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  • il y a 3 minutes
Inès fait partie des rescapés les plus grièvement blessés par l’explosion au gaz du 12 janvier 2019 à Paris (IXe). Elle avait 22 ans et servait les petits-déjeuners à l’hôtel Ibis. Alors que le procès se tient à partir du 20 octobre, elle raconte l’anéantissement de ses rêves, six ans d’expertises médicales et 48 opérations chirurgicales. « Aujourd'hui, je ne me vois pas d'avenir », conclut Inès.

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Transcription
00:00Il y a eu l'explosion, une grosse boule de feu qui est sortie du trottoir.
00:04J'ai vu les deux pompiers en l'air, puis atterrir sur le sol.
00:09Et j'ai vu la boule de feu sur moi.
00:12Et je me suis retrouvée à l'intérieur de l'hôtel, totalement explosée, c'est le terme.
00:16Je n'avais plus de jambes, j'avais mon ventre totalement ouvert et mon poignet pareil.
00:22Le 12 janvier 2019, Inès avait 22 ans lorsqu'une canalisation de la rue de Trévise a explosé.
00:28Bilan, 4 morts et plus de 200 blessés.
00:31Alors qu'à partir de ce mardi 20 octobre, la ville de Paris et un syndic de copropriété seront jugés
00:36pour homicide et blessure involontaire,
00:39Inès nous raconte son quotidien depuis l'explosion, sa vie en perpétuelle reconstruction.
00:44J'ai eu au moins une trentaine d'opérations orthopédiques, au moins.
00:50Il a fallu reconstruire toutes les jambes de haut en bas, les os, les muscles, les nerfs.
00:57Après, j'ai eu énormément d'opérations réparatrices aussi.
01:01Il a fallu reconstruire la peau.
01:03Pour reconstruire la peau des jambes, il fallait prendre la peau de mon crâne.
01:07Et j'ai refusé parce que je ne voulais pas qu'on me coupe les cheveux et qu'on me
01:12rase la tête pour ça.
01:14Puis après, on m'avait dit la peau des fesses.
01:17Mais étant donné que j'étais halitée sur les fesses, je savais que j'allais souffrir qu'on m'enlève
01:23cette peau-là.
01:23Donc, j'ai refusé et on m'a dit que la dernière option, ça allait être de la peau de
01:26poisson.
01:27Donc, on a pris de la peau de poisson avec de la peau de la cuisse droite.
01:31Ils l'ont mélangée et ça a créé une peau qui puisse être collée à la mienne, qui puisse être
01:39fixée à la mienne.
01:40C'est comme ça que ça s'est fait.
01:41Fin 2021, j'ai fait un arrêt cardio-respiratoire au bloc.
01:46Je pensais que j'allais mourir, c'était fini.
01:48Et depuis ce moment-là, j'appréhende chaque opération, au point où je fais un testament sur mon téléphone
01:54pour être sûre que tout soit légué aux bonnes personnes si jamais je meurs.
02:00Je stresse, je ne suis pas bien, je me demande si je vais survivre à celle-là ou pas.
02:06C'est quoi la vie depuis cette explosion ?
02:12Déjà, c'est une vie que je n'aimerais pas avoir, que je ne voulais pas avoir.
02:16J'aurais préféré mourir ce jour-là.
02:18C'est une vie remplie de rendez-vous, c'est une vie remplie de papiers.
02:23Je ne fais que ça tous les jours.
02:25Pour que les assureurs prennent vraiment en charge tout ce qu'on dépense,
02:29chaque dépense qui est faite, il faut un ticket.
02:33Et il faut prouver pourquoi est-ce qu'on a utilisé de l'argent.
02:37Il faut que ce soit médical, il faut que ce soit des taxis, il faut que ce soit...
02:40Il ne faut pas que ce soit de l'argent non plus qu'on utilise pour le plaisir, pour le
02:44loisir.
02:45Vous avez évoqué un voyage à Dubaï, qu'est-ce qui s'est passé ?
02:48Alors, un voyage que je n'ai pas payé, qu'on m'a offert et qu'on m'a reproché
02:52d'avoir fait,
02:53parce qu'il pensait que j'utilisais mon argent dans ça, alors que pas du tout.
02:59Et il a fallu que je prouve avec l'identité de ma copine, son relevé de compte, etc.,
03:06que c'était elle qui avait tout payé.
03:08Parce qu'on m'a reproché d'avoir pris du plaisir, de m'être changé les idées.
03:13Ce n'est pas acceptable pour Inès.
03:17Inès ne doit rien faire, Inès doit pleurer, et c'est tout.
03:22Atteinte de stress post-traumatique et de dépression,
03:25Inès a été hospitalisée en psychiatrie en 2022.
03:28Son taux d'incapacité a été évalué à 80% par la maison départementale des personnes handicapées.
03:34Depuis l'explosion rue de Trévise il y a 7 ans,
03:36Inès a eu le courage de retourner à trois reprises sur les lieux.
03:39C'est une rue méconnaissable.
03:41Ce n'est pas la rue que j'ai connue au moment de l'explosion.
03:45C'est une rue qui a totalement changé, qui est devenue piétonne.
03:48Les immeubles ne ressemblent pas du tout à ce que j'avais vu avant.
03:52Les hôtels non plus.
03:53Je ne reconnaissais pas du tout l'hôtel dans lequel j'ai travaillé.
03:57Donc au final, est-ce que ça m'a fait quelque chose, ça m'a marquée ?
04:00Pas du tout, parce que j'avais l'impression d'être dans une rue inconnue.
04:03Ce n'était pas pour moi la rue Trévise.
04:05Ce n'est pas celle que j'ai connue.
04:07Il suffit que je vois un camion de pompiers et je stresse.
04:11Je ne suis pas bien.
04:13Je me rappelle en 2021, j'avais mangé sur l'avenue des Champs, à la durée je crois.
04:20Et un pompier est monté dans l'étage où j'étais.
04:27Et j'ai dit à ma copine, bon on sort.
04:29Alors qu'on n'avait pas fini de manger ou quoi que ce soit, mais je lui ai dit on
04:32sort.
04:33Et elle a compris, elle sait que je suis stressée.
04:35Donc on est sortis et en sortant on a vu deux camions de pompiers.
04:38Et en fait non, c'est stressant.
04:40Dès que je vois les pompiers, je stresse.
04:42Dès que je vois une plaque sur le sol où il y a écrit gaz, je stresse.
04:46Dès que je vois des travaux, je stresse.
04:49C'est un stress permanent.
04:50J'ai explosé après deux jours et deux heures de travail.
04:53Donc je ne me vois pas du tout retravailler dans ma vie.
04:55Reprendre un travail, me demander si je vais ré-exploser au bout de deux jours et deux heures.
05:00C'est impossible psychologiquement.
05:02Donc je ne vois pas d'avenir.

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