00:00France Inter, la grande matinale.
00:04Il est 7h49 et Benjamin Duhamel, votre invité, est journaliste et essayiste.
00:09Bonjour Natacha Polony.
00:10Bonjour.
00:11Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:13On vous connaissait, éditorialiste, essayiste, mais depuis la rentrée, vous vous présentez comme une femme politique.
00:18Vous avez lancé un mouvement, créé votre association de financement.
00:22Il manquait jusque-là une chose, c'est une déclaration de candidature.
00:25Est-ce que vous êtes, Natacha Polony, candidate à l'élection présidentielle ?
00:28Écoutez, vous l'avez dit, j'ai lancé un mouvement au début du mois de septembre.
00:33Et ce mouvement avait pour vocation de rassembler les orphelins de la politique.
00:38J'avais dit que je voulais être utile pour mon pays.
00:41Et vous voyez l'état du pays aujourd'hui, un mois et demi après ce lancement.
00:46En fait, nous sommes dans le chaos.
00:48Et j'estime que la situation m'oblige.
00:51Donc oui, je suis candidate à l'élection présidentielle.
00:54Parce que ce que je vois, c'est une crise lycéenne tragique,
00:59avec des violences, une fracturation de la société qui montre l'absence totale de perspective.
01:04Une crise de la dette qui est gigantesque et qui nous menace.
01:07Une crise internationale.
01:09Et face à ça, ce qu'on nous propose, c'est quatre I.
01:14Impuissance, illisibilité, irresponsabilité et incapacité à penser le temps.
01:18Et on va parler, Natacha Polony, de vos propositions et de vos solutions face à ce constat.
01:22Mais simplement, vous êtes donc candidate.
01:25Ce matin, la 28e personne à être sur les rangs pour 2027.
01:29Est-ce qu'il n'y a pas quelque chose d'un peu baroque, pardon, à rajouter précisément dans ce
01:33contexte, une candidature supplémentaire ?
01:35Alors, en effet, il ne m'a pas échappé qu'il y avait beaucoup de candidats.
01:40Mais il ne vous a pas échappé, je pense, que jusqu'à présent, ça n'a absolument pas débloqué la
01:47situation.
01:48Et c'est vous qui allez débloquer la situation ?
01:51Le principe, c'est que vous avez deux offres clairement identifiées.
01:55On en pense qu'on en veut.
01:57Elles sont deux offres qui sont perçues par la majorité des Français comme des offres qui fracturent.
02:02Et vous avez des gens qui ont exercé le pouvoir.
02:06Vous avez des gens dont les idées ont déjà été portées.
02:09Et c'est pour ça que, malgré ce nombre de candidats, vous avez un effondrement et vous avez 53%
02:17des Français qui ne se reconnaissent toujours pas dans cette offre.
02:19Et donc, Natacha Polony, vous sentez dans le pays une envie de Natacha Polony ?
02:22Et au fond, cette candidature doit régler précisément cette situation de blocage.
02:26C'est le constat que vous avez fait depuis un mois ?
02:28Cette expression « sentir une envie de Natacha Polony » n'est pas celle qui convient.
02:34La question, c'est celle du devoir.
02:37Oui, j'ai 60 000 personnes m'ont rejoint depuis que j'ai lancé cet appel.
02:44J'ai parmi ces personnes des gens qui veulent se retrousser les manches et qui veulent redresser le pays.
02:51Et moi, je ne peux pas continuer à regarder mon pays s'effondrer.
02:55Je ne peux pas accepter la situation.
02:57Pourquoi ? Parce qu'elle est indigne.
02:58Tout ce qui vient d'être décrit par Dominique Seux sur les questions économiques, sur notre indépendance, sur la souveraineté,
03:07c'est inacceptable.
03:08Et on va en parler, Natacha Polony, mais là encore, je me mets à la place des auditeurs qui, peut
03:13-être, s'interrogent sur le sens de votre démarche.
03:15Est-ce que c'est une candidature de témoignage pour faire la tournée des médias ?
03:20Ou est-ce que vous vous dites vraiment, j'ai une chance de gagner ?
03:22Je précise que la dernière fois que vous avez mené une campagne, c'était en 2002 aux législatives, et vous
03:26aviez fait 2,24% des voix.
03:28Ça ne vous a pas vacciné, Natacha Polony, pour faire de la politique ?
03:31On va rappeler, c'était en 2002, je m'étais engagée auprès de Jean-Pierre Chevènement,
03:37qui a fait, à l'époque, un peu plus de 5% des voix.
03:40Avec le recul, beaucoup de gens savent que cette candidature était la seule qui, à l'époque, parlait de désindustrialisation,
03:48alertait sur certains éléments, notamment sur l'école, c'est-à-dire qu'on a perdu 25 ans.
03:52Mais est-ce que vous êtes candidate pour gagner, ou est-ce que c'est pour faire une sorte de
03:55petit tour,
03:56avant d'aller rallier un autre candidat qui, peut-être, serait proche de vos idées ?
03:59Benjamin Duhamel, est-ce que vraiment vous pensez que j'ai besoin de mon quart d'heure de célébrité ?
