- il y a 2 jours
Interview ou reportage d'une émission cinéma produite par CANAL+ autour d'un film disponible sur CANAL+ ou sortant en salles, un événement ou une actualité du 7ème Art
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TVTranscription
00:00Ça va bien ?
00:00Bonjour !
00:01Oui, purée, grosse installation, génial !
00:06On y va ou quoi, là ?
00:07Ouais, allez, on y va !
00:09Ariane, Marie-Lou, bonjour, bienvenue dans Tête à Tête.
00:12Bonjour.
00:12Je suis ravie de vous recevoir, on va parler d'une femme aujourd'hui.
00:16C'est le nouveau film de Robert Guédigian.
00:19Alors, justement, qu'est-ce que ça dit pour vous, ce titre ?
00:22Une femme aujourd'hui ?
00:23Sans le dé-apostrophe.
00:25Vas-y.
00:25Non, mais moi, je dirais que c'est une histoire intime
00:29qui, je pense, peut toucher tout le monde,
00:30qui peut être très universelle.
00:32Mais une femme aujourd'hui, oui, voilà, c'est l'histoire d'une trajectoire
00:34à la différence d'une femme d'aujourd'hui
00:36qui serait plus générale et qui se voudrait...
00:39Presque historiquement,
00:41s'il se définirait historiquement, socialement, simplement,
00:44dans un temps défini qui est...
00:46Il a hésité, Robert ?
00:48Non, jamais.
00:48Sur le titre ?
00:49Non.
00:49C'était très clair ?
00:50C'était très clair tout de suite.
00:51Alors, cette femme d'aujourd'hui, c'est une femme qui est moderne,
00:54qui a une vie sentimentale très libre
00:58et à qui va arriver un drame.
01:03Tu as trouvé un copain, non, de ce voyage ?
01:05C'est difficile, là, de trouver un homme aussi parfait que moi.
01:10C'est terrible, non, d'avoir l'impression
01:11qu'on met ses propres parents mal à l'aise.
01:13Ils vous ont voulu fortes et indépendantes
01:15et vous reprochez un peu d'y être arrivées.
01:19Arrête, lâche-moi !
01:25Vous avez eu un accident, là.
01:27Ça va ?
01:28Mais pourquoi vous vous êtes enfui ?
01:29Après ce que vous appelez une agression ?
01:31Non, mais c'était une agression.
01:32Dis-moi, quel enculé qui t'a fait ça ?
01:34Ferme, Lara.
01:35Tu penses à toi, là.
01:38En fait, elle va vivre une agression
01:40et sa vie va complètement changer.
01:41Donc, on va suivre toute sa reconstruction
01:43et toutes les rencontres qu'elle va faire
01:45et jusqu'à son éveil politique, presque,
01:48où elle va rencontrer les autres,
01:51le collectif et une autre manière de vivre...
01:53Retrouver un sens.
01:54...de vivre sa vie,
01:54de retrouver un sens à sa vie, exactement.
01:56Et elle a une mère formidable
01:58avec laquelle elle ne s'entend plus,
02:00elle ne se comprenne plus.
02:01Elles ne s'entendent pas du tout.
02:02C'est-à-dire que c'est des choses
02:05qui arrivent tout à fait.
02:06C'est-à-dire que des parents qui se sont battus,
02:09des parents d'un milieu modeste,
02:12comme on dit maintenant,
02:13qui se sont battus pour que leurs filles
02:15fassent des études et du coup,
02:18effectivement, elles changent de classe,
02:19elles changent de milieu,
02:20elles changent de langage.
02:22Et ce changement de langage
02:24fait qu'elles ne peuvent plus
02:26s'entendre,
02:27que c'est vraiment compliqué
02:28et que c'est, je dirais presque,
02:30que ces goûts, ces couleurs
02:31se sont transformés.
02:33Je suis désolée,
02:34j'attends un coup de fil important du Brésil,
02:35j'ai une deadline pour conclure.
02:37Juliette, ça fait trois semaines
02:38quand t'as pas vu.
02:39Bah, on se voit vendredi, justement.
02:41Je vous amènerai une bonne bouteille.
02:42C'est ça.
02:44On se voit vendredi.
02:46Si tu annules pas
02:46à la dernière minute,
02:47comme l'autre fois.
02:48J'ai dû partir en urgence au Japon, maman.
02:50Tu vas pas me le reprocher
02:50toute ma vie, non ?
02:58Qu'est-ce que vous faites ?
02:59Pas de même fois,
03:00j'ai envie de faire ci, moi !
