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FR3 , les dossiers de l'Histoire : Arménie : 1993
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03:04L'Université de France
03:29Cette opéra-là, on dirait, elle exprime le chant du peuple arménien dans sa tristesse et dans sa joie.
03:44Le chœur, lui, appartient toujours à l'histoire.
03:52Le nom de l'Arménie est mentionné pour la première fois sur une stèle gravée au VIe siècle avant Jésus
03:59-Christ.
04:00Un royaume arménien s'étendra de la mer Caspienne à la Méditerranée.
04:07Rome n'est pas encore chrétienne que déjà l'Arménie adopte officiellement la foi nouvelle.
04:13Dans sa sobriété, l'architecture annonce l'art roman en Europe.
04:25Annie, dernière grande capitale des rois arméniens, témoigne de l'âge d'or d'une civilisation chrétienne face à l
04:32'Asie.
04:37Après la prise d'Annie par les Turcs, une première migration massive s'installe en Cilicie.
04:43Le nouvel état, parfois appelé Petite-Arménie, apporte une contribution stratégique au croisé en route vers Jérusalem.
04:57Quelques siècles plus tard, l'islam se propage.
05:01Constantinople est conquise.
05:03L'Occident tremble devant l'étendard du croissant.
05:07Désormais, dans cette région, deux mondes, deux cultures, deux religions vont s'affronter pendant cinq siècles,
05:14et souvent de manière sanglante.
05:16Car dans l'Empire ottoman, le chrétien, c'est la fidèle.
05:21300 000 Arméniens sont massacrés en deux ans, de 1894 à 1896.
05:32Le sultan rouge, Abdoulhamid, responsable des massacres, abdique sous la pression du mouvement libéral jeune turc.
05:41Les Arméniens font un marché de dupes.
05:43Ils soutiennent les nouveaux dirigeants de l'Empire.
05:47Constantinople, premier acte, les acteurs sont en place.
05:50Il y a quatre idéologies qui s'affrontent à ce moment-là.
05:54Il y a le pan-germanisme, c'est-à-dire cette volonté mythique de gouverner avec un grand empire musulman,
06:07et de créer la fameuse ligne de chemin de fer, Hambourg-Golfe-Persique.
06:11Il y a le pan-touranisme, c'est ce rêve touranien repris par l'Empire ottoman,
06:22qui consiste à créer cet immense empire avec sa marquante comme capitale.
06:29Il y a le pan-slavisme, c'est la volonté des tsars d'accéder à la Méditerranée,
06:37de franchir le détroit des Dardanelles.
06:39Et il y a aussi, comme idéologie, celle de l'Empire britannique,
06:45les pétroles de Bakou, le canal de Suez.
06:50Lorsque l'on projette ces idéologies sur la carte géographique de l'époque,
06:57on a compris pas mal de choses.
07:00Il y a ce territoire, celui des Arméniens, une sorte d'îlot,
07:07une carrière garde obstinée de l'Occident chrétien, en Asie, en Asie mineure.
07:15Ceci explique cela, ou en tous les cas est une partie de l'explication.
07:24Deuxième acte, Sarajevo, capitale tragique.
07:29Un serbe, d'Avrilo Principe, assassine François Ferdinand, héritier de l'Empire austro-hongrois.
07:36Ce 28 juin 1914, la première guerre mondiale peut commencer.
07:448 millions de morts, 3 empires disparus dans la tourmente,
07:48une nouvelle carte du monde se dessine.
07:51A l'abri du chaos de la guerre, le premier génocide du XXe siècle se prépare.
07:59Troisième acte, 24 avril 1915.
08:03Le gouvernement jeune turc décide de régler la question arménienne une fois pour toutes.
08:08La panoplie assassine du génocide est mise en œuvre.
08:11Désignation, convocation, séparation des hommes, des femmes, des enfants.
08:17Fausses déportations pour les hommes abattus à l'abri des regards.
08:21Vraies déportations pour les autres.
08:23Les kilomètres à pied, la faim, la soif et la maladie vont décimer ces caravanes humaines.
08:29Les gendarmes turcs, les bandicurtes feront le reste.
08:33En quelques mois, la communauté arménienne de Turquie est anéantie.
08:37Pour un million de cent mille arméniens, pas de cimetière, pas de mausolée.
08:43Les eaux de l'Euphrate et le désert de Syrie sont à jamais leur éternelle demeure.
08:48Pour quelques-uns seulement, il reste la trace à la mémoire.
08:5428 mai 1915, quelque part, près du mont Hararat.
09:01Nous on marchait, et on marchait depuis longtemps.
09:04Alors il s'est passé quelque chose qui m'a complètement bouleversé.
09:08J'ai rencontré un enfant qui avait mon âge.
09:11Il s'est approché de moi et m'a regardé, tout droit dans les yeux.
09:15Comme si, comme si, je ne sais pas.
09:18Et je suis devenu totalement magnétisé.
09:22Comme s'il me suppliait.
09:24Je me suis tourmenté pour trouver ce qu'il voulait.
09:27C'était un regard terrible, inoubliable.
09:32Ma mère a dit, Yervant, j'ai un morceau de pain, donne-le-lui.
09:36Ma mère avait ce morceau de pain.
09:39Et au moment où elle me le tendait pour que je lui donne,
09:42il a dit comme ça, en chant la tête,
09:45« Non, je n'ai pas faim, mais je veux de l'eau, un peu d'eau. »
09:48Nous avions une petite gourde, et il a dit faiblement de l'eau.
09:51« Chour, chour, un arménien. »
09:54Mais nous non plus, nous n'avions pas d'eau.
09:56La gourde était vide.
09:58Alors mon cœur s'est comme serré.
10:01Vous comprenez, c'était quelque chose d'affreux, son regard.
10:05Son regard s'est incrusté dans mon cœur.
10:08Il m'a tellement bouleversé que jusqu'à présent,
10:13je n'arrive pas à l'oublier.
10:15Quand il a dit de l'eau, cet enfant,
10:18il avait de la bave, de la mousse autour de ses lèvres.
10:22Et quand il était en train de murmurer,
10:24« Oh, il n'arrêtait pas de regarder la gourde. »
10:28Alors ma mère m'a dit,
10:31« Yervant, tu comprends, il veut de l'eau. »
10:34Mais quand j'ai justement montré que la gourde était vide,
10:38il a alors légèrement baissé les yeux
10:40et ses paupières se sont remplies de farbes.
10:45Et il a continué à marcher
10:47en tenant toujours sa petite sœur par la main.
10:54Après cela, je suis devenu un homme.
10:57Tout à fait un autre homme, différent.
11:01C'était à Marseille.
11:02Et chaque fois que je lui demandais
11:06ce qui se passe, on me disait,
11:09« Tais-toi, il faut que tu te taises. »
11:14La main turque est celle qui a tenu le poignard, d'abord.
