00:00Place de lycéen français, une professeure de latin, un voyage scolaire à Naples, les ruines de Pompéi, les corps pétrifiés
00:06par le Vésuve et soudain, le vertige, désir, colère, chagrin, tout remonte.
00:11Premier film de Marine Atlan, grand prix à la semaine de la critique. Fred, est-ce que tu as été
00:15emporté par cette fresque de la condition humaine ?
00:18Oui, je pense que c'est totalement différent de Minotaure, c'est presque l'opposé comme cinéma, mais je pense
00:23que c'est un des très grands films de l'année.
00:25C'est un film, Marine Atlan, c'est une chef opératrice qui a d'ailleurs travaillé sur le ravissement, sur
00:31les rênes du drame, et cette fois-ci elle a travaillé pendant deux ans,
00:35elle a fait deux ans de casting pour trouver 20 lycéens, 20 lycéens qui sont des comédiens non professionnels, avec
00:40lesquels elle a travaillé, elle s'est immergée elle-même dans un voyage scolaire,
00:43elle a suivi exactement la façon dont ça se passait, les interactions entre les jeunes gens, pour pouvoir raconter ce
00:50périple.
00:50Alors, c'est un film qui a deux faces, une face que je dirais lumineuse et solaire, on va voir
00:54l'extrait, et une face qui sera un peu plus sombre,
00:57et on va dire que le cinéma extrêmement réaliste dans lequel elle ancre son film va lui-même se sophistiquer
01:02à mesure que le drame apparaît.
01:04Mais ce qui est extraordinaire dans le film, ce que vous allez voir, c'est que c'est un film
01:08sur la collectivité.
01:09Donc vous allez voir des jeunes d'aujourd'hui, vous allez voir que dans les dialogues, ça résonne énormément avec
01:13ce qui se passe avec les lycéens, les mouvements lycéens aujourd'hui,
01:15on va parler de parcours sup, vous allez entendre, vraiment ça résonne, et en même temps, à l'intérieur de
01:20cette collectivité,
01:21ce qui l'intéresse, c'est le sentiment de solitude. Le sentiment de solitude d'un individu alors qu'il
01:27est à l'intérieur d'un groupe social.
01:28Et c'est comme ça que le film va basculer, je dirais, du soleil vers autre chose.
01:34Alors, vous allez voir une scène, je dirais, presque néo-réaliste.
01:38Ces jeunes gens se présentent et racontent qu'est-ce qu'ils veulent faire plus tard.
01:42Et vous allez voir qu'il y a deux choses. Un, l'information qui vient par le dialogue,
01:45et deux, l'information sur chacun qui vient par leur façon tout simple de manger leur glace.
01:50Je vais un peu assuré, c'est après on verra.
01:51Ah ouais, et toi ?
01:52Je peux pas entrer en décoration, en formation.
01:54Comme le daro ?
01:55Ouais, comme lui.
01:56C'est carré ?
01:57Ouais, non, j'aime bien ce qu'il fait, c'est pas ça.
01:59Et toi, l'année prochaine, tu fais quoi ?
02:02Je sais pas.
02:03Après, vous me parlez de ça, c'est les vacances, vous mangez des glaces et vous me parlez de ce
02:07qu'il fait.
02:07C'est pas l'année prochaine.
02:08On va aller au scolaire.
02:09Il y a un exposat, Romain.
02:11Tu l'as fait ?
02:12Non.
02:14Il est dans l'Italie, il fait beau.
02:16En fait, j'ai une discussion, c'est Parcours Sub, les gars, ouais.
02:19Parcours Sub, évidemment, ça résonne.
02:21Mais ce que j'adore, c'est qu'il y a les deux choses.
02:24C'est-à-dire qu'en fait, il y a une écriture dans ce film.
02:26Il y a une écriture qui est solide et qui a été travaillée avec les jeunes.
02:29Mais en tout cas, c'est écrit.
02:30Et vous voyez que ça parle de choses, ça raconte la difficulté de la jeunesse,
02:34ça raconte les rapports de force, les rapports de genre, les rapports de classe.
02:37Et en même temps, il y a ce miracle, je dirais, de l'image néo-réaliste
02:41qui, sans cesse, nous documente aussi sur l'état du monde au présent.
02:45Oui, comment elle amalgame, effectivement, les deux.
02:47Comment on passe de ces tchatches d'adolescents à une émotion beaucoup plus vaste.
02:51Mais ça passe aussi par tenir une glace, quoi.
02:53Et aussi ce miracle du cinéma, de l'enregistrement.
02:56Ils mangent très mal leur glace.
03:06Le film pourrait être très théorique, puisqu'on filme des statues antiques
03:10et devant ces statues antiques, on montre des corps qui sont beaux
03:13comme des statues antiques.
03:14Ça pourrait être un dispositif, on voit vraiment ça dans les images
03:16qu'on regarde en ce moment.
03:17Ça pourrait être un peu cérébral et ça ne l'est jamais
03:20parce que ces jeunes, ils explosent, ils crèvent l'écran,
03:24ils sont intimes, on est avec eux, c'est sensible.
03:27C'est un film qui, moi, m'a emporté pendant une heure et demie.
03:30Je me suis dit que c'est un très grand film de l'année.
03:32Deux heures et demie.
03:32Oui, mais il y a une heure, moi, qui m'a un peu plus fait souffrir
03:35où on suit un personnage blond, où tout à coup, je trouve
03:38qu'elle crée une fiction beaucoup plus attendue.
03:40Il coche toutes les cases.
03:42C'est le personnage homosexuel, c'est le personnage qui cherche
03:44Tu vois l'écriture à ce moment-là ?
03:45C'est le personnage qui est un peu poète.
