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  • il y a 2 jours
Avec Nicolas Marut, directeur de la chaîne France info et Johan Hufnagel, fondateur de Loopsider

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00:02...
00:22Retour sur ce flux d'images générés, je l'ai dit, par les mouvements sociaux,
00:26les lives, les vidéos verticales et les témoignages filmés au smartphone ont profondément changé
00:31la manière dont les manifestations sont racontées sur les écrans.
00:36Les journalistes ne sont plus les seuls à produire des images, les témoins et les militants
00:40peuvent désormais diffuser leurs propres vidéos en temps réel.
00:43Si BFM TV bat des records d'audience, Brut par exemple, diffusé uniquement sur les réseaux
00:48sociaux bat aussi des records de vues.
00:50Et TikTok a révolutionné le récit des manifs, obligeant les JT et les chaînes d'info à
00:56se réinventer.
00:56Ce matin, on ne discute ni cortège festif ni poubelle en feu, on s'interroge sur la
01:02grammaire des images qui ont marqué le week-end.
01:05Et j'en parle avec deux journalistes qui vont nous raconter comment leurs équipes étaient
01:10sur le terrain ce week-end.
01:11Nicolas Maru, bonjour.
01:13Bonjour.
01:13Directeur de la chaîne France Info Canal 16.
01:16Face à vous, Johan Oufnagel.
01:17Bonjour Johan.
01:18Bonjour Sonia.
01:18Co-fondateur de Loopsider, médias en ligne fondé en 2018 et la date a son importance.
01:25On va y revenir.
01:26Un mot d'abord sur la manière dont la journée a viré hier à la panique, parfois au chaos,
01:33souvent par certains endroits.
01:34Comment vous vous êtes adapté ? On commence avec vous Nicolas peut-être ?
01:38Vous parlez d'hier ou de samedi ?
01:48La violence s'est invitée dans les cortèges.
01:52Nous avions un dispositif qui était prêt à apparaître à toutes les éventualités.
01:56Nous avions des équipes sur le terrain.
01:58Nous avions évidemment les images des agences.
02:02Très rapidement, avant même le début de la manifestation officielle qui devait partir
02:07à 14h de la place de la République, on a eu des scènes de violence qui nous ont montré
02:12évidemment que la journée allait être très thématisée.
02:16Donc on se réadapte ?
02:16Évidemment, on se réadapte, on se réadapte en direct.
02:18C'est-à-dire ?
02:19C'est la force d'une chaîne info en continu comme France Info Canal 16.
02:23C'est-à-dire, on commence à montrer ces images.
02:27J'insiste sur quelque chose, c'est qu'on ne montre pas que ces images.
02:30Parce que la journée de samedi, il y avait deux réalités qui se juxtaposaient.
02:35La première réalité, c'était ces scènes de violence qui ont effectivement été extrêmement marquantes,
02:40qui ont commencé extrêmement tôt, qui sont des scènes qui nous rappellent effectivement
02:43ce qui s'était passé au moment des Gilets jaunes.
02:46Et par ailleurs, et de façon assez concomitante, il y avait un cortège.
02:51Des cortèges.
02:52Des cortèges.
03:13On allait être sur quelque chose, on ne savait pas trop, on pensait que ça allait être festif.
03:18Très majoritairement festif, qu'il y aurait beaucoup de monde.
03:20Mais on voyait aussi qu'il y avait quand même des appels à manifester au plus près des lieux de
03:24pouvoir, comme on dit.
03:25Et que ça pouvait changer pas mal de choses dans le suivi de la manifestation.
03:28Donc on avait un journaliste, Luc Offray, qui était sur le terrain, qui a commencé à les suivre
03:33pour essayer de comprendre et d'anticiper ce qui allait se jouer.
03:35Nous, on a un gros avantage par rapport aux chaînes d'info continue, c'est qu'on n'a pas
03:39de grille à nourrir.
03:39C'est ça.
03:40On a des algorithmes qu'il faut qu'on nourrisse en revanche, mais ça change beaucoup de choses sur la
03:45façon qu'on a d'appréhender
03:46et donc de ne pas être dans le direct tout de suite.
03:48Est-ce que l'un et l'autre, vous avez l'impression ces dernières années, et si oui, vous nous
03:53direz depuis quand,
03:54que vos journalistes sont devenus potentiellement des cibles dans ces cortèges ?
03:59Nicolas Maru.
04:01Oui, alors on le sait désormais, et ça date des gilets jaunes.
04:07Et je crois qu'il y avait une commission d'enquête parlementaire justement qui s'était mis en place.