11:20Et que si quelques Kurdes ont participé au génocide,
11:25ce n'est pas dans le but de détruire les Arméniens,
11:30mais simplement dans la tradition de Piyar,
11:33qui, à travers les siècles précédents,
11:36nomades contre-sédentaires,
11:38une vieille tradition de ces régions de montagne,
11:41avait toujours primé les Arméniens,
11:43les paysans arméniens,
11:44les avaient taxés, les avaient imposés,
11:46et toujours cherchait à prendre leur bien
11:48ou à voler leur femme.
11:49Mais et la main et le poignard ont été turcs.
11:54La main totalement turque et le poignard le plus souvent turc.
11:57Le génocide juif n'a rapporté qu'un sentiment universel
12:01de répulsion et d'horreur pour ce qu'avait fait le nazisme.
12:04Tandis que le génocide arménien a payé.
12:07Il a rapporté aux Turcs un territoire.
12:09Et ce territoire, ils l'ont toujours.
12:12Et il n'est pas question,
12:13ni pour eux, ni pour les autres nations,
12:15qu'ils le remettent en cause.
12:17Et voilà en quoi, si vous voulez,
12:19réside la modernité du génocide arménien.
12:22Parce que, si l'on accepte
12:24qu'un tel génocide soit tu,
12:26si l'on accepte qu'il devienne exemplaire
12:29pour d'autres peuples,
12:30il suffit tout simplement de vider un territoire
12:33de ses habitants pour pouvoir l'occuper
12:35et prétendre ensuite qu'il n'y a plus personne
12:37sur ce territoire.
12:39600 000 rescapés, choqués, traumatisés.
12:44Des milliers d'orphelins.
12:45Une souffrance insupportable au fond des yeux.
12:48La diaspora rescapée du génocide
12:50fait les Arméniens un peuple éclaté,
12:52une nation dispersée.
12:54L'énergie de l'espoir les jette
12:56sur les routes de l'Exode,
12:57le Moyen-Orient, la France et l'Amérique du Nord,
13:00le Caucase et l'Iru.
13:03Les derniers Arméniens à quitter la Turquie
13:05s'embarquent au début des années 20.
13:07Leur passeport porte la mention
13:09sans retour possible.
13:12La première génération se tait,
13:14la seconde survit,
13:16la troisième est celle de l'action.
13:19Déjà en mars 1921,
13:22Talat, ancien ministre turc,
13:24réfugié en Allemagne,
13:26est abattu par Télérian.
13:32Cet Arménien de 24 ans,
13:33dont toute la famille a été déportée,
13:35massacrée,
13:36est jugée par un tribunal de Berlin.
13:38Le verdict des jurés,
13:40non coupable.
13:42Je crois qu'il ne faut pas perdre de vue aussi
13:45qu'un procès est toujours un moment unique.
13:50Un procès est un acte d'exception.
13:53C'est un moment d'émotion.
13:56Le procès Télérian, c'est cela,
13:58mais ce n'est pas que cela pour les Arméniens.
14:01C'était le premier acte officiel
14:05de reconnaissance du malheur
14:07qui les avait frappés.
14:09Et c'est dans cette mesure-là
14:10que ce procès a eu cette dimension d'exorcisme.
14:15La révolution d'octobre 17
14:16suscite peu d'intérêt parmi les rescapés de l'horreur.
14:20Le sentiment nationaliste prime
14:21sur la lutte des classes.
14:24Mais la révolution bolchevique
14:26a entraîné la déroute immédiate
14:28et anarchique des troupes tsaristes du Caucase.
14:34Géorgie, Azerbaïdjan et Arménie
14:37s'unissent en une république démocratique
14:39en avril 1918.
14:41Un seul point commun,
14:42la lutte contre le bolchevisme.
14:45Mais les divergences l'emportent
14:47et cette fédération éclate un mois plus tard.
14:51C'est une période de bouleversement
14:53dans l'Empire russe
14:54puisque les deux révolutions russes
14:56de février et d'octobre 1917 ont eu lieu
14:59et qu'on est dans une période
15:01d'éclatement de l'Empire russe
15:02qui d'ailleurs a permis objectivement
15:05l'indépendance des trois républiques transcaucasiennes.
15:08Enfin, on pourrait même ajouter une quatrième raison
15:10pour considérer que cette indépendance
15:12était une anomalie.
15:13Le peuple arménien était dispersé.
15:16Mais l'ensemble de ces raisons
15:18n'ont pas tenu devant le fait
15:20qu'une poignée d'hommes
15:22se sont devant les circonstances
15:24qui étaient la guerre extérieure,
15:27c'est-à-dire l'armée ottomane
15:29qui déferlait son empire sur la Transcaucasie d'une part
15:31et la révolution russe de l'autre.
15:33Ces hommes ont pris la décision
15:35de franchir le pas
15:36et de construire au Caucase
15:38là où jamais les Arméniens n'avaient rêvé
15:40de construire un État
15:41alors qu'ils avaient constamment pensé
15:43à l'Empire ottoman,
15:44c'est-à-dire à la Turquie,
15:46de construire au Caucase
15:47une république indépendante.
15:50Novembre 1918.
15:52La Grande Guerre se termine.
15:54L'Allemagne vaincue,
15:56son allié, l'Empire ottoman,
15:57ravale la honte de l'échec.
16:00Des troupes d'occupation se partagent désormais
16:02de vastes parties de son territoire.
16:06Mais un second pouvoir vient de naître.
16:09Mustafa Kemal brandit le flambeau
16:11d'un nationalisme turc
16:12qui refuse la défaite.
16:14Le nouvel État, la Turquie,
16:17doit reconquérir l'Anatolie.
16:24Les Turcs étaient en quelque sorte
16:26la puissance ou la nation dominante
16:28au sein de l'Empire ottoman.
16:30Mais dans cet Empire ottoman,
16:31ils avaient vu des tas de nations
16:33s'émanciper et se révolter
16:35un petit peu contre cet Empire.
16:37Cela dit, ces Turcs,
16:38qui sont maintenant forts et vigoureux,
16:42vont pouvoir continuer à,
16:43si j'ose dire, persécuter les Arméniens
16:45pour autant que la Russie est devenue
16:48l'Union soviétique
16:49et qu'en son voisinage,
16:52l'Occident, qui avait fait toutes sortes de promesses
16:54au peuple arabe, arménien et autres,
16:57promesses d'indépendance pendant la guerre de 14-18,
16:59l'Occident a maintenant peur
17:01d'un danger plus grand que les autres,
17:02c'est-à-dire le danger communiste.
17:04Et du coup, on va soutenir les Turcs
17:06qui vont devenir en quelque sorte la barrière
17:09face au danger communiste,
17:11danger communiste entre guillemets,
17:12et les Arméniens en subissent les conséquences.
17:14On leur avait promis l'indépendance,
17:15mais pour ne pas affaiblir la Turquie,
17:17on ne les aide pas à l'acquérir.
17:18Bon, tout ceci a échoué,
17:20puisque les Arméniens se sont trouvés
17:22pris entre l'enclume et le marteau.
17:24Le marteau, c'est le symbole
17:27de la révolution bolchevique.