03:01Il y a cette phrase
03:02que prononce votre voisin
03:03qui est jouée par Jean-Pierre Daroussin
03:05et qui dit
03:05ils vous ont voulu fortes
03:06et indépendantes
03:07et maintenant,
03:08ils vous reprochent un peu
03:09d'y être arrivées.
03:09Absolument.
03:10Il y a plein de familles
03:11où c'est arrivé ça.
03:12Parce qu'après, forcément,
03:13on a envie que nos enfants...
03:15Après, elles vous échappent.
03:16Et voilà.
03:17On a envie qu'ils fassent mieux que nous,
03:19mais ils font mieux,
03:20mais mieux dans un monde
03:22qui nous est complètement étranger.
03:24Et donc, du coup,
03:25comme une espèce de rancœur.
03:27Marie-Lou,
03:27est-ce que vous comprenez
03:28la réaction de votre personnage
03:30après son agression ?
03:31Parce qu'elle s'enferme,
03:32elle se met dans sa bulle,
03:32elle met du temps
03:33à aller porter plainte.
03:34Au début,
03:34elle ne veut pas porter plainte.
03:35Donc, forcément,
03:36il y a moins de preuves,
03:37c'est plus compliqué.
03:37Est-ce que vous la comprenez ?
03:39Bien sûr, je la comprends.
03:40Je pense que là,
03:41ce que Robert a réussi à faire,
03:42c'est qu'il a réussi
03:43à rendre compte
03:44de la difficulté de parler.
03:45En fait, évidemment,
03:47qu'il y a la honte aussi
03:49associée à ce qu'on vient de vivre.
03:51Et évidemment,
03:51qu'il y a la difficulté, du coup,
03:53à poser des mots.
03:54Et puis aussi,
03:55on entend aussi parfois des...
03:58Malheureusement,
03:58ce n'est pas toujours le cas,
03:59mais parfois,
04:00des dépôts de plainte
04:00qui sont placés sans suite.
04:02Mais elle n'est peut-être
04:02pas la victime idéale.
04:04On le voit dans les autres.
04:04Elle n'est pas la victime idéale.
04:05Exactement.
04:06Parce que, justement,
04:07elle était libre.
04:08On lui reproche
04:08sa sexualité libérée.
04:09On lui reproche un peu
04:10comme dans Thelma et Louise,
04:11d'ailleurs,
04:12où on lui reproche
04:12d'avoir dragué un peu
04:13la personne qui l'agresse.
04:15Donc, toutes ces choses
04:16se retournent contre elle.
04:17Et donc, effectivement,
04:18elle s'enferme dans un silence,
04:19dans une honte.
04:20Et du coup,
04:20ce film va raconter aussi
04:23la puissance de la parole
04:25à partir du moment
04:25où on parle.
04:26Ça, c'est très libérateur.
04:29De toute façon,
04:29pour l'incarner,
04:30je pense qu'il fallait
04:30la comprendre.
04:32Et elle va mettre du temps
04:33à parler.
04:34Elle finira par parler.
04:35Ce qui est intéressant,
04:36c'est qu'on est quand même
04:3630 ans après Thelma et Louise.
04:38On est 30 ans après Thelma et Louise.
04:39C'est ce que je disais.
04:39Et en même temps,
04:40voilà,
04:40on a encore du mal
04:41à parler.
04:42Mais vous savez,
04:43il y a encore
04:45beaucoup de filles
04:46qui ont beaucoup de mal
04:48à parler.
04:48Bien sûr.
04:49On n'imagine pas.
04:50Si vous voulez,
04:51nous, on est dans
04:51un milieu privilégié
04:52où on se dit
04:53on parle,
04:54la parole.
04:55Il y a des tas de filles
04:56qui ne l'ont pas,
04:57la parole.
04:59Et qui sont enfermées
05:00dans leur culpabilité
05:02parce que l'emprise,
05:04l'emprise,
05:04elle part d'abord
05:05comme ça.
05:06C'est parce que vous pensez
05:07que c'est votre faute.
05:09Toujours.
05:10Toujours,
05:11toujours,
05:11toujours.
05:12Et quand vous allez
05:12dans un commissariat
05:13et qu'on vous dit
05:14mais comment vous étiez habillée ?
05:17Mais qu'est-ce que vous avez fait ?
05:19Et vous aviez bu
05:20et vous avez dansé avec avant.
05:22Et ce n'est pas une invitation
05:22pourtant.
05:23Voilà.
05:24Et ça commence là.
05:25Donc après,
05:25pour arriver à parler,
05:26c'est difficile.
05:28Il faut se sentir soutenu.
05:29Il faut avoir du courage.