04:11Ça date des gilets jaunes ? Je pensais que vous alliez me dire ça date de Nuit Debout.
04:14Alors ça date très exactement des manifestations contre la loi travail sous François Hollande,
04:20où effectivement on a senti un changement dans la façon dont les journalistes pouvaient être appréhendés sur le terrain.
04:26Ça nous a obligé, nous, médias, là je parle de manière globale, même si évidemment je suis directeur de France
04:32Info Canal 16, à nous réadapter.
04:34C'est-à-dire, et c'est quelque part un crève-cœur, mettre des moyens de sécurité pour s'assurer
04:39de la sécurité de nos journalistes.
04:42C'est un crève-cœur parce que ça peut parfois faire un filtre entre nous et les gens qu'on
04:47est censé interviewer.
04:48Eh oui, évidemment.
04:49Aucun journaliste n'accepte de faire ce métier s'il n'a pas envie de parler aux gens, et parfois
04:54on se retrouve un petit peu avec ce filtre-là.
04:56Yohann Oufnagel, même sensation ? Et même chronologie des événements ?
05:01De façon générale, je crois qu'il y a une défiance assez forte à l'égard des médias, qui se
05:06traduit quand il y a des gros mouvements sociaux comme ça, de façon parfois assez violente.
05:10Aujourd'hui, ce que nous on mesure, en tout cas chez Loopsider, où on est en permanence sur le terrain
05:14et qu'on couvre les manifestations depuis assez longtemps, depuis 2018, notamment effectivement avec les Gilets jaunes, c'est que
05:19nous on n'a pas de problème dans les manifestations.
05:22Il y a une véritable défiance avec les manifestants qui est portée surtout par les médias traditionnels.
05:28Nous, on n'a pas de passif, on est souvent très à l'écoute des revendications parce que c'est
05:33notre métier, c'est d'aller sur le terrain.
05:34Donc c'est les caméras siglées BFM, c'est les bonnettes siglées Front Inter.
05:38Et puis aujourd'hui, il y a une deuxième défiance qui est pour le coup aussi très dangereuse et c
05:42'est RSF qui l'a dénombré, c'est qu'il y a des défiances de la part de certains membres
05:46de la police.
05:47Et il y a encore eu ce week-end des actes d'intimidation. Je pense à ce journaliste photo-reporteur
05:53de SIPA à Lyon qui a été intimidé encore samedi.
05:57Et ça, c'est des choses qui sont relativement nouvelles et qui datent globalement des Gilets jaunes.
06:03Nicolas Maru, vous camouflez les logos France Info ? Non ?
06:07Non, alors pour parler de la manifestation de samedi, nous n'avons absolument pas camouflé les logos France Info.
06:13On en a discuté avec les reporters. Les reporters nous ont dit qu'il y avait évidemment des moyens de
06:18sécurité mais qu'ils se sentaient en confiance.
06:21Et donc, nous avons décidé d'apparaître au grand jour pour faire notre travail.
06:25C'est ça. Et nous avons donné la parole aux manifestants, notamment dans le cortège entre guillemets officiel.
06:30Il y a des moments où on renonce à certaines images, où on dit à ces reporters de reculer.
06:34Évidemment. La priorité absolue, c'est la sécurité de nos reporters.
06:38Aucune image live aussi forte soit-elle ne vaudra que nous prenions des risques inconsidérés.
06:44Sachant évidemment que le risque zéro, ça n'existe pas, ça n'existera jamais tant qu'on fera notre métier
06:48de reporter.
06:48Johan Oufnagel, moi j'aimerais qu'on parle de cette nouvelle grammaire de l'image qui a envahi les écrans.
06:53Mais ce qui est très intéressant, c'est que Loopsider, c'est un média qui est destiné uniquement en ligne
06:59et aux réseaux sociaux.
07:01Mais il suffit de lever les yeux vers la télévision.
07:04Là, je dis ça parce que dans le studio, on a plusieurs chaînes d'infos allumées.
07:11Et on s'aperçoit que ces images tournées au smartphone, par exemple, donc typiquement un écran vertical,
07:17elles sont aussi reproduites sur les chaînes d'info.
07:20Ça date de quand, vous diriez ça ?
07:22C'est un peu la naissance du smartphone.
07:26Très vite, elle a permis à retransmettre des images et à les diffuser sur les réseaux sociaux.
07:30La date est concomitante.
07:32L'iPhone, c'est 2007.
07:33Les premières plateformes sociales, c'est 2006-2007.
07:36Donc, c'est venu de façon très naturelle.
07:38Et aujourd'hui, on voit...