17:28Et de l'autre côté de la frontière,
17:30en Turquie,
17:31le mouvement nationaliste turc
17:33mené par un homme génial,
17:35j'entends pour les Turcs,
17:36c'est-à-dire Moustapha Kemal,
17:38s'est dressé contre les Anglais,
17:41contre les Français,
17:41contre les Grecs,
17:43contre les décisions de la conférence de paix à Paris.
17:45Et l'armée kemaliste, à son tour,
17:47occupe du pouvoir
17:48que le traité de Sèbre avait accordé à l'Arménie.
17:52Et les Arméniens,
17:54sués par l'expérience de 1915,
17:56en 1920,
17:57en voyant arriver les Turcs
17:59sur le territoire de l'Arménie caucasienne,
18:02on craint le retour d'un nouveau scénario
18:04identique à celui de 1915.
18:06Et la Russie a donc servi
18:08comme bouclier anti-turc.
18:10L'histoire s'accélère.
18:12En lutte armée contre la République,
18:14un comité révolutionnaire arménien
18:16télégraphie à Lénine
18:18que le pouvoir bolchevique est en place.
18:21Le 2 décembre 1920,
18:23Lénine félicite au comité.
18:27Quatre jours plus tard,
18:29les bolcheviques entrent dans Yérivan.
18:33L'Arménie s'enfonce
18:34dans le silence d'un hiver sans fin.
18:36La République n'aura pas vécu trois ans.
18:39Elle est désormais sous la protection
18:41et la coupe du pouvoir soviétique.
18:45Staline va modifier le paysage.
18:47Les terres ancestrales deviennent colchose.
18:51Les industries apparaissent dans la plaine.
18:54L'Arménie est la première des républiques socialistes
18:57à atteindre les 100% d'électrification.
19:03Mais qu'en reste-t-il aujourd'hui ?
19:06Mette sa mort,
19:07l'unique centrale nucléaire du Caucase
19:09située aux portes de la capitale
19:11est fermée.
19:13Déclin de l'appareil soviétique,
19:15crainte d'un nouveau Tchernobyl,
19:17les ouvriers de l'atome abandonnent les lieux.
19:20Pas de nucléaire,
19:21pas d'énergie,
19:23deux heures d'électricité par jour.
19:26Depuis 1920,
19:28les nuits aussi sont froides.
19:30Pour de nombreux Arméniens décrétés
19:31ennemis du peuple,
19:32purge.
19:33Procès arbitraires,
19:35le prix à payer est énorme.
19:38Disparu dans les caves de la police politique,
19:41Tchernobyl,
19:42poète de la lumière,
19:44aimait écrire ici,
19:45face à la rarate.
19:50La répression n'épargne pas l'église.
19:52Son chef suprême sera abattu en 1938.
20:23Chrétienne,
20:25l'église apostolique arménienne est indépendante.
20:29Le schisme rapide avec Rome
20:31date de l'époque où les querelles byzantines
20:34mettent en question la nature divine de Jésus-Christ.
20:44L'église métropolitaine d'Eschménazine
20:47est dirigée par le catholikos.
20:50Pourtant, conséquente des divisions des exodes,
20:53l'église arménienne a aujourd'hui deux têtes.
20:58Karakind II siège au Liban.
21:00Mais, pour tous les Arméniens,
21:03le catholikos Vazgen Ier, établi ici en Arménie,
21:06est le guide spirituel.
21:21Je pourrais vous dire, et c'est une réalité,
21:25que l'église apostolique arménienne
21:27est l'une des plus anciennes de la chrétienté.
21:31elle conserve rigoureusement ses traditions
21:34à tout point de vue,
21:37religieux, culturels,
21:39et même sur le plan moral,
21:42ce qui cimente la psychologie du peuple arménien.
21:46Mais bien sûr, elle se distingue des autres églises
21:50par sa langue, par sa liturgie, sa culture,
21:53c'est-à-dire son architecture, sa peinture, ses manuscrits.
21:59Mais la confession de notre église,
22:02celle qui nous concerne,
22:04est identique à cette nuance près
22:06à celle de l'église orthodoxe
22:09et celle de l'église catholique romaine.
22:13De sorte que si la structure de notre église
22:17a conservé toutes ses traditions,
22:21elle ne reste pas moins populaire
22:23et à forte imprégnation nationale.
22:28Comme vous devez sûrement le savoir,
22:30sous le régime communiste,
22:32notre église apostolique
22:34devait se soumettre à des règles très strictes
22:38et même cela est arrivé
22:40à subir des interdictions.
22:49Mais maintenant tout cela a disparu
22:51et l'église arménienne
22:53jouit enfin d'une totale indépendance
22:57et participe à l'action.
23:11Une église à deux têtes, mais engagée.
23:14Une diaspora partagée, mais solidaire.
23:18La dualité arménienne n'échappe pas à cette réalité.
23:22Divisée en clans,
23:24déchirée par les passions de des conflits,
23:26la diaspora doit attendre
23:28que le 50e anniversaire du génocide
23:30ressoude les cœurs à défaut des raisons,
23:32autour d'une cause commune.
23:34Dans son ensemble,
23:35elle se prend à espérer.
23:38Une nouvelle génération plus ferme
23:40tient un discours précis.
23:46Le génocide de 1915
23:48doit être connu
23:49par les autorités d'Ankara.
23:52Car,
23:54de l'autre côté de la frontière,
23:56la montagne Hararat
23:57est toujours là,
23:59en Turquie,
24:01pour le rappeler.
24:08En Occident,
24:10pour certains,
24:11la mémoire
24:12est bien plus exigeante.
24:15La cause arménienne,
24:16c'est un tout.
24:17C'est effectivement
24:18les terres arméniennes
24:20qui ont été spoliées
24:22par les Turcs.
24:24Et c'est aussi
24:26toute cette reconnaissance morale
24:28du génocide arménien
24:30et les réparations.
24:31d'ailleurs,
24:32dans la reconnaissance
24:33du génocide arménien,
24:34ipso facto,
24:35il y a les réparations
24:36qui sont dues aux Arméniens.
24:38Ces réparations sont,
24:39bien sûr,
24:39d'ordre moral,
24:40mais sont aussi
24:41d'ordre matériel,
24:42donc le matériel
24:43comprenant les territoires.
24:44Il y a eu donc,
24:45dans ces années 70,
24:47une espèce de maturation
24:49à plusieurs niveaux,
24:50maturation politique,
24:51maturation sociale,
24:52maturation culturelle,
24:54qui fait suite
24:54à un déclin
24:55dû aux anciennes générations
24:59qui étaient
25:00un peu essoufflées.
25:01La troisième génération
25:03passe donc à l'action.
25:05Pour la première fois,
25:06le monde entier
25:07prend conscience
25:07de l'existence
25:08des Arméniens.
25:10Les rues sont ouvertes
25:11à leurs revendications,
25:13mais les portes
25:13des ambassades turques
25:14restent obstinément closes.
25:16L'action violente
25:17s'installe.
