- il y a 2 jours
Le journaliste littéraire et ancien animateur du Masque & la Plume est l'auteur de "Vivre après". Façonné dès l'enfance par la perte brutale de son frère jumeau, il raconte comment il s'est longtemps forgé un sentiment d'invulnérabilité et comment la maladie du cancer l'a réconcilié avec son corps.
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00:00Jérôme Garcin a régné en maître sur les lettres parisiennes.
00:03Fut un temps, il tenait, comme on dit, les pages culture de l'Obs,
00:07le masque et la plume sur France Inter et il siégeait au prix Renaudot.
00:11Jérôme Garcin a follement aimé sa vie, sa femme, ses enfants.
00:15Jérôme Garcin a follement aimé les livres.
00:18Il a aimé les lire, les critiquer, les démolir ou les encenser.
00:22Jérôme Garcin a follement aimé écrire à son tour.
00:25Il a mis de grands malheurs dans ses textes.
00:28Mais voyez-vous, chez ces gens-là, on ne s'arrête pas, on ne se répand pas.
00:33On avance, on se réjouit, on sourit.
00:35Il y a quelques mois, Jérôme Garcin s'est découvert un cancer
00:39et il s'est demandé si le temps lui était compté,
00:44s'il pouvait continuer comme cela.
00:47Comment comme cela ?
00:48Comme s'il était invulnérable.
00:51Portrait numéro 199.
00:56Bonjour Jérôme Garcin.
00:57Bonjour Sonia.
00:58Vivre après.
00:59Après France Inter peut-être ?
01:01Après.
01:01On va voir ce que c'est que ce après.
01:03Parait chez Gallimard.
01:04Bienvenue à la maison.
01:06À la maison de la radio évidemment.
01:09Dans un très beau studio.
01:10Dans un très beau studio tout neuf.
01:12Maison de la radio, vous avez passé plus de 40 ans.
01:16Qu'est-ce que vous faites le dimanche soir à 20h ?
01:19Non mais c'est vrai que c'est 35 ans d'animation du masque.
01:23D'ailleurs ça a joué dans mon sentiment d'invincibilité.
01:27Vous savez, vous connaissez trop bien la radio pour savoir que quand vous animez une émission pendant 35 ans,
01:33je rappelle à nos auditrices et auditeurs que le masque c'est 52 dimanches par an et que pendant ces
01:3935 ans je n'ai jamais été remplacé et je ne suis jamais tombé malade.
01:46Bon, j'ai fait des émissions avec des côtes cassées ou des clavicules explosées après la chute de cheval.
01:51Mais je n'ai jamais quitté l'animation du masque pendant 35 ans et je ne compte pas les années
01:57de critique que vous avez ajoutées avant de l'animer.
02:01Et quand, c'est-à-dire près de, j'ai fait le calcul, près de 1800 émissions étaient comprises, fêtes
02:09de Noël comprises.
02:09Ce que je veux dire par là, c'est que quand vous avez ajouté à des choses beaucoup plus graves
02:14le sentiment que finalement pendant 35 ans, vous n'êtes jamais malade,
02:18vous devenez dans votre tête et votre corps invincible.
02:22Vous êtes indestructible.
02:25Si j'ajoute des raisons beaucoup plus anciennes et personnelles, je viens d'avoir 70 ans.
02:34Bon anniversaire Jérôme Seigneur.
02:36Bon anniversaire Jérôme.
02:38J'ai d'avoir 70 ans. Imaginez qu'il y a 65 ans, j'ai vu mourir mon jumeau sous
02:43mes yeux, renversé par une voiture.
02:4565 ans après, je suis toujours là. Mon double a disparu, mais je suis toujours là.
02:50Mais déclencher un cancer, un petit cancer, quand on prend sa retraite, ça arrive à tout le monde.
02:55Sauf que quand on est Jérôme Garcin, on a l'impression, ou on a longtemps cru, qu'on n'était
02:59pas tout le monde ?
