00:00L'invité d'RTL Soir
00:02Et l'invité d'RTL Soir est donc Jean-Pierre Aigneret.
00:07Bonsoir.
00:08Bonsoir.
00:09Merci d'être avec nous en direct.
00:10Dans ce moment qui doit aussi bien sûr vous procurer beaucoup d'émotion
00:15car vous êtes, je le rappelle, l'un des quatre français,
00:18alors cinq désormais avec Sophie Adnaud,
00:20à avoir réalisé cette sortie dans l'espace.
00:22Vous êtes le deuxième français à avoir effectué une sortie spatiale après Jean-Louis Chrétien.
00:26C'était en 1999 lors de votre deuxième mission à bord de la station Mir.
00:32Je sais que vous suivez en direct ce qui se passe, 400 kilomètres au-dessus de nos têtes.
00:36Dites-vous, qu'est-ce que vous ressentez ?
00:38Est-ce que vous revivez ce que vous avez connu il y a 27 ans ?
00:44Ce que je ressens, c'est une grande proximité avec notre jeune collègue
00:49et ce plaisir et la fierté de voir qu'elle tient le drapeau ou la main
00:55et que ses performances sont tout à fait remarquables.
01:00Alors bien sûr, 26 ans, combien ça fait ? 99, un peu plus de 26 ans, 27 ans.
01:07Les choses ont changé et on voit d'ailleurs heureusement sur le plan de la sécurité par exemple
01:12la manière dont elle est assistée, tous les systèmes qui lui permettent,
01:17en particulier le bras canadam qui leur permet de soulever ces lourdes charges
01:25parce que cette opération est quand même à l'air très compliquée.
01:28Ils ont eu du mal à dévisser un certain nombre de boulons du support de l'antenne.
01:32Ça paraît très étonnant d'ailleurs, on en parlait tout à l'heure dans le journal,
01:37comme si peut-être il y avait un problème de taille, d'écrou ou de douille.
01:41C'est envisageable ça ?
01:43En tout cas, déjà, il faut éliminer la rouille, ça ne rouille pas dans l'espace.
01:48La taille, non. Je pense que par contre, on peut imaginer la dilatation.
01:52C'est vrai qu'avec des températures extrêmes sur la surface de la station
01:56qui vont de plus de 150 au soleil à moins de 150 à l'ombre,
02:01il peut y avoir des problèmes comme ceux-là.
02:05Mais enfin, ce sont quand même des antennes qui datent du tout début de la station.
02:08Elles ont aussi un certain nombre de temps en orbite.
02:12Il y a les radiations, il n'y a pas d'érosion, non.
02:17Mais en tout cas, le vieillissement fait que ça ne se dévise pas
02:21comme quelque chose qui a été monté il y a quatre ans.
02:24En tout cas, c'est vraiment un événement exceptionnel.
02:28Ces sorties extravéhiculaires sont rares.
02:31Qu'est-ce qu'on ressent lorsqu'on sort du vaisseau ?
02:35Qu'on se retrouve, on n'est plus dans la station.
02:37Vous étiez à bord de mire, mais qu'est-ce qu'on ressent
02:40lorsqu'on se retrouve avec ce vide ?
02:43Non seulement le vide, mais surtout l'énorme dimension.
02:48On est plongé dans une échelle complètement différente.
02:52Et du coup, on se sent bien sûr misérable,
02:56mais en tout cas tout petit, comme un grain de poussière,
02:58et certainement très vulnérable.
03:00Parce que notre cerveau n'est pas programmé,
03:02il n'est pas fait pour voir ces choses-là.
03:05Non seulement il n'est pas fait,
03:07parce que c'est des dimensions absolument sidérantes.
03:09Moi, j'utilisais le mot macroscope.
03:11Vous imaginez, quand vous regardez dans un microscope,
03:13le monde que vous découvrez,
03:14qui est pourtant notre monde,
03:16mais qui est complètement étranger à nos habitudes,
03:19à notre culture.
03:20Là, vous êtes dans un monde qui est, de l'autre côté,
03:22hyper géant et extrêmement hostile.
03:25La radiation, et puis même l'exercice lui-même,
03:28de se déplacer comme ça d'une station à l'autre.
03:30Il faut absolument veiller à ne pas se décrocher,
03:33s'éloigner de la station.
03:34Bien évidemment.
03:35Il y a des risques.
03:36Vous parliez des conditions de sécurité
03:38qui, semble-t-il, étaient moindres pour vous,
03:41il y a 27 ans, sur la station Mir.
03:44Mais il y a quand même des risques.
03:46Il y a bien sûr des risques,
03:49puisqu'il y a un peu plus d'une dizaine d'années,
03:53il y a un astronaute de lézard, par Vitano,
03:56qui a dû revenir en urgence,
03:57parce qu'il y avait une fuite d'eau
04:00à l'intérieur de son scaphandre
04:01qui commençait à le noyer,
04:02puisque, en un peu d'anteur,
04:04le liquide serait parti partout sur les surfaces,
04:07où il peut, sur son visage,
04:08à l'intérieur des narines.
04:10Et donc, il a réussi, avec beaucoup de sang-froid,
04:13alors qu'ils étaient en plus dans la partie ombrée de la Terre,
04:17à l'opposé du Soleil.
04:19Oui, oui, c'est...
04:20Si vous voulez, déjà, le vol spatial représente
04:23un certain risque par rapport aux activités
04:26auxquelles on est habitué,
04:27mais quand on sort de la station,
04:29le risque est encore augmenté.