25:18Asala,
25:19armée secrète arménienne
25:20pour la libération
25:21de l'Arménie,
25:22et les justiciers
25:23du génocide
25:23deviennent les acteurs
25:25de la terreur.
25:27La Turquie est la cible.
25:29Diplomates,
25:30agents de voyage,
25:32compagnies aériennes.
25:38Durant sept ans,
25:40de 75 à 82,
25:42explosions et assassinats
25:43font trembler l'Occident.
25:45La diaspora
25:46ne se reconnaît plus
25:47dans la dérive
25:48et la violence
25:49de ces enfants terroristes.
25:51J'ai très mal vécu
25:53ce terrorisme.
25:54J'ai une mémoire
25:55chromosomique,
25:56une mémoire
25:57qui cogne
25:58et elle s'est naturellement
26:00réveillée.
26:02Mais je ne suis jamais
26:03parvenu à justifier
26:05pleinement le terrorisme
26:07arménien de cette époque.
26:10Mais ce qu'il y a
26:12cependant de vrai,
26:13c'est que ce terrorisme
26:15a eu,
26:16et nous le savons,
26:17une dimension publicitaire.
26:19Et à partir de là,
26:22c'est devenu
26:22un sujet d'actualité.
26:24Une actualité
26:25dont se sont
26:26abondamment
26:27emparés les médias
26:29et sans
26:29ce terrorisme publicitaire,
26:32sans l'intervention
26:33des médias,
26:33il n'y aurait
26:34certainement pas eu
26:35la première intervention
26:37officielle politique
26:38en 1984,
26:40celle du président
26:41Mitterrand.
26:41En juin 1987,
26:43le vote du parlement
26:44de Strasbourg
26:44demande au conseil
26:46des ministres européens
26:47de proclamer
26:48la reconnaissance
26:49du génocide
26:50et d'obtenir
26:51de la Turquie
26:52qu'elle admette
26:53ce fait historique.
26:58Arménie,
26:59la plus petite
27:00des 15 républiques
27:01du RSS.
27:04Mais cet homme
27:05voulait changer
27:06l'empire.
27:07Mais partout,
27:08les nationalismes
27:09explosent,
27:10trop longtemps étouffés,
27:11sous le mythe
27:12de l'homme soviétique.
27:141988 sera
27:16l'année de test
27:16des Arméniens.
27:18En cause,
27:19une question brûlante
27:20de l'enclave
27:21arménienne du Karabakh,
27:23rattachée arbitrairement
27:24à l'Azerbaïdjan
27:25par Staline.
27:28Le Caucase
27:28s'enflamme
27:29pour ses 200 000
27:30Arméniens irréductibles.
27:32Un référendum
27:32réclame le rattachement
27:33à l'Arménie
27:34de cette terre historique.
27:50de l'Arménie
27:50Mais en cette fin
27:51de 20e siècle,
27:52les Arméniens
27:53d'Azerbaïdjan
27:53se font massacrer
27:54à Sumgaït,
27:56expulsés de Bakou.
27:57Tandis que au Karabakh,
27:59la guerre civile
28:00entre Azeris musulmans
28:01et Arméniens chrétiens
28:02soulève la psychose
28:04d'un nouveau génocide.
28:05L'Arménie est en grève
28:07occupée par l'armée soviétique
28:09soumise au blocus économique
28:11sévère de ses voisins.
28:12Chaque vendredi,
28:13des mois durant,
28:14l'Arménie manifeste.
28:16La confusion persiste.
28:18Les femmes deviennent soldats
28:19et les hommes combattants
28:20alors qu'officiellement
28:21le pays n'est pas en guerre.
28:267 décembre 1988.
28:36Un tremblement de terre,
28:38force neuf,
28:40saccage au nord-ouest du pays.
28:42L'Elinacan est en ruine.
28:43Spittac n'existe plus.
28:45100 000 morts,
28:46500 000 sans-abri.
28:56Pour la deuxième fois,
28:58ce peuple envahit
28:59nos médias et nos écrans.
29:02La solidarité internationale
29:04se mobilise.
29:10Au lendemain du séisme,
29:12les dirigeants du comité Karabas
29:14sont arrêtés par les Russes,
29:16puis libérés.
29:18Le MNA,
29:19mouvement national arménien,
29:21prend le relais
29:22et remporte
29:23les premières élections libres.
29:29L'Evon Terpétrosian
29:31fait l'unanimité.
29:33Il proclame la souveraineté
29:35de la République
29:35et met en route
29:36l'accès à l'indépendance
29:38par référendum
29:39en septembre 1991.
29:40Le parti communiste arménien
29:42est décapité.
29:52Ces hommes et ces femmes,
29:54alors en pleine euphorie nationaliste,
29:57ont-ils gardé deux ans plus tard
29:58leurs mêmes illusions ?
30:00Sont-ils adaptés
30:01aux nouvelles dimensions géopolitiques ?
30:03Aujourd'hui,
30:04l'Arménie subit toujours la guerre.
30:06Elle a faim,
30:08froid
30:09et manque de l'essentiel.
30:14Que s'est-il passé ?
30:17Vous savez,
30:18peu importe que vous fumez ou pas,
30:20je m'en fous.
30:20Mais il faut que je vous le dise.
30:23Nous n'avons ni électricité,
30:25ni gouvernement,
30:26ni ordre public.
30:28Vous avez vu ce qui se passe
30:29dans la rue.
30:31En ma qualité de poète,
30:32je voudrais parler
30:33des préoccupations de mon peuple,
30:34de la situation économique
30:35et politique de mon pays.
30:38Aujourd'hui,
30:39il fait chaud.
30:40Mais aucun peuple au monde
30:41ne pourrait supporter
30:42l'hiver que nous avons connu.
30:45Vous n'êtes pas sans savoir
30:46que selon les lois internationales,
30:48un homme en prison
30:49a droit à une ration quotidienne
30:50de pain de 400 grammes.
30:52Depuis plus d'un an,
30:53le peuple arménien
30:54ne peut acheter
30:54que 250 grammes par jour.
30:56Alors dites-moi,
30:57comment peut-on tolérer
30:58une telle situation,
30:59une telle attitude ?
31:00Dites-le-moi.
31:02Il y a deux points.
31:04Le premier,
31:06le plus important,
31:08le plus difficile,
31:09mais aussi
31:10le plus conséquent,
31:13c'est que des individus
31:14en tant que membres
31:15de partis politiques
31:16au sein de la diaspora
31:17pourraient décider,
31:20prendre position,
31:21présenter des requêtes
31:22qui seraient totalement
31:24inconséquentes,
31:25en porte à faux
31:26avec les réelles conditions
31:28de vie.
31:29Parce qu'ici,
31:30c'est complètement différent.
31:32Quoi que vous fassiez,
31:33un quelconque niveau
31:34de ce gouvernement
31:36ne change rien au fait
31:37que votre enfant
31:38ait du lait,
31:39que les retraités
31:40aient des soins médicaux,
31:41qu'il y ait de l'électricité
31:43à l'hôpital,
31:44et que vous ayez du pain
31:45ou non de main,
31:47ou que vous soyez
31:48ou non en sécurité.