03:01J'ai cru que j'étais différent, mais encore une fois, parce que je survivais à tous les drames que
03:09j'ai connus très tôt,
03:10parce que j'avais tenu très longtemps à la radio et puis aussi parce que, pour aller vite,
03:16j'ignorais totalement que j'avais un corps. Mon corps, c'était un instrument qui me servait à aimer,
03:25à parler dans le micro, à écrire, mais c'était un instrument.
03:31Et je n'ai appris à le connaître qu'avec l'annonce qui m'a été faite d'un cancer.
03:36Vous ne m'avez pas répondu. Qu'est-ce que vous faites le dimanche soir à 20h ?
03:39Le dimanche soir, je suis évidemment incapable d'écouter la radio pour des raisons émotives,
03:46qui me rappellent mon vieux copain et ancien animateur François-Régis Bastide,
03:51que j'aimais beaucoup, qui avait beaucoup fait pour que je vienne à la tête du masque.
03:55Combien de temps il a passé à la tête du masque ? 22 ans.
03:58Beaucoup moins que moi. Et à la fin, il est devenu ambassadeur.
04:01Le poste que j'attends d'ailleurs, entre parenthèses, de France.
04:04Et François-Régis me disait, mais je ne peux pas,
04:09il ne pouvait pas avoir vécu avec Boris Charensole, fait ce masque.
04:12Et moi, sentimentalement, évidemment, le dimanche soir, j'aurais plutôt tendance à écrire.
04:18La radio est éteinte.
04:19Et lire.
04:37Votre rapport à la mort, il est le fil rouge de ce petit texte extrêmement délicat
04:43que vous publiez chez Gallimard, Jérôme Garcin, « Vivre après ».
04:46Parce que la mort jalonne non seulement toute votre existence,
04:50de manière très insistante, très répétitive,
04:53mais elle jalonne votre œuvre.
04:56Comment est mort Olivier ?
05:01Olivier est mort en 1962,
05:05renversé par une voiture sur une petite route de campagne.
05:09et il a été renversé par une voiture qui a été le choc de ma vie,
05:14on peut même le dire, traumatisme,
05:16par une voiture qui ne s'est pas arrêtée.
05:19Et donc, vous avez à la fois le sentiment de...
05:21Le chauffard a fui.
05:22Le chauffard a fui.
05:23Vous aviez quel âge ?
05:24On allait avoir 6 ans.
05:26Parce qu'Olivier était votre jumeau.
05:28C'était mon jumeau.
05:29Et quand on dit qu'il n'y a pas de mémoire à 6 ans,
05:31je peux vous raconter chaque seconde,
05:33chaque minute de cet accident,
05:35comme s'il se déroulait sous mes yeux,
05:38y compris la chute d'Olivier sur le macadam de cette route,
05:43mais aussi, encore une fois, cette vision
05:45qui est dans mon axe de vue,
05:50comme si c'était hier,
05:51c'est-à-dire cette voiture qui ne s'arrête pas.
05:53Ce sentiment d'injustice ajouté au scandale
05:56de la perte de son double,
05:58parce que c'est quoi un jumeau ?
06:01Et c'est quelque chose que je n'ai jamais oublié.
06:04Et évidemment...
06:05Mais la voiture qui le percute,
06:07lui, l'autre petit garçon,
06:09et pas vous,
06:10ça vous a donné le sentiment d'être épargné ?
06:13Ou plus que ça,
06:14ça vous a donné le sentiment d'être élu ?
06:16Non, ça m'a donné le sentiment d'être épargné
06:19et ça m'a donné un sentiment inexplicable
06:22de très mauvaise conscience.
06:24Pourquoi est-ce qu'il a ouvert la porte
06:25de la 203 grise
06:27pour courir voir des vaches dans un champ voisin ?
06:31Et pourquoi je n'ai pas bloqué la porte ?
06:33Vous savez,
06:35c'est évidemment après
06:37venu le sentiment d'être épargné,
06:39même si ce double a continué à vivre en moi
06:42chaque jour, chaque nuit.
06:43Et je vous le dis, Sonia,
06:46aujourd'hui, 21 octobre,
06:47comme il y a 60 ans.
06:50J'ai le sentiment qu'il est toujours avec moi.
06:55Et ce sentiment d'être épargné
06:58est venu après,
06:59c'est-à-dire finalement,
07:00je lui ai survécu.