05:31Il faut se reconnaître
05:33comme une personne respectable
05:35alors que toute agression
05:37vous fait vous sentir
05:38comme une personne sale.
05:41Voilà.
05:42Et Ariane,
05:43c'est un film
05:44qui est écrit
05:44par Robert Guédigamp,
05:46par un homme.
05:47C'est quand même pas mal.
05:48Un vieux,
05:49macho,
05:50blanc
05:50qui écrit ça.
05:51Mais moi,
05:52je vous le dis.
05:53Moi,
05:54je vous le dis.
05:54Je suis assez contente.
05:56Il s'est assez bien débrouillé.
05:58Franchement,
05:58chapeau.
05:59Oui,
06:00chapeau,
06:00mais il ne vit pas
06:01avec n'importe qui non plus.
06:02C'est ça,
06:03en fait.
06:04Non,
06:04non,
06:04je rigole.
06:05Non,
06:05non,
06:06vraiment.
06:07Il y a toujours
06:07une grande dame
06:08derrière un homme.
06:09On le sait.
06:10Mais je ne suis pas derrière.
06:12Je suis à côté.
06:13C'est vrai.
06:14T'as repris ton travail ?
06:16Non.
06:16J'ai envie de le croiser.
06:17T'es passé des affres
06:18du CAC 40
06:19aux bénévolats militants ?
06:20C'est lui qui doit se cacher,
06:21pas toi.
06:22Mais t'es fou.
06:23Tu vas aller en prison ?
06:27Ceux qui ont foutu le feu,
06:28c'est les criminels.
06:29On ne va pas se plaindre
06:30parce qu'on a fabriqué
06:31une fille généreuse.
06:33Et toi,
06:34alors ?
06:34Je ne sais rien de toi.
06:35Tu ne dis jamais rien.
06:40Je trouve que Robert,
06:41il a écrit
06:42et réalisé
06:43des grands films
06:44et des grands rôles de femmes
06:46qui ont été incarnées
06:47par Ariane.
06:47Et du coup,
06:48je trouve que c'est fort.
06:51Je souhaite
06:52à toutes les actrices
06:53d'avoir eu
06:54les rôles
06:55que Robert a écrits
06:56pour moi
06:57parce que
06:58vraiment,
06:59j'ai eu beaucoup de chance
06:59à ce niveau-là.
07:01Ça va passer à la télé,
07:02ça ?
07:02Ça va être terrible.
07:03Après,
07:04il va me ressortir
07:04tout le temps.
07:05J'ai dit ça.
07:06Vous n'aurez plus le droit
07:07à l'erreur.
07:08Attention,
07:08je t'ai écrit
07:09des beaux rôles.
07:10C'est exactement.
07:11Alors,
07:11vous avez infiltré,
07:13j'allais dire,
07:13la famille Guédigian.
07:16Intégrée,
07:17plutôt,
07:17la famille Guédigian
07:18depuis La Piveauleuse.
07:20Qu'est-ce que vous avez découvert
07:21avec ce cinéma
07:22et avec cette nouvelle famille
07:23de cinéma ?
07:24J'ai découvert des gens
07:25déjà d'une humanité.
07:27Voilà,
07:28attention,
07:28je suis sur les coupes.
07:29Non,
07:30mais j'ai découvert des gens
07:30d'une humanité folle
07:32qui ont énormément
07:33de tendresse,
07:34d'humanité.
07:34La même tendresse,
07:35c'est l'humanité
07:36qui se dégage
07:36des films de Robert,
07:37déjà.
07:38J'ai découvert
07:38une façon de travailler
07:39qui est quand même
07:40assez similaire
07:40avec les autres plateaux
07:41de tournage,
07:42si ce n'est que c'est des gens
07:42qui se connaissent
07:43depuis des années,
07:44donc qui vont plus vite
07:45et plus en profondeur
07:46dans le travail rapidement.
07:47Et puis voilà,
07:48j'ai été accueillie.
07:50Et en plus,
07:50l'envie de venir de vous.
07:52Vous étiez à l'initiative.
07:54Oui,
07:54j'étais à l'initiative
07:55parce que j'adore
07:55les films de Robert
07:56depuis toujours,
07:57que je les regardais
07:58avec mes parents.
07:59J'avais écrit une lettre
08:00en disant,
08:00quand j'étais encore
08:01au conservatoire,
08:01où je remercie Robert et Ariane
08:03de faire un cinéma
08:04qui me ressemblait
08:05parce que je viens du Sud aussi,
08:06que c'était des codes
08:08qui me paraissaient être
08:09ceux de ma famille
08:10plus ou moins.