03:46C'est sorti du film à ce moment-là.
03:48Et pour moi, ce film, malheureusement, vient un peu écraser
03:51ce grand projet vers quelque chose d'un peu prévisible,
03:54un peu lourdingue, qui est dommage.
03:56Parce que le film, quand il n'est que séquence
03:58et que flammerie, il est exceptionnel.
04:00Je suis d'accord, revois le film, parce que ce qui est très intéressant,
04:02la première fois que j'ai vu le film,
04:04j'ai été époustouflé à des plus beaux films de l'année et tout ça.
04:08Et j'ai bien sûr été le revoir.
04:10Et ce qui est passionnant, c'est que quand on le revoit,
04:11on voit un autre film, parce qu'il y a cette dernière heure
04:13qui est un peu différente de ce que tu disais.
04:15C'est une narrative.
04:17Et tous les petits cailloux sont là.
04:19C'est-à-dire que le film, ce que je trouve extraordinaire dans le film,
04:22c'est que même dans le moment très néo-réaliste,
04:25c'est très structuré.
04:26C'est-à-dire que tout est écrit.
04:27Elle a suivi des voyages scolaires.
04:29Donc, elle laisse une part.
04:31La scène des glaces, par exemple, c'est au dernier moment.
04:33C'est la productrice qui achète les glaces.
04:35Comme ça, on va acheter des glaces, on va faire une scène avec les glaces.
04:38Mais en même temps, c'était déjà décidé
04:39qu'on allait parler de Parcoursup
04:41alors qu'on est au soleil de Naples et tout ça.
04:44Vous voyez, c'est-à-dire qu'il y a cette marge.
04:45Et ce qui est réussi, c'est qu'on est en immersion.
04:49On est dans ce voyage scolaire.
04:51On a tous fait des voyages scolaires.
04:52Et on vit ce voyage scolaire avec parfois...
04:54On vit, on retraverse en adolescence.
04:56Ce qui peut arriver, c'est le drame
04:58qui peut arriver dans un voyage scolaire.
05:00On y pense tout le temps.
05:01Mais la question, c'est est-ce qu'on peut éviter un drame ?
05:03Est-ce qu'on peut éviter une catastrophe ?
05:05C'est quand même ça, une des questions au cœur du film.
05:06Je pense que c'est une des questions, mais je trouve que Marine Atelan,
05:08c'est peut-être l'une des plus grandes chefs opératrices qu'on a aujourd'hui.
05:11Elle a une photo et un cadrage
05:12qui demande beaucoup de réflexion.
05:14C'est-à-dire que moi, je suis fascinée par ça,
05:15ce qui m'empêche un petit peu, presque parce que c'est trop beau,
05:19trop bien, de rentrer dans le côté un peu viscéral
05:22et naturaliste de ces ados.
05:23J'ai l'impression d'être un petit peu entre les deux.
05:25J'ai un peu l'impression d'être entre
05:27la grande débelleza et du Sophie Le Tourneur.
05:30Et donc, je suis un peu baladée comme ça.
05:31Oh, waouh !
05:32Et ce n'est pas grave parce que le projet me plaît.
05:35Mais en fait, de temps en temps, je suis tellement happée par la forme
05:37que je me déjante...
05:39Mais ce n'est pas la baie de nappe qui fait ça aussi.
05:41Il faut parler de Pierre Mazoyer qui a fait l'image.
05:43Elle l'a fait avec elle.
05:45C'est-à-dire qu'elle se disait que ça allait être trop
05:47si elle faisait l'image de son propre film.
05:48Mais elle y a participé.
05:49Donc, Pierre Mazoyer qui faisait l'étalonnage de ces courts-métrages
05:52qu'elle connaît bien.
05:55Ensemble, elles ont créé cette image.
05:58Et parfois, il y a deux caméras.
05:59C'est quand même dommage de filmer toute cette beauté de jeunesse,
06:02toute cette liberté, ce naturalisme,
06:04pour les piéger quelque part sur quelque chose
06:07qui est presque impulsif de cinéma.
06:08Non, je ne suis pas du tout d'accord.
06:09C'est presque impulsif de cinéma qui fait...
06:11Mais la mort en a brusse, voire n'a pas de mourir.
06:14Dès la première image, dès le zoom qui est fait sur un œil
06:17et la scène de voyeurisme qui est faite de l'origine du film,
06:20à ce moment-là, débute en fait le parcours d'un personnage
06:23au milieu d'une collectivité.
06:25Et ce parcours va être fait pierre à pierre.
06:26Mais c'est quatre personnages, c'est quatre personnages.
06:29N'oubliez pas Suzanne.
06:31Quand vous voyez le film la première fois, regardez Suzanne.
06:34Sans le personnage, t'as raison, il est un peu collé.
06:36C'est-à-dire qu'il est un peu collé dans le film.
06:37Non, non, c'est le personnage autour duquel.
06:39Mais ce qui est extraordinaire, c'est de voir les contradictions,
06:43les rapports de force.
06:44Voyez comment Suzanne dessine, c'est la clé du film.
06:47Et le cinéma nous permet enfin de voir véritablement
06:49comment ça fonctionne dans un groupe.
06:51En fait, c'est rigolo parce que tu parles de détails
06:52très présents à l'écran, alors que je trouve que la force du film,
06:55c'est ce qu'elle fait de son hors-champ, de son cadre.
06:57Placer ça à Pompéi pour donner une espèce de puissance émotionnelle
07:01qui se transmet de génération en génération,
07:03pour moi, elle est là, la force du film.
07:04Et je trouve que c'est assez inédit en plus.
07:06La deuxième part de la question, c'est ça, la force du film.
07:06C'est très important.
07:06C'est assez important.
07:07C'est très important.
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