07:02Mais je lui ai survécu.
07:04Je survis avec lui.
07:05Je ne survis pas.
07:06Un jumeau sans jumeau
07:08ne cesse pas d'être un jumeau.
07:09Comment est mort Philippe Garcin ?
07:12Dix ans après la mort d'Olivier,
07:17la mort d'un enfant,
07:20on le sait toutes et tous,
07:22c'est inacceptable
07:24pour une mère et pour un père.
07:27Philippe Garcin, c'était votre père.
07:28Et Philippe Garcin, mon père,
07:30était éditeur,
07:32un pur intellectuel
07:34qui n'était pas du tout physique
07:36ni sportif
07:38et qui ne supportant pas
07:40la disparition d'Olivier,
07:42s'est mis à monter à cheval.
07:45C'est un sport magnifique
07:48et très dangereux.
07:49Et dix ans après,
07:50il est mort,
07:51il avait 45 ans
07:52d'une chute de cheval en forêt.
07:55Il est mort de cette passion
07:57qu'il avait choisie
07:59pour essayer de s'alléger.
08:02Vous savez,
08:02on dit souvent du cheval
08:03qui vous porte.
08:05Ça a apporté son chagrin,
08:08et il est mort de ça.
08:09Et je me suis demandé,
08:10en vous lisant,
08:11Jérôme Garcin,
08:12Et là, j'avais 17 ans à ce moment-là.
08:13Si ces deux morts
08:16qui vous ont percuté,
08:17qui ont percuté votre enfance
08:18et votre adolescence,
08:21ce n'étaient pas deux morts
08:22qui vous ont, comment dire,
08:23physiquement échappé ?
08:24C'est-à-dire que
08:25votre frère est mort à l'hôpital,
08:27vous n'étiez pas là.
08:28Votre père est mort
08:29en tombant de cheval,
08:30vous n'étiez pas là.
08:31Vous ne les avez pas vus
08:33mourir la mort,
08:34vous ne l'avez pas vu.
08:35Est-ce que ça,
08:35ce sentiment d'invulnérabilité,
08:37il ne s'est pas forgé là,
08:39dans des morts
08:40qui deviennent abstraites,
08:42qui sont des ailleurs,
08:43qui n'existent pas ?
08:44Je vais vous dire une chose,
08:45Sonia,
08:46j'ai toute ma vie échappé,
08:48pour des raisons
08:49qui m'échappent un peu d'ailleurs,
08:50échappé à la psychanalyse.
08:52J'étais un cadeau
08:53pour la pédopsychiatrie,
08:56j'étais un cadeau
08:57pour Françoise Dolto,
08:57j'ai échappé à tout ça,
08:59on n'a pas voulu faire.
08:59Et là,
09:00vous venez,
09:01Sonia de Villers,
09:02de me dire quelque chose
09:02à quoi je n'avais jamais pensé.
09:04Ne pas avoir été le spectateur
09:07de la mort,
09:08du passage de la mort
09:10sur le visage du petit Olivier
09:11ou de mon père,
09:13est quelque chose
09:14qui effectivement
09:15a dû jouer en faveur
09:18d'un sentiment
09:19d'invulnérabilité.
09:20Je n'ai vu la mort
09:21que plus tard,
09:22notamment il y a quelques années,
09:24sur le visage
09:25d'un autre frère
09:27qui était atteint
09:29d'une maladie
09:32qu'on appelle
09:33le X-fragile,
09:34d'une anomalie génétique
09:35dont je suis également porteur.
09:37Ça, je l'ai vu.
09:37Mais je n'ai pas vu mon père,
09:38je n'ai pas vu mon jumeau.
09:40Et en même temps,
09:41et en même temps,
09:43comment vous dire les choses
09:44très sincèrement,
09:45c'est ce qui me donne
09:46le sentiment
09:47que mon jeune père,
09:4945 ans,
09:51continue de galoper
09:52et de sourire à la vie,
09:53que mon jumeau,
09:54Olivier,
09:55qui était la grâce même,
09:57qui était la beauté,
09:58la pureté même,
10:00continue de sourire à la vie
10:01avec moi.
