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  • il y a 6 jours
Chaque matin dans Europe 1 Matin, Alexandre Le Mer reçoit un invité. Aujourd'hui, Madeleine de Jessey, professeur agrégée de lettres classiques en classes préparatoires à Paris et auteure de "L’École des illettrés" chez Albin Michel.

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Transcription
00:007h, 9h, Europe 1 Matin.
00:03Il est 7h10 sur Europe 1, Alexandre Lemaire, vous recevez ce matin Madeleine de Gessé,
00:07professeure en classe préparatoire à Paris, agrégée de lettres classiques.
00:11Son dernier ouvrage, L'école des illettrés, publié le mois dernier chez Albin Michel.
00:15Bonjour Madeleine de Gessé.
00:16Bonjour.
00:17Bienvenue sur Europe 1, dans votre dernier livre publié là, en pleine rentrée scolaire de septembre,
00:22vous faites un diagnostic sévère, celui de l'effondrement du niveau scolaire.
00:27Alors, on s'intéresse avec vous ce matin à Parcoursup, cette plateforme qui gère,
00:31ou bientôt pourra-t-on dire, gérer l'affectation dans l'enseignement supérieur des futurs étudiants post-bac.
00:37Parcoursup qui mobilise les lycéens dans la rue, qui concentre les attaques venues de la gauche.
00:42L'EFI a demandé et donc obtenu sa suppression,
00:45puisque le gouvernement a annoncé le remplacement de Parcoursup dans les deux années qui viennent.
00:51D'abord, première question Madeleine de Gessé.
00:52Pourquoi Parcoursup cristallise à ce point les tensions et les critiques venues en particulier de la gauche ?
01:00Parce que je pense que Parcoursup, en fait, fournit une cible assez pratique.
01:08C'est devenu une sorte de bouc émissaire idéal pour un slogan rassembleur.
01:12Et il permet de concentrer, en fait, les angoisses qui sont légitimes de la jeunesse
01:17sur une cible unique et facile à dénommer.
01:22Angoisse liée à un avenir impossible à définir, parce que nous changeons d'époque un peu historique.
01:27Angoisse liée au fait que l'IA va de fait reconfigurer l'emploi dans sa totalité.
01:33Angoisse liée aussi à la période de crise économique et à l'impuissance du politique à y faire face.
01:39Et donc tout ça vient se cristalliser sur Parcoursup.
01:42Et s'ajoute à cela aussi une angoisse face au pressentiment que le supérieur va les confronter à cette heure
01:51de vérité
01:51que l'école a refusée, c'est-à-dire la vérité sur leur niveau réel.
01:55La sélection, le débat autour de Parcoursup, Madeleine de Gessé, c'est celui pour ou contre la sélection à l
02:02'entrée d'université ?
02:02En réalité, dans les places sont évidemment limitées ?
02:05C'est exactement ça.
02:07Et comme on a peu à peu supprimé une grande partie de cette sélection à l'école
02:13avec le collège unique qui supprime un collège différencié avec des scolarités plus courtes, moyennes et longues,
02:21avec un brevet qui n'est pas éliminatoire, un bac qui n'a plus vraiment de niveau significatif,
02:29eh bien c'est la première année d'études en réalité qui va introduire la sélection
02:35et qui se transforme en coup près avec de fait de grandes désillusions des jeunes sur leur niveau réel.
02:42Alors, grande désillusion, un chiffre à ce sujet, en France, plus de la moitié des étudiants en licence
02:49ne parviennent pas à valider leur diplôme un an après la fin de sa durée théorique ?
02:53C'est l'un des taux d'échec les plus forts d'Europe, Madeleine de Gessé ?
02:56Oui, tout simplement parce qu'en fait si on regarde par exemple la Suisse ou l'Allemagne,
03:00on observe que l'orientation vers les formations professionnalisantes s'effectue beaucoup plus tôt.
03:09Voilà, les deux tiers des élèves ensuite vont vers des formations professionnalisantes
03:13et pareil en Allemagne, la voie professionnelle accueille beaucoup plus d'élèves que nous en France.
03:19Et donc l'apprentissage en entreprise aussi en Allemagne se fait plus tôt
03:22et a une place beaucoup plus centrale.
03:24Donc c'est une orientation chez nos voisins qui est plus progressive
03:28et qui n'est donc pas une orientation par l'échec,
03:31mais une orientation réfléchie, graduelle et donc beaucoup moins subie
03:37et qui génère beaucoup moins d'amertume parmi la jeunesse.
03:41LFI demande la suppression de Parcoursup,
03:43mais Parcoursup ne classe pas les candidats, ne les sélectionne pas,
03:48contrairement à l'ancien système d'ailleurs,
03:49APB qui tirait au sort, je crois, les élèves en cas de surplus de candidature.
03:53Oui, tout à fait, et c'est ça qui est très intéressant,
03:56c'est qu'on dit que Parcoursup les sélectionne, les trie,
04:00mais en réalité, je le rappelle, le classement s'effectue au sein des différentes formations,
04:08ça peut être les classes préparatoires, ça peut être l'université.
