologiques à Bruxelles et rallier avec Maga
04:35et que donc une enquête allait être ouverte sur ces mouvements d'argent
04:38qui ont financé l'avancée de cette idéologie de la droite dure
04:43représentée par Maga.
04:48À cause de cette ancienne influence, à cause de la montée de l'extrême droite,
04:51de son soutien autour de certains marqueurs identitaires de Washington,
04:54il y a eu un glissement en Europe qui décale la fenêtre de ce qui peut être dit,
04:59de ce qui est considéré radical, de ce qui est considéré mainstream.
05:02Donc c'est remis en cause de l'indépendance du judiciaire,
05:06ce que le président Trump appelle le « lawfare »
05:09où les juges sont partisans et s'en prennent à la droite pour essayer de les garder loin du pouvoir,
05:13remise en question des institutions,
05:15nouveau rapport à la vérité, aux médias traditionnels, au journalisme en général,
05:20à toutes les fondations, toutes les normes démocratiques
05:25qui jusque-là avaient fait tenir nos démocraties libérales.
05:29Ce glissement populiste s'est fait aussi en France
05:31et il s'est fait de façon suffisamment subtile pour qu'on ne s'en rende pas compte.
05:34En 2017, le fait que François Fillon s'exprime contre la justice
05:38ou la décision de la justice par rapport à Penelope Gates
05:40était assez pour être lâché par son équipe et pour qu'il retire sa candidature.
05:44Dix ans après, Nicolas Sarkozy,
05:46tous les anciens élus qui se retrouvent face à des problèmes judiciaires,
05:51qu'ils soient de l'extrême droite ou de la droite républicaine,
05:53remettent en cause l'indépendance de la justice.
05:54Et ça, c'est un glissement intéressant et important et inquiétant.
05:57L'international réactionnaire, c'est cet espace idéologique
06:03qui a été construit autour de Maga, ou grâce à la puissance de Maga,
06:08mais qui rassemble beaucoup de forces de l'extrême droite dans le monde.
06:11Cette internationale réactionnaire est pleine de contradictions, en fait.
06:14Tout le monde peut se rallier autour de l'idée
06:16que chacun doit s'occuper finalement de son pays.
06:18Au début du deuxième mandat, Maga arrive au pouvoir avec cette toute puissance
06:21qui rayonne dans le monde entier, qui peuvent aller attraper Nicolas Maduro,
06:25ils peuvent s'en prendre au gros énorme,
06:27et tout le monde est un petit peu obligé de réagir par rapport à cette toute puissance.
06:30Et puis petit à petit, le mouvement devient de plus en plus toxique
06:34et l'extrême droite s'en dissocie de plus en plus.
06:36C'est au moment de la capture de Nicolas Maduro,
06:38alors que les chancelleries européennes hésitent finalement
06:40à prendre des communiqués suffisamment virulents sur ce qui vient d'être fait.
06:44C'est Marine Le Pen qui fait un tweet la première pour dire
06:47« Attention, c'est la souveraineté du Venezuela qui est en cause,
06:50parce que des partis souverainistes, après tout, sont d'abord et avant tout souverainistes. »
06:53Donc il y aura dans les mois qui viennent une espèce de danse fascinante
06:57d'un règne qui sera sans doute content du soutien de Washington,
07:01qui est important, qui est algorithmique, qui est utile géostratégiquement,
07:05mais qui aura besoin de se garder le plus loin possible
07:08des côtés les plus toxiques et les plus extrêmes.
07:11Et ça va être intéressant de voir comment il navigue ça.
07:13Sous-titrage Société Radio-Canada
07:16Sous-titrage Société Radio-Canada
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