31:51C'est évidemment
31:52très dur à apprendre,
31:54mais si vous ne l'apprenez pas,
31:56alors vous tombez
31:58dans le travers
31:59du type de politique
32:00mené par certains
32:01des nôtres
32:01dans la diaspora.
32:03La deuxième constatation
32:04que j'ai pu faire,
32:05c'est que notre peuple,
32:07malgré tout,
32:09a un niveau
32:09de modération,
32:12un niveau
32:12de vigilance,
32:14de maturité politique,
32:17qui lui permet
32:18de conserver
32:18une tolérance
32:19réciproque
32:20et de transformer
32:22sa connaissance
32:23de l'histoire
32:24en une force intérieure,
32:26pour par exemple
32:28survivre au type
32:29d'hiver
32:29que nous avons connu.
32:32Honnêtement,
32:32je ne pensais pas
32:33que notre peuple
32:33l'avait,
32:34et il l'a.
32:37Dans la rue,
32:38cependant,
32:39les voix ne disent
32:39pas les mêmes choses.
32:41Elles se sont résignées.
32:43Elles parlent
32:44du dernier hiver,
32:45de la guerre,
32:46de la paix,
32:47des difficultés
32:48de la vie.
32:52Tenez,
32:53il y avait derrière
32:53chez nous
32:54un parc public
32:55avec plein d'arbres.
32:56Eh bien,
32:57cet hiver,
32:57il a pratiquement disparu.
32:59Je peux en parler,
33:00je les ai vus.
33:01Ils ont scié les arbres.
33:02Moi,
33:03je n'ai jamais coupé d'arbres,
33:04uniquement les branches supérieures.
33:06Eh bien,
33:06les gens ont commencé
33:07à couper les branches
33:08une à une,
33:08puis après,
33:09ils ont scié les trous
33:10qu'ils ont remisés ensuite
33:11sur les balcons
33:12pour en faire des bûches.
33:14On a un petit poêle
33:16à kérosène comme ça.
33:17Nous,
33:18comme famille nombreuse,
33:19vous pouvez le voir,
33:20on a reçu
33:21de l'aide humanitaire
33:22un poêle à kérosène
33:23et on nous avait promis
33:24du carburant.
33:26Le poêle,
33:26il consomme
33:27de 4 à 5 litres par jour.
33:29Ils ont 5 litres par jour.
33:31À 300 roubles le litre.
33:32Le calcul est facile à faire.
33:34Ça fait par jour
33:351 500 roubles.
33:36Vous vous rendez compte ?
33:381 500 roubles
33:39pour se chauffer.
33:41Vous savez
33:41combien je gagne
33:42comme mécano ?
33:43Le salaire mensuel
33:45d'un mécano
33:45est de 3 000 roubles.
33:473 000 roubles.
33:48Alors,
33:48faites-le compte.
33:53Loin des cris,
33:55loin des silences,
33:57d'autres,
33:57en revanche,
33:58continuent à vivre,
33:59à semer,
34:00à construire
34:01l'avenir du pays,
34:02chacun sa manière
34:03et avec ses moyens.
34:07Ici,
34:07jadis,
34:08je vivais des Turcs.
34:09C'était un village turc.
34:11Juste sur ce territoire,
34:12nous avons abattu
34:14les vieilles magellons.
34:15Nous avons tout déblayé,
34:17ramassé,
34:17entassé à la main,
34:18toutes les pierres.
34:19Et puis,
34:20nous avons planté des arbres.
34:22Et maintenant,
34:23nous travaillons la terre
34:24comme maraîchers.
34:25Je cultive et produis
34:27aussi toutes sortes de fruits.
34:29Poires,
34:29pommes,
34:30abricots.
34:30Il faut seulement
34:31et simplement travailler.
34:33Même un gros camion
34:35ne suffirait pas
34:36à transporter la récolte
34:37qu'il va falloir rentrer.
34:41Vous savez,
34:42les Arméniens
34:43forment un peuple laborieux.
34:45Nul ne travaille comme lui.
34:47À la sueur de son front,
34:49durement,
34:50l'Arménien gagne son pain.
34:52C'est sa vie.
34:59Pour Armén Marcossian,
35:01le défi est tout autre.
35:08Inscrit à la faculté de droit,
35:10il a monté parallèlement
35:11une petite entreprise
35:13de fabrication de lustres.
35:16Curieux paradoxe
35:17pour un pays
35:18où l'électricité
35:20est rationnée.
35:25Pour moi,
35:26malgré tous les problèmes
35:27que nous traversons,
35:29je pense que je suis heureux.
35:31Quand je dis que je suis heureux,
35:32c'est que je vois
35:33que tous mes rêves
35:34sont en train de se réaliser.
35:36De se réaliser en tout cas partiellement.
35:38C'est important, non ?
35:40Car je fais tout,
35:41j'essaye tout
35:42et je ne peux pas vivre
35:43uniquement pour mon arrière-petit-fils
35:45ou ceux que jamais je ne connaîtrais.
35:47Pour moi,
35:48ce serait un mensonge ou une erreur.
35:51Je pense modestement
35:52que l'homme aujourd'hui
35:53doit vivre d'abord pour lui-même,
35:56sans toutefois oublier
35:57sa descendance,
35:58son avenir.
36:00Alors s'il est capable
36:01aujourd'hui de bien vivre,
36:02il laissera sûrement
36:04quelque chose aux autres
36:05qu'il ne connaîtra jamais.
36:09Autre chose,
36:10tenez.
36:11Imaginez une course
36:12de dix personnes
36:13et toujours comme exemple,
36:15qu'un de ces dix coureurs
36:16soit toujours victorieux.
36:19Organiser une pareille compétition
36:20n'a pas de sens
36:21serait ridicule
36:21car on saurait toujours
36:23d'avance qui va gagner.
36:25Peut-être un jour viendra,
36:27c'est inévitable,
36:28où la communauté européenne,
36:30les Etats-Unis
36:31et d'autres pays occidentaux
36:33comprendront que courir seul en tête
36:35n'a pas de sens.
36:38La vie ne devient intéressante
36:39que lorsque la compétition existe,
36:41que lorsque les coureurs
36:43sont sur la même ligne de départ,
36:45côte à côte.
36:47Comme vous le savez,
36:49l'Arménie a entrepris
36:51des recherches géologiques
36:52en ressources naturelles
36:54il y a 35 ans.
36:5655 puits ont été creusés
36:58jusqu'à présent
36:59pour analyser
36:59les ressources du pays.
37:01Les premiers résultats
37:03sont plutôt impressionnants.
37:05Je peux facilement
37:06vous en parler
37:06car même si on ne produisait
37:09que la moitié
37:09de ce qui est prévu,
37:11cela fournirait à l'Arménie
37:12la totalité
37:13de ses besoins énergétiques
37:15pour approximativement
37:16les 20 prochaines années.