04:05Je l'ai déjà, j'ai une notoriété.
04:08La facilité, ça aurait été de rester assise du même côté que vous, pour moi.
04:12Je pouvais le faire. C'était très simple.
04:15Donc, si je m'engage...
04:16Donc, vous faites le don de votre personne à la France et au débat public, c'est ça ?
04:19Si je m'engage, c'est parce que je pense qu'aujourd'hui, il y a besoin de débloquer cette
04:25situation.
04:25Donc, c'est pour gagner, Natacha Polony ?
04:27Évidemment que c'est pour gagner.
04:28Parce qu'on ne s'engage pas dans ce genre de choses qui est, évidemment, une charge.
04:34On ne s'y engage pas sans la conscience de la responsabilité qu'on a vis-à-vis de ses
04:39concitoyens.
04:39Vous évoquiez, Natacha Polony, des journalistes qui passent de l'autre côté.
04:43La dernière fois que c'est arrivé, c'était en 2022.
04:46Éric Zemmour, que vous connaissez bien d'ailleurs, ça a donné une campagne, disons, pour le moins aléatoire.
04:50Il a fini à 7%.
04:51Est-ce que vous avez vocation, Natacha Polony, à être une sorte de, je ne sais pas, Éric Zemmour, de
04:55la gauche souverainiste ?
04:57C'est ça, votre vocation ?
04:58Des journalistes qui ont fait de la politique.
05:01Il y en a beaucoup dans l'histoire de France.
05:02Il y a Jean Jaurès, il y a Georges Clemenceau.
05:04Ça vous parlait des exemples heureux.
05:06Récemment, ça a été un peu moins heureux quand un journaliste est passé de l'autre côté.
05:10C'est un classique absolu.
05:11Pourquoi ? Parce que la question, c'est celle de l'engagement.
05:14C'est celle de la volonté de jouer un rôle et d'être utile à nos concitoyens.
05:21Et si on allait sur le fond des choses...
05:23Allons-y tout de suite.
05:24Allons-y tout de suite.
05:26Simplement, vous avez vos 500 signatures ?
05:27Vous serez candidate en mesure de concourir ?
05:30Alors, depuis que j'ai lancé ce mouvement, vous n'imaginez pas le nombre de maires
05:34qui m'ont écrit pour me dire, moi, je vous soutiendrai.
05:38Pourquoi ? Parce que je ne suis pas une candidature de clivage.
05:42Je suis une candidature de rassemblement.
05:44Et que le principe, c'est de faire travailler les gens ensemble.
05:48Après, on pourrait parler aux citoyens.
05:51De ce principe des 500 signatures qui a été durci, d'abord par François Hollande,
05:54puis par Emmanuel Macron, de façon à verrouiller le système.
05:58Donc, cette règle est aberrante.
06:00Mais je vais m'y conformer.
06:02Et je vous assure que pour l'instant, étant donné le fonctionnement,
06:05personne n'a ces 500 signatures,
06:06puisque les maires rempliront le CERFA à partir du mois de février.
06:11Sur le fond, Natacha Polonyi, on va essayer de comprendre le sens de vos propositions.
06:16D'abord, sur le mouvement des lycéens et la question centrale de la réforme de l'école.
06:19Je vous ai entendu dire il y a quelques jours, dans une interview,
06:21que vous vouliez augmenter le salaire des profs de 20 à 30%.
06:25Alors, de mon côté, moi, j'ai fait mes calculs.
06:27Est-ce que vous savez combien ça coûte d'augmenter les salaires des profs de 20 à 30% ?
06:31Benjamin Duhamel, le problème, ce n'est pas combien ça coûte.
06:34Oui, mais sauf que c'est ma question.
06:35Attendez, oui, oui, c'est votre question.
06:37Mais moi, je vais vous expliquer comment vous faites un calcul entre ça,
06:41l'organisation du système et la façon dont vous redressez l'école.
06:45Mais Natacha Polonyi, vous n'êtes plus éditorialiste, maintenant vous êtes femme politique.
06:48Donc, je vous pose une question sur une de vos mesures.
06:50Combien ça coûte et comment vous la financez ?
06:53Alors, je la finance tout simplement par la politique de production.
06:57Le principe, c'est de produire davantage pour retrouver de la marge de manœuvre.
07:01Mais ça coûte combien, Natacha Polonyi, d'augmenter les salaires de 20 à 30% ?
07:05Ça coûte plusieurs milliards, je n'ai pas le chiffre en tête aujourd'hui.
07:07Moi, je vais vous le dire, ça coûte entre 10 et 15 milliards d'euros par an.
07:11Exactement.
07:11Et alors, vous les trouvez où ces milliards ?
07:13Dans la politique de production et dans le travail qu'on fait ensuite sur l'organisation du travail des enseignants.
07:21Donc, je vous explique comment on fait...
07:22Donc, vous allez dégager 10 à 15 milliards d'euros d'économie en changeant l'emploi du temps des professeurs
07:26?
07:26Non mais, je viens de vous dire, politique de production.