10:01C'est bien ce que je dis.
10:02C'est nier la mort.
10:19Vous venez de parler
10:21de la mort de Laurent,
10:22votre plus jeune frère,
10:23Jérôme Garcin.
10:25Et quand vous avez écrit
10:27sur Laurent,
10:28vous avez écrit
10:29sur ce X-fragile
10:32que vous avez découvert
10:33très tardivement.
10:34Ce X-fragile,
10:36c'est ce gène
10:38dont vous êtes porteur,
10:39que vous transmettrez
10:40aux générations futures,
10:43qui les transmettront
10:44elles-mêmes
10:44aux futurs garcins.
10:46C'est ce gène
10:48qui est supposé
10:50vous rendre fragile.
10:51Vous êtes porteur
10:52d'un gène
10:53qui vous rend fragile,
10:54qui porte lui-même
10:55le nom de fragile.
10:56Et fragile,
10:57vous n'étiez toujours pas.
11:00mais vous savez,
11:01c'est un sentiment
11:02de...
11:03J'ai le sentiment,
11:04j'ai le sentiment,
11:05tout en étant porteur
11:07de ce X-fragile,
11:10effectivement,
11:11d'être fort
11:13à tel point
11:14que quand on m'a appris
11:15que j'avais un cancer,
11:18j'ai le sentiment
11:18de redoubler
11:19de force.
11:21Vous savez,
11:24c'est un sentiment
11:25un sentiment
11:26très étrange
11:28qui d'ailleurs
11:28anime tout le livre
11:29parce qu'évidemment,
11:31en l'écrivant,
11:32j'ai voulu exprimer
11:34quelque chose
11:35que je vivais profondément
11:36depuis maintenant
11:37deux ans.
11:40Ce n'est pas du tout
11:41la peur de mourir,
11:42c'est la joie de vivre.
11:44J'espère que ce livre
11:46donne,
11:47fait comprendre
11:48que je suis dans une forme
11:50d'exaltation
11:51sans tomber dans celle
11:52de l'art,
11:53mais pas du tout
11:53dans un sentiment
11:54et de sérénité.
11:58C'est la joie de vivre,
12:00c'est la joie d'aimer
12:01ce que vous aimez,
12:02c'est la joie
12:02d'être entouré par vous,
12:04c'est la joie de revenir
12:05à vos 20 ans
12:05et à vos amours
12:06des 20 ans,
12:07c'est la joie
12:07de retrouver une écrivaine
12:08et une poétesse
12:09qui vous a exalté
12:10quand vous aviez 19 ans.
12:12C'est ça, ce livre.
12:13Oui, parce que
12:14c'est exactement
12:16ce que je ressens.
12:21je crois que d'un mâle,
12:22il faut savoir faire un bien.
12:24Je crois que,
12:24je crois que,
12:27et ce n'est pas pour employer
12:29des mots de résistance,
12:30ce n'est pas ça,
12:31c'est que je n'ai jamais
12:32été gourmand
12:34de la vie
12:36davantage
12:36que depuis
12:37qu'on m'a annoncé ça.
12:40j'ai une écrivaine
12:41de chevet
12:41qui n'est pas
12:41la Colette Peignot
12:42de mon livre d'aujourd'hui
12:43mais qui est la grande Colette,
12:45l'écrivaine Colette
12:46et dont j'ai toujours aimé
12:49la manière presque
12:51en relief
12:52dont elle nous faisait
12:53ressentir les choses
12:54de la vie
12:55et les bonheurs de la vie.
12:56Eh bien,
12:57en écrivant
12:58ce que je vis
12:59depuis quelques mois,
13:00c'est-à-dire,
13:01vous savez,
13:02quand je me promène
13:03dans la campagne,
13:06j'ai une gourmandise,
13:08un appétit
13:08de choses toutes simples.