04:31Alors que, paradoxalement,
04:33il n'y a jamais eu d'accident terrible,
04:36mais il y a eu des incidents.
04:38Et en tout cas,
04:39c'est quelque chose dont on tient compte
04:42quand on fait une sortie extraviculaire.
04:43On est extrêmement concentré.
04:45Et j'imagine très, très préparé,
04:47longuement préparé.
04:49Tout paraît millimétré.
04:51Chaque geste est expliqué aux autres astronautes.
04:54On entend aussi le sol qui répète chaque geste.
04:58Mais est-ce qu'il y a une part d'improvisation ?
05:00Non, non, normalement, il n'y a pas.
05:02Bon, de toute façon,
05:04on peut être confronté à un aléa
05:07qu'on n'a pas prévu,
05:07comme le cas de Parmitano dont je vous ai parlé.
05:10Mais normalement, tout est programmé.
05:12Et il y a une voie nominale
05:15pour chaque geste qu'ils doivent faire.
05:17Vous avez vu, on voit des lettres.
05:19Et quand on leur dit d'intervenir,
05:21vous devez intervenir sur le premier,
05:22sur le boulon, avec tel angle, etc.
05:25Ça, par exemple,
05:26on n'avait pas ça de long montant.
05:28D'ailleurs, il n'y avait pas de satellite relais.
05:30Ça veut dire qu'on était en contact
05:31avec le centre de contrôle de Moscou
05:36environ une orbite,
05:37donc environ 8 minutes toutes les heures et demie.
05:41Donc, on passait beaucoup de temps
05:42tout seul en autonomie totale.
05:45On a entendu Sophie Adnaud dire
05:46« Je me sens bien dans l'espace ».
05:49C'est à la fois étonnant,
05:51elle aurait pu se sentir mal.
05:54Non, mais il y a un problème de traduction,
05:56je pense,
05:57et un problème de procédure,
05:58parce qu'il y a des médecins derrière
06:01et les médecins posent la question
06:04« Comment sens-tu ? »
06:05Et elles répondent « Je me sens bien ».
06:07Il faut rassurer les médecins.
06:10Ils font partie de la procédure.
06:12Mais ce n'est pas elle qui spontanément dit
06:13« Je me sens bien dans l'espace ».
06:16Ce n'est sûrement pas ce qu'elle a ressenti
06:18les premières secondes.
06:20Dans environ deux heures,
06:21ce sera l'heure du retour à bord de l'ISS.
06:23C'est un moment délicat ou pas, le retour ?
06:27De toute façon,
06:28tout est délicat.
06:29Ils sont en contact permanent avec le Charles.
06:32Il y a deux choses qu'il faut gérer.
06:37La première, c'est la condition physique,
06:38parce que là, c'est épuisant ce qu'ils font
06:39et on entend de temps en temps
06:41des voix un peu essoufflées.
06:43C'est très physique,
06:44avec un scaphandre qui est rigide,
06:46six heures et demie comme ça,
06:47avec des températures extrêmes.
06:49Quand on passe de l'autre côté,
06:50d'un seul coup,
06:51on sent les jambes qui se glacent.
06:52Il faut immédiatement régler
06:54la température du scaphandre.
06:56Bon, ça, c'est la première chose.
06:57C'est le physique.
06:58Où elles en sont ?
07:00Ils ont les enregistrements cardiaques,
07:02tous les enregistrements physiologiques au sol.
07:05Comme maintenant on fait avec les sportifs,
07:07les joueurs de rugby, par exemple.
07:09Ils savent à quel moment ils sont cuits
07:11et au moment où il faut les remplacer.
07:12Et là, ils sont suivis pour voir
07:14s'ils n'ont pas au-delà
07:16de leur capacité physiologique.
07:18Mais il y a aussi les ressources.
07:19Il y a des ressources limitées en oxygène,
07:22des ressources limitées
07:23pour la captation du dioxyde de carbone.
07:26Et donc, il faut qu'ils arrivent dans le SAS.
07:30Surtout que les procédures de SAS sont longues.
07:32Souvent, on mesure la différence de pression
07:34en fonction du temps.
07:35Donc ça, ça prend du temps, du temps.
07:37Et en plus, on intervient dans une partie de la station.
07:41Il faut bien une vingtaine de minutes
07:42pour revenir au niveau du SAS.
07:43Donc tout ça doit être anticipé.
07:45Et très millimétré,
07:47comme toute cette séquence.
07:50Merci beaucoup, Jean-Pierre Aignoré.
07:52J'imagine que ça vous touche,
07:53que ce soit Claudie Aignoré
07:54qui ait fait naître sa vocation
07:57chez Sophie Adnaud, forcément.
07:59Oui, mais vous savez,
08:00elle a été beaucoup présente
08:01depuis le début de ses candidatures à la sélection.
08:05Et en fait, Claudie est dans la philosophie
08:09d'essayer d'attirer les femmes
08:10dans ses métiers d'ingénieur et métiers techniques.
08:14Et donc, très tôt,
08:15elle avait identifié Sophie
08:17comme une candidate exceptionnelle.
08:19Merci beaucoup d'avoir commenté
08:21cette sortie extravéhiculaire
08:23qui continue, qui se poursuit.
08:25Et on l'a vu sur RTL.
08:26Merci beaucoup, Jean-Pierre Aignoré,
08:29d'être intervenu ce soir sur RTL.
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