00:00Bonjour à vous.
00:0216h18, Pascal Praud et vous sur Europe 1.
00:05Bonjour M. D'Inville et merci d'être avec nous.
00:08Bonjour Pascal Praud.
00:10Est-ce que vous pouvez nous donner des précisions de ce qui s'est passé ce matin dans votre ville
00:16?
00:17Écoutez, une scène d'effroi.
00:20Un individu qui arrive dans ce quartier du bois de l'étang,
00:25devant la pharmacie de ce centre commercial qui se trouve dans notre quartier à Laverrière.
00:31Un homme sort de cette Clio blanche avec une détermination et un sang-froid qui fait froid dans le dos
00:40et tire sur deux hommes, un de 29 ans et un de 48 ans,
00:48deux hommes qui s'occupaient de l'entretien de notre école municipale
00:53qui doit ouvrir là dans quelques jours, qui est en reconstruction.
00:56Et donc c'est pour nous très important qu'elle puisse ouvrir à temps.
01:00Et donc des hommes qui se sont vus tirer dessus à quelques mètres.
01:09L'homme, l'assaillant, est reparti dans son véhicule,
01:13a tourné un petit peu aux alentours du centre commercial,
01:16aurait croisé un autre passant à qui il aurait dit « t'as de la chance ».
01:23Cette fois-ci, et il aurait poursuivi son périple meurtrier dans un autre quartier,
01:31un quartier qui s'appelle Orly Park,
01:33qui fait toujours partie de Laverrière, qui est tout près de la gare.
01:36Et c'est là où il s'en est pris à une jeune fille de 12 ans.
01:43Et effectivement, on évoque huit impacts de balles.
01:48Une jeune fille qui, au moment où je parle et les infos que j'ai,
01:53est vraiment dans un état très grave entre la vie et la mort.
01:57Donc voilà, des scènes d'effroi, une immense inquiétude et un traumatisme qui est assez terrifiant.
02:06Nicolas D'Inville, maire d'hiver droite de Laverrière dans les Yvelines,
02:10avec nous sur l'antenne d'Europe 1.
02:11Les deux premières personnes qui ont été ciblées, dans quel état sont-elles ?
02:16Alors, elles ont été transportées à l'hôpital, l'une à l'hôpital Pompidou,
02:20l'autre à la Pitié-Celle-Pétrière.
02:22Je n'ai pas d'informations sur leur état de santé.
02:26Ce sont donc des agents d'une entreprise de nettoyage,
02:32avec laquelle notre mairie a un contrat pour l'entretien de notre école.
02:37Je n'ai malheureusement pas de nouvelles concernant leur état de santé.
02:43Laverrière, c'est combien d'habitants, monsieur le maire ?
02:45Nous, on a 6 000 habitants.
02:48On est une ville avec, je dirais, des quartiers, avec ses difficultés,
02:53mais on n'avait jamais connu un tel niveau d'horreur
02:58où on s'en prend comme ça aux habitants, aux passants, à l'arme de guerre.
03:04Je me suis entretenu avec un habitant qui était sur place au moment des faits,
03:10qui m'a dit qu'on, entre guillemets, dans le malheur,
03:12on a eu de la chance qu'il n'y ait pas plus de monde.
03:14Il y avait un temps un peu bossade,
03:15qui m'a vraiment parlé d'armes de guerre,
03:17qui m'a parlé d'un sang-froid terrible de l'assaillant.
03:21Et on a eu aussi beaucoup de chance d'avoir une infirmière
03:25qui a pu intervenir immédiatement dans les minutes qu'ont suivi le drame.
03:29On se trouvait face à une pharmacie.
03:31Donc il y avait une infirmière qui a pu intervenir
03:33et puis notre responsable de la police municipale
03:36qui est intervenu dans les minutes qui ont suivi
03:38et qui a pu d'ailleurs récolter des douilles.
03:42Et elle en a récolté plus d'une dizaine.
03:44Plus d'une dizaine de douilles qu'elle a transmises à la police nationale.
03:47Mais ça vous témoigne de la gravité vraiment de l'événement.
03:51Vous parlez de police municipale dans une ville de 6000 habitants.
03:54Il y a combien de policiers municipaux ?
03:58Écoutez, on est peu nombreux.
03:59On a une responsable et deux ASVP,
04:01des agents de sécurité de la voie publique.
04:03On a une responsable qui est armée,
04:07donc avec une arme létale.
04:10Et on a des ASVP qui sont là plus pour de la proximité
04:14devant nos écoles.
04:15Donc eux n'étaient pas sur les lieux
04:19compte tenu de la gravité,
04:20compte tenu du fait qu'ils ne sont pas armés.
04:21On rappelle ce que c'est ou ce que sont les ASVP, avez-vous dit.
04:27Voilà, des agents de sécurité sur la voie publique
04:29qui sont membres de la police municipale,
04:32mais qui ne sont pas policiers municipaux,
04:34qui du coup font de la verbalisation
04:36ou des pointes dans les écoles,
04:38mais qui sont vraiment là pour de la proximité.