13:10Alors moi,
13:10je voudrais savoir,
13:12puisque de tous
13:13les accidents de la vie,
13:14de toutes les morts,
13:15de toutes les menaces
13:16de mort,
13:16vous avez fait des textes,
13:18vous avez fait des textes,
13:20des textes
13:21et des livres
13:21et des livres
13:22et encore des livres,
13:23Jérôme Garcin,
13:23mais qu'est-ce que ça veut dire
13:24faire des livres
13:25sur cette mort
13:26qui n'a jamais
13:27jusqu'à présent
13:28réussi à vous attraper
13:29mais qui a attrapé
13:30les autres ?
13:31Ça veut dire quoi
13:31quand on écrit sur la mort ?
13:33On la conjure,
13:33on la domine,
13:34on la met à distance,
13:35on la transforme,
13:37on la surmonte,
13:38on la triomphe ?
13:39Non,
13:40on n'en triomphe pas
13:40mais on la discipline.
13:41Ça j'en suis absolument...
13:42On lui tient tête.
13:43On lui tient tête.
13:44On ne sait pas.
13:45Et écrire dessus,
13:46c'est...
13:46Puis c'est aussi...
13:47Vous savez,
13:48moi j'ai toujours écrit,
13:49vous dites souvent
13:51sur des drames personnels
13:53mais c'est parce que
13:54je voulais les comprendre.
13:56Je vous l'ai dit,
13:57j'ai échappé à la psy
13:58mais en revanche,
13:59écrire est une manière
14:00pour moi de me comprendre.
14:01Quand j'ai écrit Olivier
14:02sur mon jumeau
14:03disparu,
14:04j'ai découvert en écrivant
14:05ce livre des choses
14:06que je ne savais pas
14:07que peut-être que
14:09si je travaillais autant,
14:10vous l'avez rappelé
14:11en début de l'émission,
14:12c'est parce que
14:12je travaillais pour deux
14:13et depuis mes 19 ans,
14:16peut-être que j'aime le cheval
14:18pas simplement
14:19parce que mon père montait
14:20mais parce que
14:20l'animal a quatre jambes.
14:21C'est des choses
14:22que j'ai découvertes
14:24en écrivant
14:25et écrire
14:27sur le cancer
14:28aujourd'hui
14:29ou sur la mort
14:30parce qu'effectivement
14:31l'horizon,
14:32il est là maintenant.
14:34Je vis bien
14:35mais avec un sentiment
14:36de précarité
14:37que je n'avais absolument
14:38pas auparavant.
14:39Alors avec ce face-à-face
14:41entre Jérôme Garcin
14:42et la mort
14:43qui se traduit
14:44par un livre
14:45bourré de vitalité,
14:47d'amour
14:47et d'envie
14:48de jouir,
14:49je me suis demandé
14:51s'il n'y avait pas aussi
14:52la réflexion
14:52d'un homme
14:53qui sait que
14:54son temps
14:55à la radio
14:56a été terminé,
14:56qui a passé le micro
14:57à Rebecca Manzoni
14:58fin du masque
15:00et la plume
15:00qui s'est dit
15:00maintenant je vais vivre
15:01boum,
15:02qui se prend le cancer
15:03en pleine tête
15:04et qui regarde aussi
15:06un monde
15:06qui est peut-être
15:07en train de se finir,
15:08ce monde
15:09qui était le vôtre.
15:10Écoutez,
15:11Télison Aurélien,
15:12il était à votre place,
15:13c'est cet auteur
15:14de chez Grasset
15:14éliminé de la liste
15:15du Goncourt
15:16parce qu'accusé
15:16d'avoir écrit
15:17son texte avec l'IA,
15:18il était à votre place
15:19là il y a quelques semaines.
15:21Dans la réalité,
15:23pour vrai,
15:24cet après-midi
15:26du 12 janvier,
15:272010,
15:29j'avais moi-même
15:31entre les mains
15:32le tout premier
15:33recueil de Depestres.
15:35J'ai passé la nuit
15:37couché sur une terrasse
15:39à lire,
15:40à relire
15:41des poèmes
15:42de Depestres.
15:44Je pense que ça
15:44m'a aidé aussi
15:45à tenir.
15:46Est-ce que vous avez
15:47la sensation,
15:49vous qui avez été
15:50rédacteur en chef
15:51des pages culture
15:52à l'Express,
15:53est-ce que vous avez vu
15:55la semaine dernière
15:56ce numéro de l'Express
15:57partout en kiosque
15:58avec une couve,
16:00un livre en train
16:01de brûler ?