08:11En tout cas,
08:11il y avait un truc
08:11où je me reconnaissais,
08:12je me sentais représentée
08:14dans leur film.
08:14Et grâce aussi à Ariane,
08:16je me disais,
08:17c'est possible
08:17de venir du Sud
08:18et d'être une actrice
08:19et de faire une carrière.
08:21Et puis le destin
08:22m'a mis sur la route d'Ariane
08:24avec un film
08:25qui s'appelle
08:25Sous le tapis
08:26réalisé par Camille Jappie.
08:27On en a joué ensemble.
08:29Je crois que c'est comme ça
08:30que Robert a vu le film
08:31et m'a proposé ensuite
08:32de travailler avec lui
08:33sur La Pivoleuse
08:34pour jouer à la fille d'Ariane
08:35et ensuite m'a reproposé
08:37le rôle de Juliette.
08:38Je crois que c'est formidable
08:40quand d'un coup,
08:41vous avez la chance
08:43de rencontrer
08:44une actrice,
08:45une jeune actrice
08:47qui est dans une manière
08:49de penser
08:50assez différente
08:51de celle qu'on leur impose
08:53aujourd'hui
08:54dans ce métier.
08:55Et elle est très vaillante,
08:58elle est très courageuse,
08:59elle est très bonne surtout,
09:00elle est excellente,
09:01c'est une excellente comédienne
09:02et c'est vrai.
09:03Et ça c'est très très important,
09:05c'est très agréable
09:06de jouer avec elle.
09:07Vous voyez ?
09:08Et c'est très agréable aussi
09:10d'avoir comme ça,
09:11alors qu'elle est beaucoup
09:12plus jeune que nous,
09:13elle comprend très très vite
09:15comment on parle.
09:17Elle a chopé notre langage.
09:18Elle a chopé notre langage.
09:19Vous n'êtes pas de la même génération.
09:20Et ça c'est assez enthousiasmant
09:23et réconfortant
09:24parce qu'on se dit
09:25tiens il y a des jeunes femmes
09:26qui ont 30 ans
09:26ou des jeunes garçons
09:28qui ont 30 ans
09:28qui comprennent
09:29ce qu'on dit.
09:31Et vous trouvez
09:32qu'on leur impose quoi
09:33alors à ces jeunes comédiennes ?
09:35Il y a beaucoup
09:36de formatage quand même.
09:39Elles subissent
09:40une pression absolument
09:41démoniaque.
09:42Que vous n'avez pas subie ?
09:43Moi je ne l'ai pas subie
09:44parce que personne ne voulait
09:45de m'avouer,
09:45alors ce n'était pas compliqué.
09:47Moi je me suis imposée
09:48vraiment,
09:49c'est-à-dire qu'on me faisait
09:50sortir par la porte,
09:52j'essayais de rentrer
09:53par la fenêtre,
09:54des choses comme ça.
09:54Moi vraiment,
09:55je suis tout,
09:57je suis atypique
09:58à 100% quoi,
10:00si vous voulez.
10:00Mais ce que j'ai juste
10:01envie de dire,
10:02c'est que quand on se sent
10:03atypique,
10:04il ne faut pas renoncer
10:04parce qu'on peut y arriver.
10:05C'est vrai.
10:06C'est peut-être plus long,
10:08c'est peut-être plus difficile,
10:09mais on peut y arriver.
10:11Mais aujourd'hui,
10:12ils ont des trucs
10:13dans la tête,
10:14enfin des pressions
10:16qu'ils n'ont pas à voir,
10:17qu'ils sont en dehors
10:18du métier.
10:19Vous le ressentez tout ça ?
10:21C'est vrai,
10:21c'est vrai que je me demande
10:23ce que ça devait être
10:23de faire par exemple
10:24de la promotion
10:25sans réseaux sociaux,
10:26ça devait être...
10:26Je pense qu'on surveillait
10:28moins ce qu'on disait aussi.
10:29Là, je faisais une émission
10:30de télé avec une autre actrice
10:32qui me disait,
10:32avant, moi,
10:33je pouvais m'exprimer librement
10:34et là, maintenant,
10:36il y a ce truc,
10:36cette peur de dire une bêtise
10:38qui pourrait être...
10:39D'avoir l'extrait isolé,
10:39d'avoir le bad buzz.
10:40Le bad buzz, tout ça.
10:41Enfin, c'est des choses
10:43où on se regarde
10:44un peu parler parfois.
10:46Et évidemment,
10:46tout le rapport à l'image,
10:47à la représentation,
10:49c'est très fort.
10:51J'imagine plus qu'avant.
10:52Oui.