07:30C'est marrant parce que vous voyez, là, vous êtes en train de faire ce que font tous les commentateurs
07:34politiques depuis des années.
07:36C'est-à-dire de saucissonner les sujets.
07:40Je me suis toujours efforcée, pour ma part, d'avoir une vision synthétique.
07:44Et c'est toute la différence.
07:45Nous sommes en train de crever, de séparer les sujets entre eux.
07:49C'est-à-dire que la question est de savoir comment on retrouve de la marge de manœuvre.
07:53Je sais très bien que vous allez m'expliquer, on ne peut rien faire, c'est l'impuissance, on n
07:57'a pas d'argent.
07:57C'est pas ce que je dis, j'essaie juste de comprendre concrètement où est-ce que vous trouvez ces
08:0010 à 15 milliards d'euros.
08:01Donc, concrètement, si vous me laissez terminer, vous commencez par mettre en place une politique d'état d'urgence de
08:08la production.
08:09Comment vous faites ?
08:10C'est-à-dire que, premièrement, vous priorisez la production française dans la commande publique.
08:17C'est-à-dire 8% du PIB.
08:19Mais ça, ça ne dégage pas de l'argent tout de suite, Natacha Polony pour augmenter l'effort.
08:21Ça dégage de l'argent tout de suite, puisque là, vous recréez de l'activité.
08:26Et que cette recréation d'activité, elle permet de faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'État.
08:33Elle permet, justement, de sortir de la spirale dans laquelle nous sommes, qui est une spirale d'appauvrissement.
08:39Alors, je termine, si vous voulez bien ce raisonnement.
08:42Vous mettez en place des filières que l'État définit, qui sont des filières selon lesquelles nos enjeux vitaux doivent
08:50être protégés.
08:51Des filières dans lesquelles vous relocalisez.
08:53Des filières dans lesquelles vous maintenez la production sur le sol français.
08:56Mais ça, pardon, Natacha Polony, ça prend du temps avant de dégager des marges de manœuvre.
09:00Donc, je n'ai toujours pas compris où est-ce que vous trouviez cet argent.
09:03Mais, justement, vous le trouvez là-dedans.
09:06Vous le trouvez dans l'ensemble de la réduction des dépenses de l'État.
09:11C'est-à-dire que vous refaites une réforme institutionnelle dans laquelle vous arrêtez les doublons.
09:18Mais donc, ça veut dire que, par exemple, vous savez en 5 ans combien vous faites d'économies ?
09:20On a vu Bruno Rotailleux, il dit « moi, je fais 200 milliards d'économies en 5 ans ».
09:23Marine Le Pen a dit 140.
09:24Regardez, je vous donne un simple exemple.
09:26Non, mais vous en faites combien, à peu près ?
09:27Je vous donne un simple exemple.
09:29Vous avez plus de 200 milliards d'aides aux entreprises.
09:33Vous supprimez toutes les aides aux entreprises qui ne sont pas conditionnées à la production sur le sol français.
09:39Vous réfléchissez systématiquement.
09:42C'est-à-dire que...
09:42Donc, vous augmentez les impôts des entreprises.
09:44Mais non.
09:44Vous n'augmentez pas les impôts des entreprises puisque vous utilisez ça...
09:47Supprimer des aides, ce n'est pas augmenter des impôts ?
09:49Non.
09:49Ah bon ?
09:50Ah non, ce n'est pas la même chose.
09:50Vous supprimez les aides quand elles ne sont pas conditionnées à la production sur le sol français.
09:56Derrière, vous faites en sorte, donc, que cet argent retourne dans l'économie.
10:02Et derrière, vous utilisez cette marge de manœuvre pour baisser les cotisations patronales et les cotisations salariales.
10:09Donc, vous augmentez les salaires et vous donnez de l'air aux entreprises qui produisent sur le sol français pour
10:16leur rendre de la compétitivité par rapport à celle qui importe.
10:20C'est ça, le sujet.
10:21Nous ne sommes pas un pays qui dépense trop.
10:24Nous sommes un pays qui ne gagne pas assez.
10:26Voilà une esquisse de votre projet.
10:29Un dernier mot.
10:29Qu'est-ce que la journaliste, à la plus macérée Natacha Polony, aurait dit de votre démarche ?
10:33Est-ce qu'elle n'aurait pas écrit un édito dans Marianne pour dire
10:36« Attention au péché d'orgueil de celle qui, sans expérience, croit qu'elle peut devenir présidente ? »
10:41Vous savez, étant donné l'état du pays,
10:44je pense que des gens qui ont passé le cursus honorum par tous les moyens possibles
10:51ont mis ce pays dans un état absolument effarant.
10:54Donc, je suis entouré de gens qui, eux, connaissent la machine de l'état
10:59et la seule chose qui compte, c'est avant tout de défendre la nation,
11:05de défendre l'état et d'avoir le sens des responsabilités,
11:08ce qui, visiblement, n'est pas le fait des précédents qui vont gouverner ce pays.
11:13Voilà donc la déclaration de candidature de Natacha Polony au micro d'Inter.
11:16Merci d'avoir regardé cette vidéo !