04:13Ensuite, c'est Parcoursup qui envoie les candidatures
04:17et qui reçoit la décision des universités.
04:21Donc en fait, ce sont les formations qui sont visées,
04:25beaucoup plus que Parcoursup.
04:27Je reprends quelques chiffres, justement, Parcoursup 2026,
04:32près de 380 000 vœux cette année pour aller en licence de droit,
04:36plus de 150 000 en psychologie.
04:40On se demande comment le marché du travail,
04:43dans l'hypothèse où tous ces étudiants vont au thème de leur formation,
04:47comment le marché du travail peut absorber un tel volume, annuellement ?
04:50C'est tout à fait ça, et le problème aujourd'hui,
04:54ce qu'on observe, c'est que si on observe la configuration du marché du travail,
05:00on voit que plus de la moitié des emplois actuellement occupés
05:04le sont par des personnes qui ont le bac ou un niveau inférieur au bac.
05:09Donc, former à tout prix des diplômés qui se retrouveront ensuite déclassés,
05:14plus tard, n'a strictement aucun sens.
05:17Ce qu'il faut, c'est vraiment revaloriser ces filières
05:21qui sont aujourd'hui considérées comme des filières de relégation à tort en France,
05:26à savoir toutes les filières qui sont liées au métier de la main,
05:29toutes les filières liées à l'apprentissage et professionnel.
05:34Et ce qu'on observe, c'est qu'il y a en France une espèce d'universitarocentrisme
05:38qui fait croire aux parents et aux enfants que...
05:40La fac à tout prix, sinon on ne veut rien.
05:43Exactement, le savoir théorique universitaire serait le graal de la formation,
05:47l'impératif ultime d'un parcours scolaire réussi.
05:52Mais, en fait, ce discours est faux et profondément méprisant
05:56pour les formations professionnelles qu'il faut revaloriser
05:58pour qu'elles ne soient plus perçues comme le parent pauvre et honteux de l'éducation.
06:03Je rappelle qu'il y a de très belles carrières qui s'édifient dans ces domaines-là
06:08et qu'avec l'IA, ils vont reprendre aussi toute leur pertinence.
06:11Oui, attention à la désillusion, parce qu'effectivement,
06:13Madeleine de Gesset, le chiffre que vous venez de donner est extrêmement intéressant,
06:20cruel également.
06:2155% des emplois, plus de la moitié, sont configurés pour des profils bac ou de diplôme inférieur.
06:28Il y a aussi une crise d'évocation, en réalité, derrière tout ça.
06:32Il y a une crise d'évocation.
06:34Il y a le fait qu'à force d'orienter à tout prix les jeunes vers le bac,
06:38on les détourne de filières qui leur seraient plus adaptées.
06:42Et ce qu'on n'envisage jamais, c'est qu'il y a en fait une certaine violence aussi
06:46à vouloir maintenir à tout prix, dans des parcours très scolaires et très théoriques,
06:51des jeunes qui ne sont pas faits pour ce type de parcours.
06:54Et il n'y a rien d'infamant à ça.
06:56Et qui pourraient s'épanouir bien plus vite, bien plus tôt,
06:59dans des métiers moins théoriques.
07:03Et c'est là l'urgence.
07:04Et là, malheureusement, avec cette revendication autour de Parcoursup,
07:10en fait, on détourne l'attention des gens et du public
07:13de cette réalité de l'orientation plus précoce.
07:18Bon, et puis l'IA, bien évidemment,
07:20la révolution de l'intelligence artificielle va encore venir bousculer tout cela.
07:24Il faut faire quoi alors ?
07:25Il faut revenir à une sélection drastique, croyez-vous, à l'université,
07:29comme c'était le cas auparavant du reste,
07:31avant APB ou Parcoursup ?
07:33On allait s'inscrire selon son niveau, selon ses résultats au bac ?
07:37Oui, alors, moi je pense que c'est vraiment en amont qu'il faut agir.
07:42Je pense que la réforme APB avec le Collège unique était une énorme erreur.
07:48Qu'encore une fois, il faut, si on veut vraiment tenir compte
07:52de l'hétérogénéité du profil de nos élèves,
07:55ce qui nous est demandé depuis la loi Jospin de 89,
07:58alors il est aberrant de leur proposer au collège un parcours unifié
08:03qui néglige justement la différence des charismes et des atouts de nos élèves
08:09et donc revenir à des filières différenciées,
08:12à certaines qui les orienteront plus tôt,
08:15encore une fois, pour que tout cela soit réfléchi et très progressif
08:21et pour que le choix du métier futur et des études futures
08:26soit vraiment choisi par l'élève justement
08:30et non plus subi ou assumé par défaut.
08:35Madeleine de Gesset, agrégée de Lettre Classique,
08:38professeure en classe préparatoire à Paris.
08:40Je rappelle votre livre,
08:41L'école des illettrées, c'est chez Albain Michel.
08:44Merci d'avoir été avec nous ce matin sur Europe 1.
08:46Merci à vous.
08:47Il est 7h19.

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