37:18C'est pourquoi
37:18je suis optimiste
37:20à 100%
37:20quant à l'avenir
37:21et je persiste
37:23à croire
37:23que d'ici 2 à 3 ans,
37:25l'Arménie
37:26sera en mesure
37:27intellectuellement,
37:29technologiquement
37:30et économiquement
37:33d'être compétitive
37:34avec certains pays
37:36plus puissants
37:36et plus productifs,
37:38en particulier
37:39ceux de la côte pacifique.
37:45Avec une Russie
37:46en état de faillite,
37:48l'Arménie
37:48encerclée
37:49par 3 pays musulmans
37:50et la Géorgie anarchique,
37:53la route
37:53de l'approvisionnement
37:54du petit commerce
37:55est celle
37:56proche mais paradoxale
37:57de la Turquie
37:58ou celle
37:59de pays plus lointains.
38:00Mais ici, finalement,
38:03tout coûte plus cher
38:04qu'à Moscou.
38:18Ils s'appellent Achott,
38:21Diagik,
38:22Levon,
38:22Kalouste.
38:24Elles s'appellent
38:25Anaït,
38:26Ripsime,
38:27Marie,
38:27Anouche.
38:29Ils viennent de Goriste,
38:30de Gomory,
38:31de Yérivan,
38:32de Spitaq.
38:33Ils n'ont qu'un seul souci,
38:35le même,
38:37survivre.
38:44Et pourtant,
38:46certains ne manquent
38:47de rien.
38:48Et pourtant,
38:50certains dînent
38:51au champagne.
38:53Sous le soleil
38:54de l'été,
38:55la misère
38:55fin de se cacher.
38:57Mais ils savent
38:58qu'à la nuit tombée,
39:00ils retrouvent
39:00les bougies.
39:04non seulement
39:05le cinéma,
39:07mais toutes les formes
39:09d'expression artistique
39:11subissent la crise
39:13consécutive
39:14à l'effondrement
39:15du système soviétique.
39:17Vous savez,
39:19il ne s'agit nullement
39:20d'une crise de créativité,
39:22mais d'une crise économique,
39:25bien que censurée
39:27et brimée
39:28par des contraintes
39:29draconiennes.
39:30Le cinéma arménien
39:31parvenait à surmonter
39:33ces handicaps,
39:34à produire quand même.
39:35À l'époque,
39:36nous avions
39:37deux studios de tournage
39:39qui étaient financés
39:39par Moscou.
39:40Et ils fonctionnaient
39:41assez régulièrement.
39:43Mais actuellement,
39:44le cinéma
39:45et tout l'audiovisuel
39:46ne dépendent plus
39:47que de leurs propres ressources.
39:49Et aujourd'hui,
39:49ça veut dire
39:50trois fois rien.
39:52Il nous faut
39:53dénicher des producteurs
39:55et de l'argent
39:55dans un continent faillite.
39:59Après l'implosion
40:00de l'Empire soviétique,
40:01la liberté d'expression
40:03déboucha
40:03sur une inflation d'idées.
40:06Il y eut
40:07une sorte
40:08de vente aux enchères,
40:10de remise en question
40:11des vérités,
40:12des libertés,
40:14des valeurs.
40:15Mais l'Arménie,
40:16dans tout cela,
40:17gorge de personnalités,
40:18de talents,
40:19d'artistes
40:20qui n'inspirent
40:20qu'à s'exprimer.
40:23Aujourd'hui,
40:24pour Agassi
40:25et Vazian,
40:26déjà sinaste
40:27sous l'Ancien Régime,
40:29livré à lui-même
40:30et privé
40:30des roubles du passé,
40:32ce pont inarchevé
40:33reste le symbole
40:34du futur à construire
40:35pour un jour,
40:36peut-être,
40:37y accrocher les étoiles.
40:39Vous savez,
40:40de me trouver
40:40dans cet observatoire
40:41m'inspire
40:42d'amères réflexions.
40:44Je m'explique.
40:45Les étoiles
40:45ont la particularité
40:46d'apparaître
40:47d'autant plus brillantes
40:48que leur environnement
40:49est plus sombre.
40:51Avant,
40:51on avait plus d'énergie
40:53et les étoiles
40:53brillaient moins.
40:54Et je me demande
40:55avec peine
40:56s'il était réellement
40:57indispensable
40:57que l'Arménie
40:58recule et plonge
40:59dans une obscurité
41:00digne du Moyen Âge.
41:02À l'époque,
41:02quand c'était interdit,
41:04on écrivait.
41:05À présent,
41:05que plus rien n'est interdit,
41:07on n'arrive plus
41:07à écrire.
41:10Sous le régime soviétique,
41:12on proclamait
41:12« Tu n'es pas tenu
41:14d'être un poète,
41:15tu es obligé
41:15d'être un citoyen. »
41:17À quoi je répondais
41:18« Tu n'es pas obligé
41:19d'être un poète,
41:20mais tu es tenu
41:20d'être un homme. »
41:24Il me semble
41:26que nous devons
41:27pouvoir essayer
41:28de nouveau
41:28par de nouvelles voies
41:29à nous unir
41:30à la Russie.
41:32Je dis cela
41:33bien évidemment
41:33comme artiste,
41:35comme compositeur.
41:37Dans l'art,
41:37dans la musique,
41:39la Russie a joué
41:40un rôle très important
41:41pour nous les Arméniens.
41:43Tous nous avons appris,
41:44fait nos études
41:45à Moscou.
41:46Aujourd'hui,
41:47nous sommes fiers
41:47de cela.
41:49Je pense que maintenant,
41:51en coupant l'Arménie
41:52de la Russie
41:53pour les raisons
41:53que vous connaissez,
41:55l'Arménie ne pourra pas
41:56se développer
41:56comme dans le temps.
41:57et je voudrais que ce pays
41:59soit d'une certaine façon
42:01à nouveau lié
42:02à la Russie,
42:03qu'il continue
42:04avec une nouvelle fédération,
42:06un nouveau contrat
42:07à vivre
42:08et à travailler
42:10avec le peuple russe.
42:13Ailleurs,
42:15dans le temps,
42:15les artistes
42:16ont caché
42:17dans leur cœur
42:17et dans leur tête
42:18les séquelles
42:19de l'intolérance humaine.
42:21La musique
42:22n'est pas protégée
42:23comme Itas
42:23d'une folie inévitable.
42:26Ce grand musicien
42:27est mort à Paris,
42:28hanté par les images
42:29du génocide.
42:31Aujourd'hui,
42:32d'autres hommes
42:33se penchent
42:34sur les blessures
42:34d'une autre folie meurtrière,
42:37la guerre.
42:38Ce blessé
42:39est resté
42:4018 heures
42:41avec une blessure
42:43d'artère fémorale
42:44sous la neige
42:45pour être apatrié
42:46en Arménie.
42:48Aujourd'hui,
42:49on se bat
42:49pour garder
42:50sa jambe.
42:52Les sentiments
42:53sont très forts.
42:55On essaie
42:55de les aider
42:56avec toutes nos forces.
