00:00Alors le fameux inspecteur Javert, qui est cet homme absolument intraitable,
00:05qui a une idée très très rigide de la justice,
00:08comment est-ce que vous l'avez abordé ?
00:10Est-ce que vous l'avez vu comme le grand méchant loup de l'histoire par exemple ?
00:13Non, justement, c'est quand on discute avec des gens
00:17qui connaissent Les Misérables d'une manière ou d'une autre,
00:20qui ont vu le film, la comédie musicale ou lu le livre,
00:23assez souvent ils disent le méchant, le méchant.
00:25Il y a eu cette envie justement de moderniser un peu tous les personnages
00:30en racontant particulièrement leur passé et celui de Javert,
00:33en levant le voile un peu sur le mystère qui entoure le livre.
00:35Et donc, en essayant, par le biais de ces nouvelles séquences,
00:41on va dire, avec sa maman particulièrement,
00:42de lui apporter une forme d'empathie et de rappeler aux gens
00:45que personne ne naît mauvais,
00:48et que c'est un système parfois qui vous broie et qui vous remodèle
00:51et qui vous pousse à devenir quelque chose,
00:53sans excuser le mal qu'on fait,
00:54puisqu'une fois adulte, on sait faire nos choix.
00:57Mais en tout cas, c'était de tenter,
00:59et je l'espère, d'avoir apporté un peu plus d'empathie.
01:02Et comme ce film parle de misère,
01:04je pense que l'une des misères les plus difficiles et les plus horribles,
01:09et Javert en est un ambassadeur assez emblématique
01:11parce qu'il n'a reçu d'amour de personne,
01:13et surtout pas de sa mère.
01:16Javert, il a un côté aussi extrêmement obsessionnel
01:19dans sa poursuite de ce malheureux Valjean.
01:22Est-ce que vous-même, quand vous travaillez vos rôles,
01:25vous avez ce côté très obsessionnel aussi ?
01:27Oui. Oui. Alors, oui.
01:30Je travaille de manière obsessionnelle,
01:32mais je ne suis pas obsédé par mon travail.
01:35Ça veut dire quoi, travailler de manière obsessionnelle ?
01:37C'est-à-dire que quand je m'y mets, je vais au bout.
01:39Je vais au bout, j'ai besoin d'explorer tous les recoins,
01:43de me donner à fond,
01:44de presque m'utiliser comme un combustible pour mon personnage.
01:48Parfois, c'est un peu dangereux.
01:49Moi, ça m'intéresse, cette préparation obsessionnelle d'un rôle.
01:53On peut développer un peu ça ?
01:54Oui, bien sûr.
01:55En fait, c'était très bien écrit.
01:59On peut très bien venir et réciter le texte de Victor Hugo
02:03parce qu'il est extraordinaire,
02:05que déjà ça ferait effet.
02:07Mais c'est justement dans les silences de Javert.
02:10Et ces silences-là, c'est toutes les descriptions précises de Victor Hugo.
02:14Et c'est là que ça devient un peu obsessionnel.
02:17C'est d'essayer constamment de parler à l'intérieur
02:21et de raconter quelque chose qui reste au bord.
02:24Parce que c'est un peu quelque chose...
02:25En fait, il aurait pu être très archetypal.
02:28Et c'était le danger.
02:29Et en fait, c'est comme si on marchait sur un fil.
02:31Alors tomber d'un côté, ça devient trop.
02:33Et tomber de l'autre, ça n'est pas assez.
02:35Donc il y avait un truc où moi, j'étais assez obsédé
02:37sur l'idée de me tenir droit.
02:40Je pense que c'est une belle façon de le dire
02:41par rapport au personnage.
02:43Sur ce fil-là.
02:45Comme je suis extrêmement bien renseigné,
02:47je sais que...
02:49Qu'est-ce que j'aime ça ?
02:49Il y a ce film, Le Fugitif, avec Harrison Ford,
02:51qui vous avait beaucoup marqué.
02:52C'était encore l'histoire d'une longue traque comme ça.
02:54C'était Tommy Lee Jones qui poursuivait ce malheureux Harrison.
02:57C'était une source d'inspiration, ça, ou pas du tout ?
03:00Ça m'a permis de redécouvrir ce grand film
03:04que j'ai beaucoup aimé,
03:05que j'ai eu la chance de découvrir en salle
03:06quand j'étais, je crois, pré-ado.
03:08Ouais, c'est toujours bien.
03:09Mais moi, j'ai regardé presque toutes les adaptations françaises des Misérables.
03:13parce que j'avais une énorme hantise, crainte,
03:20qui peut être un peu une obsession d'un endroit,
03:22c'était de faire la même chose
03:25que mes prédécesseurs.
03:26que Michel Bouquet, que Blié, que John Malkovich.
03:32Moi, je regarde vraiment précisément tout ce qui a été fait avant,
03:34justement, pour ne pas faire la même chose.
03:36Parce que je pense que l'adaptation répond à une actualité
03:40de son contemporain, à chaque fois.
03:42Donc, forcément, ça déteint sur une interprétation.
03:46Il faut que ça parle un peu plus à son époque.
03:48Et je n'avais pas envie de refaire pareil.
03:51Parce que, justement, si ça existe à nouveau,
03:53on me donne la chance d'enfiler ce costume-là.
03:55J'essaie d'y apporter quelque chose de personnel.
03:58Vous incarnez Javert,
03:59et c'est un Javert très sobre, en fait.
04:03Extérieurement.
04:03Ouais, extérieurement, évidemment.
