00:02On va parler argent à présent avec cette opération rideau baissé.
00:07La France perd ses commerces de centre-ville.
00:10Clara, 62% des communes françaises n'ont plus aucun commerce de proximité.
00:14Pas de boulangerie, pas d'épicerie, pas de boucherie.
00:17C'est un chiffre qui dit quelque chose sur la France aujourd'hui.
00:19Il dit surtout que c'est allé très vite.
00:21En 1980, ce chiffre était de 25%.
00:2440 ans plus tard, c'est plus de 60% des communes qui n'ont plus de commerce.
00:28Et ce ne sont pas que des petits villages isolés.
00:31Ce sont des bourgs, des chefs-flux de cantons, des endroits où des familles vivent
00:34et où la voiture n'est pas toujours une option.
00:37Perdre le dernier commerce, c'est souvent perdre le dernier lieu de vie sociale du village.
00:41Et dans les villes, les centres-villes ne sont pas épargnés non plus.
00:44On voit des rideaux baisser partout.
00:45Oui, le taux de vacances commerciales en centre-ville atteint 14% en moyenne.
00:49C'est plus du double de ce qu'il était au début des années 2010,
00:52quand on était autour de 6%.
00:54Dans certaines villes moyennes, on dépasse régulièrement les 15% même.
00:58L'habillement est le secteur le plus touché sur un panel de 140 enseignes historiques de centre-ville.
01:0418% des boutiques ont fermé depuis 2019, entre faillite et redressement judiciaire.
01:10Quant aux artisans indépendants et aux boulangers notamment,
01:13ils ont été écrasés par la fin des prêts garantis par l'État et par l'explosion des factures d
01:17'énergie.
01:18À Montpellier, on le voit très concrètement dans l'écusson, des enseignes connues ont disparu.
01:23Qu'est-ce qui explique que les commerces fuient le cœur des villes ?
01:26Natnaf, Minelli, Sandro, Tommy Hilfinger, Karl-Marc-John, Jennifer,
01:31autant d'enseignes qui ont quitté le centre de Montpellier ces dernières années.
01:35La réponse est presque mécanique.
01:37Odysséum, Pérols, Saint-Honès, Lattès, des milliers de places de parking gratuites,
01:42un accès facile en voiture, des surfaces disponibles à moindre coût.
01:45Le client suit le parking.
01:47Alors, est-ce que la tendance est réversible ?
01:49Ou est-ce qu'on est face à un changement structurel de nos habitudes de consommation ?
01:53Eh bien, c'est ce que vous allez demander à notre invité, Jacques.
01:55Et l'invité s'appelle Laurent Roy.
01:57Il est président de l'association de commerçants Paris-Jeux-de-Paume à Montpellier,
02:02vice-président de la Fédération française des associations de commerçants.
02:06Bonjour Laurent Roy.
02:08Bonjour, merci de m'accueillir.
02:09Avec plaisir.
02:10Quelle est cette action coup de poing que vous allez mettre en place et pourquoi ?
02:15Écoutez, c'est parti d'une constatation très simple.
02:18Nous sommes aujourd'hui un très grand nombre de commerçants à partager les mêmes inquiétudes
02:21concernant l'avenir de nos activités et celui des centres-villes.
02:24On travaille chaque jour, on investit, on emploie des salariés, on participe à la vie Montpellier-RN.
02:29Et pourtant, c'est de plus en plus difficile à exercer nos métiers dans des conditions économiques viables
02:34entre la baisse de fréquentation, les perturbations du cœur de ville, les charges, les taxes, la réglementation,
02:40que ce soit également les coûts qui augmentent.
02:42On a le sentiment que ces contraintes s'accumulent, mais que nos difficultés ne sont pas suffisamment entendues.
02:48C'est pour ça qu'on a décidé de lancer une opération symbolique, pacifique, visible, pour alerter cette opinion publique.
02:55Oui, c'est avant tout un problème aussi de sensibilisation de l'opinion
02:59qui ne se rend pas compte finalement du phénomène qu'on vient de décrire.
03:03Vous savez, un commerçant, on est très souvent un commerçant seul dans sa boutique, on reçoit le monde.
03:08Notre métier, c'est avant tout de l'accueillir avec le sourire, être le plus agréable possible.
03:13Et ça, quelle que soit la région de France.
