00:00Je voulais raconter mon 17 octobre, c'est possible ?
00:02Allez-y !
00:03Bon, moi j'ai des enfants et donc j'ai une fille qui voulait manifester.
00:08Et donc, en tant que parent et avec d'autres parents, on est allé accompagner nos enfants manifester tout à
00:13fait tranquillement.
00:13On est arrivé à 14h, Place de la République, on ne pouvait pas y accéder.
00:17On a pris directement le boulevard Magenta et on a commencé à faire notre manifestation jusqu'à Place Clichy.
00:22Nous, d'ailleurs, on a quitté la manifestation un peu avant.
00:26Bon, puis ensuite, je suis survenu à 22h pour refaire le même trajet, mais cette fois tout seul et en
00:33pleine nuit.
00:34J'ai en effet observé une zone dévastée, on pourrait dire une zone de guerre, où les pillages continuaient.
00:40Donc, sur le canal de Lourdes, vous aviez le Franprix, où les pillages se poursuivaient.
00:47J'entends une dame dans l'écho, pendant que je discutais, qui venait me voir en me disant
00:50« Quand vous vous rendez compte, sur la rue de l'Ancri, ils sont en train de dévaliser le bureau
00:56de tabac, j'appelle la police, elle ne réagit pas. »
01:00Plus loin, j'accosse une petite jeune de 19 ans qui me dit « Vous avez vu, on a manifesté,
01:05mais ils ont tout détruit et nous ont complètement saboté notre mouvement. »
01:12Tout ça pour dire quoi ? En conclusion, trois choses.
01:15D'abord, que dans les différentes personnes qui ont participé à cette journée du 17 octobre, il y avait différents
01:20profils.
01:21Il y avait des gens qui avaient des revendications légitimes, des jeunes et des salariés qu'il faut écouter.
01:28Il y avait des gens qui ont profité, des casseurs, des pilleurs, qui ont profité de cette opportunité
01:33pour piller et casser les magasins des artisans que nous avons en face de nous.
01:38Il y avait des émeutiers qui n'avaient que pour objectif de se confronter aux forces de l'ordre.
01:45Donc, qui étaient là pour aller au combat et au face-à-face avec les forces de l'ordre.
01:49Et enfin, il y avait un quatrième profil, on pourra en définir d'autres, mais à gros traits, je terminerai
01:53avec le quatrième.
01:54Il y avait des gens ultra organisés qui avaient des objectifs ciblés bien avant la manifestation.
01:59Ceux de la mairie de Limoges, ceux de Lyon.
02:07Qu'est-ce qui doit nous interroger là-dedans ?
02:10Pour moi, bien sûr, ça a été dit, mais c'est le dimensionnement du maintien de l'ordre
02:13qui peut être réinterrogé au regard de ce qu'on a pu voir.
02:16C'est aussi notre capacité peut-être à aller regarder les signaux faibles qu'on n'a pas su détecter,
02:21notamment sur les réseaux sociaux.
02:22On sait que ça a joué un rôle énorme dans le déplacement des différents groupes.
02:30Et enfin, j'en finirai là-dessus.
02:32Moi aussi, j'ai vu une forme de désolation.
02:34J'y suis retourné dimanche soir.
02:35Et donc, on m'a arrêté Strasbourg-Saint-Denis et je faisais le Strasbourg-Saint-Denis.
02:39Et je voyais encore des groupes de jeunes, mais de très jeunes cette fois.
02:42En fait, moi, j'ai trois enfants, donc j'ai du collégien jusqu'à la prépa.
02:48Et là, c'était des collégiens.
02:50C'était des collégiens qui étaient encore dans la rue.
02:57Ils n'avaient pas leur place là.
02:59En groupe, ils n'avaient pas leur place là.
03:01Qui montaient dans les échafaudages et qui jouaient au chat et à la souris avec la police.
03:07Donc, trois choses.
03:08Moi, je réinterroge le maintien de l'ordre, bien sûr.
03:09Je réinterroge notre capacité à écouter.
03:12Mais je réinterroge aussi ce qui a été dit là, qui me semble très intéressant.
03:14C'est notre capacité à poser le cadre depuis une vingtaine d'années sur cette nouvelle génération.
03:19Je pense que ça aussi, ça doit être interrogé.
03:21Je pense que par là, les adultes que nous sommes, nous avons peut-être failli.
03:28Et peut-être que notre capacité à poser le cadre, c'est-à-dire que le jeune est dans son
03:32rôle de vouloir tester le cadre.
03:33L'adulte est là pour lui faire respecter, lui donner les limites, pour pouvoir grandir en toute sécurité.
03:37C'est là où les boomers ont perdu.