07:40Moi, ce qui me frappe beaucoup, c'est parce que je suis effectivement avec Loopsider à l'intérieur de ce
07:44magma,
07:45c'est que nous ne sommes pas les seuls à filmer.
07:46Il y a les médias traditionnels, il y a les nouveaux médias que vous citiez tout à l'heure Brut,
07:51Loopsider ou Hugo Descripts, par exemple.
07:52On est présent dans les manifestations.
07:54Mais ce sont surtout des centaines de milliers de vidéos qui, en permanence, sont abreuvées.
07:59Alors, ce que moi, je trouve très fascinant, c'est de voir des jeunes qui sont dans la manifestation,
08:04qui se filment en direct ou pas en direct,
08:05qui prennent des images, qui les snappent ou qui les envoient sur TikTok très très vite,
08:09qui sont reprises, partagées partout et qui nourrissent presque même la manifestation.
08:13C'est ça, c'est-à-dire que les chaînes d'info se retrouvent à aspirer ces images qui arrivent
08:18des chaînes d'info,
08:19en partie Nicolas Maru.
08:20Oui, alors...
08:21Ce n'est pas deux mondes qui étanchent l'un à l'autre, ce sont deux mondes qui s'entremêlent
08:25aujourd'hui.
08:25Alors, ce ne sont pas deux mondes étanches.
08:26En revanche, la très grande majorité des images que nous diffusons,
08:31sont des images que nous produisons,
08:33que nous produisons en responsabilité avec nos reporters, avec nos JRI,
08:37les JRI de France Télévisions,
08:40journalistes reporters d'images,
08:41qui ont fait un travail formidable,
08:43et par les agences, évidemment.
08:45Et donc, on est nourris par toutes ces images que nous diffusons en responsabilité.
08:49En responsabilité, ça veut dire qu'il y a des filtres,
08:51il y a déjà les reporters, les JRI sur le terrain qui font leur travail,
08:55qui le font en conscience et en responsabilité.
08:57Il y a ensuite évidemment des rédacteurs en chef qui, en régie, surveillent ces images.
09:02Et c'est ces images que nous produisons, que nous mettons en direct.
09:05Il peut nous arriver effectivement de prendre des images des réseaux sociaux,
09:08mais ce ne sont pas des images que nous jouons en direct. Jamais.
09:11En tout cas, il y a deux choses qui ont profondément changé depuis les réseaux sociaux
09:15et depuis les smartphones,
09:17c'est, je le disais, ce cadrage vertical qu'on repère très vite,
09:21mais il y a l'idée du live,
09:22que vous, vous pouvez dérouler absolument, sans limite,
09:26quand vous le décidez, quand on a un média purement en ligne.
09:30Il y a l'idée du live,
09:32et puis il y a l'idée que la manif, aujourd'hui, elle se vit de l'intérieur,
09:35que ce sont des images profondément immersives.
09:37Ce qui a totalement changé par rapport à des images d'il y a 15 ans.
09:40C'est sûr que les manifestations, aujourd'hui, on les voit au plus près, on voit les visages.
09:44Alors nous, on essaie de ne pas forcément faire ça,
09:46notamment pour des raisons de responsabilité,
09:48pour ne pas montrer des gens...
09:50Mais bon, ça nous arrive effectivement d'avoir des visages,
09:52mais en général, on essaie plutôt d'être en recul
09:54pour avoir une espèce de vue d'ensemble.
09:56Et puis, on essaie de capter aussi des moments de manifestation,
09:59parce qu'il y a des slogans,
10:01parce qu'il se passe des choses qui sont des choses
10:02qu'on n'a pas forcément le temps de voir et d'analyser,
10:04et qu'ensuite, nous, on va faire un travail de reconstruire, de contextualiser.
10:08Ça, c'est un boulot extrêmement intéressant.
10:09Mais c'est vrai que les manifestations, aujourd'hui,
10:11elles se vivent à la fois sur les écrans et de l'extérieur.
10:15C'est un double mouvement.
10:16Oui, Nicolas-Marie, vous diriez ça aussi,
10:17qu'une manifestation, elle existe à la fois en ligne et in real life, aujourd'hui, comme on dit ?
10:23Oui, exactement.
10:24En ce qui nous concerne, nous, les images dont parlait Johan,
10:27qui sont des images de réseaux sociaux qu'on peut récupérer,
10:30évidemment qu'on vérifie, on demande l'autorisation,
10:32et ça nous est arrivé, par exemple, samedi.