03:16Donc, les difficultés et l'envers du décor, c'est vrai que le passant de lambda ne le voit pas
03:22forcément.
03:23Sur cette opération, elle est très simple.
03:26Les boutiques de Montpellier restent ouvertes samedi.
03:28Même si, effectivement, on a une très très grosse manifestation en prévision.
03:33Mais le principe est quand même très clair.
03:34Nous allons recouvrir la totalité de nos vitrines de draps blancs en laissant les portes d'entrée accessibles.
03:40Ce que nous voulons, en fait, c'est simplement montrer à quoi pourrait ressembler un centre-ville demain sans commerce.
03:45Avec des vitrines opaques, des rues qui vont perdre leur couleur, leur diversité, les animations.
03:50C'est une image, en fait, volontairement forte qu'on a voulu.
03:52Parce que nous voulons, en fait, rendre visible une inquiétude qui, aujourd'hui, reste très souvent, en fait, invisible.
03:58Mais je tiens vraiment à préciser que les commerces restent ouverts.
04:00Ça, c'est important.
04:01On accueillera quand même avec plaisir la clientèle.
04:03Bien sûr, vous faites bien de le rappeler.
04:05Les commerces seront ouverts.
04:06Mais il y aura une opération très spectaculaire.
04:08Ce qui devrait, d'ailleurs, peut-être attirer un peu plus de monde.
04:11Pourquoi pas pour voir et pour discuter avec vous.
04:14Il y a une question qui est centrale dans tout cela, Laurent Roy.
04:17C'est la question du parking.
04:19Parce que c'est vrai que lorsqu'on part pour faire les courses, on se dit, si on hésite entre
04:24le centre commercial,
04:25qui est évidemment beaucoup moins sympa que de se balader en centre-ville.
04:28Mais si, dans le même temps, j'ai envie de dire, de façon un peu familière, on se fait matraquer
04:33pour garer la voiture.
04:35Ça rend les courses un peu compliquées en centre-ville.
04:38C'est ça, le cœur du problème.
04:40Vous avez raison.
04:41Ce que nous souhaitons, c'est surtout la question de cette accessibilité qui doit être pleinement prise en compte aujourd
04:47'hui par nos politiques.
04:49Un centre-ville doit être effectivement accessible à ses habitants, à ses visiteurs, à tous ceux qui souhaitent venir y
04:54faire leurs achats.
04:55Que ce soit la circulation, les conditions d'accès, le coût du stationnement qui peuvent influencer sur la décision d
05:00'un client de venir ou non en cœur de ville.
05:02On a besoin d'un cœur de ville attractif aujourd'hui où les gens ont envie de se promener, de
05:05découvrir les commerces, de revenir.
05:06Et puis, cet objectif aussi de cette opération, elle n'est pas forcément de désigner un responsable.
05:12On n'est pas contre la mairie, contre la chambre de commerce, contre la région ou autre.
05:15Mais c'est surtout ouvrir un dialogue pour trouver des solutions qui permettent de concilier les besoins de la ville,
05:20de ses habitants et de l'ensemble de ses commerçants.
05:22Pour finir, en quelques mots, Laurent Roy, est-ce que vous demandez aux collectivités locales, en l'occurrence de la
05:27région de Montpellier et de Montpellier,
05:29justement d'établir un tarif préférentiel pour les parkings en centre-ville ?
05:34Oui, tout à fait. Les premières demandes, elles sont simples.
05:37Déjà, on veut être entendu.
05:38On souhaite ouvrir un dialogue concret sur plusieurs sujets, que ce soit les conditions d'accès au cœur de ville,
05:42le coût du stationnement,
05:44le poids des charges, des taxes, des contraintes réglementaires aussi, qui sont très importantes,
05:47les difficultés économiques des commerces indépendants et des artisans.
05:50On parle par exemple de la CFE, les conditions nécessaires pour préserver la production locale, le savoir-faire local.
05:57Plus largement, on parle de l'avenir, de l'attractivité du commerce en cœur de ville.
06:02Voilà, on sait que toutes les difficultés ne peuvent pas être résolues en un jour,
06:06mais on peut essayer en tout cas d'ouvrir le dialogue aujourd'hui.
06:09C'est la moindre des choses. Merci infiniment et très belle journée à vous, Laurent Roy.