16:02Et ce titre,
16:03la fin de la lecture,
16:05la fin des livres.
16:06Est-ce que vous avez
16:07la sensation
16:07de voir un monde
16:08finir ?
16:10Jérôme Garcin ?
16:11Bien sûr que c'est un monde
16:12qui est en train
16:12en tout cas
16:16d'agoniser,
16:17ça c'est clair,
16:19mais c'est comme
16:20pour le cancer,
16:20il faut résister.
16:21Moi je ne suis pas du tout
16:22une fois de plus
16:24pessimiste,
16:25je pense qu'effectivement
16:26il y a une vague
16:27qui passe,
16:28on ne lit pas
16:29aujourd'hui
16:30comme on lisait
16:30autrefois,
16:33mais j'ai la conviction
16:35d'abord
16:37pour en revenir
16:38à Aurélien
16:39que
16:41je ne me prononcerai pas
16:42sur sa responsabilité
16:44dans l'usage
16:46qu'il a pu faire
16:46de l'IA
16:47mais
16:51Mais cette annonce
16:52elle vous a secoué
16:52forcément ?
16:53Bien sûr,
16:54évidemment,
16:54mais surtout
16:54ma première réaction
16:55a été une réaction
16:56d'écrivain,
16:57c'est-à-dire je me suis dit
16:57mais si vraiment
16:59il a utilisé l'IA,
17:01il s'est privé
17:02d'un bonheur
17:03mais inouï
17:04qui est le bonheur
17:05d'écrire,
17:06d'écrire avec sa main,
17:08pas forcément
17:09avec une plume,
17:10ce n'est pas grave,
17:10mais d'écrire,
17:11écrire c'est comme peindre,
17:13c'est un plaisir physique
17:14pas simplement mental.
17:15Mais c'est génial,
17:16il y a 20 minutes
17:16vous venez de me dire
17:17mon corps n'existait pas
17:18mais votre corps si
17:20c'était votre outil d'écriture
17:22Mais oui,
17:23bien sûr,
17:23c'était mon instrument
17:24mais aujourd'hui
17:24c'est beaucoup plus que ça
17:26mon corps,
17:26c'est beaucoup plus que ça
17:28et donc ce plaisir-là
17:30d'écrire,
17:30je pense qu'il doit continuer
17:32et le bonheur de lire,
17:34moi je vais plus loin
17:35évidemment qu'il faudra
17:36réapprendre peut-être
17:37à des nouvelles générations
17:38à lire
17:38mais je ne suis pas pessimiste
17:41mon oncologue
17:42qui est remarquable
17:43a créé une association
17:44qui s'appelle
17:44Lire pour guérir
17:45Lire pour guérir
17:47j'ai même envie d'ajouter
17:48écrire pour guérir
17:49mais lire pour guérir
17:50je suis convaincu
17:52que j'espère par exemple
17:54que ceux qui sont malades
17:55qui liront
17:56vivre après
17:57vont comprendre
17:57qu'il y a aussi
17:58un bel usage
17:59à faire de la maladie
18:01peut-être que
18:02cette phrase va choquer
18:03mais je pense
18:04qu'on peut faire
18:04un bel usage
18:05de ce qui vous arrive
18:06de pire
18:06et oui
18:08lire la lecture
18:09je persiste à penser
18:11qu'elle va changer de mode
18:12elle va changer de
18:13peut-être
18:13mais je veux croire
18:15qu'elle continuera
18:15à vivre
18:16il y a de la joie
18:18la lecture continuera
18:19il n'est jamais trop tard
18:21pour la psychanalyse
18:22Jérôme Garcin
18:22vivre après
18:24paraît chez Gallimard
18:25et quand le dimanche soir
18:26Jérôme Garcin écrit
18:28en écoutant de la musique
18:29et bien vous
18:29vous écoutez
18:30le masque et la plume
18:31et notre ami
18:31Rebecca Manzoni
18:32merci Jérôme
18:34d'être venu à France Inter
18:35merci