10:35Ces images, on ne les diffuse pas brutes telles quelles,
10:37on les contextualise et on les diffuse uniquement parce qu'on estime qu'elles apportent quelque chose à ce qui
10:43est en train de se passer.
10:43Sauf que vos propres géries ont changé de manière de faire, Nicolas-Marie.
10:47Si vous réfléchissez à vos premières années dans des rédactions télé,
10:51on ne filme plus les manifs tout à fait de la même manière.
10:53D'abord, les caméras sont beaucoup plus légères, sont beaucoup plus mobiles.
10:56Oui, ça c'est des évolutions technologiques.
10:58Mais les évolutions technologiques ont changé la manière de faire,
11:01de s'immerger dans les cortèges, d'aller beaucoup plus rapidement, d'envoyer les images beaucoup plus rapidement.
11:06Oui, après, je pense que le phénomène des manifestations sous tension,
11:10comme je le disais, ça a commencé avec la loi El Khomri,
11:13et très honnêtement, je ne vois pas d'évolution majeure dans la façon dont on a traité ces manifestations.
11:20Parce que déjà, à l'époque, ce n'était pas si vieux,
11:23on avait déjà des moyens technologiques qui nous permettaient d'être en direct,
11:25et on avait des caméras relativement légères qui nous permettaient,
11:28non pas forcément d'être au plus près de l'action,
11:31parce qu'il y a évidemment du contexte journalistique,
11:33donc on garde évidemment de la distance et par ailleurs des raisons de sécurité,
11:36mais fondamentalement, je ne dirais pas qu'on a évolué dans notre façon de filmer ces manifestations.
11:42C'est plus l'irruption des réseaux sociaux et des images qu'on diffuse parfois en les contextualisant,
11:48et après coup, évidemment jamais en direct,
11:50qui a un petit peu nourri et enrichi ce qu'on propose.
11:53Yohann Ousnagel, qu'est-ce que c'est qu'une bonne image ?
11:55Qu'est-ce que c'est qu'une bonne séquence, vous, après un week-end comme ça ?
11:59C'est forcément quelque chose qui va symboliser un mouvement.
12:03Nous, depuis samedi, on a diffusé quelques images qui ont été assez virales.
12:09Desquelles par exemple ?
12:10Je pense notamment à celle du journaliste Luc Offray qui a filmé ce caillassage de voitures de police
12:15qui manifestement avançait en colonne vers Strasbourg-Saint-Denis.
12:19C'est des images qui sont assez fortes à Paris,
12:21qui sont évidemment très très fortes parce que c'est des images qu'on n'a pas l'habitude de
12:24voir dans le centre de Paris.
12:26Donc c'est des images qui sont un peu fortes et qui ont à un moment montré qu'il se
12:29passait quelque chose hors norme.
12:29C'est à ce moment-là que je me suis dit, tiens, là vraiment, on est sur quelque chose qui
12:33prend une autre proportion.
12:35Même question pour vous, Nicolas Maru, la bonne image pour vous, ramenée par France Info ce week-end ?
12:40C'est une image, je suis entièrement d'accord avec Johan, c'est une image qui symbolise quelque chose.
12:47Effectivement, vous parliez du caillassage du quart de policiers, c'est effectivement une image symbole.
12:54Les images de manifestants qui entrent dans des boutiques et qui se servent, pareil, c'est du symbole parce que
13:01ça dit beaucoup de choses.
13:02C'est une image, évidemment, on ne la diffuse pas telle qu'elle, on la déplie en direct avec nos
13:06invités, avec nos éditorialistes, elle dit quelque chose.
13:08Et puis, il y a une dernière image et pour le coup, elle vient des réseaux sociaux et on l
13:11'a reçue.
13:11Alors, je ne crois pas qu'elle était d'ailleurs sur les réseaux sociaux, on l'a reçue directement parce
13:14que des gens nous envoient des vidéos aussi, on a des proches.
13:17Et moi, je me souviens de ces manifestants qui sont dans le secteur interdit proche de l'Elysée et qui
13:22tentent d'entrer dans cette zone interdite.
13:25Ça, c'est une image forte qu'on a reçue, qu'on a évidemment vérifiée et qu'ensuite, on a
13:29contextualisé et qu'on a diffusé pour montrer à nos téléspectateurs que,
13:33oui, malgré effectivement le dispositif de sécurité qui était assez important dans ce secteur, il y avait des tentatives d
13:38'infiltration.
13:39Nicolas Maru, Canal 16, France Info, il faut le dire dans le bon ordre, Johan Ufnagel, Loopsider, merci à tous
13:48les deux d'être venus au micro de la discute.

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