04:05Vous attachez beaucoup vos travails sur le physique.
04:07Évidemment, on se souvient de votre travail
04:09dans Alpha, Julia Ducourneau,
04:11ou dans Le Serpent.
04:13À quel point vous attrapez vos personnages
04:15en les cernant physiquement ?
04:17Moi, j'ai un peu besoin d'entreapercevoir
04:19une espèce de forme physique pour y entrer.
04:21Donc, j'ai besoin de préparer soit un physique,
04:24soit un look, tout bonnement pour y croire.
04:28Et dans le cas de Javert,
04:30je lis une phrase de Victor Hugo,
04:32je ne l'ai pas tout à fait en tête précisément,
04:34mais il racontait que Javert était
04:37issu d'une portée de Louveteau,
04:41mais qu'il en était un chien.
04:43Et que la mère tuait le chien
04:46pour éviter que celui-ci tue des Louveteau.
04:48Donc, il a quelque chose
04:50qui relève du canin.
04:52Et ça, ça m'a fait penser
04:56au fait de renifler.
04:58Parce que cette première séquence
04:59qu'on a entre Valjean et Javert,
05:01dans le bureau,
05:02la première fois qu'il se présente,
05:04il est la justice face à la justice.
05:05Donc, il est très obéissant,
05:07très respectueux.
05:08C'est à l'heure.
05:09Et très rapidement,
05:11ils ne sont pas d'accord
05:11sur la manière de procéder,
05:13mais surtout,
05:15étant un chien, quelque part,
05:17il renifle chez Valjean
05:19quelque chose qui vient
05:20du même endroit que lui.
05:21Et c'est à partir de là
05:22qu'il ne veut pas le lâcher.
05:23Il vient du même endroit.
05:25Et finalement, c'est ce qu'il chasse,
05:26ce qu'il traque,
05:27c'est cette partie de lui-même
05:29qu'il a envie d'oublier,
05:30qu'il essaie d'effacer,
05:31qui existe chez Valjean.
05:33Si on file la métaphore canine,
05:35on parle plutôt d'un Doberman
05:36que d'un Chihuahua, j'imagine.
05:37Absolument.
05:39Absolument.
05:40Je ne voyais qu'un Doberman.
05:42Alors, ce qui est assez amusant,
05:45c'est qu'on vous retrouve à la fois
05:46dans le Javert des Misérables
05:48et puis les hasards de la programmation
05:49dans cette série actuellement sur Canal
05:52qui s'appelle Prisonneurs,
05:54une série anglaise.
05:55J'ai une mission pour vous.
05:57Vous allez transporter un prisonnier
05:59jusqu'à Londres.
06:00C'est un ancien tueur à gages de Pegasus.
06:0347 exécutions confirmées.
06:05Je veux Stone au tribunal dans 4 jours.
06:07Le procès entier repose sur lui.
06:10Il y a un truc qui merde, là.
06:15Sortez-moi de là !
06:16C'est mon boulot de vous conduire au tribunal.
06:19Tu ne sortiras pas vivant.
06:20C'est qui ces gens qui veulent vous tuer ?
06:22Les anciens employeurs.
06:24Une taupe leur a donné des informations.
06:26Ils vous mettent la pression
06:27au servant de votre famille.
06:28T'es impliqué, maintenant.
06:36C'est-à-dire que d'un côté,
06:37vous êtes un policier incorruptible
06:38et de l'autre,
06:39vous êtes un tueur à gages
06:40qui a, je crois,
06:4258 victimes sur la conscience.
06:44Un petit saquet.
06:45Alors, je sais que c'est des rôles
06:46de composition dans les deux cas,
06:48mais lequel des deux
06:48vous a demandé
06:49de la plus grande composition ?
06:54Je dirais
06:56hasard de la vie,
06:57prisonneur,
06:58puisque je sortais d'Alpha,
07:00le film de Julien Ducourneau,
07:01où j'avais perdu beaucoup de kilos.
07:02Il a fallu que j'entre dans un corps
07:04avec une physicalité évidente
07:08de tueur à gages.
07:10Donc, c'est à ce temps-là
07:11que c'était un peu...
07:11Mais la psyché
07:12et la construction intérieure
07:15de Javert
07:15étaient plus complexes.
07:17Vous êtes exercé
07:18dans plusieurs genres,
07:21biopiques,
07:22des films horrifiques,
07:23des drames,
07:24mais je trouve assez peu
07:25de comédie dans votre parcours.
07:27C'est quoi ?
07:27C'est un choix ?
07:28J'adorerais faire plus de comédie.
07:31Vraiment.
07:33On m'en a proposé
07:34une ou deux, bien sûr.
07:35Je les ai faites.
07:36Et je me suis bien éclaté.
07:38Mais j'aimerais beaucoup,
07:39mais on ne me propose pas beaucoup.
07:41Mais j'adorerais.
07:42Ça tient à quoi ?
07:43J'en sais rien.
07:44Peut-être la perception des autres.
07:44Peut-être que je ne le dis pas assez.
07:46Peut-être qu'il n'y en a pas assez.
07:49Je ne sais pas.
07:50Pour finir,
07:51je vous suis très amateur
07:52d'astrophysique.
07:53C'est vrai ?
07:55Oui.
07:56Si on vous propose
07:56de jouer Stephen Hawking
07:58ou Son Goku,
07:59vous prenez quoi ?
08:01Pour rester dans l'univers
08:02de Dragon Ball,
08:03je dirais la fusion des deux.