04:40Et on les voit.
04:41Ils n'ont pas du tout adapté à ce type d'événement.
04:43Et on les voit et c'est inscrit généralement
04:45sur leurs habits, sur leur uniforme,
04:48plus exactement ASVP.
04:50Vous êtes maire de Laverrière depuis combien de temps,
04:52M. Daville ?
04:54Écoutez, j'entame mon deuxième mandat.
04:57Comment qualifieriez-vous votre ville
04:59et le climat qui existe aujourd'hui ?
05:02On parle beaucoup de violence aujourd'hui en banlieue,
05:05d'un climat délétère.
05:07Est-ce que vous diriez que votre ville échappe à cela ?
05:09Est-ce qu'il y a une concorde,
05:10pour reprendre le mot d'Ali Rabé tout à l'heure,
05:13qui existe encore ?
05:14Honnêtement, moi en tant que maire,
05:16c'est plutôt une grande inquiétude
05:18sur l'état du pays,
05:19un pays qui se disloque.
05:21On a l'impression d'un pays à l'agonie,
05:24qui se fracture.
05:27Donc moi, je tiens la sonnette d'alarme
05:31auprès du président de la République.
05:32On a vu des scènes la semaine dernière
05:34qui nous ont effrayés.
05:36Là, aujourd'hui, attraper la verrière,
05:38c'est tout aussi angoissant.
05:42Donc c'est vrai que nous, les maires,
05:44on est un peu comme le petit colibri,
05:46vous savez, de Pierre Rabhi.
05:48Alors on sait ce qu'on peut.
05:49On essaie de travailler sur cette unité,
05:51dans nos quartiers, dans notre ville,
05:54avec nos habitants,
05:55et on fait ça tous les jours.
05:57Mais on sent plutôt un pays qui se divise
05:59et qui se fracture.
06:01Et ça se ressent.
06:02Ça se ressent, bien évidemment,
06:03dans nos villes et dans nos quartiers,
06:05malheureusement,
06:07avec des sujets même...
06:09Effectivement, le sujet racial
06:11fait partie d'un sujet de division.
06:15L'universalisme républicain
06:16n'est plus une notion à la mode.
06:20et ce crime,
06:21ou en tout cas cette attaque
06:23qu'il semble avoir pour mobile,
06:25en tout cas de ce que je comprends, raciste,
06:28témoigne de cette fracture
06:29à laquelle on assiste.
06:32Les gens qui ont été blessés
06:35sur le sol de la verrière,
06:37a priori, si je comprends bien,
06:39ne sont pas des habitants de la verrière ?
06:42Alors les deux personnes
06:44qui ont été blessées au bois de l'étang
06:45ne sont pas des habitants de la verrière,
06:47mais la petite fille est une habitante
06:50de la verrière du quartier d'Orly Park
06:54et elle est grièvement blessée
06:56et elle est vraiment une habitante
06:58de notre commune.
06:59Et vous la connaissiez peut-être ?
07:00Vous connaissiez peut-être sa famille ?
07:02Je sais qu'elle est à l'hôpital Necker.
07:04Est-ce que vous êtes entré en contact
07:05avec sa famille ?
07:06Est-ce que vous avez des informations
07:08à nous donner ?
07:09Alors j'ai essayé de rentrer
07:11en contact avec sa famille.
07:12Malheureusement, je n'ai pas réussi
07:13à les joindre.
07:14Je m'apprêtais tout à l'heure
07:16à me rendre à leur domicile
07:18puisque beaucoup de voisins
07:20m'ont appelé pour manifester
07:21leurs émotions, leurs vies émotions
07:24et donc tout à l'heure j'irai...
07:26Elle est sans doute, sa famille doit être
07:28à l'hôpital Necker très certainement
07:29puisqu'elle-même est à l'hôpital Necker.
07:31C'est sûr, si j'ai bien compris.
07:33J'essaierai en tout cas de voir
07:34s'il y a des membres de la famille
07:36et de rappeler la famille.
07:37On pense, et je dirais même au-delà de ça,
07:40on prie pour elle, vraiment.
07:41Bien sûr, on prie pour elle.
07:42Et vous n'avez pas d'informations particulières
07:44sur cette famille, si elle a des frères et sœurs
07:46et vous ne savez pas dans quelles conditions
07:49elle vit aujourd'hui, bien sûr.
07:52Vous ne savez pas où elle était scolarisée,
07:54si elle était scolarisée ou pas.
07:56Je vous remercie grandement
08:00et on partage tous ensemble, bien sûr,
08:03notre émoi ce soir.
08:04Il y a un homme qui est mort,
08:05qui avait 26 ans
08:07et puis il y a cette petite fille,
08:10cette fillette de 12 ans,
08:12ce qui nous interroge sur la nature humaine.
08:15Qu'est-ce qui fait qu'un homme
08:17puisse évidemment abattre de sang-froid
08:19des hommes, des femmes ?
08:21Qu'est-ce qui fait qu'il puisse viser
08:23une petite fille de 12 ans ?
08:26Quel est le mal qui puisse exister à ce point ?