42:57Toute la communauté
42:58arménienne
42:58vient les visiter
42:59dans l'après-midi.
43:00Ils ont de la chance
43:01parce que jusqu'à maintenant
43:02il y a un dizain
43:03qui sont venus
43:03à Paris,
43:05mais là,
43:06on essaie
43:07de créer
43:07un service
43:08orthopédique
43:09à l'hôpital
43:09Yerebouni.
43:10Comme ça,
43:10on va essayer
43:11de les soigner
43:12sur place
43:12en Arménie.
43:14Depuis deux ans,
43:1570% de l'aide,
43:1870% de la dépense
43:20du ministère
43:21de la Santé
43:21d'Arménie
43:22est venue
43:23de la diaspora.
43:24Ça veut dire
43:24États-Unis,
43:25Argentine,
43:26Canada
43:26et surtout la France.
43:29Donc actuellement,
43:29ça ne leur coûte pas cher
43:31mais est-ce que nous,
43:32on va pouvoir
43:32continuer
43:33à aider l'Arménie
43:35pour garder
43:363,5 millions de personnes
43:38en vie.
43:41Tristesse,
43:42espoir,
43:42désespoir,
43:44c'est vrai,
43:44c'est ce que j'éprouve.
43:46C'est évident,
43:46je voudrais aider
43:47autant que je peux
43:47mais je ne peux pas
43:49changer finalement
43:49ce qui se passe là-bas.
43:51C'est vrai,
43:52tout le monde
43:52doit être capable
43:53d'aider,
43:54de faire quelque chose
43:55pour eux,
43:55faire de l'Arménie
43:56le meilleur endroit
43:57possible pour y vivre.
43:59mais il y a aussi
44:00la guerre
44:00et tout le reste.
44:02Vous savez,
44:03ça va très mal,
44:04c'est moche.
44:06Vous pouvez aider
44:06en créant des groupes,
44:08en s'engageant
44:09tous ensemble,
44:11en donnant de l'argent
44:12mais pour le faire,
44:13il faut le faire à fond,
44:14de manière globale
44:16et pour cela,
44:17il faut du temps
44:18et oui,
44:19du temps.
44:20On ne peut pas le faire
44:20en un jour.
44:22Après 70 ans
44:24de stagnation,
44:27l'Église apostolique
44:28arménienne
44:29doit répondre
44:29et satisfaire
44:31aux exigences
44:32spirituelles
44:33de notre peuple.
44:34Elle doit le faire
44:35au rythme
44:36de l'évolution
44:37de notre société.
44:38À côté du spirituel
44:40qui est prépondérant,
44:42l'Église arménienne
44:43poursuit différents
44:44plans d'action
44:45dont la protection
44:46des orphelins,
44:47l'éducation
44:47de la jeunesse,
44:48l'organisation
44:49et la distribution
44:50de l'aide humanitaire
44:51entre autres.
44:52Nous avons des appuis
44:54extérieurs précieux
44:56dont l'Union générale
44:57arménienne
44:57de bienfaisance
44:58et les diocèses
45:00de la diaspora
45:01qui soutiennent
45:01notre tâche
45:02et la rendent ainsi
45:03plus efficace.
45:05Le régime communiste
45:07m'a permis
45:08de relations suivies
45:09entre la diaspora
45:10et Yérivan
45:11que pour le passé,
45:13que pour la mémoire,
45:14jamais pour le présent
45:15ou le futur.
45:17Aujourd'hui,
45:19le pont de l'aide matérielle
45:20existe entre l'Arménie
45:21et l'Occident.
45:23Mais influencée
45:24par les régimes démocratiques,
45:26la diaspora
45:26est parfois victime
45:27d'une rupture
45:28avec les réalités
45:29du pays.
45:31Et la crainte existe
45:32à Yérivan
45:33de l'avoir tenté
45:34d'infléchir
45:35et la politique
45:36de l'État.
45:37Faire la part
45:38des choses
45:39n'est pas simple.
45:43Vous savez,
45:43tous les Arméniens
45:44n'ont rien rêvé
45:45d'aller à Paris,
45:46d'aller en France.
45:47La France,
45:47les a recueillis
45:49fraternellement.
45:50Ils ont fait
45:50souche ici,
45:51ils sont prospérés.
45:53Il n'y a pas
45:54un mandat arménien,
45:55par exemple,
45:55en France.
45:56Ce sont des gens
45:56qui sont venus
45:57sans le sou,
45:58sans rien,
45:58ne connaissent pas la langue
46:00pour dire
46:00la qualité de la race
46:02des travailleurs sérieux,
46:04un peu illusionnistes.
46:05C'est-à-dire,
46:05ils s'imaginent que
46:07quand le ministre
46:08fait un discours,
46:08ils s'imaginent
46:09que c'est fait,
46:09ça y est,
46:10qu'on va venir
46:11les délivrer,
46:12leur donner
46:12le royaume,
46:13etc.
46:14Ils sont un peu naïfs,
46:15un peuple un peu naïf,
46:16mais individuellement,
46:18ils ont brillé
46:19dans tous les domaines.
46:21Ils sont devenus,
46:22par leur captivité
46:22des siècles,
46:23un peu rusés aussi,
46:24malins,
46:24comme les Orientaux,
46:25bien entendu.
46:27Et voilà,
46:28ils ont enrichi
46:29la culture française,
46:30parce qu'il y a eu
46:31des types,
46:31il y a eu Troya
46:32qui est arménien,
46:33il y a Verneuil,
46:34il y a Écrivain,
46:35il y a Chanteur,
46:36Aznambour,
46:36etc.
46:38Beaucoup sont perdus,
46:39il n'y a que le long
46:39est resté,
46:40le Bacman,
46:41et peu à peu,
46:42je crois que dans des siècles,
46:44il n'y aura plus d'arméniens
46:45par exemple.
46:47Mon fils connaît
46:48à peine l'arménien,
46:49mon petit-fils
46:50n'en parlons pas,
46:51absolument pas.
46:52Nous avons un très grand écrivain,
46:54Varante Keyan,
46:55qui a dit
46:56qu'est-ce qui est resté
46:57de la vie,
46:58ce que j'ai donné aux autres,
47:00qu'est-ce qui restera
47:01après moi,
47:02de moi,
47:02rien,
47:03ce que je donnerai
47:04aux enfants arméniennes.
47:06Quand ils sont arrivés ici,
47:08ils ne savaient presque
47:09ni parler,
47:10le français,
47:11je ne parlais pas,
47:12le français non plus,
47:13ils ne parlaient pas
47:14l'arménien non plus,
47:14par le kurde et le turc.
47:17Les Arméniennes de la diaspora
47:19et les Arméniennes d'Arménie
47:21n'ont pas pu avoir
47:22les mêmes mentalités,
47:23ce n'est pas possible,
47:25étant donné que nous,
47:26dans la liberté,
47:27et que eux,
47:28pendant 70 ans,
47:30dans une atmosphère
47:33tout à fait dénaturée,
47:35ils se rendent compte
47:36que la liberté
47:37est autre chose,
47:38que c'est la liberté
47:39qui va réunir
47:41pour tous les Arméniennes.
47:42Parce que je crois
47:43qu'ils sont conscients
47:45qu'après tout,
47:46ce n'est pas une race
47:48qu'on peut vraiment oublier.
47:50J'ai l'impression
47:51qu'ils comprennent
47:52que s'ils ont vécu,
47:55s'ils sont arrivés jusque-là,
47:57c'est qu'il y a quelque chose
47:58qui est fort dans nous.
48:00Il y a une force
48:00qu'il faut garder,
48:01cette force.
48:02On se rend compte
48:03que presque un siècle après,
48:06rien n'est gagné
48:06et que de ce point de vue-là,
48:10les Arméniens
48:10se sentent quelque part mobilisés.
48:13Les Arméniens de la diaspora
48:14doivent accepter
48:15le fait que l'Arménie
48:17est en train
48:17de construire sa République.
48:21Et ce n'est pas
48:21la République de la diaspora
48:23parce que la responsabilité politique,
48:27elle se vit sur place.
48:29Ce que les Arméniens
48:30de la diaspora,
48:31de toute évidence,
48:32ne peuvent pas vivre.
48:33On ne peut pas vivre
48:34et en France
48:34et en Arménie.
48:36C'est faux.
48:37C'est une illusion.
48:39Cela dit,
48:39avec le cœur,
48:40on peut tout faire.
48:41Le cœur n'a pas de frontière.
48:45De l'autre côté de l'Atlantique,
48:47à plus de 10 000 kilomètres,
48:50des centaines de milliers
48:50d'Arméniens
48:51se sont fixés.
48:53Ils se définissent
48:54comme nord-américains,
48:55mais les racines
48:56sont plus fortes.
48:57Deux cultures,
48:59deux identités.
49:00Il faut garder la culture,
49:05il faut faire apprendre la langue.
49:07C'est comme partout
49:08dans la diaspora,
49:09c'est plus facile
49:09de ne pas être arménien
49:11dans la diaspora,
49:12de perdre l'identité.
49:14Comme partout,
49:16si un Arménien décide
49:18de ne plus être un Arménien,
49:20par exemple,
49:21il va se dissimiler
49:22dans la culture
49:24ou le pays qu'il est actuellement.
49:26L'assimilation,
49:27c'est très facile.
49:28La chose la plus difficile,
49:30c'est de combattre
49:30l'assimilation
49:31puis de garder
49:32l'origine,
49:34la culture que tu as.
49:35Depuis le génocide,
49:37on a pu,
49:37dans la diaspora,
49:38garder notre caractère,
49:40la culture,
49:42mais c'est un combat
49:43qu'on essaie de gagner.
49:46C'est drôle,
49:48j'aime un pays
49:49sans le voir.
49:52Peut-être que ce n'est pas
49:53compréhensible,
49:54mais c'est ça
49:55un Arménien,
49:56probablement.
49:57On dit en Arménien,
49:58Azad,
49:59Angar,
49:59Aestan.
50:01Azad,
50:01Angar,
50:02Aestan.
50:03Libre et indépendant
50:04Arménie,
50:04c'est ça qu'on veut.
50:05Si la question vient
50:06de sauver l'Arménie,
50:08je crois,
50:09diaspora est unique.
50:11Mais on sait très bien
50:12dans tous les pays,
50:14il y a des différentes fractions,
50:16c'est normal.
50:17À mon avis,
50:18ça va prendre un peu de temps
50:19parce que tout est tellement
50:21déroulé très vite,
50:22les gens n'ont pas eu
50:23la chance de dégirer
50:24les changements.
50:26Mais je crois
50:27que diaspora aussi
50:27a besoin
50:29des changements
50:30pérestroïques
50:31entre eux-mêmes aussi
50:31pour vraiment
50:33trouver la moyenne
50:34de trouver
50:35un entente
50:36avec l'Arménie.
50:37C'est difficile.
50:37Je connais beaucoup de monde
50:38qui ont préparé
50:40leur valise aussitôt
50:41que la situation politique
50:43va calmer en Arménie.
50:45Ces gens-là vont partir
50:46pour donner un coup de main.
50:47En Arménie,
50:47sûrement.
50:48Sûrement.
50:51Peut-être un jour,
50:52moi aussi,
50:52je ne sais pas.
50:55Certains dirigeants
50:56tiennent des propos rassurants,
50:58d'autres,
50:59des propos extrêmes.
51:00Mais sentimentalement,
51:02ils sont tous au rendez-vous
51:03pour saluer
51:04un Américain
51:04de la diaspora
51:06combattant
51:06héros de guerre
51:07au Karabakh.
51:10Le gouvernement
51:10lui organise
51:11des funérailles nationales.
51:13immaturité politique,
51:15calcul diplomatique
51:16ou plus simplement,
51:19éternelle dualité arménienne.
51:21C'est vrai,
51:22je suis arménien.
51:23Je ne suis pas né
51:25en Arménie,
51:26mais à chaque fois
51:26que je regarde
51:27le ciel
51:28de n'importe quel autre pays,
51:30je vois
51:32l'Arménie.
51:33Parce que
51:34tous les cieux
51:35appartiennent
51:36à tous les peuples.
51:38alors qu'aujourd'hui,
51:40si je me trouve
51:40à l'extérieur
51:41de l'Arménie,
51:41il y a sûrement
51:42une raison.
51:43Sans cet extérieur,
51:45l'Arménie aujourd'hui
51:45n'aurait pas été
51:47l'Arménie qu'on connaît.
51:48Je ne me suis jamais forcé
51:49dans mes peintures,
51:50par exemple,
51:51d'absolument mettre
51:52quelques lignes
51:53que ce soit
51:54qui expriment
51:55l'Arménie
51:56ou l'Arménien.
51:57Puisque j'ai confiance,
51:59puisque je le suis,
52:00je n'ai plus besoin
52:01de m'identifier.
52:03J'essaie de créer
52:04un pont
52:05avec la peinture.
52:07J'essaie de trouver
52:10cette occasion un jour
52:12d'y être physiquement
52:14à l'Arménie
52:16pour pouvoir partager
52:17toute mon expérience,
52:19toute mon expérience
52:20nord-américaine.
52:23Je ne vois pas
52:24l'Arménie.
52:25Je sens l'Arménie.
52:28L'unique façon
52:29que j'ai pour voir l'Arménie,
52:31il suffit juste
52:31de mettre la main
52:32sur la poitrine.
52:36tout est fait.
52:41Trop d'histoires répétées,
52:43trop de géographies
52:45réclamées
52:45ont marqué ce pays.
52:57Mais l'Arménien
52:58ressemble à sa terre
52:59et quand deux d'entre eux
53:01se rencontrent quelque part
53:02dans le monde,
53:04ils recréent
53:04une nouvelle Arménie,
53:07douce
53:08et violente.
53:36Sous-titrage Société Radio-Canada
54:09contrairement aux